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« Périclès » au théâtre du Nord-Ouest

Publié le Samedi 17 Novembre 2007 - 18:53
Catégorie: ThéâtrOpérage

Je ne suis pas un grand connaisseur des pièces de Shakespeare, et celle-ci est apparemment une des moins connues ! Mais le théâtre du Nord-Ouest organise justement depuis quelques temps une rétrospective de toute l’oeuvre de ce bon William, il est donc possible de faire connaissance avec absolument toutes ses créations.

La salle était déjà celle des « Visionnaires », cette immense scène toute noire, et qui a la curiosité de faire arriver le spectateur par la scène justement, avant de rejoindre les sièges. Le décor était quasiment inexistant à part quelques objets et trois bouts de ficelles. Mais la pièce ne manquait pas de bons comédiens et d’une mise en scène qui a su à la fois occuper l’espace, et donner au spectateur les clefs pour libérer son imagination.

Il n’y avait pas énormément de moyens, mais tout cela à largement été compensé en se servant du texte, car l’auteur lui-même introduit un narrateur qui a pour rôle de raconter l’histoire au spectateur. Ainsi on est accompagné tout au long du récit par Gower qui nous explique qui est qui, où se passe l’intrigue, et quelles péripéties arrivent à Périclès. Et c’est par quelques cordages et poulies, des bouts de bois ou un grand tapis, que sont figurés les bateaux, palais, tempêtes en mer ou autres lieux mythiques que le héros grec traverse.

En effet, nous suivons les aventures du prince Périclès qui désire dans un premier temps épouser la fille du roi Antiochus, mais qui est incestueux. Il visite ensuite le royaume de Simonide qui lui donne sa fille pour épouse, mais cette dernière meurt en donnant naissance à leur fille Marina. Il confie Marina à Cléon, dont il sauve la cité ravagée par la famine. Marina est à l’adolescence enlevée par des pirates…

Bref, il arrive à Périclès tout un tas d’aventures et un véritable voyage initiatique et odysséen pour retrouver ses proches, et mériter les lauriers de ses actes de bravoure et de loyauté.

Le point fort de la pièce réside dans le grand talent des comédiens pour s’emparer du texte, et le faire vivre avec une touchante modernité. Mais cette faculté n’est pas vraiment égale, certains déclamaient encore un peu trop à mon goût, alors que d’autres étaient totalement habités par le texte de Shakespeare. Il est parfois un peu difficile de passer outre les décors inexistants, et on peut avoir du mal à rentrer dans certaines scènes. De même que j’ai eu du mal avec des marins à l’accent marseillais prononcés dans ce cadre là, mais pourquoi pas…

Il y a toujours un élément qui me trouble dans les pièces de Shakespeare mais qui dénote vraiment de la réalité théâtrale de l’époque, c’est le mélange des genres. Nous sommes dans une « tragi-comédie romanesque et fabuleuse », et l’auteur ménage à la fois des scènes dramatiques et à l’intense émotion, mais aussi des bouffonneries pour alléger le tout, et des personnages caricaturaux qui ne sont là que pour faire rire d’eux-mêmes. Je sais que c’est dans la pièce, mais je ne peux m’empêcher de trouver cela diablement désuet, et finalement de « trop » (ça me fait la même chose pour « Roméo et Juliette » ou même pour « Le songe d’une nuit d’été »).

En tout cas, la pièce a duré un peu plus de deux heures, et on ne s’ennuie pas une seconde durant ce spectacle. Entre les combats, voyages, enlèvements, accouchement, morts violentes et réanimations miraculeuses, on ne peut pas dire qu’on trouve le temps long. Et le texte a cette troublante beauté que même les années (la pièce date de 1608) ou la traduction en gaulois ne vient entamer. Vraiment ces comédiens sont doués, et un tel altruisme sur scène ne peut que porter ses fruits.

« Périclès » au théâtre du Nord-Ouest

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« Les visionnaires » au théâtre du Nord-Ouest

Publié le Lundi 5 Mars 2007 - 10:18
Catégorie: ThéâtrOpérage

De retour au théâtre du Nord-Ouest, hé hé hé, mais dans la grande salle cette fois, et pour aller voir une curieuse pièce, peu connue, et en vers de 1637. Il s’agit d’une comédie de Jean Desmarets de Saint-Sorlin qui était conseiller de Louis XIII, et chouchou de Richelieu. « Curieuse » car on ne s’attend pas forcément à un texte aussi fluide et moderne alors qu’il est en vers et qu’il a 370 ans, mais force est de constater que cela passe incroyablement bien, dans le fond comme dans la forme.

L’histoire fait irrémédiablement penser à du Molière, et apparemment cette comédie a servi d’inspiration pour les « Femmes savantes ». On suit en 5 actes les péripéties d’un père qui veut marier ses trois filles. Or il finit par rencontrer quatre prétendants, et réalise avec effroi qu’il a dit aux quatre qu’il leur refourguait une des filles. Seulement ils sont tous plus fous les uns que les autres, et chez les filles et chez les garçons. Une des filles, Hespérie, est persuadée que tous les hommes tombent en pamoison pour ses exceptionnels yeux. Une autre, Mélisse, est amoureuse d’Alexandre de Grand après en avoir lu les hauts faits, et ne veut épouser que son équivalent. Et la troisième, Sestiane, ne jure que par le théâtre et la création littéraire. Du côté des prétendants, on a Artabaze, un capitaine qui a une curieuse phobie des rimes et des figures de style. Il y a aussi Amidor, un poète talentueux et très précieux. Phalante est un homme (sensé être) riche et le montre bien. Filidan est un jeune garçon complètement illuminé, à qui l’on décrit une beauté et qui y succombe par la simple poésie de l’évocation.

Tous ces personnages, avec en plus le père, Alcidon, et un parent de ce dernier, Lysandre (Rhaa Lovely !), se croisent et circulent avec beaucoup d’énergie et de mouvements sur une scène presque nue. On n’a pas vraiment de lieu pour l’intrigue, et il faut quelques temps pour bien comprendre comment l’intrigue se met en place, et de quel genre de pièce il s’agit. Les personnages évoluent sur la scène, se rencontrent, échangent des répliques, puis vont et viennent. Du coup les décors ou les situations ne sont pas vraiment formelles, mais l’histoire prend rapidement et intelligiblement forme.

C’est une comédie, et en effet, on rit de bon coeur à des personnages caricaturaux extrêmement drôles, et surtout à des saynètes cocasses et vraiment dans la veine de Molière. J’ai beaucoup aimé le texte et les vers de l’auteur, que je trouve très bien dosé entre des moments « faciles » et fluides, avec des rimes qui font facilement passer le dialogue, et d’autres moments plus élaborés, avec des passages au niveau de langage fleuri et joliment écrit. Encore une fois, il est assez dingue de constater à quel point ces comédies du 17ème passent très bien aujourd’hui. Il suffirait de peu pour adapter ces textes à notre époque, et la mise en scène enlevé donne un rythme très agréable à l’ensemble.

Il faut saluer les comédiens qui sont globalement vraiment bons, qui ont à la fois une excellente diction, et qui endossent bien leurs rôles. On sent qu’ils ont une maîtrise de leur texte quand on les écoute, et que les vers coulent naturellement. Il n’y a alors pas plus agréable musique pour l’oreille, avec une compréhension immédiate de la situation et des dialogues, qui sont alors très réalistes malgré une construction littéraire des moins spontanées. Ils rendent vivante, drolatique et actuelle cette ancienne comédie, et nous ont fait passer un très bon moment.

« Les visionnaires » au théâtre du Nord-Ouest

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Roxane de Bergerac (au Dépôt)

Publié le Jeudi 22 Février 2007 - 9:17

Avant la pièce :

Nous sommes 6, nous arrivons au « Théâtre du Nord-Ouest »… Comme nous sommes en avance, on voit qu’il y a un bar avec des tables et de quoi s’asseoir, donc nous espérons nous payer un café. Et là, personne ne vient… Après une infructueuse tentative d’Olivier, nous apprenons que ce n’est pas un café… Hum hummm ah bon ? Pourtant il y a un type qui sirote son ballon de rouge, et un autre une tasse de café… Bizarre…

Après on se fait accoster par un mec chelou avec un chapelet immense autour du cou, et une caméra DV… « Je peux vous filmer, il me reste 14 minutes ? ». Heuuu… bah oui voyons, pourquoi pas ! Et me voilà le principal interlocuteur de ce ouf qui me parle de n’importe nawak. Il me demande si je fais du théâtre, puis si je suis cinéaste, quel est le dernier film que je suis allé voir, si je connais l’Allemagne (car j’ai évoqué « La vie des autres »). Ensuite cela va de Charybde en Scylla, je parle de Berlin, et il me demande si j’ai visité des musées, du coup je lui parle du musée Juif de Berlin. Et lui de me répondre : « Ah mais les allemands, ils n’aiment pas les juifs hein ? », et ensuite « Vous avez visité Auschwitz ? ». Aaaaaaaaaaah c’est quoi ce connard ??? Nous nous sommes donc barrés illico pour rejoindre notre pièce !

Et là, on commence à réagir aux affiches à droite et à gauche… Aaaaaaaah ! C’est un « théâtre chrétien » !!! Je ne savais même pas que ça existait !!! Y’a que des pièces sur Jeanne d’Arc, des prophètes et des machins spirituels !!! Mein gott !!

On rentre dans le théâtre, et là on hallucine : on se croit dans la backroom du Dépôt !!!!! Tu rajoutes une scène et deux bancs, tu enlèves les cabines, et hop bienvenue au théâtre !

Bon voilà ! Tout ça pour vous expliquer que nous avons été pris d’une soudaine et impétueuse hilarité qui nous a un peu troublé, avant même que la pièce démarre (mon idée évidemment, arf arf). En plus la pièce commence dans un noir complet avec des chants religieux, et trois rangées de bancs qui tremblaient sous les pouffements étouffés d’un H. de Crayencour totalement hystérique.

Mais rapidement, le calme est revenu…

La pièce en elle-même :

« Roxane de Bergerac » est un sacré challenge puisqu’il s’agit d’une seule comédienne et auteure, Véronique Daniel, qui a donc créé cette « suite » de Cyrano. Ce dernier est mort depuis 20 ans, et Roxane, toujours recluse dans son couvent, pense encore à lui. Elle se remémore son ami, les derniers instants, les péripéties qui ont mené à leurs malheurs communs. Elle réfléchit aussi à leur relation, à l’amour et à l’injustice et la dureté des événements. Finalement, était-ce un tel drame cet amour contrarié, ou au contraire le meilleur moyen d’en avoir fait une chose sacrée et éternelle, puisque jamais consommée et toujours sublimée ?

Véronique Daniel soliloque donc pendant une heure, en vers, sur ce thème. On se rend rapidement compte de la structure de son monologue, il s’agit de morceaux originaux de la pièce de Rostand, elle réinterprète ainsi, seule, un florilège des scènes marquantes de « Cyrano de Bergerac ». Et entre ces « souvenirs » du passé, elle nous livre son texte original qui tente de mieux nous faire connaître Roxane, son avis sur la situation présente et passée, et surtout ses regrets.

Cette structure très marquée l’est d’autant plus lorsqu’on connait comme moi la pièce originale quasiment par coeur. Du coup, on pourrait être un peu déçu par le procédé, si elle ne jouait pas avec un talent et une passion qu’on ne peut voir que comme un très bel hommage aux vers de Rostand. A un moment, on se demandait presque à quel point elle n’avait pas été frustrée de ne pas pouvoir jouer le rôle de Cyrano, et elle se donnait donc là l’occasion de le faire. Il faut aussi remarquer sa diction parfaite, et son jeu, certes un peu précieux et « froid », mais qui sert bien son texte.

Le texte créé par Véronique Daniel tient la route tout en étant pas une exceptionnelle réussite pour moi. La différence entre les vers des deux auteurs étant parfois assez flagrante, malgré tout elle offre une vision originale du personnage de Roxane. J’ai surtout aimé ses réflexions sur l’Amour, et sur le fait que cet échec était aussi, comme je l’ai souligné plus haut, une manière de conférer à leurs sentiments et leur « couple » une qualité qui dépasse le temps, la mort et la lassitude amoureuse classique dans laquelle versent tous les amants.

Par contre, pour ceux qui ne connaissent pas parfaitement la pièce de Cyrano, je me demande si c’est très facile à suivre, et si la présence seule de la comédienne suffit à les retenir de sombrer dans la torpeur cadavérique de mes voisins (Chaaaaarles !!). Moi j’ai vraiment trouvé ça pas mal, et l’actrice en particulier m’a convaincu. En outre, les scènes de « Cyrano » sont à mon avis vraiment réussies, et Véronique Daniel parvient à véhiculer une émotion et une truculence épatantes. Quand elle assume ainsi plusieurs rôles en faisant revivre le « passé », on la suit aisément dans son « flashback ». Mais encore une fois c’est valable pour qui connait bien la pièce originale. Et du coup cela relativise la qualité de l’ensemble…

Je suis donc très content d’avoir vu ce spectacle. Il n’est pas parfait, mais il plaira aux aficionados. Il n’est peut-être pas nécessaire de faire souffrir les néophytes, comme je l’ai fait moi-même… Huhuhu. (Désoléééééééé !)

Roxane de Bergerac

PS :
A un moment, elle sort la fameuse dernière lettre de Christian/Cyrano de son corsage, et là c’est mon voisin de droite qui a eut un fou-rire… Il a eut la fugace vision de cela :

Bon la prochaine fois, je me ferai mes trips Cyrana en terre christique tout seul ! :mrgreen: