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Les carnets blancs (Mathieu Simonet)

Publié le Vendredi 30 Avril 2010 - 15:12
Catégorie: Boukinage

Ah c’est toujours un exercice difficile que de parler du bouquin d’une personne que l’on connaît. Et Mathieu cela fait près de dix ans je pense que nous nous fréquentons de près ou de loin, souvent par le plus grand des hasards. J’avais déjà évoqué ce curieux phénomène (merde le post en question date de 2004 !!!) qui consiste à ce que nous nous croisions sans arrêt pendant quelques semaines, puis plus du tout, puis par des connaissances communes lointaines… Bref, c’est très imprévu et agréable car toujours inopiné. Il y a eu cette première rencontre à l’anniversaire d’un pote de pote, puis l’anniversaire suivant de cette même personne, après quelques rencontres par hasard dans la rue, puis son blog sur GayAttitude, et puis le net qui nous a forcément rapproché car mis dans une sphère plus « communicante ». Et les trois dernières années, j’ai eu l’honneur d’être chroniqueur de l’émission de radio qu’il animait, et où je parlais de blog (il faut d’ailleurs que je remette ce truc en ligne).

Depuis que je le connais, Mathieu écrit, il tente de publier, et se fait rembarrer. Il persiste. Il fait ses jeux littéraires, il « joue » avec ses carnets. Ironie du sort, son premier roman que voici est le récit circonstancié des carnets dont il s’est débarrassé !! Et ces journaux intimes, il a commencé à les écrire dans les années 80 (préadolescent), et il est arrivé avec une centaine de carnets dans les années 2000. Pour une raison assez floue pour moi, il a fallu qu’il s’en sépare, mais pour bien marquer la chose, et surtout, je pense, avec un truc un peu narcissique et flamboyant, il a organisé une véritable démarche artistique. Les carnets ont été transformés en œuvre plastique, en robe, cachés dans des vêtements, sur des gens, détruits de façons diverses et variés, sublimés en parfum ou utilisés comme palimpsestes et encore bien d’autres idées plus fantasques et farfelues les unes que les autres.

Le roman suit ce triple cheminement, il y a les extraits de carnets, la vie et « post-vie » de ces journaux, et le parcours même de l’écrivain qui mène à l’édition du présent ouvrage. J’ai beaucoup aimé le bouquin aussi parce que tout cet univers m’était familier, et je ne sais pas comment ça peut être perçu par autrui. Du coup c’est bien de l’autofiction, mais qui ne rentre vraiment pas dans les standards du genre.

Et puis, il y a le contenu, et là on retrouve tout l’univers de Mathieu Simonet. On y lit donc des relations familiales aussi importantes que dysfonctionnelles, une affirmation flagrante de son orientation sexuelle, des projets artistiques qui naissent tous les quarts d’heure, et surtout une passion dévorante et sincère pour l’écriture. Il y a parfois des choses assez énormes et qui paraissent gênantes pour le lecteur, car nous lisons des journaux intimes, et l’auteur s’y livre donc avec authenticité et (sa) vérité. Mais l’écrivain traite tout cela avec une certaine distance, parfois comme un étalage de faits, et une simplicité de ton qui fait passer les anecdotes les plus troublantes. Mathieu n’est pas du genre à rougir de ses attitudes ou des péripéties de son existence, et en tout cas ses écrits témoignent d’une saine et rafraîchissante liberté de ton.

Roman, parcours initiatique, lutte pour écrire, journal intime, démarches artistiques, on trouve de tout dans ce bouquin polymorphe et assez unique en son genre.

En revanche, le ton un peu chirurgical et factuel des récits finit un peu par lasser, c’est le seul bémol que je noterais. Évidemment le fait d’être son propre héros limite un peu l’imagination et les scénarios un peu plus piquants, même si l’auteur a une vie bien assez tumultueuse pour au moins susciter de la curiosité et accrocher le lecteur. Mais parfois j’aurais aimé un peu plus de retour sur les faits et les actes qui sont plus consignés qu’utilisés pour parler au lecteur, ou jouer avec. Il y a au final un petit goût d’inachevé, une impression de “bon d’accord et maintenant ?” qui ne gâche pas l’ensemble, mais m’a désappointé.

Maintenant j’attends surtout avec impatience le prochain bouquin car j’aimerais bien lire du Mathieu Simonet avec son style et tous ces machins qu’il a dans la tête.

Les Carnets Blancs (Mathieu Simonet)

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De la démocratie numérique (Nicolas Vanbremeersch)

Publié le Lundi 4 Mai 2009 - 23:46
Catégorie: Boukinage

Nicolas Vanbremeersch, c’est aussi Versac pour qui blogue un petit peu (en dehors de pédéland quoi), et voilà qu’il propose son « Blog Story ». Je me dois évidemment de faire le rapprochement avec ce dernier ouvrage, car celui de Nicolas Vanbremeersch en possède la même veine. Il s’agit d’un bouquin qui explique et vulgarise le média internet pour tout un chacun. L’auteur part des débuts du web, des balbutiements de la communication numérique jusqu’aux frémissements actuels, et l’émergence, peut-être, de cette « démocratie numérique ».

C’est un ouvrage très didactique et parfois un tantinet « professoral » mais qui a le mérite d’être hyper clair et vraiment abordable. Mais du coup c’est exactement le genre de livre que les personnes un peu versées dans le web vont trouver simplistes et abordant la surface des choses, tandis que les néophytes auront du mal à s’accrocher et trouveront le livre bourrelé de jargon et autres geekismes. Néanmoins, je le trouve drôlement bien écrit et véritablement passionnant. Evidemment le fait de connaître, même très superficiellement, l’auteur, et de partager pas mal de ses points de vue, mais aussi un certain vécu, ayant le même âge et à peu près la même longévité numérique, a produit des résonances à la lecture qui m’ont particulièrement touchées.

J’ai adoré glaner ça et là des réflexions qui sont totalement miennes mais très instinctives, et que j’ai trouvées correctement mises en abîme, remises en relations et corrélations. L’auteur en cela a remarquablement construit l’articulation de ses problématiques, ses démonstrations, ses argumentations et l’ensemble de sa mécanique logique, qu’elle soit inspirée par de la sociologie, psychologie, économie ou politique, est parfaitement huilée (il y a un côté éminemment ScPo dans tout cela !!). Du coup, ça coule de source, et j’ai lu le bouquin avec une surprenante fluidité, pour un sujet dont l’aridité première peut en rebuter beaucoup.

Nicolas décortique en cette centaine de pages les trois univers (non disjoints) que sont pour lui : « le web documentaire, le web de l’information et le web social ». Il évoque donc par là tout ce qui fait l’internet d’hier et d’aujourd’hui, et peut-être préfigure celui de demain. Les blogs ont évidemment une place de choix, mais on voit bien que ce n’est qu’une infime étape de l’évolution vers… on ne sait quoi, mais on y va ! J’ai été assez enchanté de découvrir ces briques théoriques qui permettent de saisir un peu mieux ce qui nous entoure, et ce qui nous « arrive ». Ce n’est pas révolutionnaire, mais on a l’impression d’avoir une acuité un peu plus fine sur le sujet, quelques outils pour mieux se servir de son propre discernement, et une vision globale (certes un peu scolaire ou académique) qui rend moins flou cet embrouillamini numérique dans lequel nous évoluons à tâtons.

Ce cher Versac (il faut l’appeler Meilcour maintenant, pfff) évoque même la pédéblogosphère, et il note (en évoquant Laurent, sans ambiguïté possible) : « La pédéblogosphère, comme elle se dénomme elle-même, est un terrain d’analyse sociologique pour le moins sous-estimé, et passionnant. Gageons qu’un jour une analyse des différences et complémentarités des relations de blogueurs avec leurs pratiques hors ligne pourrait être effectuée… »

Hé hé hé.

De la démocratie numérique (Nicolas Vanbremeersch)