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Brüno

Publié le Vendredi 24 Juillet 2009 - 20:26
Catégorie: Cinéphage

J’allais voir ce film avec pas mal d’appréhension, voire de préjugés. En effet, je n’avais pas voulu aller voir « Borat », et je savais que ce genre d’humour super potache et vulgos n’était pas vraiment ma tasse de thé. Mais j’ai été trop tenté de me faire ma propre opinion sur « Brüno » puisque ce dernier est homosexuel et que Sacha Baron Cohen joue largement sur cela. En outre, j’entendais des avis « homophobes/pas homophobes » que je voulais éclaircir par moi-même.

Brüno est un homosexuel autrichien qui se prend pour un parangon de la mode mondiale, et affublé d’un accent à couper au couteau, il cherche à devenir célèbre. Il se fait virer de son show à Vienne, et pour devenir une star, va à Hollywood. Là-bas, il rencontre des producteurs et tente d’animer une nouvelle émission… En même temps, il passera dans un talkshow trash, tentera de devenir hétéro, et trouvera l’amour dans une cage de catch en Alabama.

Brüno est un des personnages de Sacha Baron Cohen, et en tant que tel est un cliché tellement énorme et « pléthorique » qu’il n’en est plus vraiment réaliste. Du coup, je n’ai pas été spécialement heurté, en tant qu’homo, par cette démonstration de vulgarité souvent très drolatique. Néanmoins, j’ai compris pourquoi je lisais ça et là des avis pour condamner ce film. Et il est extraordinaire de lire des opinions identiques chez des assoces gays comme des groupuscules homophobes, puisque les uns trouvent Brüno homophobe, tandis que les autres le trouve carrément apologique et prosélyte.

Eh bien, je pense que c’est encore plus complexe que cela. En effet, comme je le disais le personnage est un tel amalgame de clichés qu’il n’est pas crédible pour la plupart des gens. Mais la plupart n’est pas tout le monde, et c’est pour cela qu’on va indéniablement trouver des gens qui vont prendre tout cela au pied de la lettre. Faut-il s’en soucier pour autant ? Je ne crois pas. Et surtout parce que Sacha Baron Cohen sauve tout son film sur les quatre dernières minutes. En effet, sans ces ultimes moments, j’aurais encore un peu de doute, mais clairement il n’est pas homophobe, et on peut affirmer sans ciller qu’au contraire son film est bel et bien contre l’intolérance (plutôt que contre l’homophobie, ce qui est intéressant à souligner).

On voit dans ce film, en revanche, une kyrielle de scènes qui ne sont là que pour faire rire les hétéros. Du moins, certains rient parce qu’ils sont gênés, d’autres car ils voient sur écran ce qu’ils n’avaient qu’imaginer avec difficulté, et certains doivent vraiment prendre ça pour de la pure tchatche. Et là, j’applaudis vraiment ce taré de Sacha Baron Cohen qui montre son personnage en train de baiser avec une machine à godes (monté sur un vélo d’appartement), et à faire des galipettes de l’espace équipé en fétichiste, ou encore à simuler une pipe et un anulingus à Milli Vanilli. Car tout cela n’est vraiment pour les homos que des activités passablement standards (hé hé hé), mais qu’il a agglomérées et dramatisées pour fabriquer ce truc irréalistes, même pour les homophobes.

Du coup, j’ai finalement beaucoup plus ri en réalisant cela qu’à ces scènes qui n’ont rien de comique en définitive, mais qui ressemblent plutôt à du Charb ou du Reiser en pleine forme. Et dans le mauvais goût, l’humour noir, les propos choquants, il y va tellement fort, que l’on ne peut pas le croire sérieux. J’avoue que certaines blagues m’ont beaucoup fait rire, comme ses saillies racistes et hitlériennes ou bien certaines réparties avec son flamboyant accent teuton. Et le film n’est pas chiant, ni trop long, il possède même un fil conducteur qui se suit bien (oh à la manière d’un épisode du « Coeur a ses raisons », pas plus que cela), et on s’habitue parfaitement à ses horreurs tout en attendant avec impatience la prochaine.

Je reste circonspect sur un élément. En effet, il s’agit à la fois d’un film mais aussi d’une sorte de faux documentaire télé, vraiment comme « Borat » l’était. Et je trouve que ce format atteint rapidement ses limites. Une grande partie du film repose sur des scènes « réelles » où Brüno est en intéraction avec des personnages qui ne sont pas des comédiens. Or, les différents plans et la réalisation indiquent que les caméras sont en place, et que les protagonistes « candides » ne peuvent les ignorer. A la manière d’une excellente émission de « Striptease », Brüno révèle des propos homophobes assez extraordinaires, ainsi que des saynètes très drôles (lorsqu’il veut devenir hétéro en allant voir un pasteur spécialisé, ou bien qu’il participe à une soirée échangiste, ou encore un week-end avec des chasseurs etc.). Cela serait génial si l’on était vraiment dans le cadre d’un documentaire, mais comme on n’ignore les dessous de la réalisation et de la préparation du film, je trouve que ça fonctionne moyennement. Alors oui il démontre une fois de plus que les beaufs d’Alabama sont homophobes et racistes… Ok, pas besoin d’un Brüno pour aller jusque là, et certains documentaires télé sont parfaitement calibrés, et éminemment plus crédibles, pour remplir cet office.

Et donc à certains moment, c’est trop énorme pour être réaliste (son stage à l’armée), ou à d’autres trop facile pour m’épater (évidemment qu’il se fait jeter lorsqu’il explique à des blacks prolos qu’il a appelé son fils adoptif africain O.J. car c’est un prénom traditionnel). Sacha Baron Cohen n’est pas Mickael Moore évidemment…

Globalement, j’ai bien rigolé, et je ne regrette pas d’avoir vu le film. Il y a surtout cette fin en apothéose qui rassure sur tous ces propos, et qui dédouane Sacha Baron Cohen de toute accusation d’homophobie.

L’avis des copines : Maïa, PRland, Yannick Barbe (Yagg), Zéro Janvier.

Brüno