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Les profondeurs de la terre (Robert Silverberg)

Publié le Mercredi 13 Juillet 2011 - 0:47
Catégorie: Boukinage

Etrange et fascinant roman de Robert Silverberg (c’est donc le 5ème de lui que je lis) qui m’a bien agréablement transporté pendant quelques jours. Apparemment, il s’agit d’un hommage à Joseph Conrad, mais comme je n’ai jamais rien lu de cet écrivain, ça ne m’a pas vraiment sauté aux yeux (ouuuuh la honte). On est dans la SF américaine bien classique que je révère, une période avant les ordinateurs et les réseaux, où les humains vont sur de lointaines planètes et tentent d’apprendre des choses sur des étranges civilisations. Evidemment c’est sur eux qu’ils en apprennent le plus sur le chemin…

Là c’est une planète loin de la Terre qui était une colonie, largement exploitée pour la sécrétion d’une bestiole qui donne un médicament anticancéreux des plus efficaces et permet de catalyser les repousses d’organes pour les humanoïdes (très pratique). Nous sommes huit ans après que la planète ait gagné son indépendance, et un des anciens pontes, Gundersen, revient sur Belzagor pour un motif flou. On comprend que les hommes ne se sont pas forcément bien comportés envers les autochtones, et le livre nous découvre peu à peu une civilisation locale très archaïque et sauvage. Il ne reste plus que quelques centaines d’hommes sur toute la planète, et avec eux une poignée de robots et d’installations sommaires, à peine fonctionnelles pour recevoir des touristes en mal de sensations fortes.

Belzagor possède étonnamment deux espèces dominantes (normalement il n’y en a qu’une), on les voit illustrées sur la couverture ci-dessous. Il y a les nildoror et les sulidoror (on dit respectivement un “nildor” et un “sulidor”). Les premiers paraissent les plus évolués et ressemblent à des éléphants, tandis que les seconds sont plus mystérieux et plus humanoïdes… Gundersen s’interroge sur la notion de “renaissance” que les nildoror semblent tous avoir connu et qui est clef dans leur développement. Lorsqu’ils en ressentent le besoin ils se dirigent vers le Pays des Brumes (dominés par les sulidoror), et ils renaissent sans qu’aucun homme n’en connaisse plus intimement le sens ou le processus. Gundersen demande officiellement à un chef nildor d’aller au Pays des Brumes pour en savoir plus, mais on devine que son voyage a un but bien plus personnel, initiatique et en somme celui d’un véritable pénitent…

Rhaaaa que c’était sympa comme lecture, avec un choc de civilisations comme je les aime, une forte importance de la nature que Clifford D. Simak n’aurait pas renié, et une énigme qui se découvre peu à peu jusqu’à un twist final bien troussé (je me doutais un peu de la fin, mais je n’ai pas boudé mon plaisir). Ce n’est pas de la littérature de haut-vol, et Robert Silverberg, avait déjà fait montre d’une plume un peu plus affutée, mais l’histoire et les personnages compensent cette faiblesse. Les personnages extraterrestres surtout sont bien campés et m’ont beaucoup plu.

Les profondeurs de la terre (Robert Silverberg)

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L’oreille interne (Robert Silverberg)

Publié le Dimanche 25 Juillet 2010 - 3:41
Catégorie: Boukinage

Je disais que Robert Silverberg usait parfois de la veine fantastique à dose homéopathique dans ses romans, mais là c’est encore plus discret. C’est pourtant un de ses meilleurs bouquins selon la critique, et en effet c’est certainement le mieux écrit et le plus “fin”.

David Selig est doté d’un pouvoir qui aurait pu lui apporter gloire et fortune : il peut lire les pensées d’autrui. Au contraire, il a un peu une vie de merde, sans amour, sans vie sociale, et un job qui consiste à écrire les devoirs d’étudiants new-yorkais flemmards moyennant quelques dollars. Pour couronner le tout, David sent son pouvoir exponentiellement décliner, et il comprend que dans quelques mois il en sera totalement dépourvu.

Voilà donc un roman de SF des plus surprenants, puisque ce David Selig a beau être télépathe, on a plutôt l’impression de suivre les péripéties d’un bon Woody Allen. Robert Silverberg a clairement écrit là une quasi biographie, en mettant en tout cas beaucoup de lui dans ce liseur de pensées à l’existence bien morne et tourmentée. David Selig raconte comment il a découvert son don, et tous les épisodes de sa vie, enfance, adolescence, rencontres importantes… Et les femmes évidemment, et surtout Toni qu’il perd un peu bêtement, en lui révélant notamment son pouvoir.

Le roman est puissant dans sa faculté à nous faire rentrer dans l’esprit de cet homme qui lit les esprits des autres. Mais surtout, Robert Silverberg donne là un récit assez inhabituel avec beaucoup de mélancolie, d’introspection, de doute et de remise en question, de questionnements philosophiques que le héros formule pour mieux se situer face à son destin et son “habileté”. De la SF sans faire de la SF mais qui finalement donne un sacré roman de SF, voilà c’est un peu ça… Hé hé.

L'oreille interne (Robert Silverberg)

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Le temps des changements (Robert Silverberg)

Publié le Dimanche 25 Juillet 2010 - 2:39
Catégorie: Boukinage

Je continue ma découverte de ces auteurs de SF que j’aime tellement, et qui vont en gros des années 50 à 70. Robert Silverberg en fait partie, et je l’aime particulièrement pour son inventivité en termes de systèmes sociaux originaux qui sont aussi éloignés de nous qu’ils en deviennent des critiques très fines de notre propre société. Son sens de la SF ou du fantastique n’est pas toujours aussi hyper décalé ou “tape-à-l’œil ” que certains, mais sa vision des sociétés humaines est toujours finement ciselée et souvent fascinante.

C’est exactement le sujet de ce bouquin, qui est écrit sous forme de journal. Son auteur, Kinnal Darival, est un noble d’une planète dont les colons terriens sont peu à peu parvenus à construire leur propre civilisation. Et sur cette planète, il est un tabou ultime c’est celui de dire “je”. Il est totalement proscrit de parler de soi, et surtout d’exprimer ce “je” individuel et purement égotiste. Ces individus ont seulement “une sœur et un frère de lien” qui sont des êtres choisis à la naissance et avec lesquels ils partagent tout et peuvent se montrer un peu plus proches et singuliers, mais toujours sans aller jusqu’au sacrilège du “je”. Le bouquin décrit le parcours de Kinnal et son émancipation, grâce notamment à la rencontre d’un terrien voyageur un peu marginal.

Ce récit est la description pleine d’aventures et de rebondissements d’un homme qui veut dire “je” envers et contre tous, et encore un fois la dimension SF est subtilement instillée tout en conservant le focus sur cette société étrange, et finalement assez proche de nous. On découvre alors comment Kinnal reconnaît le besoin de s’exprimer, de crier ses émotions et son ressenti, et comment cette société va le bannir, le pourchasser, et finalement vouloir le tuer.

J’aime vraiment beaucoup l’écriture de cet auteur, et surtout la manière dont ses engagements et opinions politiques peuvent ainsi transparaître si facilement dans ses œuvres. Voilà un écrivain de SF qui donne beaucoup à penser sur aujourd’hui, tout simplement.

Le temps des changements (Robert Silverberg)

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Les monades urbaines (Robert Silverberg)

Publié le Dimanche 17 Septembre 2006 - 18:46
Catégorie: Boukinage

Robert Silverberg est un des mes auteurs de SF préférés, un de ceux avec lesquels je « voyage » le plus lorsque je le lis. J’avais déjà parlé du « Chemin de l’espace » qui est un de ceux que j’aime beaucoup. « Les monades urbaines » date de 1971, et il est une vision futuriste de l’humanité assez originale, et surtout passionnante à découvrir 35 ans après sa publication. En effet, on a rapidement l’impression qu’il a essayé de prolonger les bouleversements sociaux et politiques de son époque pour imaginer un monde futur qui ne serait que la résultante des émancipations de la fin des années 60.

Ainsi les monades sont de gigantesque gratte-ciels de 1000 étages qui accueillent plus de 800 000 personnes. Ces gens vivent enfermés et en autarcie dans ces bâtiments, dans lesquels une véritable mini-civilisation se développe. La base de cette société futuriste est la procréation et la liberté sexuelle, une liberté qui permet de supprimer la violence et les tensions sociales, et qui rend absconses les notions d’envie ou de jalousie. Ainsi les gens sont encouragés à avoir le plus d’enfants possibles et le plus tôt possible, et tous les soirs chacun peut avoir des rapports sexuels avec qui il a envie (homo, hétéro, endogame…). Du coup la Terre est peuplée de 75 milliards d’individus, et la natalité grimpe encore en flèche. Les monades permettent de ne pas occuper beaucoup de surface, et l’ensemble du territoire ne sert que de réserves agricoles pour nourrir cette gigantesque population. Les peuples des monades et les peuples agricoles ne se fréquentent pas, et ne sont liés que par cette dépendance « économique ».

Les personnes qui dérogent aux règles sociales peuvent être rééduquées par des ingénieurs spécialisés (et donc ça ressemble plutôt à de la programmation ou lobotomie !), et lorsque quelqu’un devient vraiment « anomo », il est simplement jeter dans un incinérateur et contribue ainsi à l’énergie de la monade. L’auteur décrit ainsi une société urbaine à son développement ultime, tout en se basant sur des idéaux hippies de vie en communautés, avec une grande promiscuité et une liberté sexuelle sans borne. Mais comme d’habitude, on se rend rapidement compte qu’il s’agit d’un véritable totalitarisme qui est orchestré avec une froideur chirurgicale. On voit aussi les différents niveaux sociaux de la monade qui sont loin d’être homogènes. Chaque étage a le nom d’une ancienne ville, et correspond à une sorte de « caste », les plus pauvres étant en bas, et la classe dirigeante au sommet du building (évidemment !).

Le bouquin présente juste les fêlures de cette société à travers des anecdotes mettant en scène des personnages plus ou moins liés les uns aux autres. A la manière d’un « Short cuts », on découvre quelques épisodes de la vie de certains habitants de la « Monade 116 ». Il y a les Holston qui ont quinze ans et n’ont pas d’enfant, ils risquent donc d’être expatriés vers une nouvelle colonie. Ou bien Siegmund Kluver qui a déjà deux enfants à quatorze ans, et qui est pressenti pour faire partie de la classe dirigeante de la monade, mais qui a des doutes sur son mode de vie. Jason et Micaela Quevedo qui se découvrent atteints des maux du passé comme la jalousie ou la colère. Et le frère jumeau de Micaela, Micael Statler, qui n’a qu’une envie : visiter les terres agricoles, etc.

Il s’agit vraiment d’un des très bons ouvrages de Silverberg à mon avis. Il décrit une société qui est à la fois très familière dans ses valeurs, et en même temps avec une inversion assez drôle et surprenante des moeurs. Cette liberté sexuelle débridée a de quoi surprendre lorsqu’elle est ainsi édictée en règle absolue, et qu’on la transgresse en faisant preuve de pudeur ou en refusant un rapport intime. Du coup, le bouquin aborde des questions très intéressantes d’un point de vue social et « moral ».

Les monades urbaines - Robert Silverberg

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Le chemin de l’espace (Robert Silverberg)

Publié le Mercredi 1 Octobre 2003 - 17:35
Catégorie: Boukinage

Je viens de finir pour la dix ou douzième fois ce bouquin de Robert Silverberg (grand nom de la SF s’il en est). C’est un putain de bon bouquin de Science-Fiction. Dans ce domaine, je suis vraiment bloqué sur les romans qui ont été écrit des années 50 à la fin des années 70. Celui-ci est paru aux US en 1967. Je crois que ce que j’aime dans la SF de cette période c’est un certain décalage avec ce qu’on peut imaginer du futur aujourd’hui. Or en 67, on n’imagine pas des mondes peuplés d’informatique ou de réseaux alors qu’aujourd’hui ce serait une hérésie d’en faire l’impasse. On trouve bien quelques robots et gros calculateurs, mais ces auteurs mettent surtout l’accent sur des situations et des intrigues dans des contextes sociologiques et psychologiques fascinants. C’est pourquoi je suis fan d’Asimov, Simak, Herbert ou K. Dick, des auteurs qui avant tout pensent le futur en terme de rapports humains, de structures de sociétés, de rapports de l’homme à la science ou bien comme de simples prétextes pour dénoncer les vilenies de leurs époques.

Ce livre en particulier traite du rapport à la religion dans des temps relativement proches (mais les dates en SF, on s’en fout un peu je trouve, enfin là c’est dans les années 2065). En effet, on est dans un monde un peu paumé dont les anciennes valeurs sont déliquescentes, jusqu’à l’apparition d’une religion basée sur des principes bien terre-à-terre, une religion fondée sur la science et surtout sur la médecine qui doit apporter l’immortalité à l’homme. Cette religion est assez surprenante d’un point de vue contemporain, puisque c’est une approche complètement syncrétique de la science et de la spiritualité qui est totalement inimaginable aujourd’hui. Or ce mouvement est dans le bouquin un succès incroyable, et dont le culte repose sur une lueur fantomatique bleue produite par un mini-réacteur nucléaire dans chaque chapelle. En effet, des particules ayant une vitesse supérieure à celle de la lumière sont localement produites qui génèrent une lumière bleue appelée lumière de Cerenkov. Finalement l’intrigue réside dans la manière dont ce culte va s’imposer et notamment l’influence de son fondateur Noël Vorst, doté de curieux pouvoirs précognitifs et dont les plans sont aussi tortueux que décisifs pour l’avenir de l’humanité.

J’adore ce genre de trucs dans les bouquins de SF, là c’est le « Notre Père » du futur. Une litanie tout particulièrement adaptée aux sciences mais qui ne jure pas, je trouve, en comparaison des psaumes actuels…

Litanie Electromagnétique – Stations du spectre

Et voici la lumière, autour de nous et par-delà notre vision.
Louée soit-elle.
Et voici la chaleur, devant laquelle nous sommes humbles.
Et voici l’énergie, par laquelle nous sommes bénis.
Béni soit Palmer, qui nous donna les longueurs d’ondes.
Béni soit Bohr, qui nous donna la compréhension.
Béni soit Lyman, qui put voir au-delà du regard.

Récitons maintenant les stations du spectre

Bénies soient les ondes radio et loué soit Hertz.
Bénies soient les ondes courtes, lien de l’humanité.
Bénies soient les ondes ultra-courtes.
Bénies soit l’infrarouge, porteur de la chaleur nourrissante.
Bénie soit la lumière visible, aux magnifiques angströms.

Pour les fêtes seulement : béni soit le rouge, sacré par Doppler. Béni soit l’orange. Béni soit le jaune, révélé par Faunhofer. Béni soit le vert. Béni soit le bleu pour la raie de l’hydrogène. Béni soit l’indigo. Béni soit le violet, riche d’énergie.

Bénis soient l’ultraviolet et la richesse du soleil.
Bénis soient les rayons X, sacrés par Roentgen.
Bénis soient rayonnement gamma et sa puissance.

Béni soit la plus haute des fréquences.

Loué soit Planck.

Loué soit Einstein.

Loué entre tous soit Maxwell.

Par la puissance du spectre, du quantum et du Saint Angström

PAIX

Le chemin de lespace - Robert Silverberg