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  • Boukinage
Rappelle-toi (roman mélancolique)

Publié le Mardi 27 Mai 2008 - 22:05
Catégorie: Boukinage

J’avais lu de François Reynaert : « Nos amis les hétéros », il y a déjà quatre ans. Et ce bouquin là vient clore une série de trois romans qui mettent en scène le journaliste Basile Polson (une sorte de Bridget Jones pédé et parisien). Mais ce livre là tranche avec le précédent, auquel j’avais reproché une intrigue très mince et mal fagotée, de par son atmosphère nostalgique assez particulière (il préfère parler de « mélancolie », mais j’ai cru sentir poindre un peu plus) et attachante. Et puis surtout, il débarque avec presque une histoire prenante et qui tient la route. Presque…

Basile est donc un journaliste pédé parisien relativement comblé. Il a son petit copain adorable et parfait, son boulot avec ses hauts et ses bas mais somme toute satisfaisant, et sa meilleure amie Christine FAP à mort qui le soutient depuis la fac. Il reçoit un jour un mail à la « copains d’avant » qui lui propose de participer à une grande sauterie pour célébrer ses étés d’ados (fin années 70, début 80) au camping de Juniac, où il passait tous les ans ses vacances. Ce serait une excellente idée, s’il se souvenait du mec qui l’invite. Or, il n’en a aucune idée… Mais après quelques péripéties, il débarque avec Christine à Juniac, et retrouve ce lieu de ses vertes années. Ce sont des retrouvailles extraordinaires qui ont lieu, mais aussi de troublantes réminiscences qui le rongent.

Je critiquais François Reynaert pour avoir écrit comme une somme de chroniques pour son précédent roman, et là ce n’est pas le cas. Mais il y a encore une sensation étrange de perte de repère et de fil rouge. Entre la description de l’ambiance « mélancolique » de ce retour aux racines, la poursuite de l’intrigue majeure, les saynètes rigolotes, les bons mots (il me fait vraiment rire de temps en temps avec sa gaudriole), et cette intrigue secondaire qui réoriente complètement le roman, je me suis encore perdu en route. Pourtant ce sont des choses classiques en littérature, mais c’était assez maladroit pour que je m’en rende compte, et surtout que je me demande bien où il voulait (encore) en venir.

Malgré cela, j’ai passé un moment génial en lisant cet ouvrage, car il parlera à énormément de monde, et il m’a parlé à moi en particulier. En effet, beaucoup de gens ont certainement passé des années de suite des vacances d’été en camping avec leurs parents. On revient au même endroit, tous les ans, à la même période, et on retrouve les même estivants. Dans mon cas, dans un camp EDF en Corse, et il m’en reste quelques souvenirs dont certains sont ici narrés. Ces moments adolescents sont certainement parmi les plus vifs et les plus passionnels de l’existence. Ces moments aussi agréables et positifs lorsqu’ils reviennent en mémoire, à l’âge adulte, qu’ils étaient parfois douloureux ou doux-amers à l’adolescence.

François Reynaert met tout son talent et toute sa plume (qu’il a bien agile et habile) à nous faire revivre quelques uns des épisodes de jeunesse de Basile (ou François ?). Et cela fonctionne avec une redoutable efficacité, même avec quelques 10 ans d’écart (il parle d’un été 83-84 avec son amie, et moi j’évoque 1992, hé hé hé). On se retrouve dans le tout début des années 80, où les seventies se faisaient encore bien entendre et voir dans les accoutrements et coiffures des uns et des autres. Et surtout il évoque des sentiments et des comportements tellement universels, qu’il n’est pas étonnant que je m’y reconnaisse, et qu’aujourd’hui encore des jeunes de 16 ans puissent y adhérer.

La claque est aussi assez terrible lorsque Basile revoit ses « amis » et que tout le monde a vieilli, a subi des épreuves (maladie, divorce, etc.). Malgré tout, le ton n’est jamais pessimiste ou noir, mais simplement « mélancolique » comme le souligne le titre. C’est la vie quoi… Et on sent bien que Basile a autre chose en lui, et qu’il fouille du regard les gens et les lieux, pour trouver la personne qu’il recherche en réalité, et qui n’est pas (encore) là.

Je n’ai pas lâché le bouquin avant de l’avoir fini, et il m’a vraiment accroché. Mais il reste encore quelques maladresses qui ont gâché le plaisir, et je n’arrive pas à être dithyrambique. Par contre, cela me donne vraiment envie de suivre les prochaines oeuvres de l’auteur…

Rappelle-toi (roman mélancolique)

  • Boukinage
Nos amis les hétéros (Roman de genre)

Publié le Mercredi 18 Août 2004 - 14:34
Catégorie: Boukinage

J’ai vraiment lu avec avidité ce bouquin de François Reynaert pour son titre qui m’avait tellement aiguillonné (ainsi que la plupart de mes co-voyageurs du RER, métro et Tram). Mais évidemment, un titre et une couverture bien choisis ne suffisent pas à pondre un bouquin passionnant. Dans ce cas, j’en viens à me demander à quel point il n’a pas eu l’idée du titre en parallèle à son récit, car je trouve la relation entre les deux bien mince.

On comprend bien qu’en racontant une histoire centré sur un personnage homo, avec une palanquée de personnages hétéros qui gravitent et surtout dérivent, l’auteur distillent avec ironie les problèmes que les hétéros, nos amis, peuvent aussi expérimenter. Mais à part ça, je suis vraiment resté sur ma faim.

Le bouquin est divisé en trois parties qui sont en fait trois sortes d’aventures du héros, Basile (journaliste). Ce dernier rencontre un mec, fait son coming-out, dépatouille l’embrouillamini des relations de son meilleur pote hétéro Guillaume et se débat dans ses turpitudes internes face à sa propre relation amoureuse balbutiante avec Victor.

Le tout est fort bien écrit, avec des jeux de mots croustillants et bien senti, une jolie écriture avec du relief et de la vigueur. Et puis on ne s’ennuie pas dans ces saynètes emboîtées les unes dans les autres, et sujettes à tous les délires. On sent la plume bien aiguisée, à la fois fine et ironique, de François Reynaert qui fait preuve d’un humour queer qui fait mouche, tandis qu’il éborgne sans vergogne ses bêtes noires (les pédés de droite notamment).

Si c’est bien écrit, je regrette par contre d’avoir gardé l’impression, pendant tout le livre, de ne lire que des chroniques de magazine mises bout à bout. Je trouve que ce bouquin manque d’unité, de fluidité et d’un véritable fil qui en ferait un roman homogène. Quand on sait que l’auteur est journaliste au NouvelObs, et un fabuleux chroniqueur, du coup cela n’étonne plus guère. Néanmoins, cette manière d’écrire correspond beaucoup mieux à un genre de billet d’humeur plutôt qu’à un récit littéraire. En effet, parfois dans le bouquin, on sent que le « bon mot » est à tout prix amené, mais ne sert pas toujours l’intrigue. Autrement dit, le bouquin manque pour moi d’un véritable esprit de « roman ». L’auteur reste un bon journaliste, mais c’est tout (et ce n’est déjà pas mal, on est d’accord). Au bout d’un moment, on arrive à se désintéresser de l’histoire, puisque c’est plus la forme qui accroche.

Nos amis les hétéros - Francois Reynaert