Albin de la Simone au théâtre Ciné 13

Il était très étrange ce concert. Déjà c’était une drôle de population avec une poignée de gens dotés de billets, et la plupart plutôt invité, dans une salle curieuse tout en longueur et comme un cocon intime au fond d’une cave sombre. Enfin Albin paraissait aussi un peu chelou, tout solitaire et plus que jamais en écho à ses chansons. Parfois rêveur et toujours fantasque, à la verve hilare et alerte (tiens une allitération), il a bien ficelé son concert, mais ça avait plus que jamais l’air d’un boeuf entre potes plutôt que d’une performance classique.

C’était cool parce que j’aime beaucoup le personnage, ses textes, son timbre de voix si particulier et le son de sa musique. Mais je n’ai pas non plus été complètement emballé par ce spectacle. Il manquait tout de même sérieusement de corps et d’un truc qui l’aurait rendu plus abouti. Sympa mais sans plus…

Albin de la Simone au théâtre Ciné 13

La vieille (Georges Simenon)

Voilà un bouquin que j’ai lu il y a deux cent cinquante ans par le plus grand des hasards, dans une maison de vacances de je ne sais plus qui. Vous savez, une vieille bibliothèque poussiéreuse avec une myriade de livres de poches aux pages râpeuses et jaunies. J’avais pris au hasard un Simenon en me disant « tiens un bouquin policier, parfait pour les vacances ». Mais « La vieille » de Simenon n’est pas un livre policier, et c’est un de mes bouquins fétiches. Il m’a marqué à bien des égards, et j’ai ressenti le besoin récent de m’y replonger. D’ailleurs c’est en fouinant le net à la recherche d’informations à son sujet que j’ai fini par atterir , sérendipité aidant, sur « La vieille dame indigne« . Je l’ai facilement trouvé et acheté en format numérique et l’ai dévoré comme tant de fois (je m’étais acheté le livre il y a une quinzaine d’années, mais impossible de remettre la main dessus !).

C’est étrange car le livre est une curiosité pour Simenon, il ne ressemble à rien de ce qu’il avait produit avant ou produira ensuite. La narration en elle-même est curieusement faite d’une trame assez simple et linéaire, c’est plus une ambiance chabrolienne composée de touches impressionnistes. C’est un ensemble de personnages, de sentiments, d’émotions et de non-dits (surtout) qui sont exprimés avec un talent qui selon moi défie l’imagination.

Le bouquin a été écrit en 1959, et l’action est contemporaine de cette date, au coeur de Paris (Entre St Paul et l’île St Louis, c’est dire !), et il s’agit principalement d’un roman de femmes. Femmes de toutes les générations et conditions sociales, mais aussi de lesbiennes et Simenon évoque tout cela de la manière la plus évidente et moderne. De la part de l’auteur de Maigret, ça m’avait quelque peu frappé. L’histoire est celle d’une vieille dame qui s’enferme dans son immeuble insalubre du quartier St Paul qui doit être détruit. Elle est est cloîtrée et refuse d’en sortir, sinon les pieds devant. Un commissaire mène une petite enquête et se demande si elle ne serait pas la grand-mère d’une jeune femme jet-setteuse, aventurière et indépendante (elle conduit sur des rallyes) qui habite sur l’île St Louis, Sophie Emel. Il va à la rencontre de cette dernière, et elle accepte de venir parler à sa vieille grand-mère, Juliette. Elles se parlent et sur un coup de tête, Sophie propose à sa grand-mère de venir vivre chez elle. Très surprise et d’abord suspicieuse, Juliette accepte, et elle emménage dans un magnifique appartement sur l’île St Louis avec la bonne et l’amante de sa petite-fille.

Evidemment il y a toute une histoire entre Sophie, Juliette et les femmes de l’appartement, avec des jeux et pièges psychologiques machiavéliques, qui montrent l’affrontement entre les deux femmes, autant que leurs sentiments et attachements réciproques. C’est aussi des pans de l’histoire familiales qui se découvrent, en même temps que les personnalités de Sophie et Juliette, dans leurs caractéristiques si communes et aux vécus si différents. L’ambiance est absolument fantastique dans ce Paris de 1959 où l’on roule sur des pavés, où les murs ne sont pas ravalés, où les stigmates de la guerre sont encore prégnants dans la ville, où d’anciens quartiers sont détruits et de nouveaux prennent la place, et où une jeunesse insouciante commence à émerger. Les descriptions de Paris ne sont pas si présentes mais le peu permet de se faire une idée assez précise, et encore une fois il s’agit plus d’impression, de sons, de couleurs et d’ambiances.

Tout en non-dits en regards biaisés, en pensées intérieures ou en saynètes comme autant de duels d’égos, Simenon dresse les portraits de ces deux femmes que tant sépare, et tout rassemble. Il fait preuve d’une habileté manifeste pour incarner des femmes très différentes, mais je trouve que ça passe très bien (mais je ne suis pas une femme…). Et surtout on est dans un roman qui ne ressemble à rien d’autre, mais qui a un charme fou, et de véritables qualités littéraires (tout en restant assez « simple » et très accessible dans l’écriture). Cette plongée dans la fin des années 50 est aussi pour moi une sorte de machine à remonter le temps, comme une fenêtre sur le Paris de mes grands-parents qui me fait un peu (beaucoup) rêver. Et puis bon, le Simenon qui parlait ouvertement de lesbiennes en 1959, je trouve que c’est assez fort de café !!! Il faut que les goudous me disent ce qu’elles en pensent !!! Moi j’adore ce bouquin, il me parle comme peu d’ouvrages le font.

Je n’ai absolument rien lu sur ce livre sur internet à part deux trois résumés copiés collés. Au moins, je sème une petite pousse ici, on verra si elle prendra ou pas. C’est ce qui est top avec le ouaibe, je suis certain que si un seul autre péquin a aimé cet ouvrage, il se retrouvera là un de ces quatre. Huhuhu.

La vieille (Simenon)

Antony and the Jonhsons (« She’s so Blue ») à la Salle Pleyel (invité par Laurie Anderson)

C’est donc à Laurie Anderson, que je ne connais absolument, que nous devons l’excellente idée d’inviter de nouveau Antony à Pleyel pour un concert. Et il n’a pas dérogé à sa réputation ou ses précédents concerts, c’est-à-dire qu’on sent toujours son extraordinaire fragilité. Il y a sa timidité à fleur de peau, ses paroles hésitantes, ses anecdotes barrées, et il se met à chanter. Mein gott. Quand sa voix troublante et claire, son timbre puissant et déchirant viennent faire vibrer la salle Pleyel, le temps est suspendu. On pouvait sentir cela dans le public en communion pendant les quelques morceaux mythiques où le chanteur a encore excellé.

C’est un privilège d’assister à ses concerts, et je sens que ça ne durera pas si longtemps. On ne peut pas être un artiste aussi fragile et qui exploite autant ses affects et sa sensibilité pendant des dizaines d’années. Et Antony est un chanteur de live, c’est sûr !!

Antony and the Jonhsons ("She's so Blue") à la Salle Pleyel (invité par Laurie Anderson)

Zero Dark Thirty

(Je vous interdis de penser que j’ai du retard dans mes posts !! Oui je l’ai vu au cinéma y’a « quelques » temps !)

J’y suis allé dans les toutes dernières semaines de son passage au ciné, et je n’y croyais pas trop. Ni sur la forme très proche du docu, ni sur le thème : le récit de la traque de Ben Laden. Oooh comme je me trompais ! Kathryn Bigelow, qui est une cinéaste vraiment très douée, a vraiment réussi son pari.

Le film est réussi sur tous les points. Il est tellement haletant qu’il n’a pas l’air de durer si longtemps alors que 2h30 de recherche d’Oussama Ben Laden, ce n’était pas gagné d’avance. J’ai été, comme beaucoup de gens, troublé par la ressemblance frappante avec la série TV « Homeland » dont on retrouve certains gimmicks de manière évidente et presque perturbante. Mais le film bénéficie aussi d’une brochette de comédiens géniaux avec Jessica Chastain en figure de proue, en « Carrie Mathison » à peine déguisée (mais moins bipolaire). Finalement ce n’est même pas une forme de documentaire malgré la manière de filmer réaliste, et quelques ellipses bien négociées. On est au contraire dans un travail méticuleux de réalisation et surtout de montage. C’est résolument du cinéma de haut-vol.

En plus de cela, le film permet d’en savoir plus sur la mort de Ben Laden et les circonstances de son arrestation, et j’ignorais à peu près tout de ça (avec tous les bémols sur une histoire aussi récente et dont les secrets sont encore bien naturellement gardés).

Zero Dark Thirty

Ce qu’aimer veut dire (Mathieu Lindon)

Je connais vaguement Mathieu Lindon, et j’ai bien aimé ce bouquin qui m’a permis de mieux cerner son auteur puisqu’il s’agit d’un texte parfaitement autobiographique. J’avais lu « Le procès de Jean-Marie Le Pen » il y a plus de dix ans maintenant (quinze sans doute !), et j’avais beaucoup aimé cela, mais sans plus m’attacher à l’écrivain. Je lui reconnaissais déjà une plume que là j’ai trouvé particulièrement sagace et alerte. Le bouquin est superbement écrit, et je me suis facilement pris à son récit.

Il faut dire que c’est une sorte de méditation un peu décousue qui rassemble des souvenirs de l’auteur, et en particulier sa relation amicale et intime avec Michel Foucault. On trouve aussi des gens comme Hervé Guibert ou Rachid O dans les amants de Mathieu Lindon à cette même époque, donc tout cela ne pouvait qu’énormément me parler !! Il y a aussi le grand éditeur Jérôme Lindon, père de l’auteur, qui est une figure aussi emblématique pour la littérature de son époque qu’un truc très/trop difficile à gérer pour son fils.

Le bouquin se lit facilement, et encore une fois comme j’en connaissais les protagonistes, j’ai été drôlement intrigué par le récit de ses péripéties de jeune homme dans les années 80. Après il y a quelques soupirs et gémissements de fils de bourge du boulevard St Germain, mais il arrive à ne pas passer du côté obscur de manière très délicate et subtile. Donc on peut sentir poindre le pire, mais son homosexualité sans doute, et une intelligence et sensibilité bien à part, lui donnent ce petit côté « outsider » qui le rend attachant.

L’homosexualité a transformé les règles. L’intimité a changé de camp. Il n’a pas pu y avoir solidarité familiale au sens le plus strict, de mon ascendance à ma descendance : de ce point de vue, le seul enfant qu’il y a eu entre mes parents et moi, c’est demeuré moi. Alors l’affection est restée mais l’intimité entre nous est devenue obscène, égarée entre l’enfance et la sexualité, ayant perdu le contact avec la réalité, plus fausse que les choses survenant à Hervé. Elle s’est à la fois circonscrite et élargie à ma famille amicale, cette famille fictive qui est devenue la vraie, à croire que j’avais enfin découvert, après une longue quête, mes amis biologiques. Et aucune malédiction de cet ordre n’a frappé cette intimité-là, elle se transmet à travers les générations si bien que notre relation à Daniel et moi, nous l’avons chacun héritée de Michel.

Je n’ai aucune place dans le monde, alors, comme l’esprit de combativité de mon père, cette évidence s’applique à chaque élément de ma vie : je suis le seul à vouloir avoir des amis, faire l’amour, la réciprocité n’est pas envisageable. A croire que chaque relation serait une conquête, une prise faite sur un ennemi, qu’il faut arracher un consentement par force ou habileté, compromission avec le réel. Je n’ai aucune stratégie, aucun manuel de guérilla sociale pour apprendre comment me dépêtrer de cette jungle, alors je renonce, laissant s’en mêler un hasard que je prends soin de ne pas provoquer. Pour mon bonheur et mon malheur, j’adore lire, la solitude m’est une amie qui me délivre de la peine d’en chercher d’autres.

Ce qu’aimer veut dire (Mathieu Lindon)

Le monde de Charlie

Voilà un petit film mais qui a un bon potentiel pour devenir culte. Ils sont rares les bons films sur l’adolescence, à la fois full-power midinette, dans lequel on se retrouve comme à 15 ou 16 balais, mais en même temps tout à fait actuel et qui doit sans doute parler (et remuer quelques tripes) à nos ados des années 2010. On y retrouve du Donnie Darko, du Mysterious Skin, et quelques émanations de petits films indés bien amerloques (mais j’ai pensé aussi à Juno ou encore à Dans la maison).

Charlie (Logan Lerman) est un adolescent tout timide, rêveur et complexé (comme beaucoup d’ados en somme) qui arrive en première année dans un nouveau lycée. Mis de côté pour sa sensibilité et son décalage, il fait la rencontre et est pris sous l’aile de Sam (Emma Watson) et Patrick (Ezra Miller) qui sont en dernière année. Il s’agit alors d’une série de découvertes initiatiques plus ou moins adolescentes, avec quelques traumatismes dont Charlie doit se dépatouiller (dont le suicide de son meilleur ami l’année passée).

Le film est très simple et il frise la niaiserie mais sans jamais l’atteindre. L’exercice est réellement périlleux, mais les comédiens sont tellement bons (Emma Watson est merveilleuse !!!!) que ça passe. Le charme opère aussi pour moi, avec des évocations des affres de cette période de la vie que j’ai trouvé particulièrement aiguisées et saillantes. Et on se prend, selon sa propre sensibilité, à s’identifier à ces personnages attachants. Le film a aussi cette qualité d’être à la fois universel et terriblement en prise avec l’adolescence d’aujourd’hui (je n’arrive pas bien m’expliquer pourquoi, mais c’est ce que je ressens).

Le tout fonctionne vraiment pas trop mal, et m’a laissé de jolies images en tête.

Le monde de Charlie

Django Unchained

(Mon retard en termes de critique de film est de plus en plus critique !!! Hé hé hé.)

Bon j’ai beaucoup aimé ce film, et on est dans un bon cru Tarantino selon moi, même s’il s’agit finalement d’un produit parfaitement calibré dans les us et coutumes du cinéaste. Du coup on retrouve un schéma très classique de vengeance, une violence déchaînée virant parfois à l’insoutenable, une bande-son chiadée et efficace, et surtout de réelles qualités de cinéma (montage, plans, photo… y’a pas à dire, ça le fait !) avec du rythme et une action bien soutenue.

L’histoire se passe dans un état des USA esclavagiste, juste avant la guerre de Sécession, un chasseur de prime, le Dr Schultz, achète Django parce qu’il peut l’aider à capturer un groupe d’hommes dont Django veut lui se venger. En même temps, le Dr King Schultz propose à Django de récupérer sa femme qui a été vendue à Calvin Candie, le méchant archétypique très bien joué par Leonardo DiCaprio, mais ce n’est pas une mince affaire.

Certaines scènes m’ont vraiment mis très très mal à l’aise, notamment les combats de Mandingues (à mort) avec une cruauté mise en scène d’une manière insupportable. Mais j’ai l’impression que c’est une simple technique de la part de Tarantino. En effet, il oppose à cela une vengeance à la cruauté et une violence équivalente à ce que la victime a subi. Et on a été tellement traumatisé par les horreurs du début, que la vengeance est aussi un exutoire pour le spectateur, et on a envie d’applaudir alors que les tortures infligées aux méchants sont un véritable miroir, la loi du talion incarnée !! Je pense que cette réciprocité qui fait accepter cette violence exacerbée est le moyen qu’utilise Tarantino pour filmer les trucs les plus affreux qui lui passent par la tête, il suffit d’y appliquer ensuite une vengeance « dent pour dent » à la puissance également opposée. Et c’est vrai qu’on retrouve cela dans tous ses films !

On pourrait faire des reproches à Tarantino mais ce n’est pas possible parce que les comédiens et comédiennes sont remarquables, et on entre facilement dans l’histoire, happé ensuite dans un rythme tonitruant. Vraiment ça fonctionne super bien, le film possède de grandes qualités formelles et malgré quelques moments éprouvant, j’ai accroché !

Django Unchained

Gay Pride 2013

Comme tous les ans depuis 1997, je suis allé faire la marche annuelle et traditionnelle des Fiertés LGBTQAZERTY (rayez la mention inutile !) de notre bonne ville de Paris. Rien de transcendant pour cette manifestation, sinon qu’elle était bien festive et agréable, et au final chouettement ensoleillée. En revanche, je me suis bien rendu compte qu’il n’y avait pas grand monde dans les rues, en tout cas ce n’était pas une « grande » Gay Pride. Mais un aspect très positif réside dans la jeunesse qui est sortie ainsi danser et se montrer. J’ai vraiment trouvé que les jeunots et jeunottes pullulaient derrière les chars dans un joli mélange bigarré et polysexué.

Je ne sais plus comment juger cette désaffection. Je comprends le ras le bol post-mariage, mais je n’excuse pas le manque de conscience politique et militante (en fait ça m’attriste beaucoup…), et d’un autre côté c’est aussi peut-être le signe d’une intégration de plus en plus poussée des homos dans la société. Tout cela est compliqué et complexe puisque cela sert et dessert à la fois les mouvements gays, mais serait aussi un bon signe pour la société, et en même temps un truc qui devrait conforter la droite et les conservateurs, alors qu’ils prendront cela pour argent comptant afin d’étayer leurs idées vénéneuses du moment.

Je ne me remets pas des manifs pour tous et consorts, de tous ces gens qui militent contre nous, et des élus qui continuent à arguer leur opposition tout en se vautrant dans une homophobie aussi ordinaire que délétère. Et tout ça contre moi…

Gay Pride Paris 2013

Gay Pride Paris 2013

Gay Pride Paris 2013

Gay Pride Paris 2013

Gay Pride Paris 2013

Gay Pride Paris 2013

Gay Pride Paris 2013