Voyage au Chili : Atacama, Patagonie et Île de Pâques

Et la dernière semaine, c’était un prochain passage à Santiago pour reprendre l’avion pour 5 heures avant d’atterrir sur l’endroit le plus isolé de notre planète : l’Île de Pâques. C’est vraiment quelque chose cette île, ce caillou de 160 km2 (23km pour la plus grande longueur), complètement perdu au milieu du Pacifique, et au patrimoine époustouflant avec un millier de ces statues géantes plus ou moins en ruine. Evidemment l’île est connue pour cela, mais déjà on ignorait qu’il en existait tant, mais j’ai adoré en savoir plus sur son histoire et ses coutumes. Rapa Nui est à 3 680 km de Santiago du Chili et à 4 050 km de Tahiti, et ce sont les endroits les plus « proches ».

L’Île de Pâques a été peuplée par des polynésiens à la base, mais il y a une histoire assez fascinante qui explique la physionomie et les coiffes des Moaïs par la venue de populations andines. Ces derniers avaient beaucoup plus ce type de physique et surtout des attributs qui ressemblaient aux coiffes et bandeaux rouges des statues. Les pascuans auraient gardé un certain « culte » pour ces êtres venus d’ailleurs. Une théorie très « Stargate » que j’ai trouvé très inspirante. Et sinon c’est cata sur cata… Déjà l’étrange destinée de cette île qui était à priori très (trop ?) peuplée et qui a sans doute subi quelques désastres environnementaux. Ensuite les voyageurs européens n’ont apporté que des fléaux entre maladies, déportation et esclavage.

Selon Alfred Métraux, dans son Introduction à la connaissance de l’Île de Pâques de 1935, la population d’origine (les Haumaka ou Hotu Matu’a) serait passée de 2 500 personnes à seulement 111 en 1877. Les marchands d’esclaves de Callao au Pérou, ont, de 1859 à 1863, fait plusieurs raids et déporté environ 1 500 insulaires pour les vendre aux exploitants de guano des îles Chincha. (source)

Etrangement, l’île a été occupée et plus ou moins gérée par des français entre 1864 et 1888, quand elle devint alors chilienne. Les français ont emmené beaucoup de tahitiens sur l’île, et la population actuelle est un métissage entre ces populations. Du coup il y a beaucoup de français, on y parle facilement notre langue, et on a plutôt bonne réputation. Les chiliens ont condamné la majeure partie de l’île en créant une réserve pour les autochtones (6% de la surface), et jusqu’en 1953 il ne s’agissait que d’un gigantesque élevage de moutons !! Ce n’est qu’en 1966 que les pascuans deviennent des citoyens chiliens et sont alors « libres ».

Les moaïs ont à priori été érigés entre 1250 et 1500 de notre ère, donc ce n’est pas si ancien ! Et un jour, hop, tout s’est arrêté. Les moaïs ont été poussés par terre, parfois brisés, et remplacés par le culte de l’homme-oiseau. Donc la remise en état des statues et leurs érections est quelque chose de très contemporain. On trouve des statues sur tout le pourtour de l’île, le regard vers les villages en protection (et donc la plupart du temps dos au rivage). Les toutes premières restaurations sont à la fois le signe de statues très abîmées et peu habilement recollées, ou carrément des recréations parfaitement contemporaines qui ont le mérite de montrer des exemples de moaïs « fonctionnels ». On voit cela avec Ahu Tahai par exemple :

Ahu Tahai

Ou celui-ci qui est complètement factice mais permet de faire de très belles photos au coucher du soleil. Huhuhu.

Ahu Tahai

On trouve aussi des anfractuosités diverses et variées qui ont parfois servi d’habitats ou de lieux de culte, tout en pierres volcaniques évidemment (comme toute l’île). Les promenades le long du rivage permettent de visiter des anciennes caves ou grottes écroulées, et certaines étaient incroyablement belles avec de la végétation qui trouve son chemin dans les endroits les plus improbables comme à Ana Te Pahu.

Ana Te Pahu

Sinon le classique ce sont les « ahu » qui sont ces promontoires rocheux sur lesquels les moaïs sont dressés. Il est évidemment interdit de monter dessus, et même si ces restaurations sont récentes, ce n’en sont pas moins des lieux sacrés. Après une bonne demi-heure sur une route cahoteuse, on est arrivé à Ahu Akivi qui est plutôt à l’intérieur des terres et donnent sur l’océan (assez rare donc, le village était bien en contrebas).

Ahu Akivi

Je suis resté fasciné par absolument tous les ahu, c’est juste incroyablement beau et imposant. Mais l’île est aussi paradisiaque qu’on peut l’imaginer quand on pense à un joli caillou dans le Pacifique, heureusement la place d’Anakena nous le rappelle…

Plage d'Anakena

Mais ce qui est drôle c’est que derrière cela, il y a la plus belle plage de sable blanc et fin de l’île (le reste c’est du sable volcanique noir), et une série de moaïs incroyables !! A priori ce sont les plus anciens, et étrangement les mieux conservés parce qu’ils l’ont été dans le sable pendant des centaines d’années. Du coup ils sont parfaits, avec leurs coiffes et finement gravés (on voit pagnes et tatouages). Quand on avance dans les palmiers vers la plage, on les aperçoit…

Plage d'Anakena

C’est l’Ahu Nao-Nao :

Ahu Nao-Nao

Juste à côté, il y a une autre très belle plage, et beaucoup plus discrète, moins touristique : la plage d’Ovahe.

Plage Ovahe

Au hasard des balades le long du rivage, vous pouvez tomber sur des moaïs renversés qui seront sans doute relevés un jour…

Moaïs tombés et cassés

Ou carrément un moaï solitaire qui était en cours d’acheminement, mais qui s’est arrêté un jour et est tombé sur place.

Moaï tombé et cassé

Parce que le truc dingue c’est que l’intégralité des moaïs ont été extrait d’un seul endroit. Ils viennent absolument tous de la carrière du volcan Rano Raraku. Et le plus bel ahu de tous est l’Ahu Tongariki avec ses 15 majestueux moaïs (les plus grands) qui donnent justement sur le volcan. L’endroit est juste magique et fabuleux. Par tous les temps, au lever comme au coucher du soleil, c’est un spectacle fascinant (et qui d’ailleurs est l’image d’Epinal de l’Île de Pâques). Et le tourisme étant loin d’être de masse, on est facilement seul ou à une poignée de visiteurs à en profiter, ce qui rend l’instant encore plus précieux.

Et donc imaginez cette île et cette tradition de sculpture des moaïs, et des catastrophes environnementales (sécheresse, raz de marée ?) qui déséquilibrent la société (guerre civile ?), et qui finissent par faire renoncer à leurs traditions les pascuans. A priori, ils se sont arrêtés « d’un jour à l’autre » ce qui explique non seulement les ahu abandonnés, mais également les moaïs que l’on retrouve abandonné sur la route de leur installation. Certains à quelques kilomètres de leur promontoire final, d’autres à quelques mètres seulement, et d’autres qui ont à peine quitté la carrière du volcan. C’est ce spectacle inimaginable et surréaliste qui nous attendait alors qu’on remontait vers le volcan Rano Raraku. On aperçoit d’abord des grands rochers plantés dans le sol :

Et en se rapprochant, on réalise que ces rochers sont des moaïs tout juste excavés, qui commençaient tout juste leur descente…

Rano Raraku

Ils sont immenses, pas encore terminés, avec des arrêtes un peu plus aiguës, les yeux pas encore creusés… Plantés dans le sol pour l’éternité, parfois complètement enterrés, parfois avec seule la tête qui dépasse. On les a laissé comme ça, et c’est tout. Se balader au milieu de ce paysage est une expérience d’une vie, cela valait largement le déplacement.

Et plus haut dans la carrière, on trouve évidemment les moaïs qui n’ont jamais été entièrement sculptés, et qui laissent deviner les plus grandes statues de l’île (on se rend compte clairement du gigantisme croissant de ces sculpteurs de l’extrême).

L’Île de Pâques est un amoncellement de volcans plus ou moins éteints, et cela se voit dans les paysages, avec un côté Auvergne miniature assez drôle lorsqu’on grimpe aux sommets de ces cônes aujourd’hui verdoyants.

Volcan de l'Île de Pâques

Après 1500, les pascuans ont peu à peu changé de croyances, et on retrouve le culte de l’homme-oiseau avec de beaux témoignages du côté du village Orongo et du volvan Rano Kao, dont le cratère est un superbe lac.

Volcan Rano Kau

J’ai essayé de rester concis, mais il y aurait des centaines de photos et de merveilles à partager sur cette île. Je ne regrette pas une seconde le voyage au bout du monde, et il fallait bien un voyage de noces pour faire tous ces efforts. C’était un de mes rêves, et sans une once de déception je l’ai réalisé !!! J’espère bien y revenir un jour !

4 Commentaires

  1. J’adore la photo de vous deux en bonnet péruvien. (Et c’est d’autant plus rigolo quand on sait comment tu appelait ton Bibou avant de le connaître et de lui avoir même adressé la parole :D).

    Merci pour le partage, les photos sont magnifiques 🙂 (et sans doute qu’elles ne rendent même pas justice à ces lieux exceptionnels (j’ai en mémoire les photos de mes amis du Grand Canyon, les miennes, et mon souvenir perso en étant devant :), j’imagine donc bien la différence là ^^)

    Content d’avoir pu participer à mon échelle à la réalisation d’un de tes rêves 🙂

    Bises à tous les deux #WeAllLoveTheBiboux

  2. J’avoue ne pas avoir eu le courage de partir longtemps (et seul) en Amérique du sud, m’étant contenté l’hiver dernier de l’Argentine du Nord au Sud. Le Challenge reste de convaincre ma moitié de me suivre cet hiver, sur vos traces. Mais ma moitié est trouillarde ^^

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