5 articles tagués avec “Théâtre Marigny”

  • ThéâtrOpérage
“Le donneur de bain” au Théâtre Marigny

Publié le Mardi 20 Juillet 2010 - 0:38
Catégorie: ThéâtrOpérage

Je me méfiais un peu de l’affiche de dingue, mais ce sont des comédiens que je trouve vraiment bons : Charles Berling, Barbara Schultz et Bruno Wolkowitch. Et ils ne m’ont pas déçu, même si la pièce en elle-même souffre de bien des défauts. Il y avait pourtant tous les ingrédients pour que ça prenne avec ces acteurs et actrices de talent, une histoire en plein 19ème siècle avec un texte assez fleuri comme j’aime, et un décor tonitruant fait d’un immense couvercle métallique qui pivote en son centre et découvre un immeuble en coupe, ou d’autres inventions farfelus à d’autres angles.

Vraiment le décor est un des éléments totalement bluffant de la pièce, car il ne cesse d’évoluer, de se transformer, et de servir une intrigue bien complexe… Nous sommes à une époque où les salles de bain n’existent pas encore, et où le “donneur de bain” (Charles Berling) se déplace chez les nantis avec sa baignoire portable et ses produits d’hygiène. Ce type fréquente une kyrielle de clients plus ou moins bourgeois, mais plus globalement fortunés, puisqu’on va de l’anglais rentier au ministre en passant par la prostituée haut de gamme. Les langues se délient pendant la séance de nettoyage, et le donneur se bain se retrouve surtout à sonder les âmes, parfois contre son gré. Dans l’immeuble présenté là, la prostitué Céleste (Barbara Schultz) est au cœur de toutes les intrigues, et au sous-sol vit un étrange ingénieur ermite, Xenob (Bruno Wolkowitch) qui aime beaucoup Céleste.

Ce qui à la base est une histoire assez simple devient là un imbroglio informe par l’addition d’histoires parallèles qui se croisent, et rendent l’ensemble quasi inintelligible (je n’exagère qu’un chouïa). Ajoutez à cela ce décor qui tourneboule et joue les transformers toutes les deux minutes, et ce trait fort agaçant des directions d’acteur du moment : on fait faire aux comédiens des farandoles à leur coller un infarctus, et surtout cette manie de rompre un rythme de parler naturel pour finir en pure hystérie vocale. En fait c’est exactement ce que je reprochais aux deux dernières pièces que j’avais vu à la Comédie Française. Bruno Wolkowitch notamment joue caricature sur caricature, on dirait parfois le Pingouin du film de Burton (c’est dire).

Heureusement, j’ai tout de même accroché aux personnages et à l’histoire, et malgré quelques longueurs, le spectacle était plaisant et divertissant. Mais avec une distribution pareille, ils auraient pu faire un malheur. On a presque l’impression que les moyens ont été trop importants et ont encore plus contribué à rendre ce spectacle “too much” et indigeste : trop de décor, trop de mouvements, trop d’émotions, trop de sons, trop d’intrigues, etc. Le texte qui était sympa en devient ampoulé, et rend les échanges pénibles pour tout le monde apparemment. Malgré tout, ce n’est pas insupportable, et c’est plus un assemblage de tous ces petits défauts qui mettent des petits grains de sable dans les rouages scéniques, et finissent par carrément gripper la pièce.

Le donneur de bain au Théâtre Marigny

  • ThéâtrOpérage
“The Tempest” de Shakespeare au Théâtre Marigny

Publié le Mardi 18 Mai 2010 - 0:12
Catégorie: ThéâtrOpérage

Ah là là, il ne fallait pas manquer cette pièce là. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut se faire une pièce de Shakespeare en VO (avec surtitrage) à Paris. Et quand la mise en scène est de (l’immense) Sam Mendes, c’est une raison supplémentaire de ne pas s’en priver. Il y a, de plus, derrière cette production qui mélange comédiens américains et anglais, une véritable volonté de lier les deux continents et de créer un spectacle réellement international. Il s’agit comme son nom l’indique du « The Bridge Project ».

Je ne connaissais pas la pièce et j’ai vraiment été emballé par l’histoire qui allie fantastique, mythologie, romance et drame. Tout se déroule sur une île où ont échoué Prospero, ancien Duc de Milan, et sa fille, Miranda, après avoir été chassé et bafoué par son propre frère. Prospero grâce à son savoir et ses talents est devenu une sorte de dieu, et il règne notamment sur tout un tas d’esprits et de divinités qui le servent (dont le beau Ariel). Bon c’est toujours un peu compliqué ces histoires de famille… En fait, il y a une énoooorme tempête, et s’ensuit un naufrage de personnalités familières à Prospero. Il s’agit de son frangin Antonio qui lui a volé son trône, en s’associant avec le roi de Naples Alonso et le frère de ce dernier Sébastien. Ils sont tous sur l’île après le naufrage, avec en plus le fils d’Alonso, Ferdinand, et le seul personnage un peu vertueux, Gonzalo, qui avait permis à Prospero et sa fille de s’en sortir indemnes. Ouf ! Voilà la scène.

Il va se passer un tas de choses, grâce aux pouvoirs magiques d’Ariel notamment, avec l’habituel arsenal des pièces de Shakespeare, une vengeance qui finalement s’assagit, avec un peu de comédie et beaucoup de fantastique. La pièce est aussi ponctuée de tirades particulièrement belles et émouvantes, qui m’ont donné énormément envie de lire le texte. Évidemment entendre cela en anglais était merveilleux, malgré la grande nécessité des surtitres pour bien suivre et profiter du spectacle.

Les comédiens sont extraordinaires et vraiment il n’y a aucune critique à formuler… La mise en scène est sincèrement bluffante, et les costumes et décors fignolent une fantastique alchimie qui finit d’emporter le spectateur. Le spectacle m’a laissé une kyrielle de souvenirs et d’impressions tant il est efficace et troublant. Je ne peux rien dire de plus, il fallait vraiment voir ce machin là !

"The Tempest" de Shakespeare au Théâtre Marigny

  • ThéâtrOpérage
« Talking heads » au théâtre Marigny

Publié le Mercredi 29 Juillet 2009 - 21:21
Catégorie: ThéâtrOpérage

Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu un spectacle aussi intéressant et fascinant. Entre la mise en scène de Laurent Pelly, les textes géniaux d’Alan Bennett (traduits par Jean-Marie Besset) et les excellentes comédiennes, Christine Brücher, Nathalie Krebs et Charlotte Clamens, je me suis régalé.

Il s’agit d’une succession de trois monologues, de trois desperate housewives anglaises qui nous racontent une histoire ou leur vie, dans un discours apparemment tout à fait banal. Mais chacune à leur manière, elles finissent par révéler un secret, des fêlures, des névroses habilement camouflées, que ce soit par une solitude dépressive, des complexes douloureux ou des fantasmes inavoués.

Il y a d’abord Christine Brücher qui incarne Peggy, une petite employée sans histoire qui nous parle de son travail, dans lequel elle « rit beaucoup » avec ses collègues, et encore de son travail, et toujours de son travail. Bref, on sourit, on ricane, on se moque, et on finit par changer complètement de registre, et en glissant peu à peu dans le drame, on ressent alors un curieux sentiment. C’est alors que la transformation s’effectue aussi dans le spectateur qui finit par comprendre le personnage, en se mettant dans sa peau, mais il est trop tard…

Puis vient le tour de Nathalie Krebs en Rosemary. Cette dernière est une classique ménagère qui, contre toute attente, va aider sa voisine qui vient d’assassiner son mari. Encore une fois, les masques tombent progressivement et découvrent une femme plus torturée que jamais. Enfin Charlotte Clamens est Miss Fozzard, et elle nous explique comment la rencontre avec un pédicure lui a changé la vie, et lui a surtout permis de réaliser d’innommables fantasmes.

Ces femmes sont toutes terriblement camisolées dans leurs névroses et des petits jeux psychologiques tous plus pervers et autodestructeurs. Il s’agit d’une riche collection de non-dits qui m’ont énormément parlé, et qui sont tellement “banlieue”, d’ailleurs je n’ai pu m’empêcher de penser (à ma mère et) à Olivier Adam et ses extraordinaires protagonistes banlieusards désabusés. Du coup ces histoires font rire, sourire ou angoisse, font penser à des proches ou à soi, font déprimer ou réaliser la chance et l’importance de cultiver une certaine lucidité sur soi-même.

Il faut saluer Chantal Thomas pour les costumes, les décors et la scénographie. Je dois avouer que c’est une réussite totale que cela concourt vraiment à la qualité globale du spectacle. Enfin, sauf pour les effets de manche de cette même scénographie qui vont un peu trop loin à mon goût. Je m’explique… J’ai adoré les décors et les costumes qui servent admirablement les narratrices et la mise en scène, mais chaque monologue est agrémenté de trouvailles scéniques aussi inventives qu’inutiles. On trouve des effets visuels assez spectaculaires qui change par exemple la perspective du spectateur. Ainsi le premier récit se déroule en étant littéralement découvert de gauche à droite tandis que la comédienne joue (et donc se déplace, en même temps que la lumière est faite sur le décor). Ce mouvement est beau… mais à quoi sert-il ? Or je crois qu’en théâtre, on a tort de trop en faire, ou alors j’ai tort d’en chercher conséquemment une explication !

De même, le plus dingue et encore plus beau est le dernier monologue puisque Charlotte Clamens est carrément sur un canapé incliné qui nous fait croire qu’on la regarde d’en haut. Comme cela :

Charlotte Clamens dans "Talking Heads"

Oui là c’est une photographie prise face à la scène de théâtre, elle repose donc en fait sur le dossier du canapé, et c’est son attitude qui permet encore plus de réaliser l’illusion optique. C’est très intéressant et troublant les premières minutes, d’ailleurs tellement passionnant que j’en ai zappé le début du monologue !! Et encore une fois, à priori, ça ne sert à… pas grand-chose. Mais heureusement des comédiennes de talent et un texte bien calé n’entament pas le plaisir ressenti pendant le spectacle.

« Talking heads » au théâtre Marigny

  • ThéâtrOpérage
« Equus » au Théâtre Marigny

Publié le Jeudi 9 Octobre 2008 - 23:54
Catégorie: ThéâtrOpérage

Au vu des bons échos que j’avais glané ça et là, j’ai voulu voir cette pièce qui a tant fait parler d’elle outre-Manche et Atlantique. Nous n’avons pas de Daniel Radcliffe pour égayer le tout, mais Julien Alluguette nu est une jolie cerise sur le gâteau. Heureusement, je n’allais pas voir la pièce pour cela, mais force est de constater que c’est tout de même le meilleur souvenir qu’il m’en reste. Je suis extrêmement contrarié par cette pièce car je n’ai jamais été autant schizophrène dans mon opinion. En effet, je l’ai beaucoup aimé dans la forme, et je n’ai pas du tout accroché dans le fond !

Il s’agit d’une pièce de Peter Shaffer de 1973 qui évoque un adolescent, Alan Strang (Julien Alluguette), avec de gros problèmes psychiatriques. En effet, ce dernier pris d’un coup de folie a, une nuit, crevé les yeux de six chevaux dans un hara dans lequel il travaillait. Il est envoyé dans un hôpital par le juge pour y être soigné par le docteur Dysart (Bruno Wolkowitch, le comissaire de « P.J. »). Le psy va tenter de libérer Alan, en lui faisant revivre les faits de cette funeste nuit…

Commençons par le meilleur : la mise en scène de Didier Long m’a vraiment conquise. J’ai adoré le décor minimaliste avec ses subtils deus-ex-machinas. On a aussi tous les personnages qui “assistent” à presque toute la pièce, en intervenant tour à tour, et aussi des astuces de mise en scène très simples et habiles pour figurer telle ou telle scène du passé. Par exemple quand Alan revit son enfance avec ses parents au bord de la plage, je voyais très bien la scène alors que c’était le même décor dépouillé et noir. Mais les comédiens et leur manière d’occuper l’espace suffisaient à projeter une illusion bluffante. Donc vraiment une scénographie et une gestion de l’espace qui m’ont énormément plu.

Ensuite, il faut aussi reconnaître une atmosphère qui colle très bien au drame et à l’ambiance glauque de la pièce. Les chevaux aussi qui sont joués par des humains, avec des têtes en fils de fer, sont impressionnants, et participent à la beauté toute formelle du spectacle. La scène est d’une grande mobilité, et elle découvre au fur et à mesure des décors totalement inattendus.

J’ai bien aimé les comédiens, mais surtout Julien Alluguette qui a l’air particulièrement à l’aise dans son rôle. Bruno Wolkowitch est assez décevant, malgré quelques éclairs, parce qu’il déclame parfois un peu à côté de ce que j’attendais, et cela ôte pas mal de crédibilité à son personnage. Au final, j’ai vraiment été très fan de la mère (Joséphine Fresson) d’Alan Strang, que j’ai trouvée la plus juste et touchante.

Donc vraiment, un beau spectacle dont les effets visuels et chorégraphiques sont réussis. Un show qui attire l’oeil et qui ne laisse pas insensible, une ambiance mortuaire et singulière qui accroche bien au départ. Mais alors il y a quelque-chose de terrible pour moi : j’ai trouvé l’histoire complètement conne !! Merde alors !

Autant j’ai adhéré aux postulats de base, et j’en attendais beaucoup. Ce garçon très perturbé qui voue un culte aux chevaux, et finit par crever les yeux de six d’entre-eux. Un garçon qui a des relations presque physiques avec ces animaux, c’était quelque-chose qui m’intéressait. Mais les dialogues sont dignes d’un téléfilm de M6 du dimanche aprème ! On croirait vraiment au scénario le plus classique et éculé, avec une accumulations de clichés incroyables sur la psychanalyse. Et ne parlons pas du psy qui se confie à son patient, ou des gros lieux communs sur la relation avec les parents et les traumatismes de l’enfance. Tout est tellement cousu de fil blanc que je ne pouvais pas accrocher, et surtout c’était servi par des dialogues d’une platitude affligeante, et d’une confondante banalité.

Et puis, je n’ai pas compris la raison pour laquelle les chevaux sont joués par des mecs directement chopés dans le Marais. Là, il y a un jeu cryptogay qui m’échappe, je ne vois aucun intérêt à l’avoir mis en scène de cette manière. A la rigueur, si leurs visages avaient été couverts de têtes de chevaux, on aurait pu comprendre, mais là on dirait que c’était un truc juste fait pour le public pédé. Bizarre… De même pour la scène très affriolante et agréable où Julien Alluguette est tout nu, et qui, en effet, nous montre bien son rapport charnel et intense aux chevaux. Mais tout de même… Cette mise à nue n’était absolument pas essentielle à la tension dramatique de la scène à mon avis.

Bref, c’est dingue, mais autant j’ai beaucoup aimé la forme, mais pas le fond. Tous les éléments sont là pour créer un spectacle de qualité, avec de l’originalité et un potentiel terrible pour véhiculer des émotions. Mais je ne comprends pas comment on peut nous servir cette histoire de cette manière… Du coup, je me dis que le texte a peut-être beaucoup vieilli, et que cette sauce psy à deux balles était encore originale à l’époque. De même que les scènes de ballet cryptogay faisaient plaisir aux connaisseurs… Je ne sais pas…

Donc je garde en moi les qualités formelles de la pièce, et… putain ce cul !!!!

L’avis des copines : Laurent, Matthieu, Colin Ducasse.

Equus au Théâtre de Marigny

  • ThéâtrOpérage
« La vie devant soi » au théâtre Marigny

Publié le Dimanche 2 Décembre 2007 - 23:38
Catégorie: ThéâtrOpérage

Je précise tout de suite que je n’ai pas lu le bouquin, ni vu le film, d’ailleurs je n’en avais même jamais entendu parler (oui j’ai honte !). Car cette pièce est l’adaptation d’un livre de Romain Gary (qu’il avait publié sous le pseudonyme Émile Ajar) qui a obtenu le Goncourt en 1975. Et apparemment, c’est un livre (et un film) très connu et qui est dans les programmes de collège. Pourtant ce n’est pas une histoire « d’enfants de choeur », même si son sujet est universel et représente une belle leçon de « vie ».

Madame Rosa est une vieille femme juive, fatiguée et malade, et qui s’occupe des enfants des prostituées qui ne peuvent le faire dans le quartier de Belleville. Mais ça c’était avant la contraception, et aujourd’hui il ne lui reste plus que Momo, Mohammed, un jeune garçon espiègle et turbulent, qu’elle aime comme son fils. Ancienne prostituée elle-même, et née en Pologne, traumatisée par Auschwitz, elle redoute toujours que la gestapo vienne la rafler ou que les services sociaux lui prennent l’enfant dont elle s’occupe. Comme promis à son père, elle éduque Momo dans la religion musulmane, et les deux êtres, tout deux blessés à leur manière, vivent ensemble et sont une famille.

J’ai beaucoup aimé les décors et la mise en scène qui font qu’en deux heures de pièce, je n’ai pas vraiment trouvé le temps long. En effet, sur un écran semi-opaque sont projetés entre deux actes des films qui illustrent les propos déroulés, et renforce l’imaginaire de l’enfant. Car Momo est le narrateur du bouquin, et celui dont on entend la voix-off (pré-enregistrée donc) dans la pièce de théâtre. Lors d’une de ces projections, Mohammed dessine devant le public et dans l’air un bateau, et grâce à la toile et au film, le dessin apparaît comme par magie. Le décor principal est celui de l’appartement de Madame Rosa, qui n’est visité de temps en temps que par le docteur Katz.

Myriam Boyer (qui est aussi la maman de Clovis Cornillac) incarne avec beaucoup de talent et de sincérité Madame Rosa, et j’ai vraiment énormément aimé son implication et son jeu. Son interlocuteur presque unique c’est Aymen Saïdi qui se débrouille très très bien pour Mohammed, même si j’ai eu quelques réticences à certains moments. En effet, ça reste difficile pour un jeune garçon de 20 ans de jouer un gamin de 15 ans (à qui l’on fait croire qu’il en a 11 d’ailleurs !), et Aymen Saïdi surjoue un peu le môme avec des mimiques et des tics trop caricaturaux. Mais il interprète tout de même très bien son rôle, et maîtrise son personnage dont le texte est loin d’être une sinécure.

En effet, une grande partie de la force du texte vient des décalages de vocabulaire de l’enfant, qui s’approprie certains mots ou certaines expressions en les détournant ou les déformant complètement. Cela donne des saynètes très drôles ou très touchantes selon les moments. Et s’il y a une chose qui m’a vraiment plu et marqué c’est le texte, il est d’une troublante modernité, tout en étant âpre, dur et réaliste. Ca parle de sexe, de prostitution, d’enfance traumatisée, de juifs déportés, de racisme et d’antisémitisme, de mort et d’amour. Et la décharge émotionnelle qu’on se prend dans la tronche par ces deux comédiens est d’une rare intensité et crudité.

J’ai eu plus de mal sur les passages où on sous-entend que le gamin pourrait devenir proxénète ou même le fait que ce soit « bien vu », tout cela sonne très désuet et anachronique pour moi, et très troublant (choquant même). Il y a aussi le retour du père, et les mensonges de Rosa pour garder Momo qui m’ont un peu dérangé. Mais du coup, c’est vrai que tout cela fait très authentique et sans une once de création « bourgeoise » ou « bobo » (avec du politiquement correct qui souvent sonne faux ou creux). On est au contraire dans une atmosphère « sociale » bien pesante et marquée.

Et au final, je retiens l’histoire de cette femme et de cet enfant, leur histoire. Elle, ancienne prostituée vieille et malade qui redoute l’hôpital et la mort, lui qui souffre du manque d’une mère et d’une famille, les deux qui veillent l’un sur l’autre, et qui se donnent tout l’amour qu’il faut pour survivre dans un univers aussi hostile. Les passages qui évoquent la valeur de l’amour, ou bien la mort, sont d’une stupéfiante beauté, surtout dans la bouche de Mohammed qui déforme les expressions, défait les phrases, mais finit toujours avec le mot juste, à fleur de peau.

Il s’agit là d’une très belle pièce, qui a quelques passages bancals pour moi, mais qui dans l’ensemble est d’une grande qualité. De formidables comédiens, un texte d’une force inouïe, et des thématiques sensibles (reubeus, noirs, juifs, musulmans, déportation, papiers, prostitution etc.) qui font de cette représentation un moment qu’on oublie pas de sitôt.

L’avis de la copine : Fauvette.

« La vie devant soi » au théâtre Marigny