Les homosexuels

J’ai terminé ce petit livre de Gonzague de Larocque dont j’avais précédemment parlé. Ce bouquin est le vade-mecum essentiel pour répondre aux idées reçues (nom de la collection où il est édité d’ailleurs) sur l’homosexualité. Il évoque vraiment avec beaucoup de circonspection et d’intelligence tous les poncifs sur les homos, et soit les démonte avec finesse et logique, soit les remet en perspective et en contexte afin de relativiser certaines opinions. L’intérêt de cette lecture réside aussi dans l’approche psychologisante de l’auteur qui ne fait pas qu’inculquer et enseigner une autre vérité, mais donne tout au long de son argumentation des clefs pour comprendre et raisonner soi-même. Ainsi cet éclairage original et sans tabou nous libère des carcans dont on a, encore aujourd’hui, beaucoup de mal à s’affranchir.

Je crois que cela m’aurait beaucoup servi il y a quelques années, pour répondre avec plus de sagacité à mes parents ou certains détracteurs de mon entourage. Outre cela, l’auteur développe une écriture limpide, concise et précise. Ses exposés, sous forme de chapitres qui reprennent les idées reçues une par une, sont assez brefs et extrêmement faciles à lire. Il oriente sa réflexion selon des références historiques sur le militantisme homosexuel, et grâce à son approche humaniste, psychologique et, je crois, surtout admirablement empathique, il donne un avis sensible et réfléchi. Et son opinion est reçue avec autant de force et de persuasion qu’il l’expose avec rigueur et posément. Les préjugés qu’il évoque couvre un éventail très large et dans des domaines très différents. A ne lire que le sommaire, c’est ironiquement très drôle de voir l’étendue des clichés qu’on nous inflige encore aujourd’hui. Ainsi, il parle autant de l’origine du penchant lui-même que la manière dont les homos sont socialement et sociologiquement perçus, mais aussi les habituelles idées liées aux tabous et aux bonnes moeurs.

J’ai beaucoup aimé la manière dont, tout au long du livre, il rectifie des attitudes et des manières de s’exprimer qui ne sont pas exactes pour lui. Et en corrigeant ces expressions et ces vocables par d’autres plus adéquats et justes, il rééquilibre ainsi la donne et montre à quelle point la verbalisation est fondamentale. Ainsi on a l’habitude de dire aux homos qu’ils font le choix de leur sexualité, ce à quoi Gonzague répond avec lucidité :

« On retrouve bien souvent cette idée reçue dans les expressions telles que « on respecte ton choix » ! L’homosexualité et, plus généralement, la sexualité peut-elle être considérée comme un choix ? Certes comme pour l’hétérosexualité, nous choisissons de l’agir mais nous ne choisissons pas de l’être. »

De même, la manière dont on a essayé de guérir certains homos (en rappelant de tristes événements comme je l’avais fait aussi par cet article), et surtout les idées véhiculées par la recherche de l’origine de l’orientation sexuelle.

« En général, lorsqu’on pose la question : « comment devient-on homosexuel », on sous-entend en même temps « comment peut-on éviter de le devenir ? » »

Dans cette optique, il cite aussi Michel Dorais qui démantèle une croyance bien ancrée :

« La présence du trio père faible, menaçant ou absent, mère séductrice, dominatrice ou castratrice, et garçon timoré, même si elle se retrouve dans l’histoire de certains sujets, n’est guère prédictive d’une orientation homosexuelle. Un trop grand nombre d’hommes hétérosexuelles ont vécu cette dynamique sans ses conséquences présumées, alors que beaucoup de personnes homosexuelles ou bisexuelles n’ont rien connu de tel. Cela devrait suffire à prouver que des relations parents-enfants tourmentées ou « inversées » ne sont ni nécessaires ni suffisantes pour « provoquer » l’homosexualité. »

L’auteur répond aussi à ceux qui pensent que ce n’est pas « naturel » entre deux hommes, de la manière la plus simple qui soit :

« Finalement, l’homosexualité masculine est une somme de sexualité masculine. Par ailleurs, il n’existe pas de refus de l’altérité chez les homosexuels mais la quête d’un homme complétant son désir : la complémentarité peut exister entre deux hommes, comme entre un homme et une femme. »

La conclusion du bouquin est assez singulière mais très intéressante puisque Gonzague y généralise la genèse de ces idées reçues dans une acception toute personnelle du phénomène. Il dégage alors une problématique certes discutable mais tout à fait valable.

« Pourtant si complexes et si diversifiées que paraissent les discours sur le sujet, ils ne sont bien souvent qu’une formulation sans cesse réactualisée de deux idées uniques qui dépassent largement le simple cadre de l’orientation sexuelle : l’homme serait supérieur à la femme et sa seule destinée résiderait dans la procréation. Pour maintenir ces deux croyances, tous les moyens ont été utilisés : du sexisme à l’homophobie. N’est-il donc pas possible de réfléchir en dehors de la lutte des sexes et des sexualités ? »

Et puis, dois-je le rajouter ?… il est carrément pas mal le Gonzague ! :langue:

Les Homosexuels - Gonzague de Larocque

14 Commentaires

  1. craquant, craquant…. ça gonzague, il doit en être fier…. pfff ne ventez pas
    cette personne, ne pensez pas qu’il s’agit d’un géni, de quelqu’un de super. je
    connais cette personne…. malheuresement…. et il ne mérite aucun éloge… même
    pas celui d’avoir écrit ce livre, d’être médecin, ou même mignon… « le gonzague »
    en question est un vrai salo…

  2. Autre idée recue sur les homos: les homos sont des consommateurs immatures et facilement exploitables,pret à acheter tout produit qui voudra bien leur parler d’eux memes, meme sous forme de platitudes ou de lapalissade. L’homo a un tel besoin de reconnaissance qu’il croit en trouver là ou au fond il ne se reconnait que lui meme.Cela en tout cas est extrèmement profitable aux gens qui ont su détecter ce penchant là.

  3. Je rebondis sur le paragraphe sur « ceux qui pensent que ce n’est pas naturel » (le mot « naturel » étant utilisé par Matoo, je ne sais s’il a été lui-même utilisé par GdR, mais je note au vu de la table des matières qu’ il discute de la « normalité » des homosexuels page 15, ce qui est un peu la même chose).

    J’avais naguère avec étonnement entendu une étudiante ânonner un jour de gay-pride à la radio que l’homosexualité n’était pas du tout « contre nature » -et dans l’autre sens je sais bien que les protestants (entre autres) extrémistes aiment bien faire de jolis sermons sur le caractère « contre nature » de la sodomie et autres pratiques ludiques.

    Je ne comprends absolument pas en quoi il devrait y avoir une hiérarchie de valeurs entre le « contre nature » et le « naturel ». Les bonobos, c’est naturel et c’est méga-sympa ; les livres, c’est pas du tout naturel et c’est méga-sympa aussi.

    Tout en ne comprenant probablement pas bien ce que veut dire l’affirmation selon laquelle l’homosexualité serait « naturelle » ou « normale » (au dessous de quelle proportion de la population une façon d’être cesse-t-elle d’être « normale » ?), je ne comprends pas du tout en quoi il est utile à la cause homosexuelle de démontrer que l’homosexualité n’est pas « contre nature » -sauf à la rigueur si on s’adresse à une assemblée d’ultra-écolos ariégeois et encore.

  4. Cher Bof, tu rebondis, certes, mais ne révèles pas ce que tu cherches à démontrer. Que les homosexuels c’est quand même un tout petit peu naturel-mais-bon-c’est-pas-grave? Et là, moi, que suis-je en train d’insinuer? Que dès qu’on est pas ultra-écolo ariégeois il n’est pas nécessaire d’ouvrir, comme tu l’as fait, des brèches teintées de condescendance au risque de voir s’y engoufrer les sempiternels aprioris bien réacs à sa mémère?

  5. Est-il necessaire d’en remettre une couche? Mon cher bof, ce qui fait la « normalité », hélas, c’est la majorité et/ou la force. Est-il besoin de rappeler que l’Homme ne se définit pas seulement par sa nature, et que derriere le mot ‘nature’ on colle beaucoup de choses qui n’ont rien à y faire? Et l’histoire en est riche d’exemples où la majorité se trouvait dans l’erreur…

    Enfin Bob a mieux résumé que moi 🙂

  6. Au fait les dindes, Georges Chauncey m’a dédicacé son Gay New York. Pas à vous ?
    Je lance un atelier de néo-spiritisme pour des sessions de rattrapage afin que Mae West signe son autobiographie. J’ai eu le bonheur de voir Monique Wittig de son vivant, Dieu merci !

  7. Pour répondre à Fiélin, je trouve que Max Gallo n’a rien de très séduisant :-)))
    Sinon, ce livre me tente bien. J’espère qu’il n’est pas trop cher *miss bas budget*

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