• Boukinage
A rebrousse-temps (Philip K. Dick)

Publié le Mercredi 5 Mai 2010 - 0:10
Catégorie: Boukinage

Je continue cahin-caha à parfaire ma connaissance des romans de ce dieu de la SF qu’est Philip K. Dick pour moi. Mais là j’avoue que le livre est inférieur à ce que j’avais lu avant, il s’agit plus pour moi d’une excellente idée de départ au sein d’un roman assez mineur et quelconque.

Car l’idée géniale et complètement dingue qui soutient le roman tient à un phénomène naturel découvert par un certain Alex Hobart (d’où l’effet Hobart). Ce scientifique a découvert qu’à partir de 1986, il y aurait un effet rétrotemporel global qui ferait que toute la nature irait en sens contraire… Ainsi les gens rajeunissent, les morts ressuscitent, et il y a des entreprises spécialisées, comme celle de Sebastian, pour récupérer les macchabées moribonds qui suffoquent dans leurs tombes et essaient d’attirer l’attention. Du coup cela change terriblement les règles et les us sur notre planète, avec des gens qui ne mangent plus vraiment mais régurgitent, des cigarettes qui se défument ou bien des livres qui se désécrivent. Cette société est à la main de plusieurs mouvances politicoreligieuses dont les Oblits, les Udites ou le Vatican.

Toutes ces congrégations sont sur le qui vive lorsque Sebastian découvre par hasard la dépouille tout juste revigorée de l’Anarque Thomas Peak, le prophète charismatique du mouvement Udi, et de la LMN (Libre Municipalité Noire). Tout le monde se met sur le dos de Sebastian pour récupérer le bonhomme, pour le célébrer, le tuer ou le tromper, et bien d’autres choses.

Comme dans tous les romans de ce type, on trouve aussi une ou deux amourettes un peu débiles, mais surtout cet imbroglio politique pas toujours bien ficelé, et cette trame temporelle à rebrousse-poil qui est particulièrement fascinante. C’est vraiment le fond du bouquin que j’ai aimé, et qui m’a accroché, et on retrouve là toute l’imagination fertile de K. Dick, et son sens bien propre et singulier de la SF. De même, le bouquin a été publié en 1967, et ce n’est pas anodin du tout quand on lit entre les lignes des masses politiques ainsi imaginées. Mais globalement, j’ai trouvé que le livre se lisait moins bien que les autres, avec quelques soucis de crédibilité ou de cohérence, et une histoire qui tend à se perdre dans des méandres narratifs.

Rien que pour l’idée et sa mise en scène, je suis très content de l’avoir lu !

A rebrousse-temps (Philip K. Dick)

  • ThéâtrOpérage
« Le mec de la tombe d’à côté » au Théâtre du Petit Saint Martin

Publié le Mardi 4 Mai 2010 - 0:05
Catégorie: ThéâtrOpérage

Voilà le genre de pièce qui procure un plaisir fou, celui de la bonne surprise et de l’inattendu, si comme moi vous n’aviez pas lu le roman. Car je suis assez difficile en théâtre, où je n’aime pas vraiment le boulevard et pas vraiment non plus les pièces conceptuelles et sans narration. Là cela reste un décor assez dépouillé et seulement deux comédiens, mais ils remplissent tellement bien l’espace et bénéficient de tels dialogues qu’on en oublie le cadre, pour se concentrer sur le fond.

Cette pièce raconte donc l’histoire d’une rencontre entre cette femme (Anne Loiret) qui vient de perdre son mari trop jeune, et qui vient lui rendre visite au cimetière, et de ce type rustaud, plus tout jeune, qui a perdu sa mère avec qui il vivait : « Le mec de la tombe d’à côté » (joué par Vincent Winterhalter). Evidemment ces deux-là ont tout qui les sépare, mais petit à petit ils communiquent, et finissent même par tomber amoureux. Mais tomber amoureux à cet âge là, alors que les caractères sont déjà bien trempés, et quand il s’agit d’une bourgeoise précieuse et un agriculteur fruste, ce n’est pas exactement l’accord idéal et qui tombe sous le sens.

La pièce est idéalement dosée avec cette histoire d’amour incongrue et passionnante, souvent propice à des pointes ou piques d’humour bien senties, avec des moments de crise qui parlent clairement et avec une cruelle vérité des relations de couples. La pièce est loin d’être une comédie ultra-légère et sucrée, au contraire elle se fait un malin plaisir de disséquer la relation la plus dysfonctionnelle et mal assortie qui soit, et on voit bien que le happy end n’est pas forcément de mise ici…

Ce n’est pas le chef d’œuvre absolu du théâtre, mais un bon moment garanti, avec deux excellents comédiens, une bonne mise en scène de Panchika Velez, et une histoire à la fois touchante, originale et tragi-comique !

« Le mec de la tombe d'à côté » au Théâtre du Petit Saint Martin

  • Concertage
Jeanne Cherhal au Bataclan

Publié le Lundi 3 Mai 2010 - 23:30
Catégorie: Concertage

Oh là là, mais j’adore Jeanne Cherhal, nan mais vraiment quoi !! Ses paroles, sa musique, sa folie douce et ses excentricités sur scène, tout me plaît et me ravit. Mais là, y’a eu comme un hic… J’ai bien eu le temps de cogiter et de ressasser (C’était il y a un mois.), il y avait plusieurs choses qui clochaient pour moi : un nouvel album que j’avais tout juste eu le temps d’écouter, une situation vraiment naze dans la salle (près des baffle, juste au bord de la scène excentré) et j’étais bien bien crevé.

Du coup, je ne suis pas rentré dedans, je suis resté tout le temps en retrait, en dehors, en recul. Et j’ai trouvé que la sauce ne prenait pas vraiment avec le public non plus, avec un album tout vert et des anciennes chansons dont aimerait tant qu’elle nous régale. J’avais aussi eu l’occasion de l’écouter un peu plus “solo piano” dans une ambiance assez unplugged, alors que là ça dégageait carrément bien, mais ça ne seyait pas vraiment à mes envies.

Bref, un avis en demi-teinte parce que j’ai aimé tout de même la voir ainsi, et qu’il y a eu quelques bons moments. Mais je n’ai pas décollé comme les fois précédentes, et surtout pas comme lors de cet incroyable récital à la Maroquinerie.

Mais bon il y en aura d’autres !!

Jeanne Cherhal au Bataclan

  • Boukinage
Les carnets blancs (Mathieu Simonet)

Publié le Vendredi 30 Avril 2010 - 15:12
Catégorie: Boukinage

Ah c’est toujours un exercice difficile que de parler du bouquin d’une personne que l’on connaît. Et Mathieu cela fait près de dix ans je pense que nous nous fréquentons de près ou de loin, souvent par le plus grand des hasards. J’avais déjà évoqué ce curieux phénomène (merde le post en question date de 2004 !!!) qui consiste à ce que nous nous croisions sans arrêt pendant quelques semaines, puis plus du tout, puis par des connaissances communes lointaines… Bref, c’est très imprévu et agréable car toujours inopiné. Il y a eu cette première rencontre à l’anniversaire d’un pote de pote, puis l’anniversaire suivant de cette même personne, après quelques rencontres par hasard dans la rue, puis son blog sur GayAttitude, et puis le net qui nous a forcément rapproché car mis dans une sphère plus « communicante ». Et les trois dernières années, j’ai eu l’honneur d’être chroniqueur de l’émission de radio qu’il animait, et où je parlais de blog (il faut d’ailleurs que je remette ce truc en ligne).

Depuis que je le connais, Mathieu écrit, il tente de publier, et se fait rembarrer. Il persiste. Il fait ses jeux littéraires, il « joue » avec ses carnets. Ironie du sort, son premier roman que voici est le récit circonstancié des carnets dont il s’est débarrassé !! Et ces journaux intimes, il a commencé à les écrire dans les années 80 (préadolescent), et il est arrivé avec une centaine de carnets dans les années 2000. Pour une raison assez floue pour moi, il a fallu qu’il s’en sépare, mais pour bien marquer la chose, et surtout, je pense, avec un truc un peu narcissique et flamboyant, il a organisé une véritable démarche artistique. Les carnets ont été transformés en œuvre plastique, en robe, cachés dans des vêtements, sur des gens, détruits de façons diverses et variés, sublimés en parfum ou utilisés comme palimpsestes et encore bien d’autres idées plus fantasques et farfelues les unes que les autres.

Le roman suit ce triple cheminement, il y a les extraits de carnets, la vie et « post-vie » de ces journaux, et le parcours même de l’écrivain qui mène à l’édition du présent ouvrage. J’ai beaucoup aimé le bouquin aussi parce que tout cet univers m’était familier, et je ne sais pas comment ça peut être perçu par autrui. Du coup c’est bien de l’autofiction, mais qui ne rentre vraiment pas dans les standards du genre.

Et puis, il y a le contenu, et là on retrouve tout l’univers de Mathieu Simonet. On y lit donc des relations familiales aussi importantes que dysfonctionnelles, une affirmation flagrante de son orientation sexuelle, des projets artistiques qui naissent tous les quarts d’heure, et surtout une passion dévorante et sincère pour l’écriture. Il y a parfois des choses assez énormes et qui paraissent gênantes pour le lecteur, car nous lisons des journaux intimes, et l’auteur s’y livre donc avec authenticité et (sa) vérité. Mais l’écrivain traite tout cela avec une certaine distance, parfois comme un étalage de faits, et une simplicité de ton qui fait passer les anecdotes les plus troublantes. Mathieu n’est pas du genre à rougir de ses attitudes ou des péripéties de son existence, et en tout cas ses écrits témoignent d’une saine et rafraîchissante liberté de ton.

Roman, parcours initiatique, lutte pour écrire, journal intime, démarches artistiques, on trouve de tout dans ce bouquin polymorphe et assez unique en son genre.

En revanche, le ton un peu chirurgical et factuel des récits finit un peu par lasser, c’est le seul bémol que je noterais. Évidemment le fait d’être son propre héros limite un peu l’imagination et les scénarios un peu plus piquants, même si l’auteur a une vie bien assez tumultueuse pour au moins susciter de la curiosité et accrocher le lecteur. Mais parfois j’aurais aimé un peu plus de retour sur les faits et les actes qui sont plus consignés qu’utilisés pour parler au lecteur, ou jouer avec. Il y a au final un petit goût d’inachevé, une impression de “bon d’accord et maintenant ?” qui ne gâche pas l’ensemble, mais m’a désappointé.

Maintenant j’attends surtout avec impatience le prochain bouquin car j’aimerais bien lire du Mathieu Simonet avec son style et tous ces machins qu’il a dans la tête.

Les Carnets Blancs (Mathieu Simonet)

  • Cinéphage
The Ghost Writer

Publié le Jeudi 29 Avril 2010 - 23:05
Catégorie: Cinéphage

Ah ça faisait longtemps que je n’avais pas vu de thriller aussi efficace et bien ficelé. Roman Polanski renoue là avec tous les standards du genre, aussi bien dans le fond que dans la forme, et cela donne une œuvre bien carrée et propre. Pour moi ça manque tout de même d’une fin digne de ce nom, mais à part ça, c’est un joli coup de maître.

Ewan McGregor y campe un nègre qui est engagé pour écrire les mémoires du premier ministre anglais, joué par Pierce Brosnan. Il remplace un type qui est mort dans des circonstances assez louches, et un grand mystère demeure autour de ces fameuses mémoires. Ewan McGregor débarque sur une île où l’homme politique vit plus ou moins isolé, mais rapidement des scandales politiques viennent semer un trouble encore plus grand.

Le film transpire Hitchcock par tous ses pores, mais ce n’est vraiment pas une critique négative. Je trouve que c’est au contraire un extraordinaire tribut à ce grand maître du genre. Que ce soit dans l’écriture, la direction d’acteurs ou dans la réalisation, on est dès les premières minutes plongés dans l’histoire, et couches après couches on se demande bien où cela va nous mener. Comme je le disais plus haut, la fin aurait pu être plus convaincante (pour ma part…) ou plus originale, car j’ai trouvé que c’était un peu bâclé. Mais il faut avouer que tout le reste se tient tellement bien, que ce n’en est plus si grave.

Les comédiens sont impeccables, et il faut saluer le talent encore bien vivace de Roman Polanski. Ce n’est pas non plus un immense chef d’œuvre à mon avis, mais vraiment une œuvre grand public qui a le mérite de ne pas être un blockbuster débile. Rien de transcendant mais un truc efficace et redoutable qui ne laisse pas insensible.

L’avis des copines : Raph et Fred, Nicolinux, Tambour Major, Charlie, Julien, Pouxi.

The Ghost Writer

  • Linkage
Plan TGV

Publié le Jeudi 29 Avril 2010 - 22:19
Catégorie: Linkage

RougeCerise a raconté la manière dont il a assisté à une rencontre furtive en TGV entre deux gars. Le truc totalement inattendu, super excitant et que tout le monde voudrait vivre un jour !!! Je ne sais pas à quel point, à sa place, je n’aurais pas testé un truc pour intervenir, voire m’immiscer… Hu huhu.

  • Linkage
Ne pas confondre “gay dog” et “guide dog”

Publié le Jeudi 29 Avril 2010 - 14:45
Catégorie: Linkage

Oh le joli quiproquo qui me fait rire depuis hier avec cette histoire d’un aveugle et son chien qui voulaient entrer dans un restaurant. En effet, le serveur a entendu “gay dog” au lieu de “guide dog” et a refusé l’entrée au chien sensible. Huhuhu.

Nan mais c’est pas nawak ça ? Déjà c’est quoi un chien gay ? Et puis pourquoi les gays seraient-ils refusés là etc.

:tresgene:

  • Linkage
Y’a vraiment pas de gêne !

Publié le Jeudi 29 Avril 2010 - 14:40
Catégorie: Linkage

Ils m’épatent ces quatre là, à écrire si bien, si souvent et à surfer sur des thèmes très divers avec un ton vraiment pertinent ou simplement drôle. Dernièrement, c’est surtout l’Arabe qui recueille mes suffrages avec notamment ce post où il évoque la fameuse prostituée Zahia au cœur de ce maelström footbalisticomédiaticoproxénète. Cela m’avait gavé de lire tant de critiques et remarques acrimonieuses, et franchement sexistes, sous prétexte qu’elle se prostitue.

Et puis ce dernier article très drôle et juste, où il fustige le mari de la femme embourquée qui fait les gorges chaudes de la presse en ce moment.

  • Matage
  • Outside
Mado accuse Björk !!

Publié le Mardi 20 Avril 2010 - 16:58
Catégorie: Matage, Outside

[Via Têtu]

Eh oui, je devais voir Mado au Tango jeudi prochain, mais voilà une autre victime du volcan, Celui-dont-on-ne-peut-pas-prononcer-le-nom !!! Bref, j’ai hâte de la revoir tout de même, car elle m’a procuré parmi les plus chouettes crises de rire de 2008 !

  • Outside
124 rue Saint Maur

Publié le Dimanche 18 Avril 2010 - 20:52
Catégorie: Outside

Il y a quatre ans, j’avais pris en photo un vide créé par la destruction d’un vieil immeuble de la rue St Maur. La seule trace de cette ancienne construction était un calfeutrage sommaire contre le mur mitoyen qui avait une forme familière de grande maison, à l’époque terriblement fantomatique ! Cela donnait cette image :

Immeuble fantôme rue St Maur - 75011

Quand on jette un coup d’oeil à Streetview, on voit que le fantôme plastifié avait bien souffert des intempéries…

Fin de la maison fantôme

Alors que je me promenais dans le coin un soir, il y a quelques semaines, j’ai remarqué que le vide avait été comblé par un tout nouvel immeuble à l’architecture bien moderne ! Toute à l’heure, alors que je devais encore circuler via la rue St Maur, j’ai profité de ce beau soleil pour prendre deux clichés à la va-vite.

La maison Mondrian de la rue St Maur

La face de la maison Mondrian de la rue St Maur

Je l’appelle la Maison Mondrian car je trouve que le lien est plus qu’explicite. Mais on pourrait aussi la rapprocher du Corbusier et ses unités d’habitation, telle celle que j’avais visitée à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine et qui m’avait littéralement fasciné !

L’immeuble est vraiment peu large et je suis très intrigué par ce que peut être l’agencement intérieur d’un truc pareil… Apparemment, il y a 5 appartements là-dedans, donc ça n’a pas l’air d’être des cages à lapins. Je me demande surtout comment un projet pareil peut voir le jour ? Est-ce le fait d’un architecte, et il habite là avec des potes (huhu) ? Comment finance-t-on un truc comme ça ? Et puis j’aimerais bien savoir pourquoi ce style, et tout et tout ???

PS : En cherchant “corbusier mondrian”, je suis tombé sur un post de Cergie !! Elle y explique d’ailleurs que les deux artistes collaboraient très régulièrement. Aaaah la sérendipité des recherches sur le net !!!

  • Cinéphage
A Single Man

Publié le Dimanche 11 Avril 2010 - 3:38
Catégorie: Cinéphage

Ce film a vraiment recueilli tous les suffrages de mes amis, ainsi que des critiques à droite ou à gauche. Et c’est vrai que c’est une oeuvre qui ne laisse pas indifférent. Il est à la fois tout ce qu’on peut attendre d’un film d’un styliste, Tom Ford est même un artiste en son genre, mais il va beaucoup plus loin que cela. Et malgré tout, je me suis fait un peu chier et j’ai trouvé que ça durait un peu trop longtemps…

Nous sommes à Los Angeles en 1962 et George (Colin Firth) est un prof de fac dans la moyenne du genre. En revanche, il vient de perdre son amant Jim (Matthew Goode, Ozymandias dans « Watchmen ») dont il était éperdument amoureux et avec qui il vivait depuis quelques années. Il n’arrive pas à faire son deuil, et c’est d’autant plus difficile qu’à cette époque cette relation n’était évidemment pas vraiment de notoriété publique. Avec l’aide de sa meilleure amie (Julianne Moore) et l’intervention inattendue d’un de ses étudiants (Nicholas Hoult, de « Skins »), il essaie tant bien que mal de reprendre pied…

Formellement le film est un véritable chef d’oeuvre… vraiment rien à dire contre l’esthétique de Tom Ford, c’est mieux que ce à quoi on pouvait même s’attendre. Les plans sont superbes, la photo incroyable, les costumes et les décors somptueux, la manière de filmer majestueuse, très expressive et blindée de références, avec un grain de pellicule génial et un souci permanent de l’image, de sa beauté, de sa transcendance, et de son usage intelligent dans son rapport ténu avec l’histoire. Outre cela, les comédiens sont impeccables, avec les deux monstres sacrés que sont Colin Firth et Julianne Moore que j’aime tant et qui sont simplement merveilleux.

Le film se focalise principalement sur ce deuil que George n’arrive pas à faire, un peu à la manière de Charlotte Rampling dans « Sous le sable ». Je fais cette comparaison car le film est aussi aride et dépouillé d’artifice que ce dernier, il est en revanche plus narratif et « coloré ». Comme il est adapté d’une nouvelle de Christopher Isherwood, c’est peut-être un peu ce qui m’a ennuyé. Le format de nouvelle étant par essence court, je trouve qu’on tourne rapidement en rond et qu’il devient fastidieux de meubler ces 1h40 de film. Malgré la beauté formelle et les efforts du cinéaste, je me suis un tantinet ennuyé.

En revanche, et là c’est très nouveau, c’est bien la toute première fois qu’un film aussi grand public évoque un couple homosexuel d’une si belle, naturelle et évidente manière. C’est étonnant car nous sommes dans les années 60, mais Tom Ford dépeint un couple homo qui n’est pas dans les clichés éculés du genre, et qui possède toute crédibilité. Surtout, et c’est touchant et troublant, l’évocation des sentiments amoureux est d’une authenticité qui ne peut que toucher le spectateur. Vraiment, ce n’est pas du « chiqué », et j’ai été surpris par la justesse du jeu des comédiens et le talent du réalisateur qui a réussi à faire passer l’amour entre les deux hommes comme la chose la plus banale et merveilleuse (d’autant plus belle que c’est une fin tragique…). Le film contribue, je pense, à faire passer cette idée que « c’est bien la même chose » pour un couple hétéro ou homo confronté à la douleur de la perte de son compagnon ou sa compagne.

Tom Ford a fait très fort pour son premier film. Il a à la fois tapé dans le mille où on l’attendait avec cette oeuvre incroyablement belle et pleine de style, mais m’a enchanté par son expression cinématographique, et son talent à aussi « faire voir » les choses, au-dedans comme « au-dehors ». Malgré les quelques longueurs qui m’ont fait dire que c’était « quand même un chouïa chiant », le film marquera forcément.

L’avis des copines : Jérémy, Julien, Zéro Janvier, Vincent, Nicolinux, Fliptom, Patrick, Christophe, Rouge Cerise.

A Single Man

  • Boukinage
Pierre de scandale (Nicolas Buri)

Publié le Jeudi 8 Avril 2010 - 23:58
Catégorie: Boukinage

Curieux bouquin qui m’a alpagué dès les premières pages et que j’ai dévoré, dont le rythme et l’entrain sont autant de surprises, surtout quand on le compare aux clichés de l’homme dont il est le centre d’intérêt. Car ce livre est un formidable roman qui évoque l’existence et les incroyables péripéties de la vie Jean Calvin.

Nicolas Buri démarre donc son aventure vers 1515 alors que ce jeune français de Noyon, bien évidemment élevé dans la foi catholique, commence déjà à nourrir quelques griefs contre sa religion. Il faut dire que son père faisait un business terrible avec les curés du coin, et que ces derniers lui ont bien fait comprendre qu’il ne fallait pas les blouser. Bref Jean Calvin a été rapidement sous le charme de la Réforme, et le roman déroule sa vie comme un thriller épatant et haletant. On suit donc les épisodes enflammés de ce prédicateur d’une nouvelle manière de penser et vivre la religion chrétienne, et surtout d’une manière différente de la toute puissante Eglise Catholique et Romaine.

L’écrivain se base sur des faits réels mais brode aussi une toile romanesque, qui rend son bouquin particulièrement digeste et fluide. Cela se lit très facilement, tout en faisant profiter d’une chouette plume et de références culturelles (et religieuses) vraiment passionnantes. On suit donc Calvin à Orléans ou à Bourges pour ses études, à Angoulême pour trouver refuge auprès des autres huguenots, à Strasbourg, Bâle et puis Genève. A chacune de ses étapes, il se fait un peu plus prêcheur et prosélyte, et surtout il construit sa propre doctrine et tente de trouver un peuple qui voudra de son aide.

Il est à Genève en 1536, et il en sera banni une fois avant d’y revenir jusqu’à la fin de ses jours. Genève est déjà une ville protestante, et ce que j’ai lu de cette ville m’a vraiment fait énormément sourire. En effet, aujourd’hui je la vois beaucoup plus comme l’archétype de la ville suisse, avec comme champs lexical associé plutôt des trucs comme : rigueur, stricte, coincé, propre, traditionnel, etc. Mais ce qui est décrit dans le bouquin c’est tout le contraire !! Genève était l’endroit du monde où les gens faisaient la fête, étaient délurés et ne s’embarrassaient pas de la religion. Justement ils avaient viré les catholiques pour ne plus avoir à subir leurs brimades, et pour plus de liberté. Il y a des dizaines de pages qui décrivent la ville et ses plaisirs, et elles valent leur pesant de cacahouètes. Je pense qu’on s’y amusait certes plus à l’époque…

Et si Jean Calvin arrive avec sa propre notion de liberté, il s’est tout de même fait virer en 1538, et a dû retourner à Strasbourg. Mais en 1541, il est rappelé à Genève pour remettre de l’ordre dans la ville, et il devient alors l’homme le plus important de la cité. Pour s’imposer il finit par instaurer une politique assez dure et avec une main de fer il imprègne la ville de ses « nouvelles » idées. Les joyeux drilles de l’époque ne s’en remettront pas, et il y a quelques scènes très cruelles qui l’illustrent. Les épisodes liés à la peste sont aussi parmi les plus marquants, et m’ont fait penser au roman « 1666 » que j’avais tant aimé.

Je vous conseille ce premier ouvrage de Nicolas Buri qui arrive avec un talent fou à mêler une belle plume, une kyrielle de rebondissements hollywoodiens et une trame historique intéressante et majeure dans notre civilisation.

Pierre de scandale (Nicolas Buri)