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“L’Ecrivain” et “L’imposture des mots” (Yasmina Khadra)

Publié le Jeudi 22 Septembre 2011 - 0:37
Catégorie: Boukinage

J’ai poursuivi ma découverte de Yasmina Khadra par ces deux livres que je chronique exceptionnellement ensemble parce qu’ils forment une sorte de “tout”, même si le premier est un roman autobiographique et le second une réponse sous forme d’essai romancé à une presse courroucée par les révélations du premier ouvrage.

En effet, Yasmina Khadra est un homme malgré son choix de pseudonyme (les deux prénoms de son épouse), et en plus de cela c’est un militaire de carrière (son père est aussi militaire). Il a publié plusieurs romans (la plupart sur des thèmes liés à la guerre civile dans les années 90 et l’islamisme) qui ont eu énormément de succès en Algérie mais aussi en France et ailleurs, et il a décidé au bout d’un moment de révéler son identité et de vivre de sa plume. Le bouquin “L’Ecrivain” est passionnant puisque l’auteur raconte sa propre histoire et sa construction personnelle en tant qu’écrivain. On le surnommait ainsi alors qu’il était cadet à l’école militaire et qu’il était connu pour ses talents dans ce domaine. “L’imposture des mots” est la réponse aux scandales et polémiques qui ont éclaté suite à cette découverte, en effet les militaires ne sont pas spécialement en odeur de sainteté auprès des intellectuels algériens ou français. Je lisais aussi que beaucoup de femmes et féministes pensaient sincèrement que Yasmina était une femme, et on avait nourri les plus belles espérances sur ce talent féminin à l’acuité si extraordinaire et au talent littéraire plus à prouver. Donc réaliser qu’il s’agissait d’un homme, et qui plus est militaire, a causé bien des désillusions… Yasmina Khadra habite depuis cette période en France, et le second bouquin se passe tout le temps dans notre pays. Les journalistes ont aussi soufflé le chaud et le froid laissant l’auteur parfois dans un grand trouble, et une solitude dont il parle avec beaucoup d’émotion et de sincérité.

L’autre chose que je voulais évoquer m’a été rapportée par des algériens qui m’ont écrit directement par email pour m’expliquer que Yasmina Khadra était un plagiaire et reconnu comme tel (c’est la mode…). Apparemment en effet, un bouquin serait reconnu comme tel et certains ont de gros doutes sur un de ses best-sellers. L’auteur lui s’en défend tout à fait. Je ne prends aucun parti dans ces polémiques, et je me suis rassuré sur le fait que les quatre bouquins lus sont bien de lui et bénéficient d’une plume brillante et qui m’enchante.

On reconnaît déjà dans le récit de l’enfance de Yasmina Khadra les prémices des deux premiers romans que j’ai lu, avec quelques personnages dont on imagine facilement la transposition de sa vie réelle à sa vie de papier. Et dans le second j’ai beaucoup aimé que l’auteur soit en conversation avec quelques uns de ses personnages les plus marquants, et pas les plus sympathiques. Il y a d’ailleurs le nain Zane avec qui il converse assez violemment, et cela a encore renforcé l’effet qu’avait eu sur moi ce curieux protagoniste.

Je me suis peut-être fait avoir, et j’admets être candide, mais j’aime vraiment la manière dont il se raconte avec ses souffrances, ses hésitations, sa relation tourmentée avec son père, la brutalité de sa formation militaire, et finalement tout ce qu’il a tiré de bon de cette expérience. Bien évidemment en tant que militaire et notable de cette société pourrie qu’il décrit aussi dans ses bouquins, il est parfois difficile de le mettre d’un côté ou de l’autre… Bon ou mauvais ? Ce serait tellement facile si l’on pouvait être aussi manichéen, mais les choses sont toujours plus complexes et nuancées. L’Ecrivain nous explique surtout le rapport à l’écriture et l’amour des mots, la relation particulière à la langue française qui me touche beaucoup, et cette nécessité impérieuse et foncière de coucher tout et rien sur le papier.

L’imposture de mots se termine bien pour l’écrivain qui conservant droiture, sang-froid et loyauté envers ses idées, et qui par une lettre ouverte à ses détracteurs, finit, j’ai l’impression, par imposer sa tempérance et son indécrottable respect de l’armée algérienne et de ses opinions, aussi contrastées soient elles.

"L'Ecrivain" et "L'imposture des mots" (Yasmina Khadra)

  • Boukinage
Les agneaux du seigneur (Yasmina Khadra)

Publié le Mercredi 21 Septembre 2011 - 23:37
Catégorie: Boukinage

La lecture du premier bouquin de Yasmina Khadra m’a tellement marqué que j’ai été obligé d’en lire plus. Bien m’en a pris car j’ai énormément apprécié découvrir l’écrivain puis l’homme avec deux autres livres beaucoup plus personnels en plus de ce roman-ci. J’en ai encore cité quelques passages, et ai été de nouveau impressionné par la qualité de l’écriture et du style.

Il y a une claire résonance et filiation avec “A quoi rêvent les loups ?” puisque nous sommes dans un récit de montée d’islamisme et de guerre civile enragée, mais cette fois l’intrigue et l’action ont lieu en pleine campagne, dans le milieu le plus fermé et autarcique. C’est d’autant plus étonnant car on imagine plus facilement ce genre de phénomène dans des villes où les gens se connaissent finalement peu, et où on se figure que les mouvements sociaux ont plus de chance de prendre.

Là nous sommes donc à Ghachimat, un village algérien typique, et le roman se compose de deux parties assez distincte. La première est assez longue et m’a presque perdu à un moment, en effet, je ne voyais pas trop où l’auteur voulait en venir, et je commençais à trouver le temps long. Il s’agit d’une mise en place très minutieuse et précise d’une situation, d’un milieu, de descriptions morales et physiques pour nous plonger complètement dans l’univers de cette bourgade. Du coup tout y passe, on a l’instituteur, l’imam, le traître qui était vendu aux français et dont les enfants souffrent encore de l’opprobre, un nain (Zane, c’est le personnage qui m’a le plus marqué) revanchard, veule et inquiétant, et des familles avec leurs particularités et petites histoires. Yasmina Khadra dessine là sa propre comédie humaine avec quelques traits très balzaciens et purement algériens. On sent et voit poindre les rivalités, les jalousies, les puissants et les pauvres, les amoureux et les éconduits, etc.

La rupture vient comme dans le bouquin précédent de l’arrivée presque subite et inopinée de l’islamisme et de la guerre civile dans ce long fleuve tranquille. Alors tout se mélange entre crise politique et religieuse, revanche, prise de pouvoir et le drame prend des proportions extraordinaires. Dans ce petit village, des meurtres ont lieu toutes les nuits, et petit à petit plus personne n’est à l’abri. Encore une fois, j’ai beaucoup aimé l’approche de l’auteur qui fait bien comprendre le bienfondé des idées qui ont mené à cette révolution intérieure, et on y souscrit largement. Mais la soif de pouvoir, l’extrémisme, et dans ce cas, les luttes intestines et les vengeances mesquines transforment le message originel et mutent des agneaux en loups sanguinaires et barbares.

Les descriptions sont tout autant saisissantes et parcimonieuses dans la seconde partie, avec des moments donc très pénibles, et qu’on imagine malheureusement plutôt réalistes. Le bouquin m’a laissé essoufflé et stressé sur la fin, cette barbarie gratuite et vengeresse paraît tellement évidente et dingue à la fois. Cela fait peur de se dire que c’est un mécanisme tristement banal. Et en plus de tout cela, le romancier a le talent pour insuffler une vraie âme à ses personnages, malgré des portraits un peu caricaturaux et “allégoriques”, et on y croit donc d’autant plus, et on est d’autant plus touché.

Les agneaux du seigneur (Yasmina Khadra)

  • Boukinage
A quoi rêvent les loups ? (Yasmina Khadra)

Publié le Samedi 13 Août 2011 - 20:11
Catégorie: Boukinage

Yasmina Khadra est le pseudonyme de cet écrivain algérien qui a ainsi emprunté les prénoms de son épouse, et qui livre là un bouquin à l’écriture qui m’a bluffé et surtout à la fibre romanesque très impressionnante. Je ne m’attendais pas à un roman aussi bon et surtout dans tous ces domaines, en effet l’écriture est superbe (j’ai cité un extrait il y a quelques semaines), et d’autant plus pour un algérien, l’histoire est géniale et elle marie tout aussi bien le roman et l’authenticité de tristes évènements dont on a beaucoup entendu parlé. Nous sommes dans les années 90, et on suit le destin de Nafa Walid, un jeune algérois “moyen”, qui voulait devenir comédien, et qui finira islamiste…

J’avais quelques à priori en me demandant si ça n’allait pas être chiant car trop politique ou orienté, et si cela n’allait pas léser l’aspect romanesque, de même le bouquin est assez court et je doutais de la capacité à raconter autant en si peu. Mais en quelques dizaines de pages, j’ai compris que je découvrais un auteur majeur de la langue française, et tous mes doutes se sont vite dissipés, non seulement l’histoire est passionnante mais on s’identifie facilement avec les personnages, et on a l’impression de mieux comprendre ce qui s’est passé pendant cette sombre période de l’histoire récente algérienne.

Nous sommes au début des années 90, et Nafa est un jeune homme qui rêve de devenir une star de film, mais il doit bosser et donc finit par être chauffeur pour une riche famille algéroise. C’est une société très inéquitable, corrompue et globalement sans espoir. On partage rapidement les frustrations des gens qui doivent composer avec quelques notables qui se prennent pour des nababs dans une ambiance mafieuse délétère. Cette même période est celle de l’islamisation galopante, et on suit donc Nafa être approché par des islamistes et céder peu à peu à leurs sollicitations et propositions. Le talent de Yasmina Khadra est de nous mettre dans la peau de Nafa, un jeune homme qui n’est pas dupe, et on souffre avec lui de cette société inique et pourrie. On comprend d’autant plus cela qu’il y a de fortes résonances avec la récente révolution en Tunisie. Mais pour autant on voit les courants islamistes pour ce qu’ils sont, il s’agit avant tout de prendre le pouvoir, et par une révolution violente et sanguinaire. Le pire c’est que la révolution en elle-même est totalement justifiée, mais il y a de grande chance que cela corresponde à passer de Charybde en Scylla.

Le roman apparaît donc comme un récit très factuel et dont la narration nous explique bien plus que les centaines de choses que j’ai pu lire sur le sujet. Et même comme un récit fictif pur, cela fonctionne parfaitement. On y trouve de l’amour, des péripéties familiales, des coups de feu et des courses-poursuites, mais surtout une belle réflexion en filigrane sur ce que les horreurs que des hommes, à la base innocents, sont capables de commettre. Mais tout se tient tellement que même quand Nafa, auquel on s’attache énormément, se met à assassiner froidement, eh bien le cheminement et la mécanique de ce phénomène conservent toute crédibilité et désespèrent encore plus le lecteur.

Superbe bouquin, et je vais de ce pas rattraper mes lacunes quant à ce Yasmina Khadra !!!

A quoi rêvent les loups ? (Yasmina Khadra)

  • Matooyage
Glissement de temps sur Mars (1964)

Publié le Jeudi 30 Octobre 2008 - 23:45
Catégorie: Matooyage

Allez hop, deux à la suite, j’ai dévoré un autre roman de Philip K. Dick. Et celui-ci est un peu plus facile à appréhender que « Simulacres », même si on retrouve encore les gimmicks si chers à l’auteur. Et notamment la schizophrénie qui est un des éléments centraux de cette intrigue martienne. Ce qui est marrant aussi c’est de découvrir ce bouquin et de penser rapidement à « Total Recall », dont j’avais carrément oublié qu’il était basé sur un bouquin du maître. Et en effet, la nouvelle qui a donné lieu à ce film deSF devenu un classique, « We Can Remember It for You Wholesale », date de 1966.

Nous sommes donc sur la planète Mars, que les hommes ont colonisé pour fuir une Terre un peu trop peuplée. La vie est dure sur Mars, car l’eau est rare, et l’industrie presque inexistante. On ressent un peu l’ambiance comme celle de pionniers dans un pays un peu sauvage, et dont les hommes forts sont les maîtres. Il y a malgré tout une population autochtone (évidemment il faut se détacher des connaissances actuelles de la planète) qu’on appelle des bleeks (et qui ont la peau noire). Jack Bohlen est réparateur, et il fait vivre ainsi sa famille, il a d’ailleurs fuit la Terre après une grosse crise de schizophrénie, dont il s’est remis. Un nabab local, Arnie Kott, croit en cette théorie qui fait de l’autisme une sorte de don de prescience. Ainsi pour prévoir l’avenir, il veut utiliser Jack afin de communiquer avec Manfred, un gamin autiste, schizophrène et incapable de communiquer.

Cette théorie un peu dingue est vraiment passionnante, elle part du postulat que Manfred ne peut pas communiquer avec ceux qui l’entourent car il est en décalage avec son environnement, en décalage temporel. Ainsi il verrait le futur, et sa maladie est sa seule échappatoire… En effet, Manfred vit dans son monde, mais au bout d’un moment on se demande si son pouvoir n’est pas en fait de pouvoir aspirer les gens dans ses visions, et ces visions du futur ne sont pas vraiment idylliques…

Et les imbrications des pensées des uns dans les autres, le retour en force de la schizophrénie de Jack, les ambitions morbides d’Arnie, les errements mystiques et désespérés des bleeks, le désespoir de cette mère de famille qui alterne entre barbituriques et amphétamines… Tout cela donne un roman à la SF bien élaborée et visionnaire, avec un subtil flou schizophrènique qui s’empare peu à peu du lecteur, et vous plonge dans une ambiance bien singulière. Philip K. Dick était vraiment un écrivain génial, car il écrit bien de la SF, mais il en profite pour être tout à fait actuel (et surtout sur les années 60 qu’il vivait) et critique de la société américaine à la “Desperate housewives” tout en nous recollant une bonne histoire de schizo là-dessus.

Ce livre là est beaucoup plus digeste et classique que « Simulacres », même s’il faut s’accrocher lorsque la réalité commence à perdre sa consistence prosaïque. Et jusqu’au bout du bouquin, on ne sait pas à quel point on aura pu se leurrer.

Glissement de temps sur Mars (1964) - Philip K. Dick

  • Boukinage
Le Magasin des Suicides

Publié le Mardi 2 Septembre 2008 - 14:52
Catégorie: Boukinage

Voilà le genre de bouquin qui suscite beaucoup d’intérêt et de critiques dithyrambiques à droite et à gauche. Je suis un peu plus circonspect quant à ce que je peux lire. C’est un tout petit bouquin agréable et plaisant à lire, qui se parcourt en une heure top-chrono, et qui laisse une sympathique impression. Mais sans plus… Donc je ne veux pas le détruire, mais peut-être plutôt en repositionner, à mon humble opinion, la portée littéraire ou l’ampleur qu’on a voulu lui prêter.

Jean Teulé évoque la famille Tuvache, une famille qui est dans le business du suicide, et qui a une sacrée réputation à tenir. Nous sommes dans un univers aux valeurs décalées, un monde dans lequel les gens sont voués à en finir au plus vite avec l’existence. Et le magasin Tuvache propose les meilleurs ingrédients, outillages et méthodes pour se suicider en bonne et due forme. Mais dans ce monde “parfait”, il y a un hic qui survient. Il s’agit du petit dernier, Alan (pour Alan Turing, car ils ont tous des prénoms de personnes suicidées célèbres), qui déploie la faculté la plus troublante et révolutionnaire : la joie de vive. Petit à petit, la famille Tuvache, et bientôt le monde entier, va devoir faire face à ce nouveau paradigme…

Jean Teulé produit donc là, pour moi, une oeuvre toute sympathoche et drolatique, avec des personnages dont les répliques font souvent mouche, et des situations très proches de la « Famille Addams ». Tim Burton aussi ne renierait certainement pas une telle famille, et pourrait bien s’inspirer de cette histoire à dormir debout. J’ai aussi pensé qu’Amélie Nothomb aurait pu broder sur une idée pareille, mais peut-être avec un peu plus d’originalité et de saveur. Car une fois passée la surprise de ce décalage qui fleure bon l’humour noir, la morale de cette fable ne m’a pas paru particulièrement géniale. Non vraiment, j’ai plus accroché avec ces descriptions et saynètes tout droit sorties des dessins de Claude Serre, un des grands maîtres de la BD d’humour noir (à mon avis).

Donc c’est un livre « sympa », distrayant et pas prise de tête, mais ce n’est pas un chef d’oeuvre non plus. L’écriture est assez basique et sans un style extraordinaire, si ce n’est un joli talent pour manier le calembour et l’ironie grinçante.

Le Magasin des Suicides

  • Boukinage
A l’Ouest

Publié le Lundi 26 Février 2007 - 23:50
Catégorie: Boukinage

Le second livre d’Olivier Adam que je lis, et quelle claque encore… Mais alors qu’est-ce que c’est triste, ou plutôt neurasthénique, c’est comme rentrer peu à peu dans la morosité banlieusarde banale d’une cellule familiale énucléée. C’est dire ! Par contre, ce texte respire encore d’une troublante authenticité, et d’un style tranchant et sans miséricorde. Le petit bémol réside dans une écriture un peu moins élaborée, et une narration moins poussée, moins construite qui m’a moins accroché que « Falaises ».

Il faut dire que c’est un tout petit bouquin, un petit opuscule dont le propos aurait pu facilement être dilué dans plus de pages. Mais au contraire, l’auteur est tout en concision et en âpreté, une écriture rêche et parfois elliptique qui trace les grandes lignes, et suggère ou souligne plus qu’elle ne s’attarde sur l’intrigue. Les personnages eux, par contre, sont bien posés et font tout l’intérêt de ce court roman.

Cette famille, c’est une mère, Marie, et ses deux enfants, Antoine et Camille, dans un pavillon de banlieue défraîchi. Antoine a 19 ans et sèche les cours, il est complètement dépressif et « nihiliste », tandis que Camille, collégienne, se réfugie dans la prière et la religion, et que la mère, aussi abattue que ses enfants, a des envies irrépressibles de fuite.

En quelques chapitres, l’histoire s’élabore autour de ces trois personnalités qu’Olivier Adam décrit avec beaucoup de précision, tout en pratiquant en touches impressionnistes très délicates. J’ai vraiment été impressionné par la manière dont on pénètre, on en a du moins l’impression, la psyché des membres de cette famille décalée, et pourtant terriblement caractéristique. Cela m’a collé un de ces bourdons…

Comme je le disais plus haut, j’ai par contre été un peu déçu à côté de « Falaises » qui me paraissait beaucoup mieux écrit, et tenir beaucoup plus la route. Car du fait de sa brièveté et la manière dont le roman est expédié, je suis un peu resté sur ma faim, et j’ai regretté de ne pas rester un peu plus en la compagnie des personnages. Mais c’est indéniablement un petit roman qui ne laisse pas indifférent, et qui touchera encore les banlieusards…

A l'Ouest - Olivier Adam

  • Boukinage
En l'absence des hommes

Publié le Mercredi 3 Septembre 2003 - 17:00
Catégorie: Boukinage

Ce bouquin de Philippe Besson m’a été ardemment conseillé par Elliott, et je l’ai donc acheté dernièrement. C’est un petit bouquin mais qui recèle une grande valeur, il se lit très vite mais m’a laissé une impression très forte. Le roman est divisée en trois parties relativement distinctes par le fond et la forme, et bizarrement j’ai d’abord été agacé puis intrigué et enfin complètement sous le charme de la plume de Besson.

Il faut savoir que c’est un bouquin très pédé dans l’intrigue, puisqu’il s’agit du récit des amours et amitiés singulières d’un adolescent de 16 ans (Vincent), en pleine guerre de 14-18, avec d’un côté un écrivain célèbre de 45 ans « surcharismatique » (un certain Marcel P.), et de l’autre un charmant jeune soldat de 20 ans (Arthur), fils d’une gouvernante. Vincent est un garçon de très bonne famille de cette époque encore très marquée par l’aristocratie française. Un jour d’été 1916, il rencontre dans un salon mondain un écrivain et journaliste aussi célèbre pour ses romans que pour son goût des jeunes hommes. Vincent est complètement fasciné et sous le charme de cet homme. Néanmoins, le soir même, Arthur, le fils de son ancienne gouvernante, rentre du front pour une semaine de permission et lui avoue son amour. Les deux jeunes hommes entament alors une relation charnelle et sentimentale. La première partie du bouquin narre ces relations bicéphales où Vincent, le jour, rencontre Marcel et assume une relation platonique (amicale ?), tandis que la nuit, Arthur le retrouve et ils font l’amour avec passion. La seconde partie est épistolaire, il s’agit des échanges de lettres entre Vincent et ses deux compères qui entérinent l’amour pour Arthur (de retour au front) et une loyale et franche amitié avec Marcel. Finalement, la troisième partie fait le lien entre tous les personnages de la manière la plus ahurissante.

L’écriture est absolument superbe, le style est tout à fait conforme à l’époque et aux milieux qui sont évoqués. Cela donne des phrases très bien tournées et dotées d’un vocabulaire précis, et étrangement c’est une écriture qui est vivante et fluide (alors qu’on s’attend à un style ampoulé un peu âpre). En outre, après quelques pages, on devine aisément que Marcel, puis Marcel P., un écrivain de génie, à la fois journaliste et plutôt porté sur les jeunes garçon, qui voue un véritable culte à sa mère, ne peut être que Marcel Proust. C’est donc un sacré challenge qu’a relevé l’auteur, de mettre en scène et faire s’exprimer un tel protagoniste.

Mais ce sur quoi je voulais insister, c’est mon impression qui a complètement évolué du début à la fin du roman. Vraiment au commencement, j’ai senti le roman typique Rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, et j’ai été assez crispé. Et puis, cette histoire d’un éphèbe aristo qui partage ses journées à pérorer et confabuler avec Proust, et ses nuits à se rouler dans la fange avec un pue-la-sueur m’a irrité. Et puis, j’ai senti que se profilait une relation assumée par Vincent où, il faisait la dichotomie entre une relation platonique avec un de ses pairs et donc socialement acceptable, tandis qu’il ne pouvait pas se permettre une véritable union avec un être d’une caste inférieure. Mais je me suis leurré, ça doit être du à mon côté prolo de base allergique aux bourges élitistes. Et petit à petit, grâce à un texte au style somptueux, à une intrigue à laquelle j’ai peu à peu adhérée, et la seconde partie du bouquin (les échanges de lettres m’ont beaucoup ému ; car, oui, je suis une midinette. Arf.), j’ai vraiment accroché et aimé cet ouvrage. En effet, Vincent tombe sincèrement amoureux d’Arthur et réciproquement, et Marcel devient un ami proche et un confident loyal pour Vincent. En définitive, c’est le récit d’une très belle histoire d’amour, romanesque et passionnelle à souhait, à laquelle bien sûr les homos peuvent facilement s’identifier. La présence de Proust est un formidable clin d’oeil et donne un souffle épique et historique à l’intrigue amoureuse.

En l absence des hommes - Philippe Besson