15 articles tagués avec “Philip K. Dick”

  • Boukinage
Les voix de l’asphalte (Philip K. Dick)

Publié le Dimanche 5 Juin 2011 - 1:18
Catégorie: Boukinage

Il est toujours extrêmement tentant de se jeter sur un bouquin d’un de ses auteurs favoris, alors qu’il est mort en 1982, et que le livre en question est inédit !! Même si c’était un roman refusé par l’éditeur à l’époque, même si ce n’est pas de la SF alors que c’est aussi ce qu’on attend (et aime) chez cet écrivain, on est forcément curieux. Et Philip K. Dick est un putain d’auteur pour moi, un de ces auteurs qui comptent dans ma “vie” littéraire.

Mais là je dois avouer une relative déception à la lecture de ce gros roman. J’en comprends pourtant bien le contexte, Philip K. Dick a envie d’écrire un texte plus long et abouti que d’habitude, un texte sans SF ou du moins pas dans les formes qu’il a exploité jusque là. Moi qui ai toujours regretté qu’il ait écrit tant de nouvelles, et qu’il nous laissait parfois trop vite dans des univers qu’on aurait voulu explorer plus avant, eh bien là ce n’est pas le cas. Mais pas de pot (pour moi), le manque de fibre SF a été fatal, et surtout mon désintérêt bien prosaïque pour ses protagonistes et l’intrigue…

Petit problème donc, malgré de vraies qualités littéraires et une écriture toute dickienne très plaisante, ainsi que la récurrence de thèmes fétiches tels la religion, l’intolérance et ce mal-aise existentiel qui vire à la paranoïa du gars qui “a tout pour plaire” en apparence. Mais le souci, c’est qu’après avoir compris l’intrigue de base, j’ai trouvé que l’auteur nous enlisait dans des considérations un peu fumeuses et surtout répétitives.

C’est l’histoire d’un gars, Stuart, qui a une vie tout à fait banale et sympathique avec une gentille femme, un gentil job en tant que vendeur de télé, une gentille ambition etc. Mais il sait que tout cela n’est pas pour lui tout en ne sachant pas quelle décision prendre, et puis il y a l’incursion dans sa vie de ce prophète d’un nouveau mouvement religieux, Theodore Beckheim, qui change la donne. Stuart est intrigué par la société des Gardiens de Jésus et ses préceptes. Mais tout cela est plutôt l’occasion d’une descente en flammes de l’American Way Of Life à coups de crédits pour entrer avec ses deux sabots dans la sacrosainte société de consommation. (Mais merde, ça fait pas 478 pages !!)

Donc j’étais content d’avoir un K. Dick qui se pose pour fouiller ses personnages, mais je n’arrive pas à le suivre sur le coup, je le trouve aussi confus que son protagoniste principal, et cette curieuse symétrie entre l’écriture et le héros hésitant et parano, m’a rapidement fait lâcher le bouquin. Je me suis fais violence pour terminer mais sans plaisir aucun (à part ce petit truc grisant quand on termine n’importe quel roman, mais j’essaie de m’en distancier là).

Les voix de l'asphalte (Philip K. Dick)

  • Boukinage
A rebrousse-temps (Philip K. Dick)

Publié le Mercredi 5 Mai 2010 - 0:10
Catégorie: Boukinage

Je continue cahin-caha à parfaire ma connaissance des romans de ce dieu de la SF qu’est Philip K. Dick pour moi. Mais là j’avoue que le livre est inférieur à ce que j’avais lu avant, il s’agit plus pour moi d’une excellente idée de départ au sein d’un roman assez mineur et quelconque.

Car l’idée géniale et complètement dingue qui soutient le roman tient à un phénomène naturel découvert par un certain Alex Hobart (d’où l’effet Hobart). Ce scientifique a découvert qu’à partir de 1986, il y aurait un effet rétrotemporel global qui ferait que toute la nature irait en sens contraire… Ainsi les gens rajeunissent, les morts ressuscitent, et il y a des entreprises spécialisées, comme celle de Sebastian, pour récupérer les macchabées moribonds qui suffoquent dans leurs tombes et essaient d’attirer l’attention. Du coup cela change terriblement les règles et les us sur notre planète, avec des gens qui ne mangent plus vraiment mais régurgitent, des cigarettes qui se défument ou bien des livres qui se désécrivent. Cette société est à la main de plusieurs mouvances politicoreligieuses dont les Oblits, les Udites ou le Vatican.

Toutes ces congrégations sont sur le qui vive lorsque Sebastian découvre par hasard la dépouille tout juste revigorée de l’Anarque Thomas Peak, le prophète charismatique du mouvement Udi, et de la LMN (Libre Municipalité Noire). Tout le monde se met sur le dos de Sebastian pour récupérer le bonhomme, pour le célébrer, le tuer ou le tromper, et bien d’autres choses.

Comme dans tous les romans de ce type, on trouve aussi une ou deux amourettes un peu débiles, mais surtout cet imbroglio politique pas toujours bien ficelé, et cette trame temporelle à rebrousse-poil qui est particulièrement fascinante. C’est vraiment le fond du bouquin que j’ai aimé, et qui m’a accroché, et on retrouve là toute l’imagination fertile de K. Dick, et son sens bien propre et singulier de la SF. De même, le bouquin a été publié en 1967, et ce n’est pas anodin du tout quand on lit entre les lignes des masses politiques ainsi imaginées. Mais globalement, j’ai trouvé que le livre se lisait moins bien que les autres, avec quelques soucis de crédibilité ou de cohérence, et une histoire qui tend à se perdre dans des méandres narratifs.

Rien que pour l’idée et sa mise en scène, je suis très content de l’avoir lu !

A rebrousse-temps (Philip K. Dick)

  • Boukinage
Loterie solaire (Philip K. Dick)

Publié le Jeudi 12 Février 2009 - 22:57
Catégorie: Boukinage

Ce roman de Philip K. Dick, un écrivain dont j’essaie de lire toute l’oeuvre (au fur et à mesure de mes pérégrinations livresques), est en fait le tout premier à avoir été publié en 1955. Comme d’habitude, la valeur du bouquin ne tient pas tant pour son écriture, mais surtout pour ses personnages et son foisonnement d’idées, pour cette aptitude à créer en quelques pages un monde doté d’une logique parallèle qui nous échappe et nous est très familière à la fois.

Philip K. Dick décrit un monde futuriste où tout est régi par le jeu. Ainsi un « maître de jeu » dirige toute la Terre, et il est choisi par le principe de la « bouteille » qui repose sur la théorie du minimax (élaboré par John Von Neumann). Tous les humains possède une « carte » qui leur permet de faire partie de cette grande loterie. Encore plus étrange, les maîtres du jeu sont aussi poursuivis par des assassins, et ils sont protégés par une garde rapprochée de mutants aux pouvoirs télépathes.

Tout commence par le licenciement de Ted Benteley. Ce dernier un peu au bout du rouleau, et voulant changer sa destinée, se rend au gouvernement pour prêter serment auprès du « meneur de jeu » Verrick. Ce dernier l’arnaque un peu vu qu’il a été destitué par un changement de « bouteille » le matin même. Celui qui a été choisi, Cartwright, n’est pourtant pas bien intéressé par ce rôle majeur. Il préfère se concentrer sur son projet de prestonite, c’est-à-dire qu’il voue un culte à John Preston, un illuminé qui promet une vie nouvelle au-delà du système solaire. Les prestonites ont ainsi construit un vaisseau pour se rendre sur la dixième planète, et Cartwright décide d’utiliser ses nouvelles fonctions pour aider ses partisans. Pendant ce temps, Verrick est bien décidé à reprendre le pouvoir, et notamment à tout faire pour que Cartwright se fasse rapidement assassiner. Benteley ayant prêté serment, il est attaché à Verrick, et va être utilisé dans une sombre et originale machinerie.

On retrouve pas mal des thématiques traitées par K. Dick, et même si le roman souffre d’une certaine verdeur, l’auteur compense avec une histoire vraiment singulière et palpitante. Que ce soit dans la description de cette société entièrement soumise à la Fortune, ou bien le système économique oligarchique proche de « Simulacres », ou encore cette géniale idée pour tromper la garde de télépathes qui protège Cartwright, le maître K. Dick s’annonce déjà comme un grand du genre.

Autant j’ai pu mettre en garde certains débutants sur des livres, autant celui-ci est tout à fait digeste. Il a juste quelques maladresses pardonnables, comme par exemple cette multiplicité d’intrigues qui ne servent pas toujours bien un but, et dont, jusqu’au bout, on a du mal à connaître l’intérêt ou l’importance. Mais j’ai pris beaucoup de plaisir à comprendre ce monde, encore une fois si différent de nous, mais finalement si proche, et l’étude de la théorie du minimax donne quelques pistes vraiment irrésistibles d’intelligence et d’intuition toute dickienne.

Loterie solaire - Philip K. Dick

  • Matooyage
Glissement de temps sur Mars (1964)

Publié le Jeudi 30 Octobre 2008 - 23:45
Catégorie: Matooyage

Allez hop, deux à la suite, j’ai dévoré un autre roman de Philip K. Dick. Et celui-ci est un peu plus facile à appréhender que « Simulacres », même si on retrouve encore les gimmicks si chers à l’auteur. Et notamment la schizophrénie qui est un des éléments centraux de cette intrigue martienne. Ce qui est marrant aussi c’est de découvrir ce bouquin et de penser rapidement à « Total Recall », dont j’avais carrément oublié qu’il était basé sur un bouquin du maître. Et en effet, la nouvelle qui a donné lieu à ce film deSF devenu un classique, « We Can Remember It for You Wholesale », date de 1966.

Nous sommes donc sur la planète Mars, que les hommes ont colonisé pour fuir une Terre un peu trop peuplée. La vie est dure sur Mars, car l’eau est rare, et l’industrie presque inexistante. On ressent un peu l’ambiance comme celle de pionniers dans un pays un peu sauvage, et dont les hommes forts sont les maîtres. Il y a malgré tout une population autochtone (évidemment il faut se détacher des connaissances actuelles de la planète) qu’on appelle des bleeks (et qui ont la peau noire). Jack Bohlen est réparateur, et il fait vivre ainsi sa famille, il a d’ailleurs fuit la Terre après une grosse crise de schizophrénie, dont il s’est remis. Un nabab local, Arnie Kott, croit en cette théorie qui fait de l’autisme une sorte de don de prescience. Ainsi pour prévoir l’avenir, il veut utiliser Jack afin de communiquer avec Manfred, un gamin autiste, schizophrène et incapable de communiquer.

Cette théorie un peu dingue est vraiment passionnante, elle part du postulat que Manfred ne peut pas communiquer avec ceux qui l’entourent car il est en décalage avec son environnement, en décalage temporel. Ainsi il verrait le futur, et sa maladie est sa seule échappatoire… En effet, Manfred vit dans son monde, mais au bout d’un moment on se demande si son pouvoir n’est pas en fait de pouvoir aspirer les gens dans ses visions, et ces visions du futur ne sont pas vraiment idylliques…

Et les imbrications des pensées des uns dans les autres, le retour en force de la schizophrénie de Jack, les ambitions morbides d’Arnie, les errements mystiques et désespérés des bleeks, le désespoir de cette mère de famille qui alterne entre barbituriques et amphétamines… Tout cela donne un roman à la SF bien élaborée et visionnaire, avec un subtil flou schizophrènique qui s’empare peu à peu du lecteur, et vous plonge dans une ambiance bien singulière. Philip K. Dick était vraiment un écrivain génial, car il écrit bien de la SF, mais il en profite pour être tout à fait actuel (et surtout sur les années 60 qu’il vivait) et critique de la société américaine à la “Desperate housewives” tout en nous recollant une bonne histoire de schizo là-dessus.

Ce livre là est beaucoup plus digeste et classique que « Simulacres », même s’il faut s’accrocher lorsque la réalité commence à perdre sa consistence prosaïque. Et jusqu’au bout du bouquin, on ne sait pas à quel point on aura pu se leurrer.

Glissement de temps sur Mars (1964) - Philip K. Dick

  • Boukinage
Simulacres

Publié le Mercredi 22 Octobre 2008 - 23:52
Catégorie: Boukinage

Hey, ça fait tout de même le onzième bouquin de K. Dick que je chronique dans ce blog ! Du coup, j’ai bien dû en lire une quinzaine en tout maintenant ! Je suis vraiment toujours aussi fan du maître, mais il faut avouer que ce bouquin là est vraiment à la limite du supportable. C’est le bouquin de K. Dick le plus étrange, complexe et décousu que j’ai lu, mais ça reste encore truffé de très bonnes choses.

Nous sommes en 2040, la Terre a subi bien des guerres, et finalement une bonne partie de sa surface est dévastée et radioactive. Les gouvernements se sont réorganisés, et les Etats-Unis englobent même l’Allemagne, d’ailleurs beaucoup de mots “administratifs” du bouquin sont tirés de l’allemand. Etrange… La société aussi est organisée de manière singulière, nous y trouvons deux castes assez distinctes avec les Ges, ceux de la haute, et les Bes , le reste de la population. La notion même de pays est toute relative puisque les gens se sont regroupés dans des “immeubles” qui sont de véritables tribus dont les règles de vie sont draconiennes, mais permettent de maintenir un sentiment d’appartenance très particulier. Le plus dingue, c’est que le pays est dirigé par un président, der Alte, qui est un robot, un simulacre, et seuls les Ges sont au courant. Le véritable maître du pouvoir est la première Dame, Nicole Thibodeaux , mais on apprend aussi qu’elle n’est qu’un mannequin qu’on remplace régulièrement avec des filles ressemblantes, pour qu’elle conserve sa jeunesse et sa beauté.

Ajoutez à cela, des personnages et des intrigues qui sont multiples et plus ou moins liés, mais le tout sans une narration très organisée, ou qui permette de suivre un fil. Du coup, la lecture commence et on retient les intrigues au fur et à mesure, et les personnages, mais au bout d’un moment ce n’est pas une sinécure, car on amoncelle les informations sans avoir de liant évident.

Tout commence en tout cas par la mise hors la loi des psychanalystes, grâce au lobby d’une puissante industrie pharmaceutique qui arrive à convaincre du seul bien-fondé des traitements chimiques. Le dernier psy du monde, le docteur Egon Superb , va être un lien intéressant entre toutes ces intrigues… En effet, il est approché par Nicole, mais aussi par un pianiste, doté de télékinésie et schizophrène, ou bien deux frères qui ont des problèmes conjugaux, un type qui permet aux gens de fuir sur Mars, des journalistes qui cherchent un scoop etc. Mais jusqu’au bout, le bouquin reste un peu énigmatique, tout en instillant des images dickiennes toute familière. On y retrouve bien son affection pour la schizophrénie, les voyages dans le temps qui permettent l’uchronie, et notamment la manière dont l’idéologie nazie n’est jamais loin des totalitarismes. Evidemment aussi, la réalité et ses artifices sont des notions rebattues dans l’oeuvre de K. Dick qui trouvent naturellement leur place dans cet univers dirigé par un “simulacre”.

C’est un livre pas évident à décrypter pour les béotiens, mais qui m’a drôlement intrigué, et que j’ai beaucoup aimé rétrospectivement. Il possède vraiment toute la mythologie de K. Dick, et même s’il n’a pas la veine romancière “facile”, et donne du fil à retordre, il délivre aussi des clefs importantes de l’univers de l’auteur. On y trouve aussi toujours quelques trouvailles qui sont bien originales, comme des artefacts du futur à la fois très futuristes et terriblement obsolètes pour nous. Par exemple, un journaliste utilise un magnétophone pour enregistrer ses interviews, mais l’outil en question est motorisé par une bestiole semi-vivante de je ne sais plus quelle planète…

Bon clairement, je ne conseille ce bouquin que pour les fans.

L’avis mal encodé de mon pingouin préféré : Pingui.

Simulacres - Philip K. Dick

  • Boukinage
La vérité avant-dernière

Publié le Samedi 8 Juillet 2006 - 2:04
Catégorie: Boukinage

Déjà la dernière fois, je m’étais dit que Philip K. Dick avait, sans le vouloir, écrit tous ses romans comme des excellents films de SF, et là encore ce n’est pas démenti. Si cet écrivain fabuleux était vivant il serait sans doute depuis des années la coqueluche d’Hollywood. Ce roman se lit encore comme de la manière dont on regarde un film. L’auteur distille son intrigue avec une stupéfiante efficacité, il mêle avec virtuosité et intelligence son récit futuriste avec ses ingrédients habituels : les faux-semblants, la manipulation à grande échelle, les décalages temporels, les affrontements est-ouest sans fin et des mutations liées à la radioactivité.

Nous sommes le 19 mai 2025, la Terre est un champ de ruine, car la guerre qui oppose l’Est à l’Ouest sévit depuis une quinzaine d’années. Les camps rivalisent de stratagèmes pour se détruire les uns, les autres… armes bactériologiques, robots guerriers (qu’on appelle « SolPlomb » comme Soldat de Plomb), bombes atomiques etc. Des villes des deux grandes puissances sont régulièrement détruites, et les hommes ont du se réfugier dans des abris souterrains pour survivre. Là l’effort de guerre est organisé, et les gens travaillent d’arrache-pied à la fabrication de Solplombs, tout en vivant confinés et de rationnements. Régulièrement ils ont des messages télévisés qui leur arrivent de la surface et les informent de la progression des combats. C’est le « Protecteur » en personne qui leur parle, et tente de leur faire garder espoir.

Voilà, ça c’est la version officielle. La vérité c’est que la guerre a en fait duré deux ans, et tant mieux sinon la Terre aurait vraiment été annihilée. En fait les vétérans des deux côtés se sont arrangés un jour. Ils ont cessé les affrontements, et ils se sont entendus sur un nouvel « ordre mondial ». Des citoyens appelés « Yancees » sont devenus des « Seigneurs » de territoires gigantesques qui sont d’énormes parcs naturels, tandis qu’ils utilisent les robots pour faire leurs travaux. Tout le monde est d’accord pour laisser la majorité de la population dans l’ignorance et les laisser ainsi produire les robots dans le sous-sol, tandis que les yancees jouissent de leurs petits loisirs. Ainsi ils fabriquent de fausses émissions de télévision pour faire croire aux gens que la guerre continue, que des germes virulents sont à la surface, et que la planète est irradiée.

Le responsable d’un de ces bunkers souterrains, Nicholas, doit se rendre à la surface pour tenter de sauver l’un des siens qui est gravement malade. Malgré le danger et les interdictions, il arrive à rejoindre ce « nouveau monde ». Là il découvre la vérité mais aussi ce qui se trame dans cet univers, où les choses ne sont pas aussi simples qu’il y paraît.

Il est très cocasse parfois de lire l’imagination de K. Dick dans un monde futur toujours divisé en deux, ou bien en extrapolant sur des technologies de son époque (le bouquin est écrit en 1964). Ainsi lorsqu’il évoque les robots ou les dispositifs du futur, il est à la fois très en avance (puisqu’il parle de machines extrêmement sophistiquées des années 1990), mais reste sur des bases technologiques déjà complètement désuètes à l’époque où il les situe. Eh bien malgré cela, il est bluffant, et avec très peu d’adaptation on pourrait obtenir un récit d’une crédibilité confondante.

Il est surtout d’une habileté incroyable dans sa narration, et la manière dont il nous entraîne dans son intrigue. On prend un plaisir jubilatoire à suivre l’histoire et à rentrer dans les personnages. On sait que chausse-trappes sur chausse-trappes nous attendent, et que les rebondissements finiront par nous offrir un mot de la fin qui éclairera le tout, ou bien le rendra encore un peu plus obscur ou souvent ironique. D’ailleurs à ce sujet, le titre est génial car il décrit finalement tout le bouquin, mais ne peut être pleinement compris que dans les dernières lignes du livre.

Ce n’est pas de la grande littérature, mais c’est d’une efficacité assez redoutable et il décline des facettes de la Science-fiction qui me touchent particulièrement. Philip K. Dick a encore fait mouche pour moi donc ! Merci du voyage !

Les autres critiques des bouquins de K. Dick dans mon blog :
L’oeil dans le ciel
Substance Mort
Coulez mes larmes, dit le policier
Paycheck
Souvenir
Mensonges & Cie
Le dieu venu du Centaure
Le maître du haut-château
Au bout du labyrinthe

La vérité avant-dernière - Philip K. Dick

  • Boukinage
L’oeil dans le ciel

Publié le Mercredi 24 Mai 2006 - 0:57
Catégorie: Boukinage

Oh là là, mais quel écrivain alors ce K. Dick ! Mais quel écrivain !

Ce bouquin n’est certainement pas un des plus connus, mais à chaque fois qu’il évoque un sujet, cet auteur fait mouche quelque part. Et tout cela en 1957, j’ai presque du mal à croire à un esprit aussi fin et avant-gardiste, à une imagination pareille, à ce talent qui lui permet de mêler avec une habile facilité des concepts sociaux et politique dans ses intrigues de SF.

Et là avec ce roman, la démonstration est exemplaire. Nous sommes en 1959, et une poignée de personnes, accompagnées d’un guide black, visitent le bévatron, une sorte d’accélérateur de particule extraordinairement puissant et novateur. Parmi ces gens, il y a un couple, un brillant électronicien, Jack Hamilton, et sa femme, Marsha, un peu fantasque et idéaliste. A cette époque, l’idéalisme conduit souvent à la suspicion, et les deux sont surveillés par un homme qui la pense carrément une menace communiste. Jack qui travaille à la fabrication de fusées pour l’armée, est sur le point de se faire virer à cause de l’épais dossier de sa femme. Et là catastrophe, le bévatron « explose » et le groupe est soumis à un rayonnement radioactif intense.

On amène le groupe de 8 personnes à l’hôpital, puis chez eux. Mais rapidement Jack comprend que le monde a changé, les règles sont différentes, et le monde a comme été remodelé selon une nouvelle religion. Les prières semblent s’exaucer et il n’y a plus de scientifiques ou de travailleurs, il suffit de prier et de grigris. Jack se rend alors compte qu’ils sont toujours allongés et meurtris dans le bévatron, et qu’ils sont la proie du monde tel qu’il est figuré dans l’esprit d’un des accidentés.

Il va s’agir de sortir de ce monde et de retrouver le vrai, mais en fait ils passent des fantasmes des uns, aux délires obsessionnels des autres, les univers se succèdent et sont de plus en plus dysfonctionnant. Finalement comment savoir si le monde réel est le suivant ? Quid de la réalité ?

On reconnaît bien là les plaisanteries habituelles de K. Dick qui aime les chausse-trappes et les faux-semblants, les réalités multiples et les névroses de ses personnages. Et là en faisant que ses personnages entraînent ses compagnons dans leur « vision du monde », il en profite pour tailler des costards à qui de droit, pour évoquer (sans le citer) le Maccarthysme et la peur aveugle et stupide du communisme, le racisme et les préjugés raciaux à travers le personnage de Bill Laws (le guide noir qui est aussi diplôme en électronique), la bigoterie et les religions, etc. Le voyage que propose l’auteur est toujours aussi dépaysant et surprenant. J’ai adoré la première partie avec le monde selon le vieux général, une Terre dominée par le Second Bab et les babiistes, une religion islamique hégémonique qui permet de communiquer directement avec Dieu, reléguant l’Eglise Catholique à une secte de seconde zone.

Evidemment, le texte a un peu vieilli, et il possède quelques accents désuets. Mais il n’en reste pas moins une démonstration supplémentaire du fascinant savoir-faire de ce monsieur. Et un bouquin Philip K. Dick de plus dans mon escarcelle, mais je n’ai pas encore fini ! Tant mieux !

L'oeil dans le ciel - Philip K. Dick

Les autres critiques :
Substance Mort
Coulez mes larmes, dit le policier
Paycheck
Souvenir
Mensonges & Cie
Le dieu venu du Centaure
Le maître du haut-château
Au bout du labyrinthe
Plus tout ceux que j’ai lu “avant”, notamment le génial Ubik;-)

  • Boukinage
Substance Mort

Publié le Samedi 4 Décembre 2004 - 14:03
Catégorie: Boukinage

Je savais que ce livre était un des grands bouquins de Philip K. Dick que je devais lire un jour. Et comme Tigger me l’avait suggéré en un quinze mille unième commentaire (merci le spam ;-) ), je l’ai acheté et lu rapidement. Et il avait raison, ça m’a incroyablement plu. Et je pense aussi comprendre la résonance toute particulière que cela a pu avoir chez ce blogueur. J’ai aussi pensé à mon ex Sébastien, mon toulousain qui devait faire des check-up réguliers assez contraignants parce qu’il avait bousillé pas mal de choses dans son corps après avoir abusé des buvards entre 17 et 22 ans.

Substance Mort est un roman sublime et effrayant, aussi aliénant que le type en couverture dans son cri de Munch version nineties. Philip K. Dick ne l’a jamais caché, c’était un gros toxico, il aimait raconter ses expériences dans ses bouquins, et il est connu comme l’auteur qui a réussi avec le plus d’acuité à décrire ce que pouvait être un trip sous acide par exemple. Il a expérimenté les années soixante et à peu près toutes les drogues de la Terre, mais il n’en fait pas l’apologie dans ses livres, et dans celui-ci c’est tout le contraire, on y retrouve plus l’esprit « Trainspotting » qui transcrit bien l’horreur de la drogue, tout en assumant son caractère récréatif, échappatoire et jouissif.

Cela m’épate de lire que les délires moléculaires psychédéliques des années 60 se soient si aisément retrouvés dans la consommation d’ecstasy dans les raves des années 90 (que j’ai pas mal fréquentées entre 94 et 96). K. Dick a un talent manifeste pour décrire ces univers, et ce bouquin est particulièrement dédié à tous les gens qu’il a connus et des amis qui sont restés scotchés, y ont laissé leur peau ou une bonne partie de leur santé.

Nous sommes dans un monde post-sixties où la drogue la plus puissante et dangereuse et à l’addiction la plus intense, la Substance Mort, ravage les populations modestes et pauvres. Tout le monde est consommateur et dealer à un certain niveau. Les flics essaient de remonter les filières avec peu de succès. Fred est un agent des stups qui agit sous couverture dans un groupe de junkies/dealers en tant que Bob Arctor. Personne, même les flics ou ses supérieurs, ne savent quelle identité il a endossé. Fred est devenu accroc à la Substance M, comme tous les agents de terrain, et il doit gérer entre sa mission et ce qu’il vit au quotidien. On retrouve bien là la passion de K. Dick pour les situations schizophréniques. Mais pour corser le tout voilà que son boss lui demande d’enquêter sur Bob Arctor, c’est-à-dire lui-même, sur lequel se portent pas mal de soupçons. Donc Fred doit gérer cette situation ubuesque, en plus de la drogue qui commence à lui bousiller sérieusement les synapses, et se méfier à la fois des flics, des junkies, des dealers… d’une vie qui lui échappe totalement.

Il ne se passe pas énormément de choses en terme de récit et la narration n’est pas très complexe ou élaborée, mais l’univers décrit est flippant. Ce n’est pas non plus du « Requiem for a dream », l’auteur est beaucoup plus sobre et posé que cela, mais la manière dont il décrit le manque, l’assuétude et la relation à la substance est troublante de réalisme. J’ai ressenti la frayeur, la perte d’identité ou les troubles cognitifs du héros comme jamais auparavant dans un roman. Et tout cela pour découvrir en conclusion que la source de la drogue n’est pas ce que l’on pense, et là encore la métaphore est aussi superbe que flippante.

Philip K. Dick - Substance Mort

  • Boukinage
Coulez mes larmes, dit le policier

Publié le Mercredi 24 Novembre 2004 - 12:10
Catégorie: Boukinage

Voilà bien un titre de roman bien digne de Philip K. Dick, il adorait donner ce genre d’intitulé à rallonge comme pour le bouquin qui a inspiré le film « Blade Runner » : « Do Androids Dream of Electric Sheeps ? » (Est-ce que les Androïdes Rêvent de Moutons Electriques ? certes un peu plus original non ?).

Il s’agit d’un roman bien classique dans le style et les thèmes chers à K. Dick, mais habituellement cela n’aurait donné lieu qu’à une nouvelle. Aussi je trouve que l’intérêt majeur de cet oeuvre est d’en avoir finalement tiré un véritable roman, donc un peu plus de place pour une expression romanesque plus étoffé qu’à l’habitude.

On suit donc l’histoire de Jason Taverner qui est un célèbre animateur de talk-show, et qui fort de ses 30 millions de spectateurs se la coule douce dans une société complètement fliquée, où l’on est envoyé en camp de travail à vie pour ne pas avoir ses papiers sur soi. Et puis Jason a une autre particularité, il est un « six », le résultat d’une ancienne expérience génétique ayant pour but de créer des êtres supérieurs physiquement et intellectuellement. Or, un jour il se réveille la gueule de bois dans un hôtel et sa vie n’est plus la même. Il n’existe plus dans cette espèce de monde parallèle ou rien n’a changé sauf ce simple fait annihilant toute trace de lui. Aussi, il se retrouve rapidement dans la panade puisqu’il y a des contrôles de police tous les 50 mètres, et que s’il ne récupère pas rapidement des papiers d’identité, il risque de se faire tuer sans sommation.

Comme je disais, du K. Dick classique dans la chute d’une personne dans un monde parallèle ou dans une réalité altérée. Et en fin de compte, cette réalité ne serait-elle pas simplement un mauvais trip sous acide de Jason ? Ou bien est-ce au contraire que Jason vient de se réveiller à la réalité tangible d’une longue montée de drogue, et que sa vraie vie est celle d’un minable anonyme ? Ou pire… le trip d’une autre personne qui projette Jason dans sa propre défonce ?

Le roman délivre peu à peu des indices, et est beaucoup plus précis et détaillé que d’habitude sur les personnalités des différents personnages, ainsi que sur les intrigues amoureuses secondaires. Ce n’est certainement pas un livre majeur dans l’oeuvre de K. Dick, mais toujours aussi efficace et plaisant à lire.

Coulez mes larmes, dit le policier - Philip K. Dick

  • Boukinage
Paycheck

Publié le Dimanche 10 Octobre 2004 - 12:04
Catégorie: Boukinage

Voilà un recueil de nouvelles de Philip K. Dick que je ne connaissais pas, mais le titre me rappelait bien une des dernières adaptations cinématographiques d’un récit du maître de la SF. On ne peut pas dire que ce recueil soit une sélection des meilleures choses écrites par K. Dick, c’est en fait assez inégal. Le style et le niveau même littéraire est parfois un peu limite à mon goût, et ces récits ont tous été publiés de 1953 à 1974 dans diverses revues de SF. « Paycheck » est en fait une nouvelle vraiment banale et classique dans le veine SF des années 50 aux US. Je ne sais pas ce que le film a donné, je suis maintenant curieux de voir ça.

K. Dick n’est pas tant un écrivain reconnu pour son style, mais bien pour ses histoires et ses idées. Et là encore, il fait fort. Même si l’ensemble me parait mineur, du coup j’ai été très sensible au fond et on se demande bien comment un homme pouvait-il avoir de pareilles idées dans les années 50 (les buvards de LSD devaient l’aider me direz-vous… certes certes !). Comme ce sont des nouvelles, on a l’impression que l’auteur a eu une idée, un concept simple d’une intrigue fantastique, et qu’il a jeté cela sur le papier sans bien y mettre les formes, mais simplement pour donner vie à son idée, à sa vision créatrice. Aussi chaque histoire est basée sur une approche linéaire soit psychologique, sociale, politique, médicale vue à travers la lorgnette à voir dans le futur de K. Dick. Et certaines intrigues sont très habiles et troublantes. Comme d’habitude, l’écrivain nous intime à remettre en question notre environnement tel qu’on le perçoit, à considérer que le réel n’est que la surface des choses, et qu’on ne voit ce qu’on nous apprend à voir avec des préceptes humains et donc forcément peu fiables ou faux.

Il est toujours marrant de lire dans ces récits de SF de moins en moins contemporains (mes auteurs favoris restant ces auteurs américains des années 50-60 tels Asimov ou D. Simak), que les auteurs arrivent à écrire sur le futur en en faisant des univers tout aussi surannés et obsolètes pour nous. Et je suppose que dans un futur proche, les auteurs d’aujourd’hui seront tout aussi désuets avec leur monde de demain qui, pourtant, nous parait assez réaliste ou cohérent. On trouve donc dans ces nouvelles certains « anachronismes » du futur qui est particulièrement symptomatique de la génération des auteurs qui ne mesuraient pas vraiment l’importance de l’ordinateur, même si la « machine » en tant que telle est présente. K. Dick continue a imaginer les grandes civilisations du futur comme l’affrontement entre les USA et l’Union Soviétique, cela reste un leitmotiv de base chez lui, et manifestement une immense source de frayeur. On ne se détache pas non plus de l’écriture manuscrite et du papier, ainsi pour communiquer avec une machine, on écrit sur une feuille, et la machine lit cela pour agir. Ses robots restent aussi des êtres mécaniques rudimentaires et caricaturaux. Par contre, il a un talent dingue pour inventer des machines et des néologismes très fins et intelligents.

La dernière nouvelle a été écrite en 1974, et je l’ai trouvée particulièrement intéressante. « Les pré-personnes » évoque ce qui devait être aussi aux US l’époque un sujet d’actualité brûlant : l’avortement. K. Dick démontre donc plus ou moins sa farouche opposition à cela dans une nouvelle en forme de brûlot politique qui sent aussi un peu la misogynie. Il explique comment on a basé la loi sur l’avortement en fonction de la notion de personne du foetus, et que le fait de dire que l’on pouvait se débarrasser d’un enfant tant qu’il n’était pas vraiment un être est inepte. Ainsi dans son histoire, l’avortement a ainsi politiquement progressé jusqu’à devenir une loi qui stipule qu’une personne n’a une âme que lorsqu’elle commence à comprendre les principes de base d’algèbre, et la loi fixe cette limite à 12 ans. Ainsi en deçà, les parents peuvent avorter de leurs enfants, ce qui est une pratique courante pour se débarrasser de gamins rébarbatifs. Des voitures de « fourrière » circule dans la ville à la recherche des enfants errants, et ils leur vident l’air de leur poumons, si au bout d’un mois ils n’ont pas été adoptés, ou récupérés par leur parents.

Il est dans cette nouvelle, et à propos de l’avortement, horriblement démagogue et réactionnaire, et j’abhorre complètement les thèses qu’ils déroulent. Mais il n’en reste pas moins, que cette vision purement politique est tout à fait sagace et pertinente. Car K. Dick pose une intrigue plus nuancée qu’un débat anti-avortement contemporain. Il explique une dérive d’un appareillage législatif qu’il réprouve, et il justifie cette pratique par une surpopulation de la planète et un moyen de limiter la démographie, mais aussi par une concurrence générationnelle plutôt que ce qu’on appelle le « conflit des générations ». Et là du coup, on peut penser au livre de Maïa Mazaurette. Le héros de la nouvelle explique :

Que sont devenues les vertus maternelles ? se demanda-t-il. Celles qui avaient cours au temps où les mères protégeaient en premier lieu ce qui était petit, faible et sans défense ?

C’est parce que la concurrence règne en maître dans notre société, décréta-t-il. Avec la survie du plus fort. Non pas du plus apte, mais de celui qui détient le pouvoir. Et qui n’est pas disposé à le céder à la génération suivante : c’est le combat des anciens, puissants et mauvais, contre les nouveaux venus, doux et impuissants.

Paycheck - Philip K. Dick

PS : J’ai mis un peu plus longtemps à finir ce post, car une facheuse s’est assoupie sur mes genoux, et en s’étirant a quelque peu empiété sur mon territoire.

Pfff je peux plus écrire