4 articles tagués avec “Théâtre des Bouffes du Nord”

  • Concertage
  • ThéâtrOpérage
Memory – Vincent Delerm au Théâtre des Bouffes du Nord

Publié le Jeudi 23 Février 2012 - 0:18

Exceptionnellement, ce post va à la fois dans le répertoire du concert et du théâtre… On a l’habitude d’un Vincent Delerm qui met sacrément en scène ses concerts et qui adore incarner une sorte de personnage sur scène, mais là c’est le contraire c’est un spectacle très élaboré avec quelques chansonnettes. En effet, ce ne sont que 7 ou 8 chansons qui sont données en pâture à une salle pleine de fans. C’est drôle d’ailleurs de constater à quel point sa base de fan est diversifiée, avec du bobo parisien en veux-tu en voilà, mais aussi beaucoup de personnes de l’âge de mes parents, et aussi pas mal de pédés au final !!

Le spectacle m’a fait bonne impression parce que j’aime bien l’homme, et qu’il a concentré tout son univers dans ce show. A grand renfort de décors, objets, projections, sonorisations, effets scéniques, il nous emmène dans son monde et comme c’est aussi un gars de 1976, j’ai en toute logique un référentiel (télé notamment) très commun avec lui. Mais clairement il s’agit d’un concert-performance idéal pour des fans qui veulent parfaire leur connaissance de cet artiste protéiforme au possible. Je n’irais pas recommander cela à tout un chacun, et moi-même je ne dirais pas que j’étais extatique, mais j’ai passé un bon moment.

Disons que la débauche de moyens et le formidable écrin qu’est le théâtre des Bouffes du Nord contribuent énormément à la qualité globale. Les chansons deviennent plus qu’accessoires, mais c’est l’univers dans son ensemble qui est d’une belle cohérence, et qui fonctionne bien. Les éléments ainsi présentés semblent entrer en résonance, et la performance est à saluer de la part d’un “simple chanteur”. Les couleurs, les textures, les lumières, les sons, on dirait que tous les sens sont sollicités et renvoyés dans des souvenirs d’enfance (de ceux nés autour de 1976 en tout cas !!) avec beaucoup de plaisir (et sans nostalgie déplacée).

On sent que Delerm prend énormément de plaisir, et qu’il est arrivé à ce point où il peut se faire plaisir justement. Il a créé son petit spectacle comme il en avait rêvé, certainement avec le budget qui va bien pour ne pas lésiner sur les moyens (manifestes), et cette joie qu’il affiche est assez communicative. D’autant plus, comme je le précisais, que l’audience était toute gagnée à sa cause ! Cela m’a un peu fait penser au spectacle que j’avais vu avec Jeanne Cherhal dans ce même théâtre, on y retrouve cette veine d’une oeuvre résolument contemporaine qui mêle les genres et les inspirations (avec plus ou moins de bonheur).

Memory - Vincent Delerm au Théâtre des Bouffes du Nord

  • ThéâtrOpérage
The Second Woman au Théâtre des Bouffes du Nord

Publié le Dimanche 5 Juin 2011 - 3:16
Catégorie: ThéâtrOpérage

Un spectacle au pitch incompréhensible et plus contemporain tu meurs, ce n’est pas toujours ce qui m’attire au premier abord. Mais avec le théâtre des Bouffes du Nord, où j’ai eu quelques chouettes expériences, et avec Jeanne Cherhal en figure de proue, alors je n’ai pas hésité. Bien m’en a pris car j’ai passé un moment aussi agréable que ce spectacle est ovniesque à souhait.

Je dis que c’est super contemporain parce que tout cela repose sur une référence déjà très intello, à savoir un film (apparemment connu hein) de John Cassavetes de 1977 : Opening Night. Mais au bout de quelques minutes, on comprend vite qu’il y a une certaine liberté dans l’adaptation, et ça part tellement dans tous les sens, qu’on se détache rapidement de tout repère narratif. En général, je crains un peu ce type d’approche, car ça veut souvent dire : muet, immobile, contemplatif et pour finir carrément chiant. Mais là absolument pas, on est au contraire captivé à mesure que l’intrigue de déploie et se complexifie, et se déconstruit carrément. Parce que l’ovni qui est présenté repose sur quelques talents, beaucoup de plaisir pris sur scène, et une inventivité telle que je n’ai jamais ressenti au théâtre, un souffle créatif qui vous traverse et ne peut laisser insensible.

En gros, on a une mise en abîme de base puisque le spectacle présente la répétition d’un spectacle ou d’un tour de chant, avec trois chanteurs, un homme et une femme dans un registre plutôt (carrément) lyrique, et Jeanne Cherhal qui tente d’ailleurs de remplacer la chanteuse en titre. La répétition ne se passe pas très bien, entre les caprices de la diva, et un metteur en scène qui tente de faire passer ses idées, tout en essayant de concilier les désirs des uns et des autres.

On doit donc rapidement oublier l’aspect formel d’un spectacle avec une narration linéaire et une histoire, là on est plutôt dans le récit cubiste, et non seulement pour le fond et surtout pour la forme. En effet, ce qui m’a le plus surpris c’est la richesse et la variété des modes d’expression. Je comprends qu’on puisse appeler cela un “opéra” parce que les créateurs du spectacle (mise en scène de Guillaume Vincent, musique de Frédéric Verrières et livret de Bastien Gallet) en explorent toutes les possibilités, et en inventent même d’autres.

Cela commence par un très beau moment, où Jeanne Cherhal allume les candélabres d’un grand luminaire qui éclaire ensuite le théâtre d’une lumière diaphane et est lentement remonté. Le début est assez traditionnel, on a relativement nos marques, on est plutôt dans un schéma classique, et l’intervention même de la chanteuse lyrique avec la sonnerie ridicule de son mobile en plein théâtre vient casser cela avec humour et une rupture inattendue. Serait-on dans un boulevard finalement ? Je pense que les auteurs et comédiens s’amusent avec tous les codes de l’expression artistique et corporelle, en nous gratifiant de scènes qui mêlent à l’envi : chorégraphie, chants lyriques, chansons, musiques classiques, électroacoustiques, orchestrales ou enregistrées, remixées, vidéos, effets spéciaux en temps réels etc. Il y a une énergie folle qui se dégage de tous ces univers qui s’entrechoquent et se répondent, mais étrangement avec une belle unité, ce qui donne au spectacle une certaine “tenue” et permet de s’accrocher sans trop trouver le temps long (même si quelques longueurs sont tout de même à déplorer).

Les surprises sont aussi magnifiées par ce sublime théâtre dont le décor originel si dépouillé et “industriel” se prête bien à cette mise en abîme, et la manière dont ils ont imbriqué les décors, en découvrant acte après acte des pans entiers de la scène. On découvre alors que la vidéo ou la musique n’étaient pas ce qu’on pensait, et de support de fond, ces artefacts théâtraux deviennent des entités propres de la pièce. Je reproche tout de même la déconnection pure et simple de la narration, mais j’ai adoré la mise en scène et la manière dont le spectateur est guidé dans ce spectacle polymorphe. C’est souvent drôle, parfois inquiétant, les effets théâtraux sont exploités au maximum des possibilités offertes, et on casse des vases sur scène, et on danse collé-serré dans des positions plus que suggestives, et les artistes ont l’air de s’amuser et de se donner à fond dans cet opéra aussi barré que prolifique.

Encore une belle surprise des Bouffes du Nord donc, et une toujours merveilleuse Jeanne Cherhal qui non seulement s’amuse sur scène, mais offre aussi une superbe présence en plus de pousser la chansonnette avec le talent qu’on lui connaît. Cette oeuvre est étrange et charmante, intrigante et intello en apparence mais à prendre à mon avis aussi simplement et instinctivement que je l’ai fait. C’était très fort de réussir un carambolage pareil d’expressions artistiques sans fausse note ou dérapages, une collision météorique à impacts multiples qui finit par trouver un ton, un rythme, un mouvement rectiligne uniforme (malgré les frottements) qui s’impose aux spectateurs.

The Second Woman au Théâtre des Bouffes du Nord

  • Concertage
  • Ecoutage
Claire Diterzi au Théâtre des Bouffes du Nord

Publié le Dimanche 6 Juillet 2008 - 21:07
Catégorie: Concertage, Ecoutage

Deux bons éléments pour ce concert, l’artiste évidemment mais aussi le lieu. J’avais découvert les Bouffes du Nord pour une performance qui n’avait pas grand-chose à voir, mais j’avais été subjugué par la beauté de cet endroit « semi-rénové ». Et là Claire Diterzi avec un nouvel album que j’aime beaucoup, et qui tout en étant dans le prolongement du premier, propose une ambiance et une thématique vraiment originale et nouvelle. Colin en avait très bien parlé dans un ses posts lorsque l’album est sorti.

Diterzi a d’ailleurs déjà illustré quelques uns de mes posts, que ce soit pour des paroles assez osées, ou bien un petite chansonnette arabisante, ou encore une reprise de chanson réaliste. Je l’ai découverte en live avec donc en plus une expression scénique des plus spontanée et enthousiaste. C’est une nana qui pète le feu et s’amuse comme une folle. Un brin hystérique et sauvageonne, elle a fait montre de tout son talent vocal, et a ravi son public.

Nous étions installés au premier rang au parterre, mais sur l’extrémité droite de la scène. Donc l’angle de vue était un peu spécial, mais au moins, on était tout près des musiciens. Comme ça :

Claire Diterzi au Théâtre des Bouffes du Nord

Le concert consiste en une interprétation des morceaux du dernier album, avec quelques reprises du précédent. Mais c’est aussi un spectacle audiovisuel avec un écran qui diffuse des clips assez bien ficelés, qui reflètent bien l’esprit des chansons. L’univers de l’album et de la chanteuse y est incroyablement bien rendu, et c’était une formidable occasion de goûter en live au talent de cette artiste. Les voix sont très importantes dans l’album, autant pour les paroles que pour leur rôle « instrumental ». Du coup, les deux choristes qui ont de très belles et puissantes voix sont très bien mises en valeur.

Car Diterzi compte beaucoup sur ces voix, et associées à une musique très élaborée et « complexe », la qualité des interprétations du concert m’ont vraiment impressionné. Vraiment chez Diterzi, ce n’est pas une musique facile ou simple, c’est un délicat agencement de choses qui pourraient parfois être considérées comme dissonantes, mais qui au final donne lieu à un magnifique « tableau » (comme le nom de son album « tableau de chasse » illustre bien). Et là le tableau est indéniablement moyenâgeux, et résonne furieusement de l’hallali et du taïaut.

Claire Diterzi au Théâtre des Bouffes du Nord

J’ai été très agréablement surpris par l’esprit fantasque et drolatique de la chanteuse. Elle n’a pas arrêté de se tromper de parole ou d’accord, de s’arrêter en plein milieu pour rigoler, et même de donner des fou-rires à ses choristes. Elle plaisante, se moque, tourne en dérision ses propres compositions, saute dans tous les sens et paraît prendre énormément de plaisir à chanter ainsi en public. Et c’est diablement communicatif, les gens ont beaucoup ri et applaudi Claire Diterzi, qui rebondissait d’un côté à l’autre de la scène comme Zébulon.

Je suis reparti avec une petite boite à musique, celle qui illustre même le morceau « La Musique Adoucit les Moeurs » que j’aime beaucoup. C’est un joli souvenir de concert je trouve…


Claire Diterzi – La Musique Adoucit les Moeurs

L’avis des copines : Alexandre.

Claire Diterzi au Théâtre des Bouffes du Nord

  • Exposage
  • ThéâtrOpérage
« Paso doble » par Miquel Barceló et Josef Nadj

Publié le Vendredi 22 Juin 2007 - 23:42

Voilà une performance artistique que je ne serais certainement pas allé voir, si je n’y avais pas été convié par un pote du boulot. Mais comme je suis curieux, que j’avais entendu parler du peintre, que les performances ne me font pas peur (arf) et que je ne connaissais pas le théâtre des Bouffes de Nord, j’ai tenté le diable. Bien m’en a pris, car j’ai été totalement conquis par cet extraordinaire spectacle.

Concrètement, que se passe-t-il donc ? En quelques images, tout commence par un sol marron et un mur blanc, dont on ignore la consistance, et qui rapidement révèlent une terre glaise lourde, malléable et « attachante ».

« Paso doble » par Miquel Barceló et Josef Nadj

Et prosaïquement, voilà le résultat final :

« Paso doble » par Miquel Barceló et Josef Nadj

Les deux auteurs de ce spectacle, le peintre Miquel Barceló, et le chorégraphe Josef Nadj, deux pointures dans leurs domaines respectifs, commencent la performance habillés en costards immaculés. Et à la fin, ils ressemblent à ça :

« Paso doble » par Miquel Barceló et Josef Nadj

D’abord, on ne les voit pas, on les entend seulement frapper le mur blanc par derrière. Et puis, leurs efforts font apparaître des bosses, et des premières lacérations de la matière, et puis ils débarquent. Se met alors en place un jeu étrange, un jeu mais aussi une bataille, une occupation, une cérémonie, une fusion… Les deux communiquent de temps en temps, mais la plupart du temps sont plutôt sur des tâches en solo. Ils creusent la terre argileuse et pesante, ils la battent à coups de battes, de pics, de rabots. Ils la sculptent, la modèlent, la jettent, la déchirent, la piétinent, et puis Barceló peint même le résultat final en blanc. Ils auront aussi utiliser un tas d’objets en terre glaise, des poteries « crues » qu’ils se mettent sur la figure, et déforment pour en faire des masques monstrueux et comiques à la fois (cela fait penser à la scène de « Beetle Juice » où les Maitland essaient de se déguiser en fantômes effrayants).

Je sais que cela peut paraître un peu trivial ou bizarre, mais en y assistant j’ai au contraire perçu tout l’amusement qui réside aussi derrière ce travail, et aussi l’incroyable pouvoir qui émane de cette création vivante, instantanée, énergique et éphémère (la glaise est recyclée pour le lendemain). Il s’agit vraiment pour les auteurs se pénétrer la matière, d’interroger le rapport de l’artiste à ses matériaux bruts, et ainsi rendus gigantesques de renverser les « rapports de force » entre le sculpteur et la glaise.

Par contre, je m’attendais à un peu plus de « danse » ou de mise en chorégraphie de la part de Nadj, alors qu’il est sur le coup vraiment complètement l’objet du peintre. Barceló est au centre de la performance, car il reste le maestro de l’ensemble. Il faut le voir manier ses outils pour construire son oeuvre, à la fois guide, compagnon de jeu maître et esclave de la glaise. Le tout est accompagné d’une musique assez sommaire, plutôt un bruitage (pas forcément le truc le plus réussi d’ailleurs) qui rythme et scande les actes des artistes. A la fin, ils sont littéralement avalés par l’oeuvre, et ils s’en « retournent à la terre (glaise) ».

Au bout d’une heure, les deux hommes sont exténués, sont barbouillés de peinture et de terre, et on les sent enfin sortir de leur transe, pour mieux réaliser ce qu’ils viennent de créer, ce golem qui a de grands airs de famille avec les réalisations du peintre, et qui a laissé le public ébahi et essoufflé. Ce n’est pas non plus un spectacle complètement sérieux ou intello, au contraire les gens rigolent de les voir se crader comme ça, de les voir faire les clowns avec de la terre comme des gamins. On est dans un théâtre proche des gens, et dans une démarche très instinctive et naturelle, même si elle peut dérouter.

Ce spectacle avait été créé pour le festival d’Avignon de 2006, et je savais que cela m’était familier. J’ai repensé à la première émission du 6ème sens, et pour la première ImproPhoto (6ème rubrique), il s’agissait de l’affiche du festival justement. Cette affiche figure un homme qui traverse en partie un mur de glaise, et qui laisse des traces avec sa main. C’est drôle d’écouter à présent ce qu’avaient pu en dire et inventer les comédiennes.