Jarhead – la fin de l'innocence

Temps de lecture : 3 minutes

Un « full metal jacket » (light) sur une autre guerre, une guerre récente et dont on ne peut toujours pas en tracer les contours, tes tenants et aboutissants tant elle est proche de nous : la guerre du Golfe en 1991. Le film de Sam Mendes (réalisateur d’« American Beauty ») bénéficie de pas mal de qualités de réalisation, de bons comédiens et d’une narration soutenue, malgré quelques longueurs et un petit essoufflement en fin de parcours.

Anthony Swofford, dont le film est l’adaptation de l’histoire vraie (racontée dans un bouquin) de ce marine, est un jeune soldat qui s’engage dans les marines pour servir son pays. Le début du film est marqué par les dorénavant classiques périodes d’entraînement des marines avec leurs lots de bizutages, humiliations, imbécillités crasses, sergent instructeur aussi lobotomisé que mauvais comme une teigne. Le beau et sexy Jake Gyllenhaal qui joue le rôle de Swofford se demande parfois ce qu’il fait là, mais il adhère peu à peu au système, tout en conservant assez d’arbitre et de jugeote pour être marqué par ce qu’il vit. Cette partie est encore une fois un grand classique des films de guerres, mais révolte toujours autant devant la bêtise et les méthodes d’entraînement des militaires. Cette ambiance macho et sexiste où la tension sexuelle est à son comble, la manière dont les soldats sont dressés à attaquer l’ennemi, et ces hommes qu’on amène à faire la guerre en les traumatisant, tout est très bien reconstitué dans le film.

Et puis ensuite, le désert saoudien. Les soldats américains sont envoyés là-bas, et ils y attendent patiemment l’action. Des mois et des mois à ne rien faire, sinon s’entraîner et attendre. L’aliénation mentale les gagne rapidement, et le cinéaste nous montre ces guerriers qui rongent leurs freins de ne pouvoir aller tuer de l’irakien. Ce sont aussi d’autres fêlures qui apparaissent, telles les femmes et petites-amies qui trompent, des personnalités qui craquent ou des désirs de libre expression, des idées politiques divergentes qui viennent fragiliser la vision unique made in USA.

Les images dans le désert sont somptueuses avec cette aridité impressionnante, cette chaleur qu’on sent irradier les hommes et les âmes, cette luminosité blanche et brûlante qui aveugle. Sam Mendes fait encore montre d’une très belle photo et d’une mise en scène aussi efficace que frappante.

Je suis toujours autant choqué par cette façon dont on peut déshumaniser les gens, et dont on « fabrique » des soldats. Et pourtant cela paraît inexorable, rien ne change en ce domaine, et j’imagine que cela se passe exactement de la même manière en France. C’est tellement déprimant… En cela, le film est une preuve de plus de cet état de fait, de la connerie de ces mecs et des stratégies efficaces et éprouvées pour convaincre des types du bien-fondé d’être de la chair à canon dans le but de défendre des puits de pétrole. Et de voir ces mecs qui supplient de tirer au moins une balle dans la tronche d’un ennemi avant la fin des attaques, histoire de ne pas être complètement venu pour rien…

Quelques longueurs tout de même m’ont un peu fatigué sur la fin, et la voix-off avec son ton toujours aussi pénétré et son discours lénifiant était un peu de trop pour moi. Disons que la ficelle est un peu usée, malgré l’émotion qu’elle distille. Il reste de tout cela un beau film d’actualité dont l’écho des autres films du genre (dont on a des clins d’oeil ironiques et grinçants avec des extraits de « Apocalypse now » ou « Voyage au bout de l’enfer ») m’a bien marqué et troublé.

Jarhead - la fin de l\'innocence

3 Commentaires

  1. Dans le désert en flammes, il y avait cette séquence assez belle: les soldats qui avancent sur le sable noir de prétrole, et qui,à chaque pas, laissent des empreintes blanche.

    Et Jake….oui…..Jake .

  2. Je l’avais pas noté, mais ca me donne envie d’aller le voir, d’autant que c’est le premier film qur la guerre du golfe. Y a qu’en même un point surprenant, pour la guerre du ?ietnam, terminée en 1975, il a suffit de quatre ans pour avoir Apocalypse Now en 79, puis Platoon en 86, enchainé par Good morning Vietnam, Outrages et d’autres. Là, elle date de 15 ans cette guerre ! Mais, d’une certaine manière d’aujourd’hui … Gageons qu’il y en aura d’autres, surtout sur Golfe II en Irak.

  3. La bêtise, la connerie, sont des excuses faciles. Non, il ne faut pas se voiler la face. Les monstres ordinaires sont fabriqués à dessein parce qu’on les veut tels. Les soldats ne sont pas idiots ; ils sont dépossédés de la pleine maîtrise des décisions qui régissent leurs actions. Déshumanisés, oui. Méthodiquement, scientifiquement, au moyen de méthodes mûries depuis des siècles, depuis que l’homme a appris à faire la guerre.

    Tout cela est fait exprès, et intelligemment, consciemment et consciencieusement. C’est peut-être ça, le pire.

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