Braincooking

Psychotropes, anti-dépresseurs, anxiolytiques, barbituriques, hypnotiques, tranquilisants, chacun sa molécule mais tous dans la même assuétude. Et incroyablement (?) cela touche tout mon entourage… Mes amis en dépression sous prozac, des membres de ma famille sous témesta, des potes sous rohypnol ou bien des blogueurs sous xanax, léxo ou tranxen ! Toutes ces mignonnes p’tites pilules dont les noms sont aussi fameux que leur utilisation est répandue, et qu’on utilise dans des expressions du quotidien.

Je reconnais l’importance thérapeutique de ces médicaments lorsqu’ils sont utilisés pour soulager une pression psychologique trop forte, ou dans le cas de réelles affections psychiatriques, qui peuvent être la résultante d’un déséquilibre chimique du cerveau. J’ai des amis (et peut-être en aurais-je aussi besoin un jour) qui ont vécu des drames qui les ont tellement lessivé, que les médocs ont été un moyen temporaire salutaire pour les désenclaver d’une douleur trop forte et qui empêchait tout repos à l’âme.

Le problème aussi comme me disait une amie de M., c’est que lorsqu’on prend des substances pareilles on est dans une torpeur qui ne permet généralement pas le travail psy qui est salvateur. Ainsi le réflexe est de se débarrasser de son symptôme et de croire qu’on jugule ainsi une cause véritable de mal-être. Certains, bien sûr, ne sont pas hypocrites à ce point et se complaisent dans cette « ouatisation » de leur existence. Pour d’autres, je comprends que ce soit aussi une échappatoire, et surtout un travers auquel on cède facilement, d’autant plus que l’accoutumance est rapide et réelle. Mais pas mal, je vois, et surtout les personnes de l’âge de nos parents (les femmes en particulier), sont les champions de la prescription complaisante. Je vois toutes ces bonnes femmes « malades des nerfs » qui ne dorment qu’avec leurs pilules, et qui sont constamment sous médocs depuis des lustres à tel point qu’elles sont toxicos. La plupart du temps, quand on creuse un minimum, on se rend compte que certaines sont simplement incapables d’accomplir une démarche psychologique ou même d’introspection qui leur permettraient de sortir de ce marasme quotidien. Elles accomplissent tous les jours ce supplice de Sisyphe et apparemment la société entière y souscrit. Le mari est tranquille, les mômes aussi, les médecins sont condamnables mais je ne leur jette pas la pierre, il est peut-être assez périlleux que de vouloir se faire remettre en question une personne avec 40 ans de névroses et refoulements en cocotte-minute.

Les gens utilisent de toute façon depuis longtemps l’alcool ou le teush en tant qu’anti-dépresseur. Néanmoins les médocs ont l’avantage de revêtir une image empreinte de respectabilité, et surtout un médicament est obligatoire pour guérir d’un mal, tandis que la consommation de drogue est considérée comme une faiblesse morale, ou un hédonisme forcené. Ces classes de remèdes existent pour une bonne raison et sont vraiment importants pour certaines personnes malades, temporairement ou pas, et qui peuvent avoir besoin d’une aide chimique pour faire baisser une pression psychologique qui les isolent et les confinent dans une souffrance morale insupportable. Mais je subodore qu’on peut facilement tomber dans la « facilité » d’utiliser des pilules pour supprimer son mal-être (dont les symptômes peuvent être extrêmement douloureux), comme on prend du paracétamol pour supprimer son mal de tête. Enfin, j’ai des amis et connaissances dont l’existence tient à ce fil ténu de l’approvisionnement en léxo, et qui conditionne le sommeil, l’humeur, les rapports humains et l’attitude globale face à la réalité. Je me demande s’ils réussiront à sortir la tête hors de l’eau, à retrouver goût à la vie. Est-ce que cette consommation massive n’est qu’un épisode nécessaire pour tenir, ou bien un cercle vicieux dont on ne sort pas ?

26 Commentaires

  1. 50 balais, 30 ans sous temesta 5mg a 2mg impossible de descendre plus bas,depuis troubles de la memoire , hyper tendu,je sais pas ,j’ai beaucoup trop bossé,c’est pas simple la vie !

  2. comme quoi, incriminer le produit ne sert qu’à masquer le vrai débat : comment la société doit / peut prendre en charge la folie, les troubles psychologiques, les dépressions et les déprimes ?

    on vit là dedans depuis qu’il existe une médecine des armées. la loi de 1970 relative aux drogues est né après la décolonisation de l’Afrique du nord ou le kif était autorisé.

  3. > Les gens utilisent de toute façon depuis longtemps l’alcool (…) en tant qu’anti-dépresseur.

    L’alcool ne fait qu’empirer une dépression. C’est comme soigner une pyromanie en jouant avec des allumettes.

    > Est-ce que cette consommation massive n’est qu’un épisode nécessaire pour tenir, ou bien un cercle vicieux dont on ne sort pas ?

    Que de généralisations en une seule phrase ! D’abord on a fait de gros progrès dans les anti-dépresseurs et les dernières générations (dont ne font pas partie les vieilleries comme le Prozac) ne se prennent pas à doses massives. Ensuite, chaque individu est différent et suivra un parcours différent.

    Et ça me sidère qu’on prescrive encore du Rohypnol de nos jours.

  4. Connaissant des gens pour lesquels la prise de médocs fut salvatrice pour les uns, et asservissement pour les autres… Je ne généralise pas, je pose la question parce que je n’ai justement pas d’avis arrêté.

  5. Que le mauvaise usage des antidépresseurs soit avéré, c’est un fait. mais n’oublions pas une chose, sortir d’une dépression est possible dans la mesure où on prend en compte un suivi psychologique, des médicaments appropriés, un entourage présent. S’il manque un seul de ces éléments, sortir de la nuit est voué à l’échec. Et dernière chose, c’est la présence d’évenements déclancheurs qui vont permettre d’en sortir définitivement avec cela, accepter que pour s’en sortir, il faut du temps, c’est déjà avoir fait un grand pas…

  6. On est toujours limite avec une posologie qui se contente de traiter les symptomes, ici le mal être. Pour avoir vu des proches tomber dans le « tout médocs », chus content d’être assez bien dans ma peau pour ne pas avoir pas besoin de prendre quelque chose de plus fort qu’un lait chaud sucré quand j’ai besoin de me calmer …

  7. Dans de nombreux blogs, je trouve comme toi de multiples et fréquentes références à des médicaments, des stupéfiants, et d’autres produits.

    Souvent, les doses sont massives, l’usage répété, et purement récréatif. D’autres fois, je constate avec horreur que la moindre crise d’angoisse, le moindre coup de stress est aussitôt traité au bazooka.

    Et je t’avoue que ça me fait peur. Lorsque ma mère s’est mise aux anti dépresseurs, j’ai vu sa personnalité se transformer du tout au tout, ses inhibitions se lever. Et même si son comportement était plus dynamique, même si elle semblait avoir plus de volonté, je ne l’ai jamais sentie plus heureuse, moins déprimée.

    C’est juste qu’elle ne percevait plus elle même sa déprime. Comme si on lui avait mis un voile au travers duquel elle percevait une réalité qui n’était plus vraiment la sienne.

    Sous antidépresseur, on vit, mais on ne vit qu’une mi vie. Pour ma part, ça m’a rendu très méfiant. Même si j’ai conscience, de par sa situation, que ces produits sont parfois nécessaires.

  8. Chacun a sa vision du monde, et les blogs sont un reflet, comme peuvent l’être le cinéma ou la presse, de notre époque. Ce reflet n’est pas forcément très reluisant, source de mal-être dans une société n’offrant pas d’idéal ni de perspective pour tous. Certains se réfugient dans des euphorisants, d’autres dans des substances légales et «honorables» comme l’a bien expliqué Matoo. Et si la France est championne en matière de consommation de tranquillisants, il doit bien y avoir une raison. Bien sûr, il y a des gens qui savent dépasser ou s’affranchir de ce mal-être en faisant du Yoga ou du macramé. D’autres n’y parviennent pas. Les questions posées par Matoo sont légitimes et sa conclusion appropriée.

    Mais alors, malheureuses «bonnes femmes»!!! :mrgreen:

  9. D’ailleurs leurs bonhommes souffrent tout autant des mêmes affections mais ils ont une capacité à se renfermer qui est proportionnelle à leur mal-être. Il y a une sorte de coupe-circuit chez les mecs qui les empêche d’exprimer tout affect et les sclérose encore plus que les femmes.

    Il y a déjà de l’espoir chez ces fameuses «bonnes femmes» car elles expriment leur douleur morale, donc elles peuvent déjà au moins l’identifier, et pourquoi pas la circonscrire. Pour un mec, allez lui faire reconnaître son instabilité psychologique ou sa déprime…
    Là je suis d’accord, je généralise graâââââve ! 🙂

  10. ces gens qui consomment ce genre de produits à des fins récréatives ou dès qu’ils ont le moindre « bobo », il faudrait les parker tous ensemble et les faire taire avant qu’ils contaminent les autres…

  11. > ‘est assez amusant que padawan puisse trouver qu’il y ait “tant de généralisations dans”….

    C’était maladroit de ma part, plutôt lié à la façon dont j’ai pris ce billet en première lecture, et cette question me dérangeait par un côté trop « soit l’un, soit l’autre ».

    > une simple question. et le chocolat bernachon, c’est un antidépresseur?

    Je ne sais pas, et s’il faut en prendre pendant un mois avant que ça commence à agir, ça va me coûter mon salaire en chocolat ;-). En tout cas, c’est meilleur que des comprimés.

  12. Les psys, c’est le nouvel opium du peuple. Par exemple, dès qu’y a quelque part une catastrophe, naturelle ou pas, les psys, y rappliquent, en même temps que les sectes. La seule différence entre psys et sectes, c’est que c’est l’Etat qu’envoie les premiers sur le lieu d’une catastrophe, tandis que les secondes, elles viennent d’elles-mêmes.

  13. oui oui oui oui oui MAIS bon, quand meme…..Comparer anti-dépresseurs et alcool ou drogues..ou alors on met tout dans le meme panier et on y ajoute les sucettes, la télévision, sucer son pouce ou son doudou, le chocolat, la nymphomanie etc que les gens utilisent aussi comme anti-dépresseur.
    C’est n’importe quoi ?

    Bon.C’est qu’on est d’accord finalement.

    Quand à la comparaison entre les psys et les sectes……..avec ce critère d’intervention post catastrophe, j’ai aussi remarqué que les pompiers, souvent, intervenaient dans la foulée d’une catastrophe.
    Les pompiers, nouvel opium du peuple, nouvelle secte ?

  14. Le concept de chronicité des addictions n’est pas éloigné de la plupart des troubles que rencontre l’être humain au cours de son existence: qu’il s’agisse du diabète, de l’hypertension, de la dépression, de l’asthme ou de syndromes chroniques douloureux, la complexité et les facteurs multiples de ces maladies chroniques n’empêchent pas de comprendre simplement la source d’un mal complexe.

    A un certain niveau, la prise de substances n’est pas affaire de volonté. L’usage de molécules addictives produit une rupture entre l’histoire de la personne et la personne elle-même. Cette rupture comporte une double conséquence: d’une part, ce qui arrive à l’individu devenu dépendant lui apparait comme totalement étranger à ce qu’il connaissait de lui-même, d’autre part, toute tentative de résoudre son problème actuel ne peut s’appuyer maladroitement, faute de mieux, que sur la volonté. Cette dernière, toujours insuffisante, hostile et martyrisante, reste inadaptée à la pathologie qu’elle tente de soumettre.

    Bref, quelle que soit la raison qui pousse l’individu à absorber telle ou telle molécule (toutes celles citées ont des effets bien différents les une des autres et leur interaction ou cocktail explosif peuvent produire des effets propres à chaque individu), – et ces raisons sont diverses et variées (altérité, pensée, détournement du système de satisfaction), et ne nécessistent pas d’être jugées comme suffisantes par autrui pour être considérées comme acceptables moralement ou socialement – le résultat de l’addiction non souhaitée à l’origine produit l’effet inverse que celui recherché lors de la première prise.

    Compte-tenue la facilité de se faire prescrire toute sorte de médicaments, pour peu qu’on ait les moyens et le temps de rencontrer une dizaine de médecins différents dans la même journée et de demander comme à l’épicier sa liste de courses sans avoir le besoin financier de se faire rembourser par la Sécurité Sociale, et d’acheter librement en pharmacie des pseudo-stupéfiants, il est facile pour un individu normalement constitué et averti des dangers de la toxicomanie, de devenir dépendant de molécules dont il mettra des années à se débarasser, si sa volonté, affaiblie par l’insatisfaction croissante provoquée par les symptômes de l’addiction ne forme pas une entrave trop importante à l’issue de secours.

    « Interrompre la pensée » est en général un des moteurs principaux de cette consommation de masse; ceci n’est pas donné à tout le monde sans aide chimique. L’usage de ces substances modifie le décours de la pensée; il ne l’arrête pas vraiment, il parvient seulement à rendre l’attention indépendante de ses propres manifestations. Le contrepoids est que l’usager dépendant ne peut probablement pas retrouver cette fonction une fois libérée, telle qu’il l’avait laissée auparavant.

    Si une pensée récurrente, dans une situation de deuil par exemple, revient inlassablement, et que, ne parvenant pas à la chasser, l’individu décidait de la soulager avec l’usage d’un produit, il se retrouverait probablement dans le cas de figure suivant: la drogue, quelle qu’elle soit, serait efficace pendant la durée de son effet, et le retour, une fois cet effet passé serait celui du retour de son poids. 2 suites seraient alors possibles: le premier cas de figure correspond à l’abus: une administration discrète pourrait parvenir à aider au traitement de ce retour non désiré jusqu’à son extinction. Dans le deuxième cas, l’administration s’accélère au point de transformer plus profondément le rapport que le sujet aurait non pas avec la pensée douloureuse mais avec la moindre manifestation de sa pensée, ce qui veut dire: de sa pensée, quel qu’en soit le contenu. Le rapport de l’individu à la manifestation de la pensée est, par conséquent, fait majoritairement d’intolérance, de peur, d’inquiétude et d’angoisse.

    L’utilisation de produits garantit le soulagement de cette mécanique interne, mais forcément au détriment de l’expression, de l’évolution dans le temps, de la maturation de la richesse de la pensée. S’ajoute à ce cycle, la recherche d’équilibration homéostatique: l’individu recherche l’équilibre, mais aussitôt celui-ci atteint, il repart vers un nouveau déséquilibre. Tel est le circuit du plaisir humain, fait d’équilibre, de déséquilibre, de nouvel équilibre, propre au cerveau, comme au corps et à l’esprit. L’usage de ces substances n’a rien de naturel, en ce sens qu’il ne peut assumer les deux versants à la fois (équilibre et déséquilibre). Ces produits sont linéaires: ils créent une tendance qui augmente jusqu’à l’excès, puis décroît jusqu’à l’excès.

    Serait-ce du plaisir? Non, car il devient impossible (aplatissement de la complexité naturelle de l’équilibre et du déséquilibre), et il revient alors une fausse équivalence, un glissement entre « être bien » et « le plaisr ».

    Bon, ça suffit… I ned to lay down….

  15. TomA, le critère de ma comparaison, c’est pas l’intervention après catastrophe, mais l’esprit, auquel s’attaquent les deux, psys et sectes. J’insinuais, au cas où tu l’aurais pas compris, que les psys sont la religieux d’aujourd’hui (opium du peuple). D’où la comparaison avec les sectes, qui sont également un phénomène religieux, quoique pas seulement, j’en conviens…

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