4 articles tagués avec “Paul Auster”

  • Boukinage
Seul dans le noir (Paul Auster)

Publié le Samedi 15 Août 2009 - 1:55
Catégorie: Boukinage

Je lis Paul Auster depuis 1995, et depuis je n’ai que rarement manqué ses parutions. Comme pas mal de ses fans, je suis assez circonspect de ses dernières oeuvres. Ce n’est pas mauvais, loin de là, mais un peu décevant tout de même. Disons que c’est un peu comme s’il avait une bonne idée, et qu’il en faisait un bouquin, mais pas plus que cela. On retrouve évidemment sa plume superbe et son univers génial, et je me régale toujours en goûtant à ses nouvelles productions, et en sombrant allègrement dans ses histoires louches. J’attends tout de même avec hâte un prochain “grand” roman.

Cet opus là ne surprendra pas du tout les aficionados (c’est déjà ça) puisque c’est tout l’univers austérien qui se déploie en long, en large et en travers. Mais c’est une toute petite histoire d’un gars qui se retrouve seul chez sa fille et sa petite fille, dont le petit copain vient de mourir en Irak. Entre sa fille qui ne se remet pas de son divorce, la petite fille traumatisée, et le grand-père qui psychote sur la perte de sa femme et ses malheurs, c’est dans une atmosphère de grande morosité et mornes perspectives que le narrateur (le grand-père donc) se réfugie dans l’écriture. Pas n’importe quel écriture, puisqu’il s’agit d’un personnage qui se retrouve dans un monde parallèle au nôtre. Un monde dans lequel, il n’y a pas eu de 11 septembre, mais en lieu et place une effroyable guerre civile qui déchire le pays.

Pour qui connaît un peu Paul Auster, en disant cela j’ai tout dit, et c’est bien le problème… Je n’ai eu aucune surprise à la lecture du bouquin, et il était aussitôt découvert, dévoré et expédié. Pff, dommage.

Seul dans le noir (Paul Auster)

  • Boukinage
Dans le scriptorium

Publié le Jeudi 8 Mars 2007 - 19:10
Catégorie: Boukinage

Ah un nouvel opus de Paul Auster, c’est toujours un événement important pour ses fans (dont je suis). Je ne peux pas dire que j’ai un jour été déçu par cet écrivain, même si son oeuvre a évidemment des hauts et des bas (et pas du tout les mêmes selon les gens), il a réussi à toujours se renouveler, tout en conservant un imaginaire et des codes bien personnels et typiques. Je lui trouvais un certain penchant à verser dans la facilité dans ses derniers romans, qui étaient pourtant très bien écrits, mais qui manquaient un peu de piment ou de son langage cryptique des premiers romans.

Eh bien là, avec ce roman il renoue complètement avec cela. On pourrait presque comparer cela avec un David Lynch qui a fait un facile et accessible « Mulholland Drive » et qui revient nous embrouiller avec un nouveau film encore plus terriblement incompréhensible (et souvent jouissif) que ceux d’avant. Là Paul Auster revient avec un roman très court, à peine cent cinquante pages, mais dont le sujet, l’intrigue et le ton m’ont laissé pantois. Bonheur !

Pourtant les gimmicks d’Auster sont là : un personnage central à l’identité trouble et mystérieuse, un endroit hors du temps et difficile à localiser, des personnages secondaires comme autant de rappels à ses anciens romans (dont la merveilleuse « Anna Blume »), une belle mise en abîme littéraire et « plus encore », une réflexion sur la perte de valeur et d’identité, la vieillesse et la rédemption, la culpabilité et la responsabilité… On peut lui reprocher d’avoir pondu le tout en si peu de pages, et de nous laisser avec un récit un peu aride au final, mais quand on se triture un peu les méninges on réalise vite que l’on peut soi-même digresser pendant des pages et des pages en tirant un petit bout de fil, et en extrapolant.

Nous sommes dans une chambre qui ressemble un peu à une chambre d’hôpital, un vieil homme, M. Blank, se réveille et, partiellement amnésique, il ne se souvient pas vraiment de qui il est, de ce qu’il fait là, et de ce qui l’entoure. Pourtant il est bien surveillé, et suit un étrange traitement médicamenteux. Des gens viennent lui rendre visite, ils lui évoquent quelques bribes de son passé, ils sont tous d’ailleurs intimement liés à des actes de M. Blank, datant de dizaines d’années. Il y a des photographies qui lui rappellent des choses… vaguement, des gens disparus ? Des condamnés ? De sa faute ? Il y a aussi un roman inachevé ou un témoignage manuscrit ?

Le roman est extrêmement crypté, mais de manière assez limpide, au premier abord, pour les connaisseurs d’Auster, ce n’est alors que son habituel langage symbolique. On y retrouve en plus une couche additionnelle, et si peu d’éléments tangibles, qu’il me parait difficile de refermer le livre et d’en avoir compris tout le sens. On y retrouve aussi sa très belle plume, et son talent pour l’expression des sentiments humains les plus exacerbés. J’ai été très sensible à sa description de la décrépitude de l’homme, non seulement physique mais aussi psychologique. On comprend aussi qu’il évoque son pays, les USA, et des politiques aux valeurs morales assez douteuses…

Il y a aussi cette « machine infernale » dans laquelle on se retrouve impliqué, et qui finit irrémédiablement par se refermer sur lui, sur nous.

L’avis des copines : Menear.

Dans le scriptorium - Paul Auster

  • Boukinage
Brooklyn Follies

Publié le Mardi 31 Janvier 2006 - 23:23
Catégorie: Boukinage

C’est extrêmement difficile pour les lecteurs habituels de Paul Auster de parler de ses récents bouquins. Je lis le même genre de critique que celle que je m’apprête à faire sur des sites web où des lecteurs assidus laissent leurs opinions. Ce roman est certes marqué de l’empreinte géniale de cet écrivain que j’aime tant, mais il n’a pas la saveur des livres du début, et non plus de certaines autres oeuvres qui avaient produit des ruptures notables dans son univers littéraire. Depuis le dernier bouquin, on peut lire de bons romans, juste dans la veine austérienne, avec ses personnages alambiqués, son dédale d’intrigues, ses mises en abîmes, son écriture ciselée et sa sensibilité éthérée, mais rien d’aussi brillant qu’avant.

Même si « Tombouctou » ou « Le livre des illusions » apportaient leurs touches originales majeures (et très différentes), « La nuit de l’oracle » et « Brooklyn Follies » en manquent sérieusement. Par contre, je devine que de nouveaux lecteurs de Paul Auster n’y trouveront évidemment rien à redire. « Brooklyn Follies » possède malgré tout son charme, et surtout un dénouement (dans les toutes dernières lignes) qui replace tout le bouquin dans un contexte qui transcende un peu le pur récit.

Nathan est un assureur à la retraite qui décide de se lancer dans l’écriture d’un roman. Il s’agit d’un roman constitué de ses petites histoires personnelles, d’anecdotes qui rassemblent certains lapsus ou autres péripéties singulières de sa vie. Alors qu’il s’installe à Brooklyn et commence à s’acclimater à cette nouvelle vie (il est divorcé et fâché avec sa fille), il rencontre par hasard son neveu, Tom, qu’il avait perdu de vue. Ces deux-là ne se quittent plus, et tentent de reprendre goût à la vie. S’en suivent quelques intrigues amoureuses, amicales, des quêtes utopiques et des pérégrinations typiques de l’auteur. Les deux larrons se retrouvent notamment à s’occuper de la nièce de Tom de 9 ans, dont la mère embrigadée dans une secte l’a envoyée seule pour rejoindre son oncle à New York.

Des histoires dont il semble qu’elles ne puissent avoir lieu qu’à Brooklyn. Et on connaît l’amour sincère que Paul Auster voue à son quartier. On y retrouve la galerie de personnages baroques, les saynètes de voisinage et ces rencontres inopinées qui changent la vie. On entre ainsi avec un plaisir fou dans cette histoire, mais passée cette première agréable impression, le récit peine à décoller pour finalement ne s’envoler pas très haut. Ce n’est pas mauvais, c’est même encore très bien écrit, et les personnages sont attachants, les anecdotes sont charmantes et les rebondissements… rebondissent. Mais c’est si convenu pour lui…

Peut-être en ai-je simplement trop lu, ou alors je suis trop difficile ? A part ces ultimes lignes qui remettent les pendules à l’heure, je n’ai pas été convaincu par ce roman pourtant bourré de qualités. Du coup, j’en veux encore plus à l’éditeur pour son matraquage métropolitain.

Brooklyn Follies - Paul Auster

  • Boukinage
La Nuit de l’oracle

Publié le Mardi 6 Juillet 2004 - 17:29
Catégorie: Boukinage

Je suis fan de Paul Auster depuis presque 10 ans, et je ne rate donc pas un bouquin de lui. J’aime son univers, ses fables philosophiques, son surréalisme, ses délires fantasques et fantasmagoriques, ses dédoublements de personnalité, ses personnages, son écriture si simple et pénétrante. Enfin, j’adore quoi ! Bizarrement, le bouquin que je préfère de lui n’est pas celui qui a rapporté le plus de prix, ou bien que les gens citent en général, il s’agit du « Voyage d’Anna Blume » qui est un des bouquins que j’ai lu le plus de fois.

Paul Auster adore les intrigues avec des mises en abîme successives qui finissent par perdre le lecteur. Ce roman ne déroge pas à cette pratique littéraire, et non plus aux marques de fabrique habituelles de l’auteur. Ainsi on retrouve son obsession pour l’écrit, la quête d’identité et le lien ténu entre réalité et imaginaire.

Dans ce roman, un écrivain, Sidney Orr sort tout juste d’une grave maladie dont il a failli ne pas en réchapper. Il est très amoureux de sa femme, Grace, qui l’a soutenu et avec qui il forme un couple solide et uni. Il n’a plus d’inspiration pour écrire et doit pourtant reprendre pied pour rembourser une astronomique dette de soin. Un jour, en déambulant dans Brooklyn, il trouve dans une papeterie un carnet bleu du Portugal dont il se sent irrémédiablement attiré. Alors l’inspiration lui revient, et il se met à la rédaction d’un nouveau roman avec beaucoup d’énergie. Très vite, le roman évolue entre ces deux histoires, celle de l’écrivain, et celle que l’écrivain délivre au fur et à mesure qu’il noircit les pages du carnet. Et rapidement, on comprend que les deux univers sont liés, jusqu’à la révélation de vérités que Sidney ne peut même subodorer.

Dans le roman précédent, Auster avait aussi mis en abîme le récit d’un film dans le fil de la narration. De la même manière que Daniel Pennac dans « Monsieur Malaussène » avait raconté le film « Unique », ou bien Almodovar dans « Habla con ella » avec le court-métrage en noir et blanc (L’amant qui rétrécit) absolument fascinant. Là c’est le roman dans le roman, avec les notes de bas de page en plus. C’est-à-dire que l’on suit le déroulement de l’intrigue réelle et aussi celle du roman en cours de rédaction, mais aussi quelques morceaux d’histoires narrés dans les notes de bas de page qui peuvent se poursuivre sur quelques feuillets (et forment un récit complémentaire mais distinct). Mais ça va, on ne se perd pas vraiment dans ces histoires, c’est une gymnastique schizophrénique qui se met rapidement en place. Ainsi, on pioche peu à peu des éléments dans chacune des narrations, et cela permet de mieux comprendre les personnages, leurs liens et leurs particularités.

Cela reste encore un roman à l’écriture brillante et au style vraiment génial. Je lirais ce type pendant des centaines de pages sans jamais me lasser je pense. Outre cela, l’histoire en elle-même est palpitante et les personnages très attachants. Ce mec parle de relations amoureuses avec un talent fou auquel je suis sensible comme rarement en terme de littérature.

La nuit de l'Oracle - Paul Auster