La Science des rêves

Ah on l’attendait le dernier Michel Gondry, surtout depuis le merveilleux « Eternal sunshine of the spotless mind ». Et ce n’est pas une déception, même s’il n’a pas le même charme (et la « force ») que le film précédent, celui-ci a beaucoup de qualités. D’abord on y retrouve cette fascination pour les univers oniriques, et puis c’est un film autobiographique qui expose des personnages encore plus à fleur de peau. En outre, j’ai trouvé que l’image de Paris et des parisiens (français par extension) est irrésistible, et les comédiens vraiment brillants.

Et puis Gondry ne serait pas Gondry sans des procédés cinématographiques qui sortent de l’ordinaire, et qui servent avec une efficacité et une poésie troublante une histoire tout en délicatesse et en « flottement ».

Stéphane (el guapissimo Gael García Bernal) revient en France chez sa mère, alors qu’il vivait au Mexique, et qu’il vient de perdre son père. Sa mère (Miou Miou) lui a trouvé un boulot dans une entreprise de calendrier promotionnel. Alors qu’il pense être créatif, il se retrouve maquettiste de calendrier avec des filles à poil. De plus, il partage un bureau avec des collègues assez caricaturaux, dont un désopilant, amical et vulgaire bonhomme (Alain Chabat). Un jour, pendant l’emménagement de sa voisine, Stéphanie (Charlotte Gainsbourg), cette dernière se méprend et pense qu’il est un copain de copain, venu pour l’aider. Le quiproquo s’installe et Stéphane ne révèle pas qu’il est son voisin. Peu à peu, les deux échangent et se retrouvent des points communs, notamment sur leurs esprits fantasques, mais ils ont un peu de mal à s’entendre…

Stéphane est très sensible à ses rêves, et il a un petit problème qui fait qu’il confond parfois la réalité et ses songes. Et comme nous voyons le film à travers son regard, parfois nous sommes dans ses rêves, parfois dans la réalité, ou alors un subtil mélange des deux. C’est aussi cela qui produit ce flottement, un effet qui est plaisant mais dont le défaut est de faire manquer au film de pêche et d’un fil conducteur plus marqué.

Ce film m’a beaucoup plu car il s’en dégage un charme fou. D’abord par une belle histoire d’amour un peu folle et décalée comme Gondry aime les figurer, mais aussi dans la manière dont il a instillé un humour pétulant dans ses personnages, et ce décor de Paris que je trouve hyper réussi. Ce n’est pas le Paris de carte postale d’Amélie Poulain, mais au contraire une vision moderne de la ville, avec ses bagnoles, ses immeubles de toutes les époques, et même ses vieux appartements mal isolés, étriqués et mal foutu, mais tellement parisiens (et que j’adore). On y voit aussi pas mal de mon quartier avec le canal mais aussi la Grisette qui pointe son profil. Et j’ai aussi beaucoup aimé les portraits bien caricaturaux de l’entreprise de calendrier et des employés. Ce sont des clichés évidemment, mais tellement réalistes et authentiques que j’ai énormément accroché. Le décor de la vieille boite de daube, les collègues franchouillards à l’extrême, et surtout Alain Chabat qui incarne le gaulois de base obsédé sexuel et anticonformiste, mais très sympathique.

Le film alterne donc entre des épisodes concrets, et des délires oniriques où Stéphane fait tout ce qu’on fait dans un rêve. Il fabule, sublime, complique, découpe, intervertit, mélange, joue avec des éléments réels et y applique ses désirs, fantasmes, frustrations, colères, émois… Cela donne des passages magnifiques et à la touche enfantine attendrissante, on y voit un imaginaire de gamin bricoleur et qui recycle tout ce qui l’entoure pour jouer avec.

Gael García Bernal et Charlotte Gainsbourg sont géniaux dans leurs rôles respectifs, et ils forment un couple aussi improbable que parfaitement assorti. Les deux comédiens paraissent extrêmement inspirés par leurs personnages, et on entre sans hésitations dans leur romance « en eaux troubles ».

En effet, le film est moins percutant et moins « facile » qu’« Eternal sunshine of the spotless mind », mais il m’a happé en un claquement de doigts et j’ai été sensible à sa poésie et son exaltation du rêve. Et puis quelle beauté, quelle extraordinaire manière de filmer et de s’exprimer par la caméra… ça ne peut pas laisser de marbre.

L’avis des copines : Oli, Niklas, Mathieu.

La Science des rêves

9 Commentaires

  1. ben non là tu vois pour moi, ca c’est resumé à un clip de Bjork d’1.45
    J’ai trouvé ca « trop ». Trop de fantaisie, trop d’image travaillé, trop de reverie, trop de « j’me prends la tete » et du coup c’est le scenario qui en prend un coup.
    A trop vouloir bien faire… on y laisse des plumes
    😉

  2. Un commentaire qui n’a rien a voir avec ton billet, mais je me posai la question : ou c’est que tu as bronzé comme ça toi??? Sur ta photo t’as un teint de peche alors qu’il pleut depuis trois semaines !!!:hum:

  3. Un subtile mélange entre rêve et réalité. On est plus qu’une fois perdu entre les 2 univers du craquant Gael. Ses rêves sont déjantés et drôles, parfois tristes.
    Je ne m’y suis pas ennuyé une seule seconde, pour moi c’est le genre de film sans fin qui me transporte. Mais je conçois que le film peut déplaire.

    Je rajouterais à tout ce que tu as écrit Matoo, que la VO est charmante : les dialogues glissent entre le Français, l’Anglais et l’Espagnol, tout comme comme on glisse entre fanstame et réalité, ce qui m’a d’autant plus séduit.

  4. ikare> Tu as raison j’ai oublié de préciser, mais c’est aussi un des éléments qui m’a énormément charmé. Les changements de langue, et les utilisations des spécifités de chacune… Pour une fois on montre des français qui baragouine un peu de l’anglais, c’est pas mal. Assez réaliste encore, et d’une superbe fluidité !

  5. Perso, j’adore le « tu t’es rasé avec une biscotte?! » de Chabat…
    Si tu as l’occas’, regardes le DVD « the work of director of Michel Gondry », qui est rempli de petites merveilles…

  6. Je regrette beaucoup l’homophobie affichée de Guy, Martine, et Serge. Le pompom, c’est le « Pédé, c’est déjà dégueu, mais gouine c’est pas supportable! » lancé par Serge. Bravo Gondry… Bonne illustration d’une façon efficace de faire passer des idées homophobes dans un bel emballage plein de beaux sentiments!

  7. J’ai beaucoup aimé ce film qui me rappelle « la rue Sésame » et les films de Méliès. les parents sont mis à distance pour que les ados grandissent… C’est vraiment l’exemple de la génération Casimir, peluche et calins… 🙂 Remarquable…

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