Variations thanatologiques

Hier après-midi, nous avons passé un moment divin avec X. en allant bruncher au Charbon, puis en nous promenant une heure et demie dans le cimetière du Père Lachaise. Il faut dire que le temps était une bénédiction et que j’aime particulièrement ce lieu. Pourtant c’est bien une nécropole et habituellement c’est plutôt synonyme de deuil et de mort, donc pas l’endroit de villégiature idéal.

J’aime m’y promener car c’est une jolie colline parisienne aux tombes et aux arbres centenaires qui respire la quiétude et la sérénité. On y croise beaucoup de touristes qui cherchent les tombes de célébrités dans tous les domaines, de Frédéric Chopin à Jim Morrison en passant par Dumas. Mais surtout beaucoup de tombes sont monumentales et de vrais tombeaux pharaoniques qui valent le coup d’oeil. Je suppose que l’âge avancé des sépultures et cénotaphes avec des pierres usées et des inscriptions élimées leur donnent un côté archéologique qui ôte un peu du côté glauque de la mort. Cela parait moins immédiat, certainement moins relié à notre propre pulvérulence, donc plus anodin.

J’aime le fait que cet endroit de mort soit aussi un endroit de vie, avec des arbres et des passants. Après tout, cette juxtaposition de genres n’est que le reflet d’une réalité de la nature. Mais oui, souvenez-vous ce que Mufasa dit à Simba sur le cycle de la vie. 😉

Aujourd’hui, comme pour continuer sur sa lancée, je reçois deux nouvelles qui m’ont choqué, qui m’ont interpellé et troublé.

Vers la fin de la matinée, ma maman m’appelle pour m’apprendre que MonOncle, celui de MonOncle et MaTante évidemment, est mort ce matin. Il avait 91 ans et nous répétait depuis des années qu’il en avait marre, et qu’il voulait s’en aller. Il était presque aveugle, aussi très handicapé par une forte surdité, et il avait perdu en grande partie le plaisir de la vie. Il a toujours insisté les dernières années sur le fait qu’il avait eu une belle vie, qu’il ne voudrait rien y changer et qu’il s’en irait sans regret, mais que là, il en avait vraiment marre. Du coup, il s’accrochait surtout pour MaTante, pour ne pas la laisser seule.

Aujourd’hui, je suis plutôt content pour lui, sa vie lui était devenue un tel calvaire. Il égrainait les minutes avec un ennui grandissant et me disait que les journées étaient horriblement longues dans son état. On devinait bien un état dépressif, mais contre lequel on ne savait pas vraiment lutter. Une fois à l’hôpital, je devine qu’il a simplement baissé les bras, car il n’avait pas grand-chose, et aurait du en sortir rapidement.

Par contre, MaTante est complètement déstabilisée et chamboulée. Nous ne nous attendions pas à ce que ce soit si soudain, et elle a perdu son compagnon, son repère et son pilier dans la vie.

Ce midi, j’avais rendez-vous avec Cécilia pour déjeuner. Nous nous sommes donc vus comme prévu, et elle m’a appris (mais je l’avais subodoré en la voyant) qu’elle était enceinte. Idem pour une copine à nous qui attend le même heureux événement à 15 jours près. Je suis tellement content pour elle, et vraiment extatique de me dire que Cici va avoir un bébé. Toutes ces idées, sensations, élans qui entourent la maternité, se sont un peu heurtés à ce que j’avais dans la tête en arrivant. Et pourtant, ce n’est pas incompatible, plutôt complémentaire même puisque l’un ne va pas sans l’autre.

Bref, comme l’a justement évoqué Jeff, je passe une journée à la Six Feet Under. 😉

Qu’est-ce que mourir ? Si l’on envisage la mort en elle-même, et si, divisant sa notion, on en écarte les fantômes dont elle s’est revêtue, il ne restera plus autre chose à penser, sinon qu’elle est une action naturelle. Or celui qui redoute une action naturelle est un enfant. La mort pourtant n’est pas uniquement une action naturelle, mais c’est encore une oeuvre utile à la nature.

Marc-Aurèle

Dans la périphérie du cercle, le commencement et la fin coïncident […] C’est un même chemin qui mène en haut et qui mène en bas.

Héraclite

5 Commentaires

  1. Heu, « toutes mes condoléances ».
    Pour la peine je ne mettrai pas de smiley pompom dans mon message.
    (En fait je voulais te féliciter d’avoir utilisé le mot « pulvérulence » et je te soupçonnais d’avoir fait une note uniquement pour le recaser… mais vu les circonstances, j’ose à moitié.)

  2. On sent ta tristesse mais aussi le profond respect que tu as pour ton oncle. Tu prends pour toi le « soulagement » de cette mort, tu exprimes la peine de ta tante, mais pas trop la tienne. Pudique tu es, respect.
    Et quelle belle pirouette à la mort que de finir avec ces deux bonnes nouvelles;-)

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

:bye: 
:good: 
:negative:  
:scratch: 
:wacko:  
:yahoo: 
B-) 
:heart: 
:rose:   
:-) 
:whistle: 
:yes: 
:cry: 
:mail:   
:-(     
:unsure:  
;-)  
 
Partages