Quo vadis ?

Je racontais précédemment que je conservais énormément de souvenirs de mômes, et notamment avec ma copine Marie-Aude. Aaaah Marie-Aude, c’est ma première copine d’école. On s’est rencontré en maternelle, c’est Davy qui nous avait présenté. Le pauvre, il a regretté son acte ensuite, puisqu’elle est devenu mon acolyte exclusif et cela dure depuis maintenant 21 ans. Nous nous sommes retrouvés un peu par hasard en ce premier jour de CP dans la même classe, et naturellement nous nous sommes assis l’un à côté de l’autre. Et il s’est passé la même chose en CE1, CE2, CM1, CM2, 6ème, 5ème, 4ème et 3ème. Au bout d’un moment, nos parents avaient même demandé à ce qu’on soit dans la même classe, et puis les profs eux-mêmes ne voulaient plus nous séparer, craignant de nous déstabiliser. L’avantage de cela fut de façonner une amitié digne des forges d’Héphaïstos, l’inconvénient évident est qu’on est devenu la béquille l’un de l’autre, et qu’on flippait de se séparer. Mais à la fin du collège, on est parti dans des lycées différents, car on ressentait tous les deux le besoin de voler de nos propres ailes.

On passait beaucoup de temps, juste tous les deux à parler, parler et parler en arpentant les abords de la cours de récréation (où de pauvres arbres décharnés tentaient de survivre aux armes de destructions massives que sont la gente infantile). On discutait de tout, et ce qui est dingue, c’est mon souvenir vivace de certaines conversations complètement déphasées pour des gamins de 7 ou 8 ans qui se résumaient en un prophétique « Quo vadis ? ».

En 1985, nous avions 9 ans, nous étions donc en CM1, je me remémore précisément un dialogue lié à une chanson très en vogue à l’époque : « en l’an 2001 » de feu Pierre Bachelet (Ah bon, il est pas mort ?). Le refrain était « quand on aura vingt ans en l’an 2001 » vaguement chanté en canon par des moutards impubères. Après un rapide calcul, nous avions déduit que nous aurions, nous, 25 ans en ce futur incertain. Et cela nous avait plongé dans les hypothèses les plus illusoires et chimériques sur notre devenir. On ne se voyait même pas spécialement comme des supers stars, on s’imaginait dans certains boulots, et puis à vivre dans d’autres pays, et tout cela sans avoir la moindre idée des études qu’on pourrait bien suivre ou des inclinations qu’on pourrait avoir par la suite. J’avais même émis la possibilité qu’on meurt le soir même en sortant de l’école, écrasés par un chauffard, ce qui le cas échéant, aurait sérieusement écourté notre éventuelle destinée.

Mon orgueil légendaire me tendait tout de même à croire mordicus que je ferais quelque chose de ma vie, et surtout que j’aurais quelque chose d’exceptionnel, que je deviendrai « quelqu’un »… Donc quand j’entendais les gens dire « ce qu’il est mature pour son âge… » et je remarquais aussi que les gens qui réussissaient étaient tous beaucoup plus âgés que moi : « un merveilleux jeune écrivain prodige de 26 ans vient de sortir… ». Et aujourd’hui, il faut bien que je me rendre à l’évidence, j’ai 27 ans, je ne suis qu’un quidam parmi une multitude d’autres individus lambda. On ne me dit plus que je suis mature pour mon âge (étant donné que ce n’est plus le cas, c’était seulement de la précocité, et une précocité qui m’a plus handicapé qu’autre chose), et je n’arriverais certainement pas à être cet autre moi que je projette avec mes fantasmes les plus ridicules. Bizarrement, cela ne me dérange pas du tout.

Je pense que je me raccrochais simplement à un futur brillant comme un espoir qui me permettait de tenir le coup. Maintenant que je vais à peu près bien, cela fait quelques années qu’entendre ces gens qui réussissent et qui commencent à avoir des dates de naissance qui commencent par 80 (arggggh), et bien cela ne m’atteint pas spécialement. Je suis plutôt admiratif et fasciné (enfin pas par Elodie qui a gagné la StarAc du haut de ses 21 ans !).

Au fait, cette réminiscence logorrhéique me vient d’une conversation RERienne de ce matin, où deux jeunes filles d’une quinzaine d’années se demandaient si elles envoyaient ou pas leurs candidatures à la StarAc 4, misant que c’était leurs seules chances de faire un truc constructif de leurs vies. Dans le même genre, deux amies institutrices m’ont confirmé la tendance en me confiant que sur les petits papiers de début d’année, les élèves de primaire en majorité mettent en profession souhaitée : « Célèbres » ou « Chanteurs ».

11 Commentaires

  1. Le truc génial de l’Éducation Nationale (c’est vendu avec), c’est que tu ne te vois pas vieillir. Tu as toujours face à toi des gens du même. En plus, pour un ado de 15 ans, tout ce qui a plus de 25 ans est nécessairement vieux, donc, que tu aies 17, 30 ou 45 ans, c pareil, t’es « vieux ». LE gros souci, mais ça m’est pas encore arrivé, je pense même avoir encore le temps, c’est d’avoir en classe l’enfant d’un de tes anciens élèves.

  2. Ma mère comme ça a tué ma prof d’anglais de 6ème, en lui apprenant qu’elle avait été son élève en 6ème aussi lors de sa première année d’enseignement, 26 ans auparavant… 😉

  3. Les sportifs jeunes, c’est NORMAL, les chanteurs jeunes en début de carrière, aussi.
    Maintenant, que la société pour des raisons commerciale idéalise ces jeunes, c’est une tout autre histoire. C’est mauvais tant pour eux que pour nous. Pas assez de recule, poids de la gloire pour ceux qui sont mal encadrés (Michael Jackson ?).
    Les personnes en question n’ont aps fini leurs études, ou si peu, n’ont pas encore de caractère, sont très maléable.
    Elles sont plus à plaindre qu’à envier.
    Sinon, que penser aussi des parents (souvent jeunes aussi) qui nomme leurs enfants d’après les pseudo de ses proto- stars ? C’est pas vraiment mieux !

  4. Dans une génération, tous les gosses seront devenus chanteurs, footballeurs vedettes et stars ! On sera obligé de faire des Star’Ac pour trouver des plombiers et des enseignants… ‘n’est pô dans la merde !! krikrikrikri

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