Avicenne ou la route d'Ispahan

J’étais en rade de bouquin ces derniers temps, donc j’ai fait le plein la semaine passée, mais j’ai profité de ce temps de latence pour dévorer (pour la douze ou treizième fois je pense) un de mes bouquins fétiches. J’en ai quelques uns comme cela que je lis régulièrement parfois depuis quelques années, je ne m’en lasse pas, je redécouvre à chaque fois une chose qui me ravit plus encore. Or, ce roman de Gilbert Sinoué fait partie de ma top-liste des meilleurs romans de l’univers.

J’avais déjà évoqué cet auteur pour un ouvrage d’un tout autre genre mais qui valait aussi pas mal le coup, c’était Monsieur Aquoibon qui m’avait fait découvrir cela. Mais « Avicenne ou la route d’Ispahan » est l’archétype du roman qui captive tant qu’on le commence sans pouvoir le lâcher. Il faut dire que ce bouquin rassemble des éléments qui ne peuvent que retenir mon attention : il s’agit du récit de la vie d’un grand savant, en fait le plus grand médecin de la Perse du 11ème siècle, qui était versé dans toutes les sciences et qui a parcouru le monde musulman à cette époque où l’Islam était LA civilisation florissante et le fer de lance du monde. Et ce récit est incroyablement épique puisque cet Avicenne a eu une vie des plus trépidante aussi bien d’un point de vue scientifique que personnel.

Ce qui est extraordinaire dans ce bouquin c’est qu’il est romancé à partir d’un écrit réel, c’est-à-dire le récit biographique de l’ami et disciple d’Ali Ibn Sina (Avicenne) : Abou Obeïd el-Jozjani. En fait, c’est même à partir de ce récit que les œuvres scientifiques, philosophiques et littéraires d’Avicenne ont pu être correctement recensées (puisque beaucoup se sont perdues en un millénaire). Ce récit, Gilbert Sinoué fait mine de le traduire et raconte une quête des plus passionnante et trépidante. On découvre alors ce personnage fabuleux qu’est le médecin Abou Ali el-Hosayn ibn Abdallah ibn Sina, un savant libertin et orgueilleux, un homme de foi et d’honneur, un homme passionné par toutes les sciences et d’une prodigieuse intelligence.

L’auteur développe dans ce livre un style d’une grande qualité, avec ce ton suranné et des échos de langue arabe qui rendent le récit encore plus authentique et exotique. Et surtout, l’histoire est complètement prenante et palpitante, le cheikh el-raïs rencontre les plus grands savants arabes et perses dans toutes les cours, il s’en fait chasser, voit sa tête mise à prix, chemine de cités en cités et pendant ce temps étudie, pense, écrit des bouquins, soigne, enseigne et prie le clément. Et le récit est aussi puissant dans la narration des exploits scientifique d’Avicenne, que dans la passion amoureuse ou des aventures picaresques.

Ce bouquin est important aussi dans ce qu’il démontre la grandeur de la science et de la civilisation perse de cette époque. On se rend vraiment compte que pendant que l’obscurantisme régnait en occident, le monde perse était un vivier de tous les progrès culturels et scientifiques.

Avicenne ou la route d'Ispahan - Gilbert Sinoué

24 Commentaires

  1. Un des meilleus opus de Sinoué…
    Un magnifique livre de voyage retraçant un destin hors du commun,
    celui d’un savant qui a payé de sa vie pour l’Honneur de son Art.
    La médecine, je pense et l’ai ressenti ainsi est un art qui fait communion
    entre le corps ; l’esprit et le Divin.
    Un pied de nez à tous les préjugés arabophobes qui voudrait faire croire que la civiisation arabe est une civilisation primitive.
    A l’époque de l’Age d’Or des Abassydes l’Europe nétait encore qu’une société
    féodale obscurentiste où la peste était uniquement considéré comme châtiment divin incurable…
    Bravo à toi Matoo pour ces chroniques litéraires objectives et personnelles.
    Bonne continuation.
    Charly;-)

  2. J’ai un problèmes avec WordPress et les œ… il les interprète comme des ½ lors de l’affichage. DOnc j’essaie de corriger directement en html en rajoutant à la main les œ mais j’en oublie en route… :hum:

  3. On va sans doute considérer que je suis un chieur :gene: mais bon. Avicenne n’a jamais été vraiment reconnu par les siens, et pour cause, la « falsafa » était considérée comme dangereuse.
    « L’oscurantisme regnait en occident ». Là c’est un peu simpliste. Le champ de la philosophie était en plein effervescence; Abélard et Saint Thomas ne sont pas apparus ex-nihilo.:roll: Et quelque part en France apparaissait le premier monastère mixte.
    Et puis, je vous signale que des femmes ont eu des responsabilités politiques réelles par le biais de la régence sans compter la littérature (comme l’Alexiade), alors que dans le monde arabe, les femmes ont été soigneusement confinées dans la marginalité. Obscurantiste, vraiment? :gene:

  4. Ouai j’ai lu aussi qu’Avicenne (et c’est le cas dans le bouquin aussi) s’était fait beaucoup d’ennemis, tant par jalousie que par so orgueil démesuré. De plus, il fait montre aussi dans le bouquin de théories scientifiques plus que fumeuses.

    Et évidemment, on trouve des exemples dans toute civilisation de choses positives même dans les périodes les moins propices. Mais je ne démords pas de l’avancée des arabes à cette époque ! 🙂 😉

  5. N’importe quoi Etienne, tu pratiques le mélangisme et l’anachronisme.
    J’ai mis sur mon blog l’autobiographie d’Ibn Sina en personne, relatée par un de ses étudiants.
    Une petit séance de lecture, traduction et commentaire oral par le Cheikh Faylasouf Nabil … :book: … ?????

  6. Euh Nabil, où pratique-je l’anachronisme et le mélangisme? Je veux bien le croire mais où? Et permets-moi de te signaler qu’une autobiographie ne peut pas être objective. :gene:

  7. Tsss je cherche pas à couper les cheveux en 4! mais quand meme St Thomas est bien postérieur aux philosophes arabes et leur doit l’héritage des philosophes grecs.
    Et jusqu’à l’an mille, l’occident est tombé dans une pauvreté intellectuelle qu’on ne soupçonne pas, ayant perdu l’immense héritage bibliographique de l’antiquité
    C bien de le dire au lieu d’aller chercher une auteure femme quasi inconnue du 11 ou 12 ème siècle qui a écrit une chronique des croisades menées par son père
    Argument supplémentaire : fuck

  8. Je n’ai jamais dit que St Thomas était contemporain, ni qu’il ne devait rien aux philosophes arabes. Bien au contraire. Je voulais simplement nuancer l’image des « Dark ages » forgée par les humanistes. Certes, jusqu’à l’an mille, l’Occident (à part l’Empire Byzantin) était pauvre intellectuellement par rapport au monde musulman contemporain mais tout de même elle avait de belles pépites. Ainsi, les monastères qui ont conservé l’héritage antique avec les arabes, l’estime des lettres (cf Charlemagne qui, en 789, édicte le capitulaire Admonitio Generalis qui ordonne à chaque évêché et monastère d’ouvrir une école accessible aux enfants laïcs) l’effervescence intellectuelle qui conduira à l’école de Chartes qui jettra les fondements de la philosophie moderne etc. Quant à cette Ariane ( elle parle des croisades subies par son père, nuance), je voulais souligner que les femmes avaient une liberté plus grande qu’on le pensait.
    Quant à ton argument supplémentaire, je le regrette profondément.:gene:

  9. Petit rectificatif, ce n’est pas Ariane, mais Anne et elle est très connue et appréciée de ceux qui s’interessent à l’histoire et la littérature byzantine. :gene:

  10. Merci beaucoup pour ces précisions Etienne, j’ai aprécié la manière délicate avec laquelle tu as nuancé mes propos.
    Ne fais pas attention à Nabil, après tout c’est un Sarasin !
    :ok:

  11. Moi je suis totalement D’accord avec Nabil. On pourra dire ce que l’on veut mais pendant qu’en occident, on redécouvrait le fil à couper le beurre, l’orient perpétuait le développement des mathématiques et de la philosophie.L’Europe c’était MAD MAX !!! après et/ou pendant les invasions barbares les gens ont bâti des villes dans anciennes arènes !!! imaginez vous dans une baraque en bois dans le stade de France ! par ailleurs, l’Europe était dans une ère mystique et obscurantiste au moins jusqu’à l’an mille. Sincèrement les orcs du nord avaient gagné la guerre et ont commencé à construire leurs affreuses maisons à colombage.

  12. Le « o dans le e » de oeuvre est une ligature courante, mais pas obligatoire. Tu peux tout à fait l’ignorer, ca n’est pas une erreur. On raconte qu’en HTML, cette ligature se fait mal car le délégué francais n’était pas venu lors de la normalisation de l’ISO 8859-1 (Je ne sais pas du tout si c’est vrai !)…

  13. Un livre extra ordinaire , ce n est pas l autobiographie en elle meme qui est interessant mais c une fentre de l histoire de la médecine . On comprendra que la médecine est transmis d une persone a une autre d une epoque a une autre comme un relais , une chaine ininterompue jusqu a aujourd hui.
    Connaitre ces personages c comme ouvrir son coeur et son esprit en restant tres humble et modeste devant le gigantisme de leur ouvrage.
    Nous remercions tous les savants de toute nationalites de toute religions car ils sont universelles et se consedirent en tant que tel, ces gens qui ont une chose en commun c la transmission.
    Alors merci maatoo et je dis a tout le monde transmetez transmetez sans s abstenir c comme ca que l humanite restera immortel.

  14. Je n’ai pas encore lu ce bouquin mais je vais le faire sans trop tarder, mais j’ai lu médecin d’Ispahan de Noah Godon.
    Quelqu’un l’aurait lu? Est ce ressemblant?
    Moi j’ai adoré tout simplement ‘Emouvant cru et passionant de bout à bout…

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