Si Osny m’était conté

Temps de lecture : 4 minutes

Je suis parti vers 15h45 de chez moi, à temps pour choper le train de 16h24 à Saint-Lazare. La plupart du temps, quand je rentre au bercail, je prends le RER. Mais si j’en ai le temps ou parfois la lubie, je préfère emprunter le train de banlieue et atterrir directement à Osny. Il s’agit d’une ville du 95 qui doit paraître insignifiante ou moche à tout le monde, mais pour moi c’est le centre de l’univers.

Quand je m’avance vers le quai numéro 13, je regarde la liste des villes qui vont être traversées, et ces noms qui sonnent et résonnent en moi me font sourire. Cormeilles, Conflans, Saint-Ouen-l’Aumône, Pontoise et enfin Osny. Je suis incapable de lire pendant le trajet, je chausse plutôt mes écouteurs et je regarde par la fenêtre, ta tête posée contre la vitre, les mirettes bouffant le paysage banlieusard ensoleillé, les oreilles embuées de Philip Glass. Cette belle lumière printanière rend la périphérie parisienne un peu moins grise, et plus Pontoise approche, plus le vert domine.

Mon passage préféré se trouve juste entre Pontoise et Osny. On part de cette vieille et majestueuse et médiévale, bien que sclérosée et fatiguée par sa vigoureuse voisine Cergy, cité de Pontoise avec la vue sur les remparts et la magnifique église de Notre Dame. On va vers Osny, et alors c’est une succession de verdure, de jardins, de pavillons qui émergent des arbres, et je reconnais chaque mètre parcouru. On longe la Viosne, cette petite rivière qui était assez limpide il y a 45 ans pour que Papa et Maman y apprennent à nager avec mes oncles et tantes. Petite rivière interdite à leur époque, et autant à la nôtre, mais nous y sommes si souvent allés avec mes cousines pour faire les cons. La vision des voies de chemin de fer est toujours surprenante dans ce qu’elle nous fait souvent voir l’envers du décor. Je reconnais alors les différents quartiers, anciens et modernes, je me rends compte des derniers changements. Que de bouleversements depuis mes souvenirs de gamins, presque plus un espace sans habitations ou autre scarification urbaine. Néanmoins, le château de Grouchy et son parc trônent avec toujours autant de distinction aux abords de la ville.

Tiens, l’église qui pointe son nez. Je sais que dans une minute, le train sera à quai, et je descendrai. Je prends la rue principale, la rue Aristide Briand, j’ai rendez-vous avec mon frère, mais d’abord je dois passer à la banque. Oui, même après 7 ans, je n’ai toujours pas changé de banque. Ensuite, je file vers l’église, je passe devant l’ancienne Mairie ou mes parents se sont mariés. Devant l’église, un mariage. Tiens, c’est marrant le type en costume de marié me rappelle un truc. Ah oui tiens, on était à Saint-Exupéry ensemble ! Lorsque je reviens ici, je tombe toujours sur un ancien pote de classe, un prof ou quelqu’un que j’ai connu quand j’y habitais. Non seulement, les gens restent là, mais les générations se succèdent avec une régularité assez saisissante.

Je m’installe dans le café où mes parents avaient fêté leur mariage avec notre famille. Il n’a tellement pas changé que je reconnais à chaque fois les mêmes détails que sur les photos de mes parents, qui ont trente ans. La patronne me fait un sourire, elle me reconnaît mais manifestement ne sait plus d’où. Mon frère est un habitué, il sert la main de tout le monde en entrant. Dès que le lien familial est établi, la patronne nous regarde et sourit. Elle connaissait les parents, et maintenant les enfants sont des adultes. Nous filons avec mon frère, le café est offert par la maison.

On traverse l’autre partie d’Osny qu’on ne voyait pas de la voie, et nous rejoignons la maison de ma grand-mère, où ma mère est née, et où elle réside à présent. Je passe devant mon école primaire, le cimetière où reposent mes aïeux, mon collège et ce chemin des écoliers que j’ai parcouru tant de fois pour me rendre chez ma grand-mère. Je me mettais tout de suite à mes devoirs dans la cuisine, et puis je l’entendais me crier de la salle : « Mathieu, Mathieu, viens vite, y’a les Zodiaques qui vont commencer !! ». Nous regardions alors religieusement les chevaliers du zodiaque ensemble en grignotant des cochonneries.

Demain, je vais à l’enterrement de mon grand-oncle, c’est pour cela que je suis rentré. Je pars ensuite dans l’après-midi à Bruxelles pour la Gay Pride du plat pays avec Diego. Du coup, je rate la marche, mais je serai ponctuel pour la soirée. 😉 J’avais annulé ce week-end pour cause de banqueroute personnelle, et puis il se trouve que je suis pris par le boulot mardi et mercredi à Bruxelles pour le tournage d’un machin dont je m’occupe. Donc quitte à me financer un aller-retour en première la semaine qui suit la Gay Pride, autant y inclure ces joviales festivités, et me faire sponsoriser par mon boulot pour célébrer la fierté homosexuelle (s’ils savaient ça !!).

Je suis passé voir ma grande-tante qui habite à l’autre bout de la rue. Elle va mieux, elle est plus sereine, et surtout elle sait que son mari est enfin délivré d’une vie à laquelle il ne trouvait plus aucun goût. Pas de messe ni d’église pour Mon Oncle, il a bien été clair. Malgré son éducation chez les frères, il a perdu la foi ces dernières années. Et c’est vrai que je me souviens clairement de ses paroles : « Le bon dieu, je n’y crois plus. Avec tout ce qui arrive dans le monde, tous les gosses qui meurent de faim, les guerres et les souffrances, ce n’est pas possible de laisser faire des choses pareilles. ».

Ma Tante m’envie d’aller en Belgique, je viens de découvrir avec stupéfaction qu’elle n’y est jamais allée. Elle connaît la Grèce, l’Egypte et la Chine, mais elle rêve depuis longtemps d’aller à Bruxelles et surtout de voir le Mannekenpis. J’hallucine ! Bon, il faudra absolument que je me débrouille pour l’emmener, ce n’est quand même pas la mer à boire.

Bon, ce n’est pas tout, mais je dois me remettre au boulot moi. Ce scripte ne va pas s’écrire tout seul. Hélas !

18 Commentaires

  1. La banlieue… un endroit un peu hors du temps, où la vie va moins vite, fait des bulles, fait des boucles et reste là, presqu’immobile. Moi, ça me fait peur viscéralement chaque fois que j’y retourne pour une fête familiale ou juste prendre le thé avec ma grand-mère.

  2. Thomas>>Quand à la province…Je préfère ne pas en parler. A Belfort, la vie ne fait plus de bulles ni de boucle. Ca fait longtemps que les bulles ont éclaté et les boucles ont fait des noeuds.

  3. Au détour d’un blog, cette odeur de « la Bohème ». Cette pause où l’on partage la madeleine proustienne d’un autre. Avec ce regard attendri de l’adulte sur ces éclats de souvenirs, et toujours ces mêmes endroits, encore identiques mais toujours différents car vus d’un angle plus élevé, plus mûr. Continue Matoo, berce nous de tes ronronnements nostalgiques… :love:

    Rêveusement,
    Dragon.Jade ;-D

  4. mmmm… Osny, moi je sais pas pourquoi mais j’ai a meme nostalgie quand je prends les escaliers qui descendent à LAMETH ou bien quand je marche le long de la voie de chemin de fer qui donne derriere l’eglise du centre ville…. et puis au cas ou je suis à la gare d’Osny tous les soirs de la semaine à 19h15 alors si tu veux te faire raccompagner… bise matt

  5. C’est vrai que c’est trop mimi osny. G 15ans et j’y vit depuis mes 6 ans. J’ai été à saint exupéry pui labruyère et maintenant à paul émile victor.
    je connait bien le trajet que tu décrit quand on prend le train puisque je l’empreinte à chaque fois que je vais avec ma mere à paris.
    clém’s:salut:

  6. Salut, je sais que ce message date de Mai 2005 malgré tout… J’ai vécu ( et je vis encore ) une expérience personnelle en ces lieux. J’habite Rouen, à 85 km et je me rends tout les mois ou presque là bas. C’est tellement nostalgique de lire tes mots, je les comprends de la même manière que toi. Il faut faire ce parcours pour comprendre, il faut entendre les bruits des portes du train s’ouvrir à quai au moins une fois, c’est Osny.

    Merci de me faire ressentir à nouveau ce sentiment. ^^Merci.

  7. Franchement , ça me fai grave du bien de lire sa.
    Osny c’est ma petite ville cheri depuis toute petite
    J’allais en primaire à la ravinière puis après au collège la bruyère,j’ai même fait Paul Emile victor. Après c’était la fac de cergy.
    Maintenant, et malheureusement la vie est dure je me suis retrouvé en Lorraine.
    J’ vous parle pas du délire de la Lorraine
    Ils parlent comme des campagnardes mais pirent, ils ont une mode décalé de 2 ans par rapport à nous. Les programmes de tv parfois ils sautent sur tout sur la 6 pour des bulettins d’info spécial nancy en plus du 6minute . Du coup moi j’rate kameloot. Ils sont gravent même au niveau language.
    Enfin bref,tout sa pour te dire que la ca vient de me faire du bien d’avoir lu sa e revu des petites images d’osny même si c o taf ! lol
    Vive Osny et Vive le 95

    :salut:

  8. ça fait un peu plus de 10 ans que j’ai quitté Osny ; aujourd’hui je vis à côté de Montpellier. Certes, il y a le soleil et la mer, mais rien ne vaut notre région parisienne.
    Osny, Pontoise, Cergy,… tout ça me manque !;-)

  9. bjr, je dois me rendre en mairie d’Osny pour un entretien,
    je sais que je dois prendre le train ou RER à St LAzare,
    seulement je ne sais pas si je peux si je dois utiliser mes tickets RER ou bien si je dois acheter un aller/retour St LAzare/Osny?
    merci de votre collaboration

  10. j’ai quitté osny à l’age de 11ans suite au divorce de mes parents. Ces quelques lignes m’ont émue, l’eglise, j’y allais tous les dimanches, la gare, lieu de départ de chaque grand voyage scolaire. La raviniere, le collège la bruyère… je regrette, alors ne t’arretes pas en si bon chemin,parle nous encore d’osny, le 91 ne vaut pas mon bon vieux 95520!

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