Stoker

J’ai bien aimé ce film, même si ce n’est pas un chef d’œuvre, et si on voit un peu trop le patchwork d’influences d’Hitchcock à Lynch en passant par De Palma. Mais il est très bien fait et a un vrai charme. Les comédiens en plus sont excellents avec Matthew Goode, Mia Wasikowska et Nicole Kidman vraiment parfaits dans leur genre. Et il y a une étrangeté mêlée à des attirances à moitié incestueuses, des douleurs adolescentes… Bref c’est un peu un « Twilight » réaliste et gothique qui serait né dans l’esprit du scénariste qui n’est autre que Wentworth Miller.

India (Mia Wasikowska) est une jeune fille qui vient de perdre son père, et qui en souffre énormément, d’autant plus qu’elle n’est pas très proche de sa mère (Nicole Kidman). L’oncle Charlie, Matthew Goode, que Mia ne connaissait pas débarque quelques jours après, et s’installe presque chez eux. Une ambiance très bizarre s’instaure entre eux, alors que la mère et la fille se supportent à peine, que la mère flirte éhontément avec l’oncle, et que ce dernier joue de son charme orphique sur sa nièce qui y cède peu à peu en passant par toute une gamme d’émotions plus ou moins violentes. Et puis il y a plein de trucs bizarres, et c’est un peu le problème du film, c’est que l’intrigue ne mène pas à grand-chose de concret ou assez décevant du coup.

Cela reste un film d’ambiance et d’atmosphère, indéniablement hitchcockien et lynchien à d’autres égards. J’ai trouvé aussi que c’était plutôt bien filmé, et que les comédiens se répondent admirablement. Du coup la sauce prend pas mal, mais l’histoire patauge et a eu du mal à me faire tenir jusqu’au bout sans me lasser. Donc pas mal, mais pas assez achevé… y’a un truc qui cloche.

Stoker

Stanislas ou un caprice de Joséphine (Philippe Séguy)

J’ai lu ce bouquin suite à une émission de Franck Ferrand à propos d’une période assez particulière de notre histoire : le Directoire (1795-1799). Il s’agit de la fin de la Terreur, juste avant que Napoléon ne s’empare (complètement) du pouvoir, et le peuple souffle car les exécutions sont terminées, on peut enfin recommencer à s’amuser à Paris. La société est en train d’être politiquement reconquise par les bourgeois d’un côté et une monarchie moribonde de l’autre, avec des républicains idéalistes entre les deux, donc c’est une vraie période de transition et de remous sociaux.

Mais c’est aussi l’époque des « Incroyables et des Merveilleuses » avec tout un courant qui rivalise de folies et d’extravagances dans tous les domaines comme réaction à la période difficile (la Terreur) qui s’achève. La mode change tous les jours avec des tenues de plus en plus dingues, les gens s’expriment avec l’accent créole pour être à la page, tandis que certains jouent les myopes avec de grosses lunettes ou monocles, et d’autres se drapent comme des déesses grecques ou carrément dans des robes à la scandaleuse transparence.

Philippe Séguy qui était invité de l’émission évoquait donc cette période et son personnage romanesque, Stanislas, qui illustrait parfaitement ses propos. J’ai donc été curieux de lire ce roman, mais je n’en ai pas tiré grand-chose. Malgré tout le roman se lit bien, et il a le mérite en effet de dépeindre avec un chouette style cette époque finalement peu connue (il faut dire que ce n’est que 6 ans !!), mais ça ne va pas beaucoup plus loin. J’ai eu l’impression que l’auteur profitait aussi de cette époque où les mœurs étaient très libres, et la bissexualité généralisée, pour écrire un roman parfois carrément homosexuel avec un Stanislas clairement à l’aise dans son rôle de giton.

Stanislas est le fils illégitime d’un marquis et d’une fille de la campagne, il vient à Paris pour devenir portraitiste et espère conquérir Paris. Au lieu de cela, en 1794, il se retrouve à la prison des Carmes suite à un malentendu, et fait ainsi la connaissance de Joséphine de Beauharnais. Son charme et son dévouement produisent son effet sur Joséphine, et quand Robespierre meurt, marquant le début du Directoire, Stanislas peut enfin commencer son évolution sociale dans un monde propice à ses ambitions. On le voit jouer son Rastignac (désolé pour l’anachronisme) en couchant ou jouant de ses charmes auprès de messieurs influents tel Paul Barras. Mais Philippe Séguy va plus loin puisque le petit Stanislas avait l’air de carrément plaire à Napoléon himself. Oui là, j’avoue que ça m’a aussi un peu interloqué…

Bon du coup l’émission était suffisante, j’aurais pu me passer du roman, mais je ne dis pas que c’est nul, ce n’est juste pas extraordinaire quoi. Une bonne et saine lecture de Wikipédia sur le Directoire et ses curiosités font l’affaire. (Bon mais c’est vrai que j’ai du mal avec ces homos vieille France qui parlent comme Bern en s’esbaudissant sur les nobles tout en fantasmant sur les jeunes godelureaux…)

Stanislas ou un caprice de Joséphine, de Philippe Séguy (Flammarion)

Top of the lake

Je ne parle pas très souvent des séries que je regarde, ou alors c’est vraiment quand c’est exceptionnel, quand je suis marqué par le fond ou la forme. Et là c’est encore le cas avec cette mini-série qui ne laisse vraiment pas indifférent. La mini-série est un format déjà assez curieux en soi, on n’est pas dans le film, on n’est pas dans le feuilleton qui se suit en une vingtaine d’épisode en plus, on est vraiment juste entre les deux.

Top of the lake est d’autant plus cela que c’est l’œuvre d’une cinéaste de renom, Jane Campion (même si elle n’a pas fait tant de films, et est surtout connu pour l’inoubliable « Leçon de piano »), et j’ai vraiment eu l’impression à la fin de la première saison que je venais de regarder un film. Un film qui dure 6 heures. Jane Campion a pu grâce à ce format original, et qui bénéficie aujourd’hui de productions audacieuses et bien charpentées, se lâcher pour nous donner 6 heures de son talent.

Cela donne une intrigue passionnante et décalée, aux relents d’exotisme et de mœurs rétrogrades, et une qualité formelle assez bluffante. On retrouve en effet la photo de ses films, l’importance des décors naturels néozélandais à couper le souffle, et des personnages aux charismes bien solaires. Nous sommes donc dans un coin ultraperdu de Nouvelle-Zélande, aux abords d’un lac. On retrouve un matin une jeune fille de douze ans, Tui Mitcham, qui grelotte dans le lac, et on découvre rapidement qu’elle est enceinte. Il se trouve qu’une enquêtrice spécialisée dans ce genre de cas est en visite chez ses parents, il s’agit de Robin Griffin (merveilleuse Elisabeth Moss, aka Peggy Olson dans Mad Men) qui habite à Sydney et a fui sa ville de ploucs il y a des années (on sent rapidement que la raison est terrible).

Robin commence à mener l’enquête, mais Tui ne veut rien dire, et tout le monde se connaissant plus ou moins, l’inspectrice a bien des difficultés, notamment avec le père de Tui qui est un malfrat local. En même temps, une congrégation féministe très étrange s’installe au bord du lac et commence une vie en autarcie et en communauté. A la tête de ce groupe de femmes, GJ, jouée par une très inspirée et phénoménale Holly Hunter, est une sorte de gourou et guide spirituel clairvoyant. Tui s’enfuit on ne sait où, et la ville entière se met à sa recherche. Robin pour veiller sur elle, en savoir plus, et protéger la jeune fille enceinte, d’autres gens pour d’autres raisons plus obscures ou inavouables.

L’ambiance est à certains égards très proche de celle d’un Twin Peaks de David Lynch, et on retrouve bien la communauté consanguine, les relations violentes un peu « Far West », la kyrielle de personnages secondaires étranges et attachants, et un rythme plutôt lent sans être lénifiant. Le rythme offre au contraire le temps de se poser, de regarder passer les nuages, et de se transposer dans ce paradis du bout du monde. On ressent d’autant plus la détresse de certains personnages prisonniers de ce coin de nulle part dont étrangement on ne s’échappe pas. Et du coup, le scénario est aussi cousu main, on avance peu à peu, mais chaque épisode apporte son lot de faits et de progressions. Il s’agit juste d’un dosage parfait de dialogues, de plans contemplatifs, d’actions et de bons twists tels qu’on est en droit de les attendre dans ce type d’œuvre.

J’ai beaucoup de mal à voir des défauts à cette série, sinon de me demander comment ils vont bien pouvoir (et redouter le pire) donner une suite à cela. Car la première saison donne toutes les réponses à l’intrigue de base, et se clôt vraiment comme une œuvre intégrale. Les comédiens et comédiennes sont très bons, la mise en scène et les plans sont encore une fois excellents et dotés d’une vraie touche de cinéaste.

Espérons que la série fasse des émules, car cela faisait longtemps qu’une œuvre télévisuelle ne m’avait paru aussi stimulante, nouvelle et complètement emballante.

Top of the lake

Monumental – La pyramide de Khéops (Johanne Dussez, Jean-Pierre Houdin)

Il y a quelques années, j’ai eu l’opportunité de rencontrer Jean-Pierre Houdin, un architecte français bien perspicace, qui a élaboré une fantastique théorie pour expliquer la construction de cette fameuse (et unique) Merveille du Monde toujours là : la pyramide de Khéops. A la différence des égyptologues qui se prennent la tête depuis des générations sur le sujet, là il s’agit de l’intuition d’un ingénieur (le père de Jean-Pierre Houdin) et de son fils architecte qui se sont simplement demandés comment ils pratiqueraient aujourd’hui s’ils avaient à construire un truc aussi gigantesque. Petit à petit, Jean-Pierre Houdin a imaginé et simulé sa vision, tout en éliminant scientifiquement les autres théories en vigueur.

Si vous souhaitez vous amuser un peu, vous trouverez sur ce site de chouettes animations, simulations et images de synthèse qui vous expliqueront tout cela avec pédagogie. Et l’émission de dimanche de Monumental en est un résumé passionnant par Jean-Pierre Houdin himself !

J’ai découvert Monumental cet été, sur la RTS (radio suisse), et j’ai écouté avec bonheur toutes les rediffusions pendant le mois d’août. Johanne Dussez qui présente les émissions a une voix superbe, et est toujours en phase (et adorable) avec ses invités et ses sujets. Le déroulé de l’émission est fluide et la plupart du temps vraiment chouette (consacré à des grands ensembles comme des monuments ou des lieux remarquables dans le monde entier). J’ai aussi été très agréablement surpris par la sélection musicale (les podcasts français en sont souvent dénués pour des questions de SACEM j’imagine) qui scande très agréablement les émissions. Le choix est très pointu (dans le genre Lescop, Florent Marchet, Claire Diterzi…) aussi bien en français que dans d’autres langues, et j’ai souvent envie de découvrir les artistes que j’y écoute.

Donc si vous voulez découvrir une des théories les plus crédibles et solides sur la manière dont la pyramide de Khéops a pu être construite, n’hésitez pas !!! Monumental !

Jeter la pierre ?

J’ai déjà évoqué Radiolab qui est sans doute un des podcasts les plus écoutés et appréciés de la planète. Les deux animateurs sont assez brillants et très agréables à écouter. La spécialité de l’émission c’est de lier des phénomènes scientifiques à des expériences du quotidien, à des anecdotes de « gens » de la vie de tous les jours. Ces derniers mois, les émissions ne sont plus aussi pertinentes et scientifiquement scotchantes qu’avant, et ils ont tendance à se suraméricaniser avec des histoires qui font un peu trop appel à l’émotion et un pathos larmoyant. Je pensais que c’était encore mon cynisme gaulois qui s’exprimait, mais j’ai constaté avec étonnement que les commentaires des émissions font paraître des remarques similaires.

Malgré tout, cela reste un excellent podcast, et il me procure énormément de plaisirs en découvertes scientifiques. On y trouve aussi des interviews qui illustrent très bien certains concepts. Et dans cette émission en particulier, je trouve qu’ils parviennent à évoquer les notions de libre-arbitre, de culpabilité, de pardon et de « jugement d’autrui » avec un sacré brio.

L’émission s’articule autour de trois « histoires » qui illustrent de manière différentes ces notions et qui jouent avec bonheur de notre capacité bien humaine à juger à l’emporte-pièce. D’abord c’est cet homme qui est épileptique, et qui a subi des interventions chirurgicales lourdes pour le soulager. Cela consistait à supprimer des parties de cerveaux impliqués dans ses crises. En revanche, après sa dernière opération, sa personnalité a été « endommagée ». L’homme est devenu complètement affolé du cul (hétéro, gay, BDSM etc.) et surtout il a collectionné une kyrielle de photos pédophiles sur son ordi. Evidemment un jour le FBI débarque, et le mec a orienté sa défense sur cette notion étrange de déconnexion entre son « cerveau et lui ».

La seconde interview se focalise justement sur cette nouvelle méthode de défense qui consiste à expliquer que l’on n’est pas complètement responsable de la chimie interne de son cerveau. S’ensuit une intéressante discussion philosophique sur le libre-arbitre et la justice. La dernière anecdote est incroyablement touchante. C’est un type âgé (plus de 85 balais), Hector, qui explique que sa fille a été tuée et violée par un type. Une histoire horrible et crapuleuse qui est allée jusqu’à la condamnation du criminel. Lors du procès, Hector réussit à dire au mec qu’il lui pardonne et qu’il ne souhaite pas la peine de mort, même au regard de ce qu’il a fait subir à sa fille. Quelques mois plus tard, Hector écrit au type en prison pour lui dire ses quatre vérités. Le mec répond, et incroyablement une correspondance s’établit entre les deux hommes. Il explique pas à pas, les échanges, la compréhension mutuelle, et enfin le récit circonstancié du criminel (qui fait froid dans le dos). C’est une relation complètement dingue, mais qui contre toute attente est pleine de raison et d’espoir.

Quelques bons repères historiques sur le Coran (et l’Islam)

J’ai parlé il y a quelques semaines de Franck Ferrand que j’aime beaucoup mais qui m’agace aussi régulièrement. J’ai eu très très (très très très) peur pour ce début de saison qui voit alterner des thématiques proches de l’actualité qui confinent parfois à la promotion pure et simple. Mais le pire c’était cette émission sur « La France de René Coty« . Oui oui tout un programme… mais bon je me suis dit que j’allais sans doute apprendre des choses sur des points précis de cette période de notre toute récente histoire. C’était sans compter le talent de Franck Ferrand qui a réussi à nous faire du pur concentré de Jean-Pierre Pernaut sur le fond, et du Stéphane Bern sur la forme. A grands coups d’envolées lyriques, la voix tremblante, cet homme né en 1967 nous explique comme l’époque était chouette, douce et insouciante dans les années 50, et que nous en sommes tous tant nostalgiques. Rien d’historique là-dedans sinon un récit lénifiant décrivant cette période avec autant de clichés et d’images d’Epinal que dans « Retour vers le futur ». Mein gott ce que ce n’était pas bon !!!

Heureusement je me suis consolé avec d’autres émissions qui étaient vachement bien parce qu’il est aussi capable du meilleur le bougre ! Je l’adore quand on est vraiment dans l’histoire et dans des anecdotes à la fois intéressantes et distrayantes (selon moi évidemment, je ne livre que mes modestes impressions), et qui m’apprennent en plus quelques trucs ou m’éclairent sur d’autres. Dernièrement, je vous conseille ardemment l’écoute de cette émission sur le Coran avec Malek Chebel. L’histoire du Coran qui se confond évidemment avec celle de l’Islam est passionnante, et cela permet de se remettre quelques idées en tête à ce propos. Cela fait du bien aussi d’écouter Malek Chebel, qui vient de livrer une nouvelle traduction du Coran en français (que j’ai acheté du coup), qui prône un Islam extrêmement modéré, ouvert d’esprit et en résonance avec notre époque.

Pour écouter l’émission sur le site Europe1.

Lever le gibier de l’inconscient

J’apprendrais beaucoup plus tard que l’esprit ne se présente pas comme ça à la porte du caché. Il ne suffit pas de vouloir pénétrer dans l’inconscient pour que la conscience y aille. L’esprit temporise, il fait des aller et retour, il atermoie, il hésite, il guette et, quand le moment est venu, il s’immobilise devant la porte comme un chien d’arrêt, il est paralysé. Il faut alors que le maître y aille lui-même et fasse lever le gibier.

Citation extraite de « Les mots pour le dire » de Marie Cardinal.

J’aime la sérendipité (et les goudoux et Google et Wikipédia) ou l’énigme du château de Cannes-Ecluse

C’est tout de même assez fou, mais pour une fois j’ai conservé l’exact fil de mes recherches et découvertes successives. Donc vous vous souvenez que je cherchais, mais bon pas non plus avec une énorme perspicacité, mon château inconnu. J’avais bien repassé l’intégralité de Google Images des châteaux styles Louis XIII, Renaissance etc. Les suggestions à droite et à gauche me disaient à peu près tout et son contraire, donc je n’étais pas beaucoup plus avancé. Arf arf.

Ma grand-mère devant le château de Cannes-Ecluse

Hier je lis un article d’une blogueuse que j’aime beaucoup sur « La Vie d’Adèle ». Et j’ai eu envie d’écrire un commentaire (parce que moi aussi les échos du film me font douter, et si ce n’est même pas pour voir de la goudou authentique pfff), donc je me suis rendu sur le post et j’ai inscrit ma p’tite contribution sur les lesbiennes. Huhuhu. C’est en écrivant mon commentaire que Chrome m’a souligné le mot « cannois ».

cannois_chrome

Par réflexe, je vais taper « cannois » dans Google au cas où je découvre un truc de dingue sur ce gentilé. Et je tombe sur une suggestion Google étonnante puisque je m’attendais qu’on me propose la ville de Cannes du sud de la France, et au lieu de cela c’est Cannes-Ecluse. Jamais entendu parlé de cette bourgade !?

Cannois tapé dans Google

Bon bah là, vous le sentez le vortex Wikipédia ? Moi ça m’arrive à peu près une heure par jour, et je me sens comme quand je lisais le dictionnaire quand j’étais gamin (oui oui), je passe de lien en lien à m’intéresser à des sujets improbables, et impossible de décrocher. J’adoooooooore Wikipédia. Donc je clique sur la page, et je lis quelques infos sur cette ville du 77, mais je ne descends pas vraiment, je ne suis pas hyper passionné en fait.

cannes_ecluse_wikipedia

Mais comme je me demande à quoi ressemble c’te ville, je Google Images et je regarde. La toute première image me saute immédiatement aux yeux !!

Cannes-Ecluse dans Google Images

Meeeerde, comment il ressemble à mon château inconnu celui-là !! Truc de ouf !! Mais non les deux tourelles là ne vont pas, allez basta… Du coup je referme, et passe à autre chose (tout en précisant sur Facebook et Twitter que je ne suis pas passé loin, la forme exactement identique des fenêtres m’avait drôlement intrigué). Mais j’avais laissé l’onglet Wikipédia ouvert, et je ne sais pas pourquoi j’ai continué à parcourir la page. Et là, j’aperçois l’église du village, l’église Saint Georges. Après un petit coup au coeur, je clique pour agrandir, et je dois me rendre à l’évidence.

Eglise Saint Georges de Cannes Ecluse sur Wikipédia

Le clocher a parfaitement la même forme que sur la photo, c’est une sacrée coïncidence tout de même !! Et donc je me dis, hey mais si le château de ma photo est une vue de l’autre côté que celui sur Google Images ??? Je vais faire un tour sur Google Maps pour vérifier tout cela. Dans un premier temps je me dis « oh zut l’église est vachement loin du château » mais c’est l’évidence même, la vue est parfaitement cohérente. L’angle est juste un peu étrange et fait paraître l’église un peu trop proche du domaine. Sur Wikipédia je lis que le clocher est décalé de la nef car cette dernière a été reconstruite. Bon là il n’y a plus aucun doute.

Château de Cannes-Ecluse sur Google Maps

Le château est une école de police depuis les années 60, mais avant il s’agissait d’un préventorium, du coup je ne suis pas étonné de la photo. Ma grand-mère allait sans doute visiter de la famille malade (je crois me souvenir de gens atteints de tuberculose, comme beaucoup à l’époque dans ces milieux, mais il faudra que je demande). Ce matin j’ai découvert dans un commentaire qu’une personne avait trouvé une photo d’une incroyable similitude, une ancienne carte postale sur un site d’enchère. L’angle est exactement le même, c’est fou !!

Carte postale ancienne du château de Cannes Ecluse

Eh bien voilà, encore un mystère de résolu. De manière assez dingue, quelques jours après en avoir parlé ici, sans l’avoir vraiment cherché, et par une série de hasards improbables !! VIVE LES GOUDOUX !!!

En avant vers le passé

Tout a commencé par chérichou qui s’est inscrit sur un site de généalogie pour essayer de trouver quelques traces de ses ancêtres (en partie à la Réunion et évidemment en Bretagne). Contre toute attente, si l’on connaît bien ses arrières-grands-parents (dates et lieux de naissance, typiquement trouvables sur des livrets de famille), il n’est pas très difficile de les traquer à travers les âges et les villes de France. La plupart des départements ont numérisé les états civils des communes, et il suffit d’un peu de perspicacité et de persévérance pour trouver les actes de naissances, décès, mariages de vos ascendants. C’est assez facile jusqu’à la Révolution qui a institué l’état civil avec son volet administratif officiel tel qu’on le connaît.

Avant on bénéficie aussi d’archives diverses et variées, il y a notamment des registres paroissiaux de baptêmes, mariages et sépultures. Et nous devons à notre cher Louis XIV l’Ordonnance de Saint-Germain-en-Laye de 1667 qui a rendu obligatoire la tenue en double des archives avec leur dépôt en sénéchaussée ou bailliage local. Du coup malgré les guerres, incendies et autres joyeusetés, on a des documents qui ont assez bien traversé les époques. De même on doit à notre François Ier national la célèbre Ordonnance de Villers-Cotterêts dans laquelle la tenue des registres paroissiaux est généralisée, et en françoys s’il vous plait. Bon ça n’empêche que j’ai trouvé des actes en latin relativement tôt, ah les intégristes !!! Huhuhu.

Me concernant, il s’agit rapidement et malheureusement d’évacuer mes origines étrangères, puisque franco-algérien du côté de pôpa et franco-portugais du côté de môma, cela fait deux pays dans lesquels l’existence d’actes est assez exotique et ne parlons pas de les numériser… Huhuhu. Mais il y aura sans doute quelques trucs à dégoter côté portugais, un jour où je me rendrai en Algarve spécialement pour cela (mes arrières grands-parents portugais sont cousins germains… youhouuuu super la consanguinité !!). Pour mon grand-père algérien, il est arrivé en France dans les années 30, donc en tant que français des Territoires du Sud d’Algérie. Mon grand-père n’a pas vraiment de date de naissance, vu qu’il est né dans une tribu dans une oasis désertique, et selon les papiers il est né en 1905 ou 1912. Plus étonnant encore, mais pas tant que cela quand on connaît mon filou de grand-père, mon nom de famille est introuvable sur sa plus ancienne carte d’identité (celle des Territoires du Sud qui date de 1928). Regardez un peu ce farouche reubeu du désert avec son tatouage sur le front (c’est indiqué dans les « signes particuliers »).

Carte d'identité algérienne de mon grand-père - 1928

C’est sur un ausweis de 1943 que l’on trouve mon nom de famille, même si orthographié d’une manière bien exotique. Huhu.

Ausweis de mon grand-père de 1943

J’ai récupéré chez ma tante une palanquée de papiers et de photos qui m’ont aidé du coup à chercher des choses du côté de ma grand-mère paternelle. Quant aux photos, il y a vraiment des trucs marrants, surtout concernant ce même grand-père paternel. J’ai récupéré notamment des vieux négatifs dont on avait pas les photos, mais que j’ai « développé » virtuellement grâce à mon scanner. On y trouve à la fois des jolis clichés du pays qui fleure bon l’exotisme de mes origines (et leur modestie aussi !).

photos_algerie_variees

Ce qui est le plus cocasse dans les photos, c’est mon grand-père qui était un vrai kéké en plus d’assumer avec fierté son look « Momo la Touffe ». On le voit très fier et tombeur dans toutes les positions, ah il aimait se faire prendre en photo !! Admirez la touffe !!

grand_pere_1

grand_pere_2

Et en moins sérieux, je suis surtout fan de celle avec le bonnet et maillot de bain. (Et celle où il joue les coqs avec ma grand-mère et sa soeur !!!) Mouahahaha.

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Et sinon, je requiers votre aide pour identifier ce (petit) château. Impossible de savoir où c’est, j’ai bien regardé toutes les possibilités selon ce que mes tantes pensaient, ou autour d’où ils habitaient, mais j’ai fait chou blanc.

Château inconnu !!!

Revenons aux origines et à l’ascendance française !! Tout est résumé là !

Carte géographique de mes ancêtres

C’est un site collaboratif (il y en a plusieurs, moi c’est geneanet.org) qui permet de dresser ce genre de carte, mais surtout de partager ses informations généalogiques avec une grande communauté. Du coup même sans fouiller dans les actes, on peut en quelques minutes remonter les arbres de personnes dont les ancêtres communs ont déjà été scrutés et renseignés. Il faut vérifier ensuite évidemment, mais ça permet déjà de créer un premier arbre généalogique, et qui sur quelques branches peut remonter drôlement loin. Moi par exemple, grâce à mes grands-mères françaises, je vais côté paternel dans le nord de la France (une partie dans le Nord, l’autre dans le Pas-de-Calais) et en Alsace (puis en Allemagne selon ma famille, mais je n’ai pas encore trouvé), et côté maternel en Lorraine (et un suisse là, il faut que j’investigue). Le plus ancien membre de mon arbre est un Mathieu (arf), « Mathieu Colle » né vers 1591 à : Le Thillot, , Vosges, Lorraine, France.

Mais le plus excitant c’est cette quête extraordinaire dans la paperasse en ligne des communes de France et de Navarre. Petit à petit, branche par branche, on essaie de retrouver les actes de naissance et mariage qui permettent de remonter dans les âges. Evidemment, on se retrouve au bout de quelques générations avec une kyrielle de noms de famille dont on a jamais entendu parler, des confirmations ou infirmations de bruits de couloir de famille, des communes où on a juste envie d’aller reconnaître la ferme, le lieu-dit ou la mairie où certains événements ont eu lieu. Sa propre petite Histoire personnelle quoi… Comme je ne remonte que des lignées de gueux et d’indigents, j’essaie de lire entre les lignes des documents pour imaginer les péripéties du moment. Les professions (j’ai beaucoup de ferblantiers et de chenilleuses), les âges des protagonistes, les liens familiaux entre les époux, les adresses précises des gens (alors je me précipite sur « streetview » pour jeter un coup d’oeil) etc.

Il y a un truc vraiment dommage, c’est que j’ai suivi une lignée parisienne et ça m’excitait pas mal, mais il se trouve que Paris a subi une perte terrible durant des incendies de bâtiments officiels par les communards en 1871. Malgré des reconstitutions partielles, j’ai dû arrêter mes recherches de ce côté là. C’est dommage, il y avait pas mal de choses intrigantes. Je vous donne un exemple d’investigation : c’est du côté du « grand-père Dumoulin » (mon arrière-grand-père Gaston, né en 1886), celui dont j’ai cette photo dans Paris dans les années 40 ou 50, et aussi en soldat de la guerre de 14-18.

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Son père c’est Adolphe Dumoulin et sa mère c’est Eugénie Blondel. Ces deux derniers sont nés à Lille, mais ils sont bien venus à Paris, puisqu’ils habitaient au 41 rue Bellefond, Paris 9 (sans doute dans un immeuble plus ancien que celui-ci) lorsqu’ils se sont mariés le 24 avril 1880.

Acte de mariage Dumoulin - Blondel - 1880

Eugénie est elle-même la fille de Charles Blondel et Marie-Constance Gourdoux, mariés à Lille le 28 juillet 1852. Mais c’est là où j’ai commencé à galérer en voulant aller trop vite et en recherchant directement l’acte de naissance de Marie-Constance (née en 1835 à Billy Berclau, 6-2 mefie te). Impossible de la trouver !!!!!!! Mais il y a un truc vachement utile dans les registres d’état civil ce sont les tables décennales, ce sont des indexs de noms avec date par tranche de dix ans. C’est comme cela que j’ai fini par trouver une Marie-Constance Duquesne qui étonnamment portait le nom de sa mère ! Mein gott, une fille naturelle et pas légitime !!! Ze scandale quoi.

Acte de naissance de Marie Constance Gourdoux-Duquesne - 1835

Du coup j’ai cru que c’était une erreur et que Gourdoux était un nom de femme mariée, mais ce n’était pas le cas. Il m’a suffit de trouver que la mère de Marie-Constance, Marie-Augustine Duquesne, avait épousé Joseph Gourdoux en 1841 pour comprendre que ce dernier avait reconnu sa fille 6 ans plus tard. Tout est écrit dans l’acte de mariage du coup, et si j’avais été plus attentif c’est aussi en fait inscrit sur l’acte de naissance de Marie-Constance (mais je n’avais pas bien déchiffré ce pavé en haut à gauche dans la marge). Il y a toujours un doute sur la paternité je suppose, et tout cela fait bien sûr galoper l’imagination.

Acte de mariage - Gourdoux Duquesne - 1841

Et quand j’ai regardé du côté de ce Joseph Gourdoux, qui est revenu se marier à priori 6 ans après avoir fait un gosse à une jeune fille, j’ai aussi été assez surpris de constater qu’il était né à Paris (6ème) en 1811. Là je le retrouve dans les fameux registres reconstitués de Paris, donc ça ne donne pas énormément de pistes pour suivre la suite.

1811 - Acte de naissance de  Joseph Gourdoux à Paris 6ème

Les informations glanées sur le site de généalogie m’ont donné une autre piste, puisque sa mère s’appellerait Marie Gourdoux, née à Etreux (dans l’Aisne en Picardie) en 1792. Donc il serait lui-même un fils naturel (d’où le nom de sa mère en nom de famille). On peut imaginer que sa mère a quitté la Picardie pour Paris puis elle y a eu ce fils, ils sont ensuite revenu dans le nord, et il a fait sa bêtise ? Ou bien il était en visite, et il est reparti sur Paris, avant d’accepter de se marier et de se fixer à Billy-Berclau ?

Bref c’est passionnant !!! Et j’ai encore plein de choses à trouver en m’intéressant aux dates et lieux de décès, aux fratries qui donnent aussi de précieuses indications etc. J’avais bien aimé trouver dans cet acte de baptême de 1781 en latin d’un ancêtre alsacien, Philippe Guth, la mention de sa soeur jumelle, Marie Guth, les deux baptisés donc en même temps, et inscrits dans le même encart du registre paroissial de Westhoffen (Bas-Rhin).

Acte de naissance de Philippe Guth à Westhoffen en 1781

Tout cela m’amuse beaucoup mais c’est un chronophage absolument dingue, donc je ne vais pas de sitôt avoir un arbre « complet ». C’est drôle aussi de constater que toutes ces informations n’ont pas été transmises par les générations précédentes, et que je vais apprendre tout cela à des gens de ma propre famille, et que cela aurait sans doute donné le vertige à mes grands-parents. C’est surtout cette facilité apparente avec laquelle on peut ainsi enquêter aujourd’hui qui est assez merveilleuse.

J’ai 333 individus dans mon arbre ce qui n’est absolument rien, et je m’intéresse uniquement aux liens ascendants directs, ni aux fratries et leurs propres branches. J’ai été contacté récemment par une cousine (ancêtre commun né en 1732, arf arf) qui m’offre spontanément son aide et le complément de mon arbre grâce à ses informations sur des aïeux communs. Elle a 14 442 mecs et gonzesses répertoriés !!!! J’ai du boulot !! Sachant que statistiquement je pense qu’une bonne partie de ces arbres est faussée par les coucheries, reconnaissances flouées et autres vicissitudes de l’existence, je prends surtout cela comme un jeu de piste fascinant !

Et j’imagine qu’à la 14ème génération, vous qui me lisez, nous partageons forcément un petit ancêtre commun !! Bienvenue cousin !