Carmen (Bizet) à l’Opéra Bastille

Carmen c’est l’Opéra le plus célèbre au monde, le plus joué, le plus aimé des mélomanes et des concierges, c’est l’Opéra par essence et excellence. Il n’est pas joué si souvent que cela à Paris, et donc c’est un évènement quand cela arrive, et surtout dans une nouvelle production. Celle-ci est globalement correcte, mais c’est la vue « en moyenne » qui est en réalité constituée de très bons éléments qui en côtoient de très mauvais. Aïe aïe aïe.

Une production de ce genre ne peut pas être complètement ratée, mais je m’attendais tout de même à être un peu plus impressionné par les décors et effets scéniques, or le peu de choses qui sortent de l’ordinaire sont jetés comme des numéros de cirque. Du coup il y a un côté samedi soir avec Patrick Sébastien un peu gratuit et déconnecté de l’histoire. C’est bête car l’idée de repositionner Carmen pendant la Movida m’avait positivement intrigué et j’étais enchanté à l’avance. Le résultat est gris, avec quelques touches de couleurs et de queer qui sont sympathiques, mais qui, encore une fois, ne servent ni l’intrigue et ont juste l’air d’une « démonstration ».

L’autre chose qui ne va pas c’est Carmen et là c’est tout de même un gros souci. La chanteuse, Karine Deshayes (mais apparemment avec Anna Caterina Antonacci c’était encore pire), est juste inexistante et sans charisme vocal ou physique. Il ne se passe rien, et pour un rôle aussi haut en couleur et l’incarnation d’une personnalité qui tient tout un opéra, c’est un peu dommage. On ne l’entendait pas, tant la musique couvrait sa voix, et même les airs les plus connus n’ont pas vraiment porté leurs estocs comme on pouvait l’attendre. Le pire d’ailleurs c’est qu’on a une Micaela (Genia Kühmeier) qui se démène et dont la puissance et maîtrise vocales sont étonnamment bien supérieures (malgré un accent allemand à couper au couteau un peu drôle). Du coup Micaela devient trop charismatique pour le rôle qu’elle doit tenir, et une joute final entre elles tourne carrément à la bouffonnerie tant il y a un décalage entre le texte et la manière de chanter et jouer. Donc grosse déception de ce côté là…

Mais le truc c’est que le reste est proche, selon moi, de la perfection… La musique d’abord avec une direction et des musiciens impeccables, mais aussi le choeur que j’ai trouvé admirable, et tous les autres chanteurs et chanteuses (inclus Micaela / Genia Kühmeier) qui sont vraiment bons. Le spectacle tient la route donc globalement, mais c’est très étrange d’avoir des choses si importantes si bancales, alors que le reste est bourre de qualités.

Carmen (Bizet) à l'Opéra Bastille

Macbeth (Verdi) à l'Opéra Bastille

Un an que je n’étais pas allé à l’opéra, ah ça m’avait drôlement manqué en fait, et surtout en si bonne compagnie, avec un ribambelle de blogamis (c’est nouveau, c’est mieux que « blogueurs », et c’est plus juste, depuis le temps…). J’étais aussi ravi de retrouver Verdi et mes petits opéras de concierge, et « Macbeth » m’a vraiment enchanté par sa musique et ses chants. Je suis beaucoup plus réservé pour la mise en scène et les décors… Argh.

Macbeth c’est avant tout un couple et dans l’opéra de Verdi surtout une Lady Macbeth. Son mari reçoit de sorcières des révélations qui le troublent au plus haut point. En effet, il doit devenir roi, et son compagnon d’armes, Banquo, doit voir ses enfants régner plus tard. Quand Lady Macbeth apprend cela, elle ourdit rapidement un complot, et hop ils zigouillent le roi, et font porter le chapeau à son héritier. Macbeth devient roi… une bonne chose de faite ! Mais comme ce sont les enfants de Banquo qui doivent régner, le sympathique couple décide de tuer son ancien pote et sa famille. Le fils de Banquo s’enfuit in extremis… Les sorcières reviennent délivrer à Macbeth un sombre et sibyllin présage…

Comme je le disais plus haut, j’ai été conquis par la musique et par l’histoire. Là, vraiment rien à dire, c’est magnifique, même pas chiant, et certains airs m’ont hanté des jours durant. Par contre, en terme de performances vocales, on ne peut pas dire que c’était le pied intégral… Oh là là. Pas de grosse catastrophe non plus, mais rien de bien convaincant ou troublant, à part Lady Macbeth (Violeta Urmana aka la grosse dame) qui a franchement bien assuré et qui a tenu toute la troupe à bout de bras/voix (parce que Macbeth est assez transparent pour qu’on puisse aisément renommer l’opéra « Lady Macbeth ») ! Il y a aussi l’air de Macduff (Stefano Secco) qui se démarque carrément et qui a fait frissonner toute l’audience. Mais bon, je n’ai toujours pas compris l’intérêt de l’avoir fait chanter couché dans un parc pour bébé, entouré de haillons et de légos…

Car là où le bas blesse vraiment, c’est au niveau des décors et de la mise en scène de Dmitri Tcherniakov. Merde alors, moi je voulais des rois, des sorcières, des châteaux et des forêts qui avancent !!! A la place, j’ai eu des décors un peu merdiques, des sorcières qui ne ressemblaient à rien, des zoom/dézoom Google Earth entre chaque acte de qualité médiocre, des plans vus par la fenêtre etc. Bref des trouvailles qui en elles-mêmes ne sont pas si mauvaises, mais qui n’ont strictement aucun intérêt, et qui en plus nuisent à la compréhension de l’intrigue. Car comment comprendre cette histoire de sorcières devineresses, de roi assassin, avec un plan de banlieue sur maps, une maison en 3D isométrique des années 20, une scène réduite à un rectangle découpé qui ne produit pas vraiment son effet, etc. Bon bah, je n’ai pas été convaincu…

Bon, faut pas déconner, je veux vraiment retourner à l’opéra avant l’année prochaine !!!!

L’avis des copines : Chondre, Orphéus, Oh!91.

Macbeth (Verdi) à l'Opéra Bastille

« Luisa Miller » à l'Opéra Bastille

Ah ça faisait longtemps que je n’étais pas allé voir (et écouter) un opéra, et surtout un Verdi. Il ne s’agissait pas d’un Verdi hyper connu (de moi) : « Luisa Miller ». L’histoire est la plus mièvre qui soit, et pour nous mettre encore plus dans l’ambiance romanesque le décor est un remake de Heidi dans les montagnes… Ah ça se passe dans le Tyrol, et on en a une vision bien caricaturale et presque drôle. Comme l’a justement fait remarquer Oli on se croirait dans une boule à neige en plexiglas, et vous comprenez pourquoi en regardant l’illustration d’Akynou : la scène a pour fond un gigantesque paysage peint, mais le tout est découpé en demi-disque. Les costumes sont tout aussi classiques, et on ne peut pas dire que l’opéra soit décoiffant dans sa mise en scène. Donc du classique de chez classique qui confinerait presque (?) au kitsch.

Et puis cette histoire !!! Luisa est amoureuse de Rodolfo, ce dernier a menti sur son identité, il est le fils du seigneur du coin. Le méchant Wurm est aussi amoureux de Luisa, et Rodolfo est promis à Federica, une cousine, qui le kiffe grave. Wurm prévient le père de Rodolfo, et ils montent un odieux stratagème. Ils font enfermer le père de Luisa, et cette dernière adooooorent son papounet (un mec super moderne qui veut que sa fille soit heureuse en amour), et font du chantage à notre héroïne. Son père sera libéré si elle écrit une lettre pour expliquer qu’elle a toujours kiffé Wurm, et qu’elle n’était intéressé que par la thune de l’autre cheuri de Rofolfo. Cela met ce dernier dans une colère noire quand il l’apprend…

Bon c’est raconté grosso modo évidemment, mais vous voyez à quel point les passions se déchaînent, et dans les relations père-fille, les amants éconduits, les amoureux transis, la jeune et belle fille de soldat retraité, la duchesse amoureuse etc. Et pour expliquer tout cela, ça chante et ça tchatche, et ça se plaint, se lamente, complote, pleure et s’extasie ! Mais bizarrement cette débauche de sentiments ne se matérialisent pas par des airs marquants, en tout cas rien qui ne m’ait bien convaincu. Dans l’ensemble, j’ai plutôt aimé l’opéra, j’ai passé un bon moment. J’ai trouvé que les musiciens étaient ok, et les chanteurs et chanteuses à la hauteur, mais tout cela manquait de peps et de « tension ».

C’est vrai que cela en plus d’un décor en couvercle de boite à bretzels, ça n’a pas contribué à rendre le spectacle plus saisissant. Donc c’était bien, mais sans plus. Pourtant je dois tout de même ajouter que j’ai été très sensible au père. Le personnage, comme Kozlika aussi le souligne, est éminemment sympathique et presque étonnant de modernité, et j’ai trouvé que son interprète, Paolo Gavanelli, était vraiment au-dessus du lot.

« Luisa Miller » à l