Pop’Pea au théâtre du Châtelet

L’idée de base m’avait emballé : le théâtre du Châtelet qui crée un opéra-rock sur la trame de Popée de Monteverdi. Ajoutez à cela Benjamin Biolay et Marc Almond au casting !! Cela promettait une oeuvre sans doute troublante, décoiffante et peut-être le salut pour un peu dékameloualiser les spectacles musicaux français populaires. Donc je venais voir ce spectacle avec beaucoup de bonne volonté, et l’esprit assez ouvert par rapport à l’opéra d’origine.

Mein gott, ce que c’était mauvais !!! Incroyable comme ce spectacle m’a déplu de A à Z. Enfin non, j’ai beaucoup aimé les effets spéciaux de Pierrick Sorin, et il faut avouer que c’était original et parfois impressionnant. Il joue sur des décors miniatures qui sont filmés en direct et diffusés sur un grand écran, avec incrustation en temps-réel des chanteurs et personnages du spectacle. La première fois c’est sympa, mais comme tout l’opéra est basé là-dessus, pour le dixième tableau j’étais déjà assez blasé. Mais je ne boude pas mon plaisir, ça le faisait bien sur le coup.

Mais le reste, le reste… J’ai trouvé la musique à chier, les paroles à chier, les interprètes encore pire puisque mauvais chanteurs doublés de mauvais comédiens. Enfin l’histoire est à pisser de rire tant c’est bouffon et sans queue ni tête. Mais où sont-il allés chercher cette musique et ces paroles… Les arrangements rock paraissaient complètement simplistes et désuets, sans aucun relief ou originalité, et souvent même cela ne sonnait pas très juste. Truc de ouf !! Mais le pire ce sont vraiment Biolay et Almond qui chantent extrêmement faux, ne sont pas du tout dans leurs rôles n’ont pas l’air de prendre du tout leur pied dans cette galère. Souvent on rigole franchement pour accepter ce qui se passe sur scène tant c’est d’un ridicule achevé.

Mais comment peut-on produire un truc comme ça… Je ne vois pas qui pourrait être satisfait d’une oeuvre pareille, surtout pas les aficionados de Monteverdi, et encore moins les fans de rock qui voudraient s’encanailler à l’Opéra. Affreux, affreux, affreux.

Pop'Pea au théâtre du Châtelet

Le Miami City Ballet au Théâtre du Châtelet (Les Étés de la Danse) pour une seconde fois !

Cela date un peu mais quelques jours après avoir été ébloui par ma découverte du Miami City Ballet au théâtre du Châtelet, et notamment pour le magnifique ballet de Twyla Tharp/Philip Glass que j’aime tant, j’ai repris une place pour y retourner avant le départ de la troupe. J’ai vraiment bien fait car les deux premières pièces étaient différentes, et je voulais surtout revoir « In the Upper Room ». Ce dernier ballet m’a paru un peu moins puissamment et parfaitement exécuté que la fois précédente, en revanche j’ai bénéficié de deux premiers spectacles proprement d’exception !!!

Il s’agissait de la même tactique pour la programmation avec deux premières oeuvres qui vont du plus classique au plus moderne, mais c’était beaucoup moins dépouillé et simple que la fois précédente. Là les décors et costumes étaient beaucoup plus travaillés donnant aux ballets un petit côté théâtrale très plaisant. J’ai d’abord retrouvé Balanchine avec « Theme and Variations » dont le titre est assez explicite, et qui présentait donc la partie la plus classique et traditionnelle. Dans un décor digne de Sisi Impératrice, il s’agit d’une oeuvre charmante et très harmonieuse, d’autant plus qu’il s’agit d’une musique de Tchaikovski particulièrement romantique. De plus j’ai trouvé les danseurs et danseuses meilleurs que la dernière fois, beaucoup plus synchrones et délicats.

Mais l’apothéose arriva vraiment avec la seconde pièce, In the Night, une chorégraphie de Jerome Robbins sur des musiques de Chopin (4 Nocturnes dont 2 était archi-connues). On a trois duos qui se succèdent sur chaque pièce, et se retrouvent à la fin de chaque « mouvement ». Les costumes sont très différents et assez contemporains dans le genre. La chorégraphie est à la fois moderne mais tout en déployant une harmonie globale bluffante. Je sentais les spectateurs autant sur un nuage que moi devant une telle manifestation de beauté et une alliance quasi-surnaturelle entre musique et danse. Les Nocturnes étaient justement posées devant un fond noir piqué d’une kyrielle d’étoiles, et les duos se détachaient dans un rond de lumière, tandis que les jeux entre les couples étaient tour à tour drôles, intrigants ou délicieusement romanesques. On a salué à la fin l’ensemble de l’oeuvre qui donnait ce sublime spectacle, et c’était des ovations autant pour la musique, la chorégraphie que le talent manifeste des danseurs. Sur le coup, la dernière fois les applaudissements n’avaient pas du tout été autant nourris, mais là ce fut un énorme succès avec des rappels et des artistes qui paraissaient très contents aussi de leurs performances.

Et je me demande si ce fantastique second temps n’a pas un peu entamé la concentration et l’attention des artistes car In the Upper Room n’était pas au même niveau que celui que j’avais vu (qui était déjà inférieur à celui de l’American Ballet Theater). Malgré tout, c’était génial et j’ai encore une fois bien pris mon pied !! Lorsque le dernier mouvement se met en branle et que tous les danseurs se retrouvent sur la scène, avec la musique en crescendo j’ai le coeur qui bat la chamade et le public était (malgré tout) encore debout pour les rappels !

Allez je la reposte !!! (Huhu.)



Le Miami Ballet Theater au Théâtre du Châtelet (Les Étés de la Danse)

Le Miami City Ballet au Théâtre du Châtelet (Les Étés de la Danse)

Le Miami City Ballet est une compagnie de danse américaine réputée, et ils ont offert un spectacle assez similaire à celui auquel j’avais eu la chance d’assister il y a quelques années au même endroit par l’American Ballet Theater. D’ailleurs j’ai réservé ce spectacle principalement pour me délecter à nouveau d’un In The Upper Room en live. Donc de la même manière, trois pièces se sont succédées avec trois typologies bien distinctes, du plus classique au plus moderne. D’abord, ce fut Square Dance de George Balanchine sur une musique de Vivaldi, ensuite le même George Balanchine mais avec un The Four Temperaments mis en notes par Paul Hindemith, et enfin mon fétiche In the Upper Room par mon adoré compositeur Philip Glass et magnifiquement chorégraphié grâce à Twyla Tharp.

On retrouve vraiment certaines caractéristiques de l’American Ballet Theater, c’est à dire que j’ai trouvé qu’ils étaient très athlétiques et de vrais « performers », mais que ce n’était pas non plus la grâce et la prestance d’un ballet classique européen plus traditionnel. Malgré tout en comparaison à l’American Ballet Theater, ils sont un peu moins baraqués et plus fins, et un peu plus conformes aux standards du ballet classique. En toute logique, j’ai eu une opinion très positive mais qui est monté crescendo avec les oeuvres présentées.

La première, Square Dance, est très classique sur le fond et la forme, avec une musique de Vivaldi très (trop ?) easy-listening et une chorégraphie de Balanchine aussi magnifique que dans les canons du genre classique. On était vraiment dans les tutus, pointes et ballerines, mais c’était plutôt plaisant et bien senti. C’est la pièce en revanche qui paraissait la plus faible parce que ce type d’exercice est fatal à des danseurs un peu patauds, qui y vont en force, ou surtout quand la synchronisation globale pêche un peu… Et c’était le cas, donc on n’est pas forcément convaincu par l’excellence de la troupe en ce domaine, même si le tout était exécuté correctement.

Toujours Balanchine pour la seconde pièce, The Four Temperaments de Hindemith, qui est beaucoup plus moderne dans la musique et dans la chorégraphie. On a aussi des costumes qui restent classiques mais dans une dominante bicolore qui rime bien avec la musique aux relents jazzy ou qui ferait penser à certains musicals américain (du Bernstein notamment). L’orchestration était bonne pour cette musique rythmée et syncopée avec quelques dissonances modernistes plutôt bienvenues et agréablement soulignées par la danse. J’ai trouvé aussi que les danseurs prenaient leur marque et semblaient plus à l’aise avec une expression plus contemporaine et une déstructuration (gentille) des codes de la danse classique. Il y avait encore quelques manques de synchronisation, mais moins dommageables pour ce type de chorégraphie.

Enfin, ultime oeuvre présentée : In the Upper Room de Philip Glass pour la musique et Twyla Tharp pour la chorégraphie. J’ai déjà largement évoqué cette oeuvre qui est vraiment quelque chose de majeur dans mon petit univers personnel, donc je ne pouvais décemment pas le manquer. C’est drôle car on y retrouve un peu des qualités et défauts que j’évoquais plus avant. Du coup, j’ai trouvé la chorégraphie bien en phase avec le savoir-faire et le côté « athlète » de la compagnie, mais ils ne sont pas aussi « bons » que l’American Ballet Theater sur cet aspect purement « performance » et « waouh ». En revanche, il y a un petit plus pour une certaine grâce et légèreté, là où j’ai le souvenir avec les new-yorkais d’un spectacle beaucoup plus froid et mécanique (mais alors impeccable de chez impeccable). Je fais dans le détail mais globalement ils étaient excellents et j’étais totalement pris par l’émotion.

Cette pièce a un pouvoir extraordinaire sur le public, il fallait sentir tout les gens à bout de souffle alors que les danseurs effectuent une performance physique assez incroyable. Et le ballet se termine dans un paroxysme qui donne les larmes aux yeux, avec un public qui n’a pas tardé à se lever, et à applaudir comme jamais je ne l’avais expérimenté dans ce théâtre. Donc un Miami City Ballet qui a carrément assuré, et que je vais retourner voir jeudi prochain !! (Eh oui qui sait dans combien de temps, il me sera donné de revoir ce ballet !!!) Ces 38 minutes de danse me donnent un plaisir assez indicible, et j’assume mon assuétude !!

Pour voir et écouter ce dont je parle, en voilà une version intégrale magnifique.



Le Miami Ballet Theater au Théâtre du Châtelet (Les Étés de la Danse)

Sweeney Todd au Théâtre du Châtelet

Il faut savoir que je ne suis pas du tout spécialiste ou amateur de comédies musicales, et là j’y suis principalement allé car j’avais lu les critiques très positives de mes deux références en la matière que sont Xavier et Laurent. Et puis j’avais été quelque peu décontenancé par le film de Burton, adapté de la même comédie musicale. En effet, j’avais trouvé que le film avait pas mal de qualités et tenait bien la route, mais les chansons et musiques ne m’avaient vraiment pas plu. Donc là je me suis dit que c’était idéal pour redécouvrir ce grand classique et tester un peu mon appétence en la matière…

Bon bah, j’ai au moins valider une chose : je n’aime pas Sweeney Todd. Là maintenant c’est sûr, et j’ai eu l’extraordinaire expérience de revivre l’exact moment et sentiment que lorsque j’ai découvert de film de Burton.

En effet, j’ai trouvé que le show en lui-même était admirable, et je pèse mes mots. Les décors sont bluffants, les comédiens/chanteurs d’une immense qualité, la mise en scène et l’orchestration m’ont paru d’une excellente facture. Vraiment le spectacle est à la hauteur de ce théâtre et propose un divertissement d’une qualité supérieure. Mais (saperlipopette de fuck de sa mère sa race !!!) ces chansons puent !!! Et cette manière de scander chaque réplique à la Michel Legrand (Ooooh Booonjouuuur, commeeeent alleeeez vouuuuuus ?) me saoule et me donne envie de rire à chaque couplet. Bref, je ne critique pas du tout le livret ou l’oeuvre, mais c’est juste que ce n’est pas ma came.

Et dieu sait que « West Side Story » je trouve que c’est plutôt pas trop mal (dans le genre oeuvre de Stephen Sondheim), mais force est de constater que je n’accroche vraiment pas à ces chansons et cette musique là. Parce que sinon l’histoire en elle-même est terriblement glauque, irrévérencieuse à souhait, et vraiment excellente !! Les péripéties du barbier égorgeur, les tourtes à la viande humaine, l’ironie du sort finale et fatale qui confirme le drame tragicomique… Il y a vraiment de très bon éléments dans cette comédie musicale, mais non ça ne prend pas avec moi. Tant pis !

Sweeney Todd au Théâtre du Châtelet

Récital au théâtre du Châtelet avec Natalie Dessay, Laurent Naouri et Stéphane Degout

Un récital au profit de l’Unicef avec en figure de proue Natalie Dessay, son méri Laurent Naouri et le joli Stéphane Degout, et ces trois muses sont en plus accompagnées par l’orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Myung Whun Chung (à tes souhaits)… Mein gott! Lorsque Kozlika a évoqué cet événement, je me suis empressé d’acheter des places, et je ne regrette pas du tout.

Il s’agissait d’un récital au profit de l’Unicef, donc plutôt un spectacle « détendu » et avant-tout un moment privilégié où les artistes se faisaient plaisir et faisaient plaisir à un public conquis à l’avance. En cela la programmation reflétait bien un choix pas très pointu (et qui ferait sourire, ou grincer des dents, les vrais aficionados et érudits de l’opéra) et qui mettait bien en valeur les chanteurs. Il y avait deux parties, la première en français un peu plus élaborée et moins « easy listening » avec du Berlioz, et puis plus connu avec l’air de Marguerite de Faust (Charles Gounod). Oui oui, l’air de la Castafiore de Tintin ! Hé hé hé. Enfin Jules Massenet avec Thaïs (que je ne connaissais pas), et le magnifique Manon, où Natalie Dessay a montré toute sa virtuosité.

Et puis en seconde partie, nous avons retrouvé de bons airs de bel canto de concierges comme on aime !! (Comme j’adore !) Evidemment, on nous a sorti les tubes de Verdi avec la Traviata, Otello, mais aussi Don Pasquale de Donizetti, et pour finir l’ouverture de la Force du destin de Verdi (qui a servi de base au thème du film « Jean de Florette »). Bref, on était presque dans la compilation « best-of opéra », les meilleurs morceaux lyriques de tous les temps. Hu hu hu.

Mais nous avions trois excellents interprètes, et un superbe orchestre pour nous servir ces morceaux, et ce fut un régal. Evidemment la reusta de chez reusta c’est Natalie Dessay, et manque de pot, elle n’était pas du tout en voix ce soir là. D’ailleurs si cela avait été pour un véritable opéra, il est certain qu’elle ne serait pas montée sur scène. Elle nous a servi fausses notes, déraillements et autres malversations vocales contre son gré, et tout le monde avait de la peine pour cette merveilleuse chanteuse. Mais même avec ces couacs, elle était belle, souriante et drôle, et surtout elle a réussi à nous faire frissonner en nous récompensant de passages extraordinaires, notamment en Manon ou Violetta.

J’ai bien aimé Laurent Naouri, il a une voix superbe et est techniquement au poil. Mais il paraît un peu figé quand il chante je trouve, il manque d’expressions… Et le seul hic à mon avis, c’est qu’il prononce les i comme des u, comme s’il n’ouvrait pas correctement la bouche. Etrange… La véritable découverte fut pour moi Stéphane Degout. Je ne l’avais jamais entendu chanter, ou alors sur quelques extraits sur le net, et j’ai été conquis par le baryton. Déjà je le trouve très mignon, ce qui est un bon commencement (huhu, il faut dire que je le vois sur GA depuis quelques années le garçon), mais surtout j’ai adoré sa manière de bouger, de véritablement jouer ses airs même si c’était un récital, et tout l’entrain, l’énergie, la passion qu’il véhiculait lors de ses passages. Outre cela, je lui trouve une voix d’une troublante beauté, et n’ai rien pu reprocher à cette performance. Du coup, une belle voix, un jeu convaincant, une solide technique et de la puissance bien dosée, cela donne un bon mélange pour un baryton.

Nous étions très bien placés, et j’ai aussi beaucoup apprécier les voir chanter de si près, en ayant l’opportunité de prendre le son en pleine face, et de parfaitement profiter de leurs expressions de visage. J’ai hâte de revoir Natalie Dessay en plein possession de ses moyens !!

L’avis des copines : Gilda, Kozlika, Chondre.

Récital au théâtre du Châtelet avec Natalie Dessay, Laurent Naouri et Stéphane Degout

« Edward aux mains d'argent » au théâtre du Châtelet

Le film « Edward aux mains d’argent » de Tim Burton est un des films cultes de ma famille, et surtout de mon père. Il faut dire qu’on est tous les quatre vraiment fan du réalisateur. J’avais aussi eu la chance de me régaler du ballet « Swan Lake » de Matthew Bourne à Mogador, tout comme j’avais déjà été ébahi d’un magnifique ballet par l’American Ballet Theatre au théâtre du Châtelet.

Ce que j’avais lu de ce spectacle m’avait complètement décidé à le voir. Il y avait le fait qu’il était sous l’égide de Tim Burton et de Danny Elfman (dont je suis autant féru), et aussi l’incroyable talent de Matthew Bourne pour traduire les émotions en mouvements. Je me disais qu’Edward Scissorhands était bien le personnage qui pouvait formidablement rendre dans le cadre d’un ballet.

Et le résultat est malheureusement en demi-teinte pour moi. Je sais bien qu’il est extrêmement difficile d’apprécier un spectacle, lorsqu’il est issu d’une oeuvre originale qu’on aime énormément, mais j’ai là été surpris par deux choses. D’abord, il y a des scènes dans le film qui sont beaucoup plus émouvantes et prenantes que dans le spectacle, et c’est surprenant car la chorégraphie avait toutes ses chances pour redonner encore plus de lyrisme à ces moments. Et au final, ça ne fonctionne pas de la même manière, et même moins bien. Etrangement, j’attendais d’être plus ému, d’être beaucoup plus emporté par les scènes charnières de l’histoire. Et là ça a un peu fait l’effet d’un pétard mouillé. Ensuite, il y a certains partis pris dans la narration qui m’ont troublé, et qui n’ont pas aidé à comprendre le fond de l’histoire (à mon avis à moi que j’ai).

Un des piliers de l’histoire, et ce qui fait tout le charme du conte qu’il est censé illustrer, c’est que tout cela vient de la demande d’une petite fille à sa grand-mère qui veut savoir d’où vient la neige. La grand-mère est a narratrice de l’histoire, et elle explique qu’avant la venue d’Edward il ne neigeait pas dans la ville. Et depuis qu’il est « reparti », elle sait qu’il est toujours vivant, car tous les ans il neige de nouveau. Toute cette idée est complètement zappée dans le ballet, et c’est dommage car une grande importance est donnée à la neige, mais on ne sait absolument pas pourquoi.

Ensuite, et là c’est vraiment du à un problème du côté du théâtre (vive la France !), la scène la plus importante pour moi, le véritable momentum émotionnel, c’est lorsqu’il sculpte la fille dans la glace, que cela fait de la neige, et qu’elle sort pour danser dans la neige. J’avais vu dans les vidéos de présentation qu’Edward, comme dans le film, sculptait et plein de flocons sortait pour faire un grand jet de neige. Et ce soir là, le soir de la première tout de même, on a entendu un « TSSS TSSS » et plus rien. Donc ils ont dansé, et il y avait bien un écran transparent qui imageait aussi la neige, mais ce n’était plus du tout le même effet. Quel dommage…

Donc vous voyez des petites déceptions qui ont miné mon plaisir. Ajoutez à cela, des places à 75 euros qui sont tout juste bonnes. Je me suis alors dis que la salle à moitié vide s’expliquait d’un seul coup, et que je m’étais bien fait avoir. Parce que avoir un pilier presque en face de soi pour ce prix là, c’est hallucinant, même si je sais que c’est une des tristes particularités de ce lieu (mais normalement le prix des places est relatif).

Mais je ne suis pas non plus totalement négatif sur ce spectacle, pour la simple et bonne raison que c’est malgré tout un superbe ballet. En effet, Matthew Bourne crée encore une fois une magnifique chorégraphie, avec une mise en scène particulièrement punchy, et qui occupe l’espace avec beaucoup de fluidité. Il n’est pas rare d’avoir une vingtaine de danseurs et danseuses sur la scène, et tous leurs mouvements sont coordonnés à la perfection. En tant que spectateur, les tableaux sont parfaitement composés, et on suit l’histoire dans les mouvements comme pour un film muet. Cette composition est particulièrement saillante lorsque tous les protagonistes sont dans une chorégraphie globale, mais que l’attention est focalisée sur les deux héros.

Edward (Matthew Malthouse) est vraiment impeccable dans le rôle, et on retrouve avec plaisir un personnage aussi crédible que Jonny Depp l’était. L’adaptation en ballet rend globalement étonnament bien, on suit le fil de l’histoire, et surtout les tensions dramatiques ou comiques sont reproduites avec une bluffante limpidité. Mes scènes préférées sont de loin celle où Edward danse avec les buissons taillés et où il n’a plus ses ciseaux (dans un rêve), on est là dans une émotion que seul le ballet peut exprimer, et qui est en grande cohérence avec l’histoire. L’autre scène marquante est celle de, malgré la pétouille technique, la sculpture de glace.

Chérichou me dit que l’on était trop haut pour apprécier le spectacle, et qu’au niveau des pâquerettes, on devait mieux saisir le ballet.

L’avis des copines (J’ai eu la surprise de rencontrer plein de blogueurs et blogueuses que je lis, et qui étaient invités, les busards !!) : Eric, Miss Blablabla, Mathilde, Grégory, Franck (dont je rejoins pas mal l’avis de son copain, mais je suis plus gentil quoi).

« Edward aux mains d'argent » au théâtre du Châtelet

L’American Ballet Theatre Au Théâtre du Châtelet

Tout a commencé comme une de ces hasards du blog que j’adore. Il y a quelques temps j’ai remontré un extrait d’un ballet contemporain sur une musique de Philip Glass, ce dernier étant un compositeur que j’admire et dont j’ai beaucoup parlé ici. Je ne savais pas exactement qui avait chorégraphié ce ballet, ni s’il en existait des enregistrements vidéos. Et voilà que Laurent, que ses bontés envers moi lui soit rendu au centuple au paradis des pédés, m’apprend en commentaire que, non seulement, ce ballet est de Twyla Tharp, mais qu’en plus il va être visible au Théâtre du Châtelet ce dimanche. Ni une, ni deux, j’ai dégainé ma carte bleue et me suis dégoté deux excellentes places (en plein milieu d’orchestre), en pensant à ma Cici d’amûûûr dont c’était l’anniversaire.

La troupe de l’American Ballet Theatre m’a beaucoup fait penser aux danseurs du « Swan Lake » de Matthew Bourne, dans le sens où on trouve là des athlètes superbes qui magnifient des shows millimétrés, mais qui manquent peut-être un peu de la grâce et la perfection des ballets « traditionnels ». L’originalité de ce programme résidait vraiment pour moi dans une approche chronologique aussi divertissante que didactique. En effet, on y a vu trois ballets de trois époques et de trois genres, en démarrant par Mozart (18e), en finissant par Philip Glass (fin 20e, début 21e) et en passant par Gustav Mahler (fin 19e, début 20e).

La « Symphonie concertante » fut donc la première oeuvre de Mozart avec une chorégraphie très classique et superbe de Balanchine. Un vrai régal pour les yeux, et un apaisement de l’âme sont instillés par les mouvements de symétrie et les expressions ce ballet. Mais petit bémol, comme je le disais plus haut, il manquait un rien de grâce et de légèreté, une toute petite touche encore plus classique et éthérée en plus.

Ensuite, on a eu droit aux « Dark Elegies » de Mahler, avec une histoire à pleurer dans les chaumières (très bien racontée en allemand par un chanteur lyrique, même si évidemment, je n’y ai rien entravé) et une chorégraphie d’Anthony Tudor. Cette dernière était déjà sans doute très arty à l’époque (1937), et on ne peut pas dire que ça ait si bien vieilli que cela, comme Laurent le soulignait. Malgré cela, les danseurs et danseuses sont remarquables, et servent admirablement l’oeuvre. C’est juste vraiment trop dépressif, Mylène aurait adoré. (Gvgvsse va me tuer pour cette remarque, rhoooo !)

Et enfin l’apothéose, nous sommes en 1986, et Twyla Tharp crée cette chorégraphie extraordinaire sur l’extraordinaire musique de Philip Glass… « In the Upper Room ». Simplement magnifique et terriblement émouvant, j’ai été saisi, retourné, convulsé, excité, affolé, extasié pendant tout le ballet. Aaaaaah mon petit Philip, je t’adore !

Et là les performances physiques et artistiques de la troupe prennent toutes leur importance, et démontrent leur excellence avec un certain brio. Tout m’a plu. Tout ! Le décor fait de lumière et d’un fantomatique brouillard d’où les danseurs et danseuses surgissent, comme du néant. Mais aussi les costumes et les couleurs qui s’animent par les gestes précis et syncopés des hommes et des femmes. Tableaux par tableaux, ils composent une oeuvre rythmée, cadencée, formellement très belle et foncièrement remuante. On est alpagué dès les premières notes, et on n’est relâché qu’à la dernière, essoufflé, terrassé, et heureux d’avoir vécu cela.

Désolé, je ne peux être que dithyrambique, et c’est aussi sincère que totalement subjectif. Car je dois reconnaître que les ressors musicaux sont assez faciles, et que c’est de la musique plus « populaire » que « classique », que cela paraît même grossier à certains ou de « concierge ». Mais j’y suis sensible à un point que vous ne pouvez pas imaginer, et cette mise en mouvement de cette musique produit une oeuvre monolithique et indissociable qui m’a totalement conquis.

Encore, encore, encore !

Concierge poweeeeeer !