Paris je t’aime

Temps de lecture : 4 minutes

18 courts métrages qui ont pour seul point commun de se dérouler dans Paris. Une pléiade de comédiens et de réalisateurs, avec pour ces derniers une grande liberté de thème et de création, donc cela donne un ensemble particulièrement hétérogène. Cette diversité peut-être perçue comme un défaut si l’on considère que les courts-métrages vont du très mauvais au très bon (selon mon goût personnel), ou bien comme une qualité si l’on voit plus cela comme une richesse de représentation (dans le fond comme dans la forme).

Parce qu’au moins, on ne peut pas reprocher à cette oeuvre collective d’être polymorphe au possible. On y retrouve du vaudeville, du sketch, du pathos, de la comédie, du drame, du docu-fiction, du fantastique, de l’horreur, de la fable, du marivaudage, et avec des manières de filmer, de jouer et de photographier Paris très variées.

Reste que j’ai eu bien peur quand les premiers quartiers de Paris se sont ainsi égrainés et que je trouvais cela vraiment pas terrible. Passent donc Montmartre, Quais de Seine et le Marais (Gus Van Sant pourtant, avec Gaspard Ulliel et Elias McConnell tout de même) sans me toucher spécialement, voire m’indifférer totalement. Et puis Tuileries où l’humour corrosif des fères Cohen et l’interprétation toujours aussi percutante de Steve Buscemi me tire un sourire. Un petit sursaut aussi avec Loin du 16ème où une situation sociale est mise en exergue par les transports, et la rupture entre Paname et sa banlieue. Bof, bof, bof pour les trois suivants, avec Porte de Choisy (original mais trop barré), Bastille ou Place des Victoires.

Alors que je commençais sérieusement à me dire que j’avais fait une erreur en venant voir ce film, le court-métrage sur Tour Eiffel fut la pépite qui m’a rasséréné. En effet, il s’agit d’une magnifique petite fable où un petit garçon raconte comment ses parents, deux pantomimes clownesques et fantasques (dont Yolande Moreau), se sont rencontrés et ont trouvé l’amour. Le Parc Monceau et le Quartier des Enfants Rouges (avec Maggie Gyllenhaal, la frangine de Jake) ne m’ont pas conquis. Pas d’étincelle quoi… Alors que Place des Fêtes d’Oliver Schmitz est un petit bijou qui en quelques minutes raconte une très belle histoire, une histoire parisienne à la fois singulière et cyniquement rebattue.

Et à partir de là, j’ai beaucoup aimé les courts-métrages suivants. Notamment Pigalle avec un génial Bob Hoskins, et Fanny Ardant qui parle anglais avec les mêmes mimiques qu’en français (je me demande comment cela sonne à l’oreille des anglo-saxons, moi je trouve cela irrésistible !), dans une histoire de couple qui se redécouvre. Ensuite vient le surprenant Quartier de la Madeleine avec une belle histoire d’amour et de Vampires… et Elijah Wood en prime ! Et puis c’est Wes Craven qui raconte une de ces anecdotes qui ne peut se passer qu’au Père Lachaise. Rufus Sewell (Murdock dans « Dark City », j’étais surpris de le revoir là !) est en promenade avec sa future femme, et ils sont confrontés à certains choix de vie. Tout se finit bien grâce à Oscar Wilde, enterré là…

Les trois derniers courts vont crescendo dans la qualité et l’émotion, dans des histoires aussi concises que les autres, mais vraiment d’un niveau supérieur. Faubourg Saint-Denis raconte l’histoire d’amour entre une comédienne, Nathalie Portman, et un garçon aveugle. Nathalie Portman est simplement fabuleuse dans ce fugace opus, et elle démontre encore ses superbes qualités de jeu, et son indéniable charisme. Quartier Latin de Gérard Depardieu et avec les géants : Gena Rowlands et Ben Gazzara. Cette fois c’est une séparation entre ces deux américains plutôt aisés et d’âges murs. Ils divorcent alors qu’ils ont chacun refait leurs vies avec des personnes plus jeunes, et ils échangent quelques tirades qui valent leur pesant de cacahouètes.

J’adorerais retrouver les lignes exactes lorsqu’elle le tance, et il lui dit que les choses auraient été différentes si elle avait fermé sa grande gueule cynique (quelque chose comme « shut up big cynical mouth »). Et elle lui répond du tac au tac « oui et toi moins laissé tomber ton pantalon avec d’autres femmes » (« lay down your trousers » je crois, l’opposition entre le « up » et le « down » est oralement très percutante). Je n’arrive pas à trouver ça sur le net… Les deux personnages sont tellement réalistes surtout, que je me souviens en avoir rencontré beaucoup des « américains à Paris » de ce type, et dont je capte toujours quelques bribes de conversation (mais si, on comprend et on parle un peu anglais, arf !).

Enfin, 14e arrondissement figure une factrice de Denver qui est en visite à Paris. En quelques minutes, on entre dans son univers d’américaine qui a toujours rêvé de Paris, et qui y vient malheureusement seule. C’est sa voix et son irrésistible accent yankee qui rythme tout le court-métrage, comme si elle lisait une rédaction sur le sujet. Cette petite oeuvre est toute en sensibilité et délicatesse, touchante et rémanente.

Heureusement que la fin du film est autant en apothéose et que la musique contribue aussi à faire battre nos petits coeurs d’amoureux de Paris, car le début m’avait vraiment décontenancé. Mais après tout, si tout avait été si bien et homogène, j’y aurais certainement vu un côté lancinant… Et là au moins, il y en a pour tous les goûts ! Ce film est tout cas une réelle célébration de Paris toute en élégance, et avec une certaine authenticité. Parce que ce n’est pas un Paris de carte postale, mais au contraire la ville vivante et actuelle, une cité aux milliers de facettes, qu’elles soient sociales ou architecturales. Et puis l’amour… Oh là là !

L’avis des copines : Gregoo, Niklas, McM, et deux américaines à Paris : La Page Française, Maîtresse.

Paris je t'aime

10 Commentaires

  1. ’14e arrondissement’ reste mon préféré. il y en a qui se démarque largement par rapport aux autres. le jeu de fanny ardant est… ardant :langue: et le final regroupant toutes les histpoires qui s’entrecroise nous berce encore quelques minutes supplémentaires. heureux sont les parisiens qui peuvent retrouver dans ‘Paris je t’aime’ des quartiers qu’ils connaissent peut-être.. heureux sommes nous, nous autres provinciaux, de redécouvrir la ville de lumière sous un autre jeux de … lumières 😉

  2. Je cherche encore l’intéret du Van Sant, avec son Gaspard Ulliel en pseudo-artiste décérébré. On est censé le trouver attachant peut être? Moi je l’ai trouvé attachiant!:boulet: Putain, il le sprend où ses techniques de dragues horoscopico-mystiques, dans Cosmo? :ben:

  3. Paris est donc magique. Et nous y sommes. Car qui ferait un ensemble de courts métrages sur Clermont Ferrand, Sochaux ou Dinard ? Mais Paris, c’est le rêve ! Le rêve de tout un Garoo, le rêve de tout un Matoo.
    Camille l’a bien chanté dans son premier Opus « Le sac des filles », avant de devenir casse pieds.
    Et puis voilà pour celui qui ce soir, ni n’use, ni n’abuse de tes drôles de smileys sympas.

    Bonsoir prince de la nuit

  4. Paris est belle, Paris est magique. On y trouve le meilleur comme le pire.
    Un peut comme dans le film. Mon histoire préféree reste celle de ces 2 amoureux atypiques du Faubourg Saint-Denis. J’ai aimé le jeux des acteurs et la mise en scène.

    Je suis DEFINITIVEMENT amoureux de Paris.

  5. Merci pour le lien! je suis d’accord avec ton bilan… mais qu’est-ce que j’ai pleuré pensant les deux que tu boffes, Bastille et Place des Victoires

    Quant a Nathalie Portman… elle est bien mais son charisme est tres typique des jeunes filles de New York, d’ou je viens! Sa maniere de bafouiller, ses cries, ses exclames, meme son accent… elle a joué pareil en Garden State. Ce n’est pas a diminuer son performance, ce qui était superbe, mais de le contextualiser un peu!

  6. Je suis d’accord sur ton trio gagnant : feaubourg-st-denis, près de la tour Eiffel et 14e arrondissement!On a les mêmes goûts! Faudrait qu’on aille au cinéma ensemble un jour :boulet:

  7. Maîtresse> Je t’en prie ! Ton article sur le sujet était vraiment bien. J’ai été plus surpris de la teneur des commentaires… (wow !!) C’est souvent dans les commentaires des blogs d’expat qu’on peut lire les avis les plus antifrançais qui soient ! :petard:

    Je suis d’accord pour Nathalie. Elle « surjoue » un peu de temps en temps, mais elle est tout de même très convaincante !

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