Einstein on the beach (Philip Glass & Bob Wilson) au Het Muziektheater (Amsterdam)

Presque exactement 10 mois après avoir vu le même concert à Montpellier, je n’ai pas pu résister et je suis allé le revoir à Amsterdam. C’était trop tentant parce qu’Amsterdam est si proche, que ce spectacle ne sera plus reproduit avant pas mal de temps (j’imagine) et que la première expérience était assez intense pour profiter pleinement de celle-ci.

On était déjà plein plus reposé que la fois précédente, et donc à part deux petites pauses, on a sans problème vécu les cinq heures de cet opéra exceptionnel. Un opéra magnifique et impressionnant qui en met plein la vue avec des chorégraphies millimétrées aussi répétitives et entêtantes que la musique de Philip Glass, mais aussi cette scénographie dingue et époustouflante de Bob Wilson. J’ai encore plus apprécié la performance des musiciens et des chanteurs, que j’ai trouvé particulièrement talentueux et en forme.

Mais j’ai déjà tout dit la dernière fois, en revanche cette fois j’ai pris pas mal de photos !!

Einstein on the beach (Philip Glass & Bob Wilson) au Het Muziektheater (Amsterdam)

Symphonie N°10 de Philip Glass par l’Orchestre Français des Jeunes à la salle Pleyel

L’Orchestre français des jeunes a fêté ses 30 ans et pour l’occasion ils ont commandé une dixième symphonie à Philip Glass. Bien leur en a pris, car j’ai donc pu découvrir cette toute nouvelle oeuvre de mon idole de la musique contemporaine à Pleyel il y a déjà quelques temps. Je ne connaissais pas du tout cet orchestre qui est une formation plutôt originale puisqu’il s’agit en fait de donner à de futurs musiciens professionnels une première expérience de la vie d’orchestre. Aussi ses interprètes changent tous les ans, et sont sélectionnés parmi les meilleurs potentiels français (sur concours).

Le niveau de l’orchestre était en tout cas tout à fait satisfaisant (mais bon il faut avouer que je suis loin d’être un grand mélomane), et j’ai été subjugué par cette nouvelle oeuvre de Philip Glass. On pourrait résumer cela en deux mots : puissance et gravité. Oh ce que c’est sombre et terriblement noir, comme une vision funeste et assurément pessimiste de je ne sais quoi. Mais quelle maîtrise dans le jeu, l’expression et la narration, encore une fois Philip Glass compose une musique qu’on imaginerait illustrer à merveille un film du genre Koyaanisqatsi (dont il avait composé la bande originale).

Evidemment on n’est pas dépaysé, et les amateurs de Glass y trouvent leur content de répétitions inlassables de (magnifiques) motifs familiers, et d’instruments fétiches. Mais ce côté lugubre du message est très original quand on pense à ses autres symphonies.

Et sinon la puissance, on la trouve dans la force allégorique des thèmes, dans le souffle lyrique de certains moments qui vous portent vraiment « très haut » et sont à vous filer la chair de poule. Philip Glass c’est aussi une composition qui parfois nécessite un vrai rapport physique entre le musicien et son instrument. On sent que ses partitions comportent parfois des trucs un peu barbares et on voyait là clairement les interprètes autant galérer que prendre leur pied, et souvent même se regarder les uns les autres avec complicité. Certains passages mettent particulièrement en exergue cela, et on les voit taper sur les cordes, les archets semblent prendre feu tant ils doivent s’activer, et on voit bien qu’arriver au bout de cette épreuve comporte une vraie dimension de résistance au stress et de « sport ». A la fin des mouvements, on voyait les musiciens se congratuler du regard, et sourire en grimaçant, heureux d’avoir pu accomplir l’oeuvre. Leur jeunesse les rendait aussi moins coincés on dirait, et il y avait un côté très « frais » à voir autant qu’écouter ces jeunes artistes.

J’ai adoré ces moments à la tension dramatique extrême et qui me faisaient penser à tout ce que j’aime dans les morceaux pour quatuors de Glass. Donc encore une fois du très bon Philip Glass, même si une telle noirceur est surprenante, et même si elle est nuancée par une sacrée beauté formelle.

Symphonie N°10 de Philip Glass par l'Orchestre Français des Jeunes à la salle Pleyel

Einstein on the beach de Philip Glass et Bob Wilson au Corum de Montpellier

Je vous ai déjà bien rebattu les oreilles à propos de Philip Glass dans ce blog, et là je ne pouvais évidemment pas faire l’impasse sur un événement si important. En effet, si j’ai d’abord découvert les morceaux de pure musique sérielle et répétitive, j’ai eu mon vrai coup de coeur pour Glass lors de l’écoute de sa fameuse trilogie d’opéras. Einstein on the beach en est le premier, et il fut présenté en 1976 à Avignon avec une mise en scène de Bob Wilson (dont j’avais tant été impressionné par le Quartett). Ces derniers sont aujourd’hui de véritables stars (dans leur domaine évidemment…) mais à l’époque des artistes à la carrière balbutiante. La trilogie est marquante par son ampleur, sa modernité, son originalité mais aussi ses qualités musicales intrinsèques. Les thèmes sont extraordinaires puisqu’ils sont autant de portraits de personnes qui, selon Glass, ont changé le destin de l’humanité ou ont influé son cours par leurs découvertes ou pensées, qui remettaient véritablement en question les crédos de leurs époques.

La trilogie se compose de Einstein on the Beach avec Einstein, Satyagraha pour Gandhi ou Akhnaten pour Akhénaton. Ce qui est drôle et inattendu c’est que les opéras sont joués dans les langues « originales » de leurs protagonistes, donc respectivement en anglais, sanskrit et égyptien (mais aussi akkadien et hébreu). Mais de tout ça, Einstein on the Beach est la création la plus radicale et décoiffante. L’opéra a été joué en 1976 pour la première fois, et la dernière fois en 1992, donc cette production est un événement d’une grande ampleur pour tous les fans à travers le monde.

On parle d’opéra pour Einstein on the Beach mais c’est bien plus que cela, il s’agit d’un spectacle total qui mêle danse, théâtre et musique, et qui révolutionne tous les genres qui le composent. C’est-à-dire que la musique n’est pas ce qu’on attend d’un opéra, et les chorégraphies totalement inimaginables ! Ne parlons pas de la mise en scène, la scénographie et les extraordinaires deus-ex-machina de Wilson, c’est simplement époustouflant ! On retrouve à peu près tous les codes familiers de Glass avec en figure de proue cette sacrosainte répétition et ces thèmes qui scandent les quatre heures et quelques de spectacle. La musique n’est pas vraiment symphonique mais jouée par un orchestre, mais très contemporaine et en partie synthétique, mais on entend beaucoup des instruments « nature », mais on fait parfois jouer à des synthés des instruments de base, et on distord certains instruments, et les voix sont utilisées comme des sons tandis que des instruments résonnent comme des chants. Bref, ça foisonne d’inventivité et de force, et surtout la partition de Glass est portée par une pulsation répétitive captivante et hypnotisante. De la même manière la chorégraphie utilise les mêmes ressorts de répétition et de « motifs » gestuels. Incroyable !!

La difficulté de l’opéra réside dans sa longueur et son énorme potentiel à être ultra-chiant. En effet, pas d’histoire, pas vraiment de personnages, des éléments sériels et répétitifs qui finissent par user l’attention, et globalement un assoupissement garanti au bout d’une heure. Mais les choses sont claires pour Glass et Wilson, et les mêmes règles qu’en 76 s’appliquaient aussi ici. Donc l’opéra ne doit pas être une entrave à la liberté, et comme c’est répétitif et sans beaucoup de repères, les spectateurs on a la possibilité, et y sont même encouragés par les auteurs, à se lever, à aller faire une pause clope et globalement à faire ce qu’ils veulent.

Et autant j’ai adoré le spectacle et j’ai été passionné par ces quelques heures, autant au bout de deux heures j’en avais ma claque, et je commençais sérieusement à piquer du nez. Donc on est sorti, on est allé manger un morceau, et on est retourné voir la suite. Huhuhu. Cela ne m’a pas empêché de trouver l’opéra splendide à tous points de vue. La musique est géniale, les danseurs sont incroyablement talentueux, les chants sont fascinants, et les décors sont impensablement beaux et impressionnants.

L’opéra est dans un premier temps un peu surprenant dans le fond comme dans la forme, mais peu à peu les codes se mettent en place, et si on ouvre bien son esprit et qu’on se laisse prendre par la musique, les chants et la chorégraphie, on laisse vagabonder ses pensées, et c’est comme un flux et reflux d’idées, d’impressions… des mots qui s’impriment, et viennent scander ces motifs musicaux, ces mosaïques de mots qui se répondent en un écho infini… Le décor qui évolue comme un tableau de Mondrian, en lignes et en surfaces colorées, en jeux de lumière, avec autant de protagonistes qui évoluent dans cet univers foncièrement humain et humaniste. Tout est mélangé dans les décors, le passé, le futur, la nature et l’urbain, le manuel et l’industriel, la prison et le bureau, les moyens de transports…

Je vous assure que la vie vaut d’être vécue pour expérimenter des choses pareilles !!! Ok je suis dingue, mais sincère, et je crois avoir rarement autant ému que ce soir là. Il s’agissait vraiment d’un moment exceptionnel, et le public était globalement conquis par la richesse et puissance manifeste de cette oeuvre. Sa mère, sa race, c’était bien.

Philip Glass – Einstein on the Beach : Knee 5

Einstein on the beach de Philip Glass et Bob Wilson au Corum de Montpellier

Le Miami City Ballet au Théâtre du Châtelet (Les Étés de la Danse) pour une seconde fois !

Cela date un peu mais quelques jours après avoir été ébloui par ma découverte du Miami City Ballet au théâtre du Châtelet, et notamment pour le magnifique ballet de Twyla Tharp/Philip Glass que j’aime tant, j’ai repris une place pour y retourner avant le départ de la troupe. J’ai vraiment bien fait car les deux premières pièces étaient différentes, et je voulais surtout revoir « In the Upper Room ». Ce dernier ballet m’a paru un peu moins puissamment et parfaitement exécuté que la fois précédente, en revanche j’ai bénéficié de deux premiers spectacles proprement d’exception !!!

Il s’agissait de la même tactique pour la programmation avec deux premières oeuvres qui vont du plus classique au plus moderne, mais c’était beaucoup moins dépouillé et simple que la fois précédente. Là les décors et costumes étaient beaucoup plus travaillés donnant aux ballets un petit côté théâtrale très plaisant. J’ai d’abord retrouvé Balanchine avec « Theme and Variations » dont le titre est assez explicite, et qui présentait donc la partie la plus classique et traditionnelle. Dans un décor digne de Sisi Impératrice, il s’agit d’une oeuvre charmante et très harmonieuse, d’autant plus qu’il s’agit d’une musique de Tchaikovski particulièrement romantique. De plus j’ai trouvé les danseurs et danseuses meilleurs que la dernière fois, beaucoup plus synchrones et délicats.

Mais l’apothéose arriva vraiment avec la seconde pièce, In the Night, une chorégraphie de Jerome Robbins sur des musiques de Chopin (4 Nocturnes dont 2 était archi-connues). On a trois duos qui se succèdent sur chaque pièce, et se retrouvent à la fin de chaque « mouvement ». Les costumes sont très différents et assez contemporains dans le genre. La chorégraphie est à la fois moderne mais tout en déployant une harmonie globale bluffante. Je sentais les spectateurs autant sur un nuage que moi devant une telle manifestation de beauté et une alliance quasi-surnaturelle entre musique et danse. Les Nocturnes étaient justement posées devant un fond noir piqué d’une kyrielle d’étoiles, et les duos se détachaient dans un rond de lumière, tandis que les jeux entre les couples étaient tour à tour drôles, intrigants ou délicieusement romanesques. On a salué à la fin l’ensemble de l’oeuvre qui donnait ce sublime spectacle, et c’était des ovations autant pour la musique, la chorégraphie que le talent manifeste des danseurs. Sur le coup, la dernière fois les applaudissements n’avaient pas du tout été autant nourris, mais là ce fut un énorme succès avec des rappels et des artistes qui paraissaient très contents aussi de leurs performances.

Et je me demande si ce fantastique second temps n’a pas un peu entamé la concentration et l’attention des artistes car In the Upper Room n’était pas au même niveau que celui que j’avais vu (qui était déjà inférieur à celui de l’American Ballet Theater). Malgré tout, c’était génial et j’ai encore une fois bien pris mon pied !! Lorsque le dernier mouvement se met en branle et que tous les danseurs se retrouvent sur la scène, avec la musique en crescendo j’ai le coeur qui bat la chamade et le public était (malgré tout) encore debout pour les rappels !

Allez je la reposte !!! (Huhu.)



Le Miami Ballet Theater au Théâtre du Châtelet (Les Étés de la Danse)

Le Miami City Ballet au Théâtre du Châtelet (Les Étés de la Danse)

Le Miami City Ballet est une compagnie de danse américaine réputée, et ils ont offert un spectacle assez similaire à celui auquel j’avais eu la chance d’assister il y a quelques années au même endroit par l’American Ballet Theater. D’ailleurs j’ai réservé ce spectacle principalement pour me délecter à nouveau d’un In The Upper Room en live. Donc de la même manière, trois pièces se sont succédées avec trois typologies bien distinctes, du plus classique au plus moderne. D’abord, ce fut Square Dance de George Balanchine sur une musique de Vivaldi, ensuite le même George Balanchine mais avec un The Four Temperaments mis en notes par Paul Hindemith, et enfin mon fétiche In the Upper Room par mon adoré compositeur Philip Glass et magnifiquement chorégraphié grâce à Twyla Tharp.

On retrouve vraiment certaines caractéristiques de l’American Ballet Theater, c’est à dire que j’ai trouvé qu’ils étaient très athlétiques et de vrais « performers », mais que ce n’était pas non plus la grâce et la prestance d’un ballet classique européen plus traditionnel. Malgré tout en comparaison à l’American Ballet Theater, ils sont un peu moins baraqués et plus fins, et un peu plus conformes aux standards du ballet classique. En toute logique, j’ai eu une opinion très positive mais qui est monté crescendo avec les oeuvres présentées.

La première, Square Dance, est très classique sur le fond et la forme, avec une musique de Vivaldi très (trop ?) easy-listening et une chorégraphie de Balanchine aussi magnifique que dans les canons du genre classique. On était vraiment dans les tutus, pointes et ballerines, mais c’était plutôt plaisant et bien senti. C’est la pièce en revanche qui paraissait la plus faible parce que ce type d’exercice est fatal à des danseurs un peu patauds, qui y vont en force, ou surtout quand la synchronisation globale pêche un peu… Et c’était le cas, donc on n’est pas forcément convaincu par l’excellence de la troupe en ce domaine, même si le tout était exécuté correctement.

Toujours Balanchine pour la seconde pièce, The Four Temperaments de Hindemith, qui est beaucoup plus moderne dans la musique et dans la chorégraphie. On a aussi des costumes qui restent classiques mais dans une dominante bicolore qui rime bien avec la musique aux relents jazzy ou qui ferait penser à certains musicals américain (du Bernstein notamment). L’orchestration était bonne pour cette musique rythmée et syncopée avec quelques dissonances modernistes plutôt bienvenues et agréablement soulignées par la danse. J’ai trouvé aussi que les danseurs prenaient leur marque et semblaient plus à l’aise avec une expression plus contemporaine et une déstructuration (gentille) des codes de la danse classique. Il y avait encore quelques manques de synchronisation, mais moins dommageables pour ce type de chorégraphie.

Enfin, ultime oeuvre présentée : In the Upper Room de Philip Glass pour la musique et Twyla Tharp pour la chorégraphie. J’ai déjà largement évoqué cette oeuvre qui est vraiment quelque chose de majeur dans mon petit univers personnel, donc je ne pouvais décemment pas le manquer. C’est drôle car on y retrouve un peu des qualités et défauts que j’évoquais plus avant. Du coup, j’ai trouvé la chorégraphie bien en phase avec le savoir-faire et le côté « athlète » de la compagnie, mais ils ne sont pas aussi « bons » que l’American Ballet Theater sur cet aspect purement « performance » et « waouh ». En revanche, il y a un petit plus pour une certaine grâce et légèreté, là où j’ai le souvenir avec les new-yorkais d’un spectacle beaucoup plus froid et mécanique (mais alors impeccable de chez impeccable). Je fais dans le détail mais globalement ils étaient excellents et j’étais totalement pris par l’émotion.

Cette pièce a un pouvoir extraordinaire sur le public, il fallait sentir tout les gens à bout de souffle alors que les danseurs effectuent une performance physique assez incroyable. Et le ballet se termine dans un paroxysme qui donne les larmes aux yeux, avec un public qui n’a pas tardé à se lever, et à applaudir comme jamais je ne l’avais expérimenté dans ce théâtre. Donc un Miami City Ballet qui a carrément assuré, et que je vais retourner voir jeudi prochain !! (Eh oui qui sait dans combien de temps, il me sera donné de revoir ce ballet !!!) Ces 38 minutes de danse me donnent un plaisir assez indicible, et j’assume mon assuétude !!

Pour voir et écouter ce dont je parle, en voilà une version intégrale magnifique.



Le Miami Ballet Theater au Théâtre du Châtelet (Les Étés de la Danse)

In the Upper Room (Philip Glass / Twyla Tharp)

J’ai déjà parlé de tout cela, et j’ai parfois l’impression de bien radoter au bout de 7 ans et demi à broder ici, mais j’ai une telle relation avec ce ballet, que je dois encore en reparler. Car j’ai évoqué en 2003 déjà comment j’ai été intronisé à Philip Glass par une de ces rencontres qui changent la vie, et plus tard mon père qui avait enregistré ce bout de ballet à la télé. Il est resté des années un simple extrait sur une antédiluvienne VHS jusqu’à ce que j’en parle ici et qu’un blogueur me confie que l’American Ballet Theatre allait le danser à Paris quelques semaines plus tard. J’ai alors pu enfin goûter au bonheur apporté par ce spectacle qui, pour moi, dépasse l’entendement, transcende tout ce que j’avais pu voir et ressentir jusqu’alors.

Au hasard de mes pérégrinations sur le web, j’ai trouvé une vidéo, manifestement enregistrée de la RAI, qui présente le ballet en entier. Je n’ai pas pu résister à l’encoder et à la poster ici.

Je suis une terrible bille en termes de ballet, mais je vis ce spectacle avec toute ma candeur et mes tripes. Je sais que Glass n’est pas considéré comme de la « grande musique » par les mélomanes, mais ce n’est pas grave, et dans ce cas précis, je n’ai jamais vu expression corporelle plus adaptée, plus en résonance avec la musique que cet « In the Upper Room ». L’ambiance vaporeuse sur la scène, les costumes blancs, rouges ou les zones dénudées, les danseurs et danseuses en solo, en couple, les oppositions, les ruptures ou les harmonies ainsi créées, tout me plait, m’intrigue, me fascine dans ce spectacle.

Les sentiments aussi varient avec des moments de tension extrême et d’autres plus calmes et parfois sombres. Mais il y a surtout cette énergie créatrice et vivifiante qui irradie tout au long de la chorégraphie, j’imagine d’ailleurs que les artistes sont complètement éreintés à la fin d’une telle dépense physique. Le ballet se joue autant d’un ensemble de corps en mouvement, que de petits détails qui viennent émailler une scène globale, et cette vitalité fait que l’on ne s’ennuie pas une seconde. Au-delà des performances athlétiques et chorégraphiques, la poésie qui se dégage est aussi troublante et émouvante, et c’est ce dernier point qui me paraît si extraordinaire. On peut exprimer des choses avec la danse, une histoire, des émotions ou une corrélation avec la musique. Mais pour moi ce ballet devient un pur moment de poésie, et j’en deviendrai proprement synesthésique en ne sachant plus quel sens me procure exactement cela.

Ok j’en fais des tonnes. Mais vraiment j’aime beaucoup beaucoup.

Continuer la lecture de « In the Upper Room (Philip Glass / Twyla Tharp) »

The American Four Seasons de Philip Glass

Il y a quelques temps est sorti ce nouveau concerto pour Violon (N°2) de Philip Glass, et son titre « The American Four Seasons » ont achevé de me convaincre. En effet, il n’y a pas grand chose de plus beau que les quatre saisons de Vivaldi, même si on croit un peu trop entendre aujourd’hui une musique d’attente d’un pauvre serveur téléphonique (ok ok). Mais bon Philip Glass quoi !! Mon Philip Glass à meuah que j’aime tant !!

J’écoute depuis très régulièrement ce nouvel opus qui ne cesse de me charmer. On y retrouve vraiment la virtuosité d’un Vivaldi, mais surtout je trouve que Glass n’a pas son pareil pour faire « parler » les cordes. Il compose ainsi un prologue, trois « movements » et trois « songs » qui sont autant de preuves de son talent pour exprimer les émotions les plus intenses à travers un violon et des instruments à cordes. Evidemment, ce n’est pas un truc très intello et je crains qu’il soit largement fustigé par les vrais mélomanes, mais pour moi c’est parfait (musique de concierge poweeeer!!!) !! Il parle directement à ma sensibilité, il me soulève le coeur d’émotions et d’emportées lyriques, il s’exprime sans mot avec la plus merveilleuse éloquence. Y’a pas à dire, c’est vraiment bien. Huhu.

Ces morceaux me font vraiment penser à ce passage que j’aime tant à la fin du String Quartet N°5.


Concerto pour Violon N°2 – The American Four Seasons – Movement III – Philip Glass

« Dans la colonie pénitentiaire » au théâtre de l’Athénée

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Philip Glass dans maints articles, et j’avais vraiment adoré son adaptation des Enfants Terribles dans ce même théâtre. Cette forme d’opéra moderne n’est pourtant pas vraiment ma tasse de thé (moi qui suis carrément plus Bel Canto et opéra de concierges), mais il faut dire que la musique de Glass avec une mise en scène efficace et des interprètes convaincants avaient fait l’affaire.

Nous sommes dans une forme quasi-identique pour « Dans la colonie pénitentiaire » qui est une nouvelle (In der Strafkolonie, écrite en 1914) de Franz Kafka assez cryptique. Le livret reprend l’histoire de manière assez précise, nous voyons donc un visiteur qui se rend sur une île, sorte de bagne, où les prisonniers subissent la torture d’une machine très complexe et dont l’unique objet est de faire souffrir jusqu’à la mort (notamment en inscrivant dans la peau la nature du crime). C’est un officier qui présente son principe au visiteur, et lui fait une démonstration sur un prisonnier. Il explique sa fascination morbide pour cette ignoble machine. L’officier demande au visiteur de témoigner positivement sur ce procédé auprès du commandant de l’île. Le visiteur est ulcéré par la démonstration, et l’officier comprenant que c’est la dernière fois qu’il utilise cette machine, il se fait subir la torture…

Le décor, la manière de chanter et la mise en scène même sont assez proches de l’autre spectacle donc, mais l’histoire est tellement différente qu’on ne peut pas les comparer plus. La nouvelle de Kafka est en elle-même porteuse de tellement d’idées et de sous-entendus choquants que l’on peut difficilement rester de marbre. Le plus difficile dans cet opéra consiste à rendre la complexité de la machine et à rendre palpable par la musique et la constitution de l’objet toute l’atrocité de son procédé. Cela se fait avec beaucoup de finesse en montrant le montage successif des pièces qui constituent la machinerie, et surtout des herses et pales qui vont écrire dans la peaux des suppliciés. Évidemment tout cela est imagé et métaphorique, mais assez élaboré et mis en scène pour que cela fonctionne.

J’ai bien marché sur toute la première partie jusqu’à la démonstration de la machine sur le prisonnier. En effet, c’est un moment plutôt terrible et vraiment bien rendu par la musique qui fait littéralement trembler le théâtre à cet instant funeste. Mais globalement, je suis un peu déçu par l’opéra. Je trouve qu’il n’y a pas grand chose dans les rapports entre les personnages (mais ce n’était pas non plus le fort de la nouvelle) et que le propos éminemment politique ne reste finalement qu’effleuré. En outre, lorsque la machine s’emballe et lors du suicide organisé de l’officier, j’ai trouvé que la musique et les chants manquaient d’énergie et de ce souffle énorme qui nous avait terrassé lors de la démonstration.

Du coup, je reste un peu sur ma faim et pour une fois pas convaincu par mon idole. Malgré tout l’ensemble est une œuvre qui tient la route et que j’ai eu plaisir à voir et écouter. C’est juste, qu’encore une fois, j’attendais un peu plus une œuvre d’une densité émotionnelle égale aux Enfants Terribles. Mais je sais bien que les œuvres d’origine n’ont rien à voir, et que j’ai certainement plus un problème avec la nouvelle de Kafka. Hé hé hé.

Dans la colonie pénitentiaire au Théâtre de l'Athénée de Philip Glass - Franz Kafka

« Les Enfants Terribles » de Philip Glass au Théâtre de l’Athénée

Philip Glass… J’ai déjà dit et redit toute la fascination et la passion que je nourris pour ce compositeur. J’aime autant chez lui ses premières compositions hyper-minimalistes à la Steve Reich, que les opéras ou les musiques de film. Pourtant ce sont bien souvent des motifs répétitifs et hypnotiques qui en saoulent plus d’un, mais qui moi me ravissent au plus haut point.

Philip Glass a créé quelques opéras dont la géniale trilogie « Einstein on the beach », « Satyagraha », « Akhnaten », mais il a aussi mis en musique trois oeuvres de Jean Cocteau dont Orphée, La Belle et la Bête, et « Les Enfants Terribles ». Pour ce dernier opéra que je viens donc de découvrir en live, le théâtre de l’Athénée propose un spectacle extraordinaire qui m’a enchanté de bout en bout.

Il est difficile de commencer à célébrer tel ou tel éléments, étant donné que j’ai vraiment la sensation que c’est l’ensemble qui crée un spectacle aussi beau et impressionnant. Il y a les décors et les deus-ex-machina qui soulignent habilement et justement les chants, les chorégraphies enlevées et très expressives, les chanteurs et chanteuses à la hauteur, les trois pianos électroniques qui jouent ensemble et sont placés au fond de la scène. Et enfin, la mise en scène de Paul Desveaux qui permet à tous ces rouages de parfaitement s’imbriquer et de réellement entrer en résonance. Du coup, le tout est à mon avis particulièrement réussi, alors que pris séparément ce n’était pas évident.

L’histoire est évidemment basée sur le bouquin de Cocteau, et se prête très bien à l’adaptation lyrique. On pourra avoir quelques difficultés au début quant à la manière de chanter qui est très « parlé » du genre « Parapluie de Cherbourg ». Mais j’ai trouvé qu’on oubliait vite cela, tant on est pris dans l’histoire et dans l’action qui est assez soutenue. En outre, la durée de l’opéra est plus que digeste, 1h30, et on n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer.

La musique de Glass est comme d’habitude, minimale et répétitive, et j’en suis féru. On retrouve même beaucoup de similitudes et de séquences proches des solos piano comme les « Metamorphosis ». J’ai passé un moment vraiment fabuleux, et j’espère vite revoir des spectacles de cette qualité.

L’avis de la copine qui n’a pas aimé : Franck.

« Les Enfants Terribles » de Philip Glass au Théâtre de l'Athénée

L’American Ballet Theatre Au Théâtre du Châtelet

Tout a commencé comme une de ces hasards du blog que j’adore. Il y a quelques temps j’ai remontré un extrait d’un ballet contemporain sur une musique de Philip Glass, ce dernier étant un compositeur que j’admire et dont j’ai beaucoup parlé ici. Je ne savais pas exactement qui avait chorégraphié ce ballet, ni s’il en existait des enregistrements vidéos. Et voilà que Laurent, que ses bontés envers moi lui soit rendu au centuple au paradis des pédés, m’apprend en commentaire que, non seulement, ce ballet est de Twyla Tharp, mais qu’en plus il va être visible au Théâtre du Châtelet ce dimanche. Ni une, ni deux, j’ai dégainé ma carte bleue et me suis dégoté deux excellentes places (en plein milieu d’orchestre), en pensant à ma Cici d’amûûûr dont c’était l’anniversaire.

La troupe de l’American Ballet Theatre m’a beaucoup fait penser aux danseurs du « Swan Lake » de Matthew Bourne, dans le sens où on trouve là des athlètes superbes qui magnifient des shows millimétrés, mais qui manquent peut-être un peu de la grâce et la perfection des ballets « traditionnels ». L’originalité de ce programme résidait vraiment pour moi dans une approche chronologique aussi divertissante que didactique. En effet, on y a vu trois ballets de trois époques et de trois genres, en démarrant par Mozart (18e), en finissant par Philip Glass (fin 20e, début 21e) et en passant par Gustav Mahler (fin 19e, début 20e).

La « Symphonie concertante » fut donc la première oeuvre de Mozart avec une chorégraphie très classique et superbe de Balanchine. Un vrai régal pour les yeux, et un apaisement de l’âme sont instillés par les mouvements de symétrie et les expressions ce ballet. Mais petit bémol, comme je le disais plus haut, il manquait un rien de grâce et de légèreté, une toute petite touche encore plus classique et éthérée en plus.

Ensuite, on a eu droit aux « Dark Elegies » de Mahler, avec une histoire à pleurer dans les chaumières (très bien racontée en allemand par un chanteur lyrique, même si évidemment, je n’y ai rien entravé) et une chorégraphie d’Anthony Tudor. Cette dernière était déjà sans doute très arty à l’époque (1937), et on ne peut pas dire que ça ait si bien vieilli que cela, comme Laurent le soulignait. Malgré cela, les danseurs et danseuses sont remarquables, et servent admirablement l’oeuvre. C’est juste vraiment trop dépressif, Mylène aurait adoré. (Gvgvsse va me tuer pour cette remarque, rhoooo !)

Et enfin l’apothéose, nous sommes en 1986, et Twyla Tharp crée cette chorégraphie extraordinaire sur l’extraordinaire musique de Philip Glass… « In the Upper Room ». Simplement magnifique et terriblement émouvant, j’ai été saisi, retourné, convulsé, excité, affolé, extasié pendant tout le ballet. Aaaaaah mon petit Philip, je t’adore !

Et là les performances physiques et artistiques de la troupe prennent toutes leur importance, et démontrent leur excellence avec un certain brio. Tout m’a plu. Tout ! Le décor fait de lumière et d’un fantomatique brouillard d’où les danseurs et danseuses surgissent, comme du néant. Mais aussi les costumes et les couleurs qui s’animent par les gestes précis et syncopés des hommes et des femmes. Tableaux par tableaux, ils composent une oeuvre rythmée, cadencée, formellement très belle et foncièrement remuante. On est alpagué dès les premières notes, et on n’est relâché qu’à la dernière, essoufflé, terrassé, et heureux d’avoir vécu cela.

Désolé, je ne peux être que dithyrambique, et c’est aussi sincère que totalement subjectif. Car je dois reconnaître que les ressors musicaux sont assez faciles, et que c’est de la musique plus « populaire » que « classique », que cela paraît même grossier à certains ou de « concierge ». Mais j’y suis sensible à un point que vous ne pouvez pas imaginer, et cette mise en mouvement de cette musique produit une oeuvre monolithique et indissociable qui m’a totalement conquis.

Encore, encore, encore !

Concierge poweeeeeer !