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Pectus est quod disertos facit

Dimanche 27 Janvier 2008

ThéâtrOpérage « Les aventures de Nathalie Nicole Nicole » au théâtre du Rond-Point

Classé dans: ThéâtrOpérage — Tags: @ 21:21:50

Je fais souvent aveuglément confiance à la programmation du théâtre du Rond-Point, mais là il se trouve que j’ai fait connaissance avec l’auteure de la pièce lors de l’enregistrement d’une émission de radio, à laquelle je participe régulièrement pour parler « blog ». Et de l’entendre parler de sa pièce, j’ai eu immédiatement envie de la voir au théâtre. En outre, une des comédiennes qui intervient régulièrement dans l’émission, joue aussi dans cette pièce, et j’avais énormément envie de la découvrir sur scène.

Tiens je vous recolle l’émission là, si vous voulez vous faire une idée… (J’avais choisi d’évoquer le blog de Brad-Pitt Deuchfalh, vous pourrez entendre à quel point le sujet m’émeut !!)

J’ai été enchanté de cette pièce, qui est un bel exemple de théâtre contemporain, qui allie un texte à la langue magnifique, des comédiens et comédiennes absolument bluffants et une mise-en-scène à l’énergie et l’inventivité débordantes. Voilà, tout ça !

Les trois héros principaux sont Nathalie Nicole Nicole, qui est une petite fille qui vit avec sa mère, Michel Chef Chef, qui est amoureux de Nathalie, et Cléo, qui est laide et impopulaire, et qui cherche l’affection de Nathalie. On trouve ensuite une maîtresse d’école, et un étrange « enfant » qui sert de narrateur et qui complète curieusement les dialogues (il ajoute par exemple des « a dit Nathalie » ou « a dit Cléo » après chacune de leurs répliques). Il s’agit d’une pièce avec des enfants, mais ce n’est pas du tout un conte de fées. C’est même plutôt une histoire faite de souffrances et de diableries à faire froid dans le dos. Et pourtant nous sommes bien dans le monde de l’enfance, et des enfantillages qui peuvent revêtir les aspects les plus mauvais et cruels.

C’est vraiment le personnage de Cléo qui m’a le plus impressionné dans son caractère de petite fille moche et complexée, amoureuse de Nathalie, et qui subit toutes les brimades et humiliations bien propre à l’enfance. Quelques scènes sont fascinantes et mènent les comédiens vers des performances assez folles et inquiétantes. J’ai adoré ce moment où les enfants imaginent qu’on pourrait capturer d’autres enfants pour les faire souffrir, et ils élaborent alors des stratagèmes d’une cruauté assez incroyable.

Toute la pièce oscille entre une certaine légèreté avec des propos de gamins, et une gravité bien noire avec des parents un peu spéciaux, des enfants pas bien gentils et une vraie atmosphère pestilentielle dans cette ville de Poujol (c’est un peu « la bouche de l’Enfer » apparemment… huhuhu). Mais l’ensemble est souvent très drôle et grinçant, et est servi par des comédiens qui se donnent à 100% dans leur jeu, et le mot « jeu » prend là tout son sens, car on les voit s’amuser sur scène avec beaucoup d’entrain.

Le décor est très mobile, il est composé d’une armature métallique qui permet de constituer différentes pièces, et de donner au comédiens une mobilité scénique vraiment en 3D (ils montent des escaliers qui permettent de passer d’un côté à l’autre de la scène, au-dessus des autres) assez intéressante. Il y a aussi des éléments qui s’assemblent et se désassemblent pour imager la ville ou bien un lit ou une cave. Du coup, à chaque changement de décor, les comédiens déplacent ces éléments et en quelques secondes nous donne une autre perspective. En outre, la mise-en-scène est très alerte et nous donne l’impression d’être dans une cour de récréation, lieu de tous les possibles, de tous les « jeux ».

J’ai vraiment beaucoup accroché au texte, mais je dois avouer que j’ai eu un peu de mal sur la longueur. Si j’avais un bémol à formuler, ce serait vraiment sur le fait que la pièce dure un peu trop longtemps. On finit par se lasser de l’atmosphère et d’une histoire qui ne se fixe jamais sur une intrigue ou un fil identifiable. Et au bout de deux heures, c’est un peu lassant, alors que la première heure et demie est passée comme un enchantement.

Mais en définitive, je vous conseille d’aller voir ce spectacle, et de profiter du talent de ces comédiens, de la beauté de ce texte, et de la créativité foisonnante de Marion Aubert.

L’avis de Colin Ducasse.

« Les aventures de Nathalie Nicole Nicole » au théâtre du Rond-Point

Lundi 13 Décembre 2004

ThéâtrOpérage Dis à ma fille que je pars en voyage

Classé dans: ThéâtrOpérage — Tags: @ 17:48:09

Je ne vais pas souvent au théâtre, mais j’ai toujours pensé qu’un spectacle « vivant » lorsqu’il véhiculait de l’émotion le faisait alors avec beaucoup plus d’intensité et d’authenticité (qu’au cinéma). Cette pièce de Denise Chalem fait sans conteste partie de ces œuvres dont le théâtre donne une force et une portée particulière.

Il s’agit d’une pièce de femmes sur un sujet féminin, trois comédiennes interprètent deux prisonnières et la troisième comédienne interprètent différentes gardiennes et autant de typologies. On a une prisonnière un peu balourde, vulgaire et manifestement peu éduquée, une « ancienne » de la prison. La pièce commence par l’arrivée dans la cellule d’une sorte de Christine Deviers-Joncour, une jeune femme de belle allure aux manières bourgeoises qui n’est vraiment pas bien dans ses baskets (en taule pour « faux et usage de faux », « trafic d’influence » et autres bondieuseries). Evidemment tout sépare ces femmes, mais petit à petit, elles se rapprochent et finissent même pas développer une relation amicale assez passionnelle dans ce contexte si singulier.

L’ambiance de la pièce parait très réaliste sur cet univers carcérale, et autant le décor que le jeu (et les didascalies) instaurent une noirceur et une dureté de conditions de vie en cellule. La pièce rend de manière crue et authentique la promiscuité, la violence (et les abus sexuels), l’affrontement entre ces deux femmes dont les aspirations, les destinées et les valeurs sont complètement opposés, et qui malgré tout se retrouvent dans le même bateau. Mais en se racontant par bribes leurs parcours, et parce qu’elles sont la seule présence l’une pour l’autre, elles finissent par se révéler l’une à l’autre. Elles se révèlent dans leurs forces et leurs fragilités, et toutes les deux belles et biens paumées mais à présent solidaires.

Non seulement la cellule est très bien reproduite dans le décor (avec lavabo, toilettes…) et ainsi que d’autres éléments qui figurent l’unique fenêtre à barreaux et l’ampoule électrique dont la morne alternance jour/nuit rythme la journée. Les sonorités sont aussi pour beaucoup dans le réalisme du décor, certains sons sont naturels et affreusement pragmatiques, et d’autres sont artificiels et renforcent encore plus la frayeur de l’endroit. Par exemple, quand la porte de la cellule se referme c’est dans un énorme bruit qui fait trembler le sol, et lorsque les clefs tournent dans le pêne, on entend un mécanisme infernal…

Les deux comédiennes (Christine Murillo et Elisabeth Vitali) sont brillantes, et surtout celle qui joue Dominique, la moins favorisée, qui est extrêmement touchante dans ce rôle d’écorchée vive. Alors forcément, le théâtre était surreprésenté en femmes et cela ne m’a pas étonné vu le sujet. C’est vraiment cool d’être allé voir cette pièce à l’aveuglette et d’avoir eu une si bonne (et intense) surprise.

Dis à ma fille que je pars en voyage - Théâtre du Rond Point

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