Installation « Rachel, Monique » de Sophie Calle au Palais de Tokyo

Il y a eu cette rétrospective Sophie Calle en 2004 qui avait confirmé toute l’admiration que j’avais pour cette artiste. Son travail me parle énormément, même si je la trouve de moins en moins en phase avec notre époque, après les blogs, après l’autofiction… Mais il reste ce décalage dans le traitement artistique et poétique des moindres évènements de son existence. Il s’agissait là au Palais de Tokyo d’une seule installation dont voici le manifeste :

Elle s’est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Gonthier, Sindler. Ma mère aimait qu’on parle d’elle. Sa vie n’apparaît pas dans mon travail. Ça l’agaçait. Quand j’ai posé ma caméra au pied du lit dans lequel elle agonisait, parce que je craignais qu’elle n’expire en mon absence, alors que je voulais être là, entendre son dernier mot, elle s’est exclamée : « Enfin ».
Sophie Calle.

Woooh, Sophie, tu as fait une expo sur la mort de ta maman ?!! Dis, tu déconnes là non, tu n’as vraiment plus rien en boutique pour en arriver là ? Je suis allé voir par moi-même pour essayer de comprendre la démarche et juger de l’oeuvre.

Eh bien, une partie n’est pas trop réussie à mon avis, en tout cas je ne suis pas rentré dedans. Mais d’autres éléments font écho avec d’anciennes démarches de l’artiste, et certains composants de cette installation ont encore ce souffle créatif décalé, délirant, poétique et à fleur de peau qui sait me toucher et me faire réfléchir. J’adore chez Sophie Calle cette capacité à me porter à des extrêmes : soit dans l’indifférence (et parfois outré d’un foutage de gueule qui me semble manifeste), soit absorbé par une de ces inventions (parfois simplissime) pendant des plombes.

Là nous sommes en plus dans un domaine hyper sensible et naturellement touchant puisqu’il s’agit de sa maman, et en même temps la pudeur relativement commune ferait qu’on devrait être choqué d’une telle exposition (au sens propre). Mais de Sophie Calle, plus grand chose n’étonne… Elle distribue donc dans cet espace en travaux immense du Palais de Tokyo une installation composite qui est un parcours initiatique dans son univers maternel. A la Sophie Calle, à partir d’anecdotes, elle illustre, rappelle, transforme des souvenirs, les partage formellement et les fait évoluer ou les transcende à travers le prisme de son art. On retrouve donc son écriture, ses vidéos, des photos, mais aussi des pierres tombales, des supports variés en couleur et matière avec un « souci » qui s’estompe, des fleurs et un décor mortuaire, des stèles couvertes de nom de maladie, etc. Elle s’est encore lancée quelques défis qu’elle relève et documente pour évoquer encore sa maman, et donner du sens au lien filial, ou simplement payer tribut à cette vie qui n’est plus.

Je reste fasciné par l’artiste, tout en restant aussi critique et parfois indifférent, car elle continue dans son trip (dans tous les sens du terme) avec cohérence et sur la durée, et je trouve que ses idées bouillonnent et foisonnent toujours autant.

Installation "Rachel, Monique" de Sophie Calle au Palais de Tokyo