Ah un nouvel opus de Paul Auster, c’est toujours un événement important pour ses fans (dont je suis). Je ne peux pas dire que j’ai un jour été déçu par cet écrivain, même si son oeuvre a évidemment des hauts et des bas (et pas du tout les mêmes selon les gens), il a réussi à toujours se renouveler, tout en conservant un imaginaire et des codes bien personnels et typiques. Je lui trouvais un certain penchant à verser dans la facilité dans ses derniers romans, qui étaient pourtant très bien écrits, mais qui manquaient un peu de piment ou de son langage cryptique des premiers romans.
Eh bien là, avec ce roman il renoue complètement avec cela. On pourrait presque comparer cela avec un David Lynch qui a fait un facile et accessible « Mulholland Drive » et qui revient nous embrouiller avec un nouveau film encore plus terriblement incompréhensible (et souvent jouissif) que ceux d’avant. Là Paul Auster revient avec un roman très court, à peine cent cinquante pages, mais dont le sujet, l’intrigue et le ton m’ont laissé pantois. Bonheur !
Pourtant les gimmicks d’Auster sont là : un personnage central à l’identité trouble et mystérieuse, un endroit hors du temps et difficile à localiser, des personnages secondaires comme autant de rappels à ses anciens romans (dont la merveilleuse « Anna Blume »), une belle mise en abîme littéraire et « plus encore », une réflexion sur la perte de valeur et d’identité, la vieillesse et la rédemption, la culpabilité et la responsabilité… On peut lui reprocher d’avoir pondu le tout en si peu de pages, et de nous laisser avec un récit un peu aride au final, mais quand on se triture un peu les méninges on réalise vite que l’on peut soi-même digresser pendant des pages et des pages en tirant un petit bout de fil, et en extrapolant.
Nous sommes dans une chambre qui ressemble un peu à une chambre d’hôpital, un vieil homme, M. Blank, se réveille et, partiellement amnésique, il ne se souvient pas vraiment de qui il est, de ce qu’il fait là, et de ce qui l’entoure. Pourtant il est bien surveillé, et suit un étrange traitement médicamenteux. Des gens viennent lui rendre visite, ils lui évoquent quelques bribes de son passé, ils sont tous d’ailleurs intimement liés à des actes de M. Blank, datant de dizaines d’années. Il y a des photographies qui lui rappellent des choses… vaguement, des gens disparus ? Des condamnés ? De sa faute ? Il y a aussi un roman inachevé ou un témoignage manuscrit ?
Le roman est extrêmement crypté, mais de manière assez limpide, au premier abord, pour les connaisseurs d’Auster, ce n’est alors que son habituel langage symbolique. On y retrouve en plus une couche additionnelle, et si peu d’éléments tangibles, qu’il me parait difficile de refermer le livre et d’en avoir compris tout le sens. On y retrouve aussi sa très belle plume, et son talent pour l’expression des sentiments humains les plus exacerbés. J’ai été très sensible à sa description de la décrépitude de l’homme, non seulement physique mais aussi psychologique. On comprend aussi qu’il évoque son pays, les USA, et des politiques aux valeurs morales assez douteuses…
Il y a aussi cette « machine infernale » dans laquelle on se retrouve impliqué, et qui finit irrémédiablement par se refermer sur lui, sur nous.
L’avis des copines : Menear.