Marc-Aurèle c'est toi ??

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Je ne méprise pas les hommes. Si je le faisais, je n’aurais aucun droit, ni aucune raison, d’essayer de les gouverner. Je les sais vains, ignorants, avides, inquiets, capables de presque tout pour réussir, pour se faire valoir, même à leur propres yeux, ou tout simplement pour éviter de souffrir. Je le sais : je suis comme eux, du moins par moments, ou j’aurais pu l’être. Entre autrui et moi, les différences sont trop négligeables pour compter dans l’addition finale. Je m’efforce donc que mon attitude soit aussi éloignée de la froide supériorité du philosophe que de l’arrogance du César. Les plus opaques des hommes ne sont pas sans lueurs : cet assassin joue proprement de la flûte ; ce contremaître déchirant à coups de fouet le dos des esclaves est peut-être un bon fils : cet idiot partagerait avec moi son dernier morceau de pain. Et il y en a peu auxquels on ne puisse apprendre convenablement quelque chose. Notre grande erreur est d’essayer d’obtenir de chacun en particulier les vertus qu’il n’a pas, et de négliger de cultiver celles qu’il possède.

Citation extraite des « Mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar. Page 51.

Rappel : Les marc-aurèlages de ce blog.

5 Commentaires

  1. Yourcenar 🙂 Excellente lecture que celle des Mémoires d’Hadrien. Tu verras qu’il y a des passages superbes, entre autres ceux qui parlent d’Antinoüs. Ah cette Marguerite, elle tue tout ! Comme les autres, je te conseille L’oeuvre au noir et Alexis, mais aussi le Coup de grâce et Anna Soror, qui sont des petits bouquins vite lus mais vraiment très bons ; elle a vraiment une écriture tout en finesse mais bien puissante. Bonne lecture !

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