Pleurer sous la pluie

Temps de lecture : 3 minutes

C’est en filant vers Bruxelles (il est 10h32), pour un week-end et ensuite deux jours de boulot en Belgique, que je repense à mon état d’esprit de la veille. Drôle d’alternance entre périodes euphoriques et langueurs pénétrantes, drôles de contrastes entre le ressenti du stress du boulot, et un moment de l’année où l’on doit plutôt se reposer et on recharge les accus pour la rentrée. Or je suis naze de chez naze, je n’arrive pas à me coucher avant très tard, et même si je programme mon réveil toujours plus tard, j’accuse un déficit de sommeil qui me mine le moral. Et quand je suis fatigué comme cela, je ne fais plus bien la différence entre un éreintement physique et une déprime passagère mais tangible, liée à des faits précis et identifiés.

Oh sinon les trucs habituels qui me font chier, les potes en vadrouille et moi à Paname, pas de mec et ça me gonfle, une remise en question professionnelle qui cafouille, une ambiance familiale un peu plus complexe et opaque chaque jour, une trentaine qui m’apporte son lot de doutes et de procrastinations, et l’occasion de ces rodomontades bloguesques. Mais j’ai aussi un groupe d’amis sensationnel, des amis d’avant qui sont toujours là, des amis en devenir aussi rencontrés plus récemment. Je sors avec mes potes, on s’organise des week-ends et des activités, je me divertis, je profite de Paris l’été qui revêt bien des qualités, j’écris beaucoup, je lis pas mal et j’essaie de concrétiser certains projets personnels qui me tiennent à coeur.

Quand je suis mal comme ça, et surtout lorsque c’est lié à des heures de sommeil audacieusement subtilisées, j’ai encore plus de mal à récupérer la nuit, et cercle vicieux : je me réveille plus fatigué encore que la veille. Donc je broie du noir, et je tourne en rond chez moi. J’écoute des musiques qui me mettent encore plus « down », et je ne me concentre pas plus de dix minutes sur un film ou un bouquin. Mais le signe flagrant de ce désagrégement moral, ce sont des envies de pleurer qui me montent à la gorge et aux yeux. Aujourd’hui, cela va déjà mieux, mais hier soir je sentais venir ces vagues de l’intérieur, cette sourde angoisse qui part du bide, et qui pourrait se conclure par des larmes si j’en avais la possibilité.

Car je ne pleure pas. C’est une sorte de problème, je ne pleure jamais. Ni devant un film, ni un livre, ni à un enterrement ou pour une chose très heureuse ou bien très triste, mes yeux restent désespérément secs. Il n’y a que la musique qui arrive de temps à autre, à mouiller mes yeux. Et pourtant je sens que je suis parfois proche de ce déversement lacrymal tellement salutaire pour évacuer les tensions, et relâcher un trop plein d’affect. Non ça monte, ça monte, et puis ça redescend, mais la tension même si elle s’assagit, reste en moi. Je gère.

Parfois, comme je le raconte régulièrement ici, je sors la nuit pour me promener. Souvent quand j’ai du vague à l’âme, mais aussi simplement quand j’en ressens l’envie ou le besoin. La musique est alors importante, et je sélectionne bien cela. Et s’il pleut, je ne me protège pas, pas de parapluie, pas de capuche. Au contraire. J’adore, comme beaucoup de gens, l’odeur de l’asphalte tout juste atteint par les premières gouttes de pluie. L’odeur de la ville. La sensation de la pluie sur le visage, les cheveux et la peau. Froide et pointilliste. Le bruit des gouttes martèle les rues et les bâtiments avec son staccato familier. Et camouflé par la ville et ce manteau aqueux, je peux m’en aller avec quiétude par les allées désertes de mon quartier.

Les gouttes roulent sur mon visage comme des larmes d’eau douce. Et la pluie pleure sur moi, comme je ne peux pas, et la pluie pleure pour moi, comme je le voudrais.

31 Commentaires

  1. Je sais EXACTEMENT de quoi tu parles. Ces envies de pleurer, imprévisibles et incompréhensibles, me laissent toujours avec une grande fatigue…

    Autre chose : je serai en France début septembre… On se voit ?

  2. je comprends aussi, le stress qui monte et qui se mue en tristesse pour ne laisser qu’un grand vide las , des soupirs … tu le décris très bien ce spleen. J’espère que la belgique aura sur toi l’effet qu’elle a sur moi : la politesse des gens, leur courtoisie aussi, fait que je me sens rassérénée quand je m’y rends.

    Dans ces moments là j’ai l’impression qu’on aspire surtout a un pacte de non agression avec le monde entier, juste pour souffler un peu et repartir …

  3. Ben alors, bonhomme, la réponse est là, dans ton billet !
    C’est même le summum de l’ironie : le problème est posé en début de paragraphe « Car je ne pleure pas » et la réponse est à la fin « je gère »…
    Les émotions ne se gèrent pas, elles se sentent, elles se vivent. Point. Ca dure quelques minutes de vie. Et après on passe à autre chose. Voilà.
    Je m’aperçois que ça fait un peu professoral, désolé, mais ça me semblait tellement criant que j’ai pas pu m’empêcher. bisou. Pedro.

  4. les hommes ont le droit de pleurer,je l’ai compris il n’y a pas si longtemps et j’ai quelques années de plus que toi,courage.On ne peut pas toujours gérer,des jours il faut laisser couler et respirer et se coucher tot une fois par semaine(affreux on dirait ma mère…)courage

  5. *Hug*

    T’as déjà songé à creuser le problème des pleurs absents, par exemple avec de l’hypnose ? (Pour avoir fait de l’hypnothérapie, j’ai plein d’info là-dessus si ça t’intéresse.) C’est pas forcément si handicapant, mais ça n’arrive sûrement pas par hasard…

    En tous cas, enjoy Bruxelles, pour la pluie tu devrais être servi… :mrgreen:

  6. Je sais ce que c’est. Sauf que j’ai de mon côté la chance de savoir pleurer devant un film, un dessin animé (vivent les Disney !), ou en écoutant une musique.
    Mais pleurer comme ça, juste pour moi, je sais pas faire.

    Je te souhaite en tous cas de trouver en Belgique le support dont tu as besoin. :salut:

  7. C’est bizarre que je lise ici et là ce spleen des homos. L’été n’est définitivement pas leur période. A croire que ce n’est surtout pas le moment d’être célibataire, sans enfant, bloqué au bureau, sans vacances avant septembre, en t’entendant dire « mais toi, t’es célibataire, t’as pas besoin de vacances scolaires ! »…
    Pour le sommeil, il faut essayer la relaxation, le lait au miel. Et si ca marche pas et qu’en plus t’as un décalage de phase, deux jours d’hypnotiques à courte durée d’action restent terriblement efficaces. Mais les Francais en sont les plus gros consommateurs. Pourquoi ?

  8. Erf, ces larmes qui ne sortent pas et qui restent comme un noeud en travers de la gorge, gênant un peu la respiration, nous rappellant que le mal être reste en nous et ne sera pas expié par quelques larmes.

    Je connais aussi ce vague à l’âme. Tout le monde le connaît.

    J’ai appris un truc, à force d’avoir des passages « creux ». Quand ça va pas, je m’assois face à mon clavier, et je deviens alors logorrhéique comme jamais, je peux abattre toute une histoire en un après midi.

    Courage, la vague suivante arrive.

    Bisous

  9. Voilà un post qui me fais me sentir moins seul, moi aussi… très flippant de se mettre à chouiner, seul, evant son plat de spaghetti sans même savoir pourquoi!
    Humain, cultivé, ouvert, joyeux, tendance… ce blog est une surprise agréable de chaque jour! 😉

  10. Bon courage Matoo et j’espère que tu prendras des vacances qd mme :minimum pour ta santé 15j sans aucun contact avec le boulot et beaucoup avec les copains et copines;-)

  11. deuxième essai après avoir eu le message ‘vade retro sale tassepé de spammeuse »..

    je disais que je n’avais pas pleuré pendant des années, mais beaucoup l’année dernière. et dans ces heures là il n’est pas question de gérer de toute façon, ou seulement de ne pas le montrer à qui il ne faut pas. reste sensible, c’est tout. et toi-même. mais çà j’ai pas de doute !

  12. Tu devrais chialer abruti comme ça tu pisserais moins, c’est pas moi qui vais te pleurer en tout cas. Pis t’as raison pars en vacances et surtout reviens pas, comme ça bon débarras. Ah ouais pis emmène avec toi les quelques pauvres pouffiasses qui te servent d’amis pour traîner à l’ugc des halles. Tu fais vraiment pitié, t’inspires qu’un bon glaviot dans ta sale gueule de gros porc !!!

  13. Je me souviens de l’époque où j’étais aussi très fatigué, et comme par hasard on dirait que je décidais de prendre ce moment précis pour faire une remise en question de pas mal tout. :pleure:
    Maintenant, j’ai décidé d’arrêter de pleurer sur mon sort et de me prendre en main au lieu…:blah: Bon courage!

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