A vouloir trop bien faire

J’ai encore entendu dans le métro une bonne femme qui sermonnait ses deux mômes de 10 et 14 ans sur ce qu’on doit faire ou ne pas faire. Et c’était marrant car clairement elle engueulait le plus jeune qui avait l’air d’être un cancre et un rêveur, alors que le plus grand écoutait bien son papa et sa maman, il était sérieux et aurait donc tous les lauriers plus tard tandis que pour son frère… et ben c’était pas gagné. En quelques minutes, elle donnait à ses enfants et sincèrement les clefs du bonheur, il fallait étudier, écouter ses parents, ne pas sortir jouer, ne pas regarder la télé, penser que si on ne se consacrait pas à ses études 100% on deviendrait un looser etc.

Je sais qu’être parent est une chose difficile, je sais qu’on veut le mieux pour ses enfants, qu’on veut qu’ils évitent toutes les conneries qu’ils ont fait aux mêmes âges etc. Mais je crois fermement, que l’éducation réside aussi dans la réaction et contre-réaction que les enfants doivent développer autour de l’adolescence et qui doivent les libérer de la chape de plomb parental tout en leur permettant de vivre leur expérience à l’écoute de leur propre arbitre. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont laissé une totale liberté dans mon apprentissage tout en me donnant un cadre et l’ébauche d’une conscience morale qui devait m’aider dans mes choix. Et puis, j’ai toujours su qu’ils étaient (et sont) là pour m’épauler en cas de besoin, et surtout qu’ils acceptent l’idée de l’imperfection de leur enfant, comme d’autrui et comme la leur en tant que parents. Aussi, j’ai pu tôt prendre ma vie en main, tout en leur faisant confiance et prenant leurs conseils ou pas, à tort ou à raison. Le truc génial, c’est qu’on a toujours pu échanger sur n sujets et que j’ai toujours eu des interlocuteurs ouverts et attentifs. Mes parents ne se sont jamais fait passer pour des démiurges, et tôt m’ont fait comprendre qu’eux-mêmes n’avaient pas toujours fait les bons choix, mais qu’ils se rappelaient assez de leurs expériences en tant qu’enfants, et qu’ils ne voulaient surtout pas reproduire le schéma qui consiste à inculquer aveuglément à son enfant un ensemble de règles, et surtout à projeter ses propres désirs inconscients sur sa progéniture. Le nombre d’enfants dont les parents imbéciles disent : « Il sera avocat ! Il sera médecin ! Il sera ingénieur ! ». Et ces parents qui osent cracher : « Je n’avais pas compris à quel point c’était important les études, tu ne feras pas la même connerie que moi. » et j’en passe et des meilleures…

Je me souviens aussi de tous ces potes dont les parents prenaient en charge l’orientation ou bien interdisaient des trucs dingues à 16 ou 17 ans (complètement inutile d’ailleurs, voire même un bon et dangereux moyen d’en obtenir l’opposé). Le truc qui m’a toujours bluffé aussi avec mes parents, c’est qu’ils pouvaient avoir tort et qu’ils pouvaient me le dire. Aujourd’hui dans une discussion sur l’actualité avec mes parents (mais depuis que j’ai l’âge de « conscience » c’est comme ça), ça peut très bien se finir par mon père qui dit « ah ouai tes arguments sont vachement convaincants j’avais tort. » Cela peut paraître anodin, mais pas tant que ça, parce que le résultat c’est que moi aussi je peux donc reconnaître mes torts sans problèmes (ni frustration ou vexation), je suis donc plus à l’écoute et accorde finalement beaucoup plus de valeurs à ce qui peut être dit par mes géniteurs bien-aimés.

J’ai eu un exemple assez probant dans mes relations amicales proches de parents qui croyant bien faire ont finalement compris que le respect à l’extrême des règles n’est pas toujours la bonne solution. Il s’agit de ma copine C. et de sa soeur aînée A. que je connais depuis le lycée. Leurs parents ne sont pas des bourreaux mais des gens assez rigoristes et simplement classiques dans le genre assez aisé et catholique. Aussi ont-ils élevé leur fille dans un code et une conduite assez normalisée. On ne sort pas avec des garçons, on reste à la maison, on se focalise sur ses études qu’on réussit avec mention, on ne sort pas en soirées, on reste en vacances avec ses parents etc. Je me souviens adolescent de ces filles, et particulièrement C. qui était une amie de ma classe. Les filles apparaissaient comme complètement opposées, pourtant elle ne l’était pas tant que ça, mais pour les parents A. était la perfection même, et C. un pur produit de l’anté-christ. Et pourtant, elle ne défrayait pas la chronique de ses aventures, mais simplement elle vivait aussi pour autre chose que le lycée. Tandis que A. restait seule à étudier religieusement, qu’elle ne sortait quasiment pas, qu’elle écoutait consciencieusement les plans et conseils de ses parents, sa soeur, C., s’amusait simplement un peu plus de la vie. Cette dernière écoutait certes un peu moins ses parents, elle avait pléthore de copains et copines, elle sortait en soirée, elle ne se mettait pas en danger mais simplement elle dérogeait à la vie d’ascète que ses parents avaient programmée pour elle. Evidemment, les résultats scolaires de C. ne suivaient pas ceux de A. (plus âgées de trois ans), mais ce n’était pas la cata non plus. Elle faisait son bonhomme de chemin, et ne prenait peut-être pas le plus court ou celui pavé d’or, mais celui où il fait bon flâner et folâtrer dans ces vertes années. Ses parents l’ont bien souvent admonesté et réprimandé pour son attitude badine et désinvolte, mais C. n’y faisait qu’à sa tête.

Quelques années se sont écoulées, je vois toujours C. et elle va plutôt bien. Elle s’est bien entendu calmé, a réussi et fini des études supérieures. Elle n’était pas la plus brillantes des étudiantes, mais le résultat c’est qu’elle a un bon boulot, et qu’elle en est contente. Mais surtout, elle a des amis, des souvenirs, une vie construite sur des fondations qui lui assure son équilibre actuel, un équilibre fait de liens familiaux, amicaux, d’expériences de VIE ! Sa soeur A. a réussi, c’est un indéniable succès. Elle a un poste incroyable pour son âge, elle est compétente et indépendante, et déprimée. Elle ne fréquente pas grand monde, elle n’a pas de mec, malgré son job elle est comme inadaptée à la vie sociale. Et ses parents ne comprennent pas, ils lui disent de sortir, de se faire des amis, d’aller en boite, de rencontrer des mecs. Ils finissent même par s’inquiéter qu’elle soit encore vierge à son âge ! Ils ne comprennent pas pourtant, ils les ont élevé de la même manière… C. si fraîche et épanouie, alors que sa soeur est renfermée, alors qu’elle a tout pour être heureuse.

Evidemment, je sais pertinemment qu’aucun modèle si probant soit-il ne peut servir de règle. Et comme je reproche à certains de dicter des règlements rigides, ce n’est pas pour en servir un autre de mon propre goût (certes pas plus fiable). Ainsi, C. aurait pu devenir une pétasse écervelée et dont la légèreté aurait conduit au néant, et A. aurait pu mener de front une vie sociale et une vie étudiante et professionnelle réussie. Néanmoins, cet exemple m’a montré que l’éducation et les règles parentales sont parfois là pour être contrées et contournées, que ça fait aussi parti du système complexe qui nous fait grandir. Le plus difficile, c’est de jauger ce qui peut être transgressé et ce qui ne peut pas l’être, à un âge où l’expérience manque pour prendre une décision rationnelle et réfléchie.

Mais nous serons certainement tous des parents aussi obtus avec des idéaux et des interdits pour nos enfants, et ces derniers seront des chieurs finis, qui nous enverrons chier, vieux cons que nous serons devenus. Arf arf. Quel cercle infernal ! Oui oui je sais, je suis pédé et je n’aurai certainement pas d’enfant, mais bon faut bien que je trouve des sujets pour mon blog. 😉

3 Commentaires

  1. Je suis bien d’accord avec toi ! C’est dingue ce que les parents peuvent être ingrats… lol.
    Moi je vois des amis à moi qui ont 21-22 ans qui sont obligés de rendre ENCORE des comptes à leurs parents… Je trouve ça affligeant.

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