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Pectus est quod disertos facit

Lundi 11 février 2008

Boukinage Les arabes dansent aussi

Classé dans: Boukinage — Tags: , @ 23:46:34

Sacré titre hein ? Sacré titre pour un sacré bouquin d’ailleurs ! Sayed Kashua signe là un livre qui fait la part belle à sa propre histoire mais qui est bien un roman. Il a pour héros, comme son auteur, un jeune arabe qui vit dans un de ces villages « non juifs » en territoire israélien. Ce jeune auteur (il est né en 1975) est aussi journaliste dans un hebdo de Tel Aviv (il écrit aussi dans Haaretz), et partage donc avec son narrateur cette terrible schizophrénie. On découvre donc dans ce roman à la plume assez candide et sincère, la vie d’un jeune arabe qui vit pourtant en Israël, et qui peu à peu découvre avec stupéfaction qu’il aime beaucoup les juifs. Ah là là, et pourtant il est bien arabe et fier de l’être, et il comprend aussi le combat des siens, mais culturellement il se sent tellement israélien !!

Le livre raconte chronologiquement la vie du narrateur, avec une famille assez traditionnelle, un père plutôt militant communiste et qui veut lutter contre Israël, une relation très proche et touchante avec sa grand-mère, et puis l’école à la mode palestinienne : des coups dans la gueule et une étrange pédagogie, etc. Et puis, entre les affaires du père qui l’emmènent en prison, et le narrateur (on ne sait pas son nom je crois…) qui après un grave accident devient « normal » (apparemment c’était un gamin insupportable avant), ce dernier se retrouve, au vu de ses résultats scolaires, catapulté dans une école israélienne (il gagne aussi un concours d’énigme lors d’un passage bien désopilant). Et là c’est le choc des cultures.

Le garçon se retrouve alors dans une « nouvelle vie » à la mode israélienne avec des profs qui ne frappent pas leurs élèves (choquant !!), des garçons et des filles qui sortent ensemble, de la musique « moderne » et au final un grand sentiment de liberté, voire de licence. Et après quelques temps, le voilà heureux qu’on ne le prenne pas pour un arabe, qu’il n’ait aucun accent quand il parle hébreux, et totalement déchiré entre ses racines et son pays… Bref, on est en pleine quête d’identité. Et tout cela est finement illustré par ces bouts de vie qui ont l’air si authentiques et tragicomiques (il finit tout de même par épouser une arabe, tout en devenant alcoolique et presque athée).

Le roman n’est pas vraiment drôle et pourtant cocasse par moment, pas vraiment triste ou tragique mais il dépeint une situation qui en a toutes les caractéristiques, il n’est pas non plus un libelle politique, et néanmoins on y trouve à boire et à manger pour les partisans de l’un ou de l’autre des bords. J’ai vraiment aimé cette histoire qui en décrivant de manière si sincère la perverse ironie de son existence nous montre à quel point la situation n’est pas si manichéenne.

J’ai aussi lu une grande résonance avec mon propre ressenti lorsque j’étais allé en Israël fin 2006. Du coup, je me suis forcément senti très proche de l’auteur, et j’ai encore plus adhéré à son récit. Et le pire là-dedans c’est que c’est à coup sûr un bouquin qui doit autant avoir de fans que de détracteurs du côté juif et du côté arabe…

Les arabes dansent aussi - Sayed Kashua

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