Le Paradis c'est les autres

Temps de lecture : 2 minutes

Isaac Asimov est non seulement le célébrissime écrivain de SF c’est aussi un scientifique invétéré, et un fieffé bouffeur de curés (ou de rabbins dans son cas puisqu’il est juif). Mais il est plutôt globalement très athée, et il pourfend à longueur de bouquin les stupidités des religions et des cléricalistes de tout poil.

[…] On déploya donc des trésors d’imagination pour élaborer un concept d’ultime séjour destiné aux individus bons ou mauvais qui ne souscrivaient pas au même galimatias de croyances que les « imagineurs ». C’est de là que vient la notion moderne d’Enfer comme lieu d’éternel supplice de la plus venimeuse espèce, un rêve de sadique bavant de cruauté greffé sur un Dieu prétendument bon et miséricordieux.

Malheureusement, l’imagination n’a jamais réussi à construire un Paradis commode et exploitable. L’Islam y campe des houris perpétuellement disponibles et virginales, ce qui en fait une espèce d’éternelle maison close. Les Scandinaves ont un Walhalla peuplé de héros partageant leur temps entre festins et combats : un éternel restaurant assorti d’un champ de bataille. Quant à notre Paradis à nous, il est le plus souvent représenté comme un pays où les gens ont des ailes et jouent de la harpe afin de chanter des hymnes sans fin à la gloire de Dieu.

Quel être doté d’une intelligence moyenne supporterait longtemps l’un ou l’autre de ces paradis, entre autres créations de l’esprit humain dans le même domaine ? Où est le Paradis qui permettrait de lire, d’écrire, d’explorer, d’entretenir d’enrichissantes conversations ou de se livrer à la recherche scientifique ? S’il existe, je n’en ai jamais entendu parler. Le Paradis perdu de Milton n’est qu’un chant sans fin célébrant Dieu. Pas étonnant qu’un tiers des anges se soient révoltés. C’est seulement quand ils sont précipités en Enfer qu’ils peuvent se livrer à des activités intellectuelles dignes de ce nom (lisez le poème si vous ne me croyez pas), et il me semble qu’Enfer ou pas Enfer, ils ne s’en trouvent que mieux. Quand je me plonge dans cette oeuvre, je me range sans hésiter du côté du Satan de Milton, en qui je vois le vrai héros de l’épopée, quelles qu’aient été les intentions de l’auteur.

Ce que je crois moi ? Etant donné que je suis athée, que je ne crois donc ni en Dieu ni en Diable, ni en Paradis ni en Enfer, je peux seulement partir du principe qu’à ma mort, je n’aurais devant moi que le néant éternel. Après tout, avant ma naissance, l’univers existait déjà depuis quinze milliards d’années, auxquelles j’ai déjà survécu dans ce même néant (quelle que soit la nature de ce « je » qui parle). On peut me demander si cette conviction n’est pas un peu triste, un peu désespérante. Comment puis-je vivre avec le spectre du néant ainsi suspendu au-dessus de ma tête ? Mais moi, je n’y vois pas un spectre. La perspective d’une éternité de sommeil sans rêve n’a rien d’effrayant pour moi. En tout cas, c’est toujours mieux que de rôtir à jamais en Enfer ou de s’ennuyer ferme au Paradis pour l’éternité.

Citation extraite de « Moi, Asimov » d’Isaac Asimov. Page 369.

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6 Commentaires

  1. Je n’ai pas réellement de confession religieuse. J’ai la foi en quelque chose mais cette fois ne porte pas de nom.

    Ma Foi est en quelque chose de plus universel que Dieu et tous ses noms différents. C’est la raison pour laquelle je ne le nomme d’ailleurs que Dieu et jamais Allah comme je le devrais normalement.

    Ma foi résiste à la Science. Même si je crois en l’évolution de l’espèce, au bigbang etc, elle subsiste.

    Le Paradis ? Étonnamment je n’ai pas d’avis la dessus. Je suis trop effrayé par la mort physique je suppose pour penser qu’il y a quelque chose après. Mais non je ne crois pas au nuage, aux ailes et aux mille vierges ( je préfèrerai mille gars virils du cox :D)

    Le paradis ? Une délivrance, un état d’esprit, une façon de mieux appréhender la mort, un couloir, la mort cérébrale, la paix, un monde où la vie est moins chère, une croisière gay, un soap opéra sans fin, la ligne 13 dédoublée, une ile déserte, un blog… ?

  2. Asimov, toujours aussi juste lui ♥

    Les mille vierges, ça m’avait inspiré une reflexion sur un des forums que je fréquente : si on suit bien la logique extrêmiste voire terroriste, Les jeunes musulmans (dans certains groupes bien sûr !) sont manipulés dans l’optique d’avoir accès à x vierges au paradis après leur mort « honorable ».

    Durant ce temps, on demande aux jeunes musulmanes de rester vierges et pures jusqu’au mariage, et pour celles qui ne se marient pas, d’être abstinentes jusqu’à leur mort. pas d’exception.

    Et donc, leur récompense pour avoir été chaste si longtemps, c’est de se retrouver au *paradis* et se faire violer pour l’éternité par tous les jeunes hommes en mal de vierges ?

    hmm… pas super vendeur en fait :help: , au moins pour les femmes :mrgreen:

  3. Euh… J’ai beau lire la Bible dans tous les sens, je ne me souviens pas d’avoir lu le mot paradis. Dans le Nouveau Testament, aussi bien dans les évangiles que dans les épîtres apostoliques, il n’y a pas un seul mot pour « paradis » ou un éventuel lieu où on passerait tout notre « après-vie ». Je n’ai pas la Bible sous la main, mais les hébreux pensaient très clairement mort=néant et à notre mort, on déscendait tous dans le shéol, i.e. dans le néant. Ce n’est que très progressivement qu’on a parlé (la première attestation est je crois dans les Maccabée mais on peut aussi penser à la vallée des ossements chez Ezechiel) de Résurrection. Mais il faut se garder de le confondre avec l’immortalité. En fait, avec le paradis, on contourne l’obstacle de la mort tandis qu’avec la résurrection, on traverse toujours l’obstacle, i.e. on a vraiment connu la mort, i.e. le néant, rien nada. Les premiers chrétiens faisaient très bien la distinction: dans le Credo on peut lire que le Christ était descendu jusqu’aux Enfers, ou dans l’Anamnèse, on chante toujours que le Christ connut la mort. On a plus tard récupéré la notion de paradis non à cause d’un quelque immortalité de l’âme mais à cause de la « communion des saints », c’est à dire que la communion avec ceux qui ont partagé la vie divine va jusqu’au-delà de la mort et donc d’une certaine manière, ils sont « resurgens » déjà en train de ressusciter. Bref, en tant que chrétien, je ne crois pas à l’immortalité et je sais que je mourrai « totalement »; et en même tant je crois que le Christ a connu la mort et « étant le premier-né d’entre les morts »(saint Paul), je renaîtrai à la vie avec lui.

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