Au nom de la lune, je vais te gayrire

Sailor Moon et Sailor Mars à la Gay Pride 2018 de Paris

Je suis très circonspect depuis cette histoire du pape qui conseille d’emmener son gamin « présentant des caractéristiques LGBT » chez un psychiatre. (Car je ne vois même pas « comment » on s’en rend compte, à moins qu’un enfant vienne directement faire son coming-out ce qui est rare mais en effet tout à fait possible.) Et mon problème ne vient pas de la classique dichotomie entre les choqués (souvent de ma bande) et les papistes qui applaudissent (rarement mes potes), jusque là tout est normal. Non le souci c’est lorsque le texte complet a été publié (et c’est une bonne chose, car oui il faut le contexte, et oui cela nuance les propos et leur donne une meilleure tenue et justesse), et que beaucoup d’amis et proches ont alors indiqué que c’était un message d’amour et une grande amélioration, et que cela ferait presque du pape un chantre de la gayfrienliness. Voilà son discours :

Il y a toujours eu des homosexuels et des personnes avec des tendances homosexuelles. Toujours. Les sociologues disent, mais je ne sais pas si c’est vrai, que lors des changements d’époque, certains phénomènes sociaux et éthiques se développent, et que l’un d’eux serait cela. C’est l’opinion de certains sociologues. Ta question est claire : que dirais-je à un papa qui voit que son fils ou sa fille a cette tendance. Je dirais d’abord de prier : prie. Non pas condamner, mais dialoguer, comprendre, faire de la place à son fils ou à sa fille. Lui donner de la place pour qu’il s’exprime. Puis, à quel âge se manifeste cet inquiétude de son enfant ? C’est important. C’est une chose quand elle se manifeste dès l’enfance, quand l’on peut faire tant de choses, avec la psychiatrie, pour voir comment sont les choses ; c’est autre chose quand elle se manifeste après les 20 ans, ou quelque chose du genre. Je ne dirai jamais que le silence est la solution : ignorer le fils ou la fille avec une tendance homosexuelle est un manque de paternité et de maternité. Tu es mon fils, tu es ma fille, comme tu es ; je suis ton père et ta mère, parlons. Et si vous, père et mère, vous n’y arrivez pas, demandez de l’aide, mais toujours dans le dialogue, toujours dans le dialogue. Parce que ce fils ou cette fille a droit à une famille … ne le chassez pas de la famille. C’est un défi sérieux à la paternité et à la maternité. Je te remercie pour ta question, merci.

Eh bien, lorsque je reprends ce texte, je suis éploré, je n’y lis qu’une affirmation des mêmes préceptes homophobes mais en forme de dame patronnesse, avec ce truc faussement compatissant et gentillet. Alors oui le monsieur condamne (implicitement) les exactions et la violence, il ne conseille pas les classiques contraventions made in Leviticus qui nous envoient directement au bûcher. Youhouuuu on en a gagné de la considération en 2018 !! J’ai l’impression que c’est Miss Ratched qui m’explique la vie (c’est dire).

Miss Ratched dans Vol au-dessus d'un nid de coucou
Miss Ratched, très sympathique infirmière. ^^

Mais reprenons donc ce discours, et je partage mon exégèse (T’as vu le jeu de mot de ouf, j’ai même mis en italique pour mieux le souligner, ouf je te dis) de la chose.

Il y a toujours eu des homosexuels et des personnes avec des tendances homosexuelles. Toujours. Les sociologues disent, mais je ne sais pas si c’est vrai, que lors des changements d’époque, certains phénomènes sociaux et éthiques se développent, et que l’un d’eux serait cela. C’est l’opinion de certains sociologues.

Nan mais, sa mère, sa race, c’est quoi ça ?? Qu’est-ce que c’est que ce sous-entendu vicié ? Le mec admet qu’il y a toujours eu des homos dans les sociétés humaines, ok cool. Mais donc certains (mais s’il le cite c’est que c’est donc sans doute son opinion, en tout cas il choisit de souligner celle-ci) disent que c’est « lors des changements d’époque », c’est-à-dire lors des « fins de civilisation » ? Lors des « chutes d’Empires », lors des « décadences de la société » etc. Bref, il y a des relents nauséabonds derrière ce truc, comme si l’homosexualité était un phénomène sociologique (et éthique il dit le keum WTF!!!) et pas une des orientations, certes mineures dans sa forme la plus pure (ie Kinsey 6), que l’on retrouve dans la nature des hommes et des femmes. Rien que pour cela, je ne comprends pas comment des gays peuvent y voir une quelconque avancée. 

Ta question est claire : que dirais-je à un papa qui voit que son fils ou sa fille a cette tendance. Je dirais d’abord de prier : prie. Non pas condamner, mais dialoguer, comprendre, faire de la place à son fils ou à sa fille. Lui donner de la place pour qu’il s’exprime

Ok on est tellement habitué à la réponse : « Bonne nouvelle, ton enfant est une abomination, appuie sur la touche étoile de ton téléphone pour recevoir une visite de l’Inquisition dans 7 minutes. », que c’est une amélioration. En tout cas, c’est le premier réflexe. Mais en y regardant de plus près, je m’interroge. Il ne dit pas « Gay OK » hein, mais invite à la prière. Nan mais qu’est-ce que la prière va apporter ? Il faut prier pour que l’enfant change ? Demander ce qu’on a fait au bon dieu pour mériter cela ? Dialoguer pour comprendre, mais parler de quoi, de sexualité et d’attirance avec ses enfants ??? Whaaaaaaat? Mais qui veut faire ça ? Donc ça me gonfle, car c’est bien que l’homosexualité est un problème qui nécessite de la part des enfants atteints de s’expliquer. Eh bien non, on ne doit pas expliquer son homosexualité ou sa sexualité tout court, et on ne doit jamais se justifier d’aimer qui que ce soit.

Puis, à quel âge se manifeste cet inquiétude de son enfant ? C’est important. C’est une chose quand elle se manifeste dès l’enfance, quand l’on peut faire tant de choses, avec la psychiatrie, pour voir comment sont les choses ; c’est autre chose quand elle se manifeste après les 20 ans, ou quelque chose du genre.

Et là c’est le pompon, parce que si c’est un enfant alors on a peut-être une chance de le faire rentrer dans le droit chemin, mais si c’est après 20 ans alors c’est foutu ? Et donc il faut emmener son gamin chez un psy pour essayer de corriger cela ? Tout est sous-entendu comme si c’était une véritable affection qu’il fallait soigner, c’est terrible. Les choses ne sont pas si simples en sexualité, et surtout à l’enfance ou l’adolescence ou des tas de trucs sont en jeux, et où on veut surtout pas que nos parents s’en mêlent. Et ce n’est pas toujours réellement de la sexualité, c’est peut-être simplement de l’affect, peut-être un peu des deux. Et dans tous les cas, ce discours est rétrograde et orienté. 

Je ne dirai jamais que le silence est la solution : ignorer le fils ou la fille avec une tendance homosexuelle est un manque de paternité et de maternité. Tu es mon fils, tu es ma fille, comme tu es ; je suis ton père et ta mère, parlons. Et si vous, père et mère, vous n’y arrivez pas, demandez de l’aide, mais toujours dans le dialogue, toujours dans le dialogue. Parce que ce fils ou cette fille a droit à une famille … ne le chassez pas de la famille. C’est un défi sérieux à la paternité et à la maternité. Je te remercie pour ta question, merci.

Alors là, la forme est correcte, et on pourrait penser à un message empreint d’humanité, d’amour filial, de considération d’autrui… Mais non, on retrouve toujours ces explications à donner, ces justifications à fournir, cet argumentaire à servir pour qu’on puisse lui opposer un contre-argumentaire qui trouvera sans doute sa source dans la bible. Nan mais qui veut de cela ? Un défi à la parentalité, l’homosexualité ? Mais non, à la rigueur cela peut-être dans un premier temps une surprise, une déception même, mais rapidement c’est un fait. 

La seule question à se poser, et cela jamais le pape ne l’évoque, c’est « Mon enfant est-il heureux et bien dans ses pompes ? ». Et à partir de là, et seulement là, tout est possible. Et même le fait que l’homosexualité soit vécue comme un trouble, ou même un truc passager (comme tous les parents désirent secrètement quand ils l’apprennent), mais dans tous les cas le gamin devra gérer cela seul, car c’est sa vie à lui. Les parents ne peuvent/doivent fournir que l’amour, la considération, le soutien affectif, voire les ressources (un psy pourquoi pas, si un gamin le demande). Evidemment le pape ne peut pas dire cela, puisque la sexualité n’est pas libre dans la religion. C’est même tout le contraire. Il y a des règles, et si tu ne les suis pas, tu es un pécheur et tu iras en enfer. Ce discours ne dit pas autre chose que ce que les religieux ont toujours dit, sauf que là c’est sous couvert d’une attitude soit-disant affable et bienséante. Eh bien ça ne change rien !

Il y a quelques années, j’aurais peut-être accueilli cela comme une évolution salutaire des mentalités, mais ce n’est pas possible aujourd’hui. Pas après la manif pour tous et ce même discours lénifiant de dame patronnesse. Et pas après non plus, le relâchement que je peux constater chez mes propres coreligionnaires. Aux alentour de cette Gay Pride parisienne 2018 cela m’a troublé. Je constate année après année, toujours plus de pisse-froids pour expliquer que cela donne une mauvaise image. Après avoir beaucoup professé m’en branler complètement de la « bonne image », je persiste et signe encore aujourd’hui. Je ne suis pas dans la volonté gentille d’être accepté par quiconque, je veux juste être libre d’être comme je veux, quand je veux.

C’est pourquoi SailorMatoo vous protégera au nom de la lune !! 

SailorMatoo
Kawaii!!

Nous étions fières et on nous voyait même au milieu de la foule !!

Gay Pride Paris 2018

REP A ÇA LE PAPE !

SailorMatoo
AU NOM DE LA LUNE, JE VOUS AIME.

8 Commentaires

  1. C’est une arnaque.
    Comme tout ce que disent les religions sur tout ce qui ne va pas dans leur sens. On essaie de polir les choses mais ultimement : pourquoi est-ce que l’homosexualité est un problème, et sa gestion par les concernés d’une part et les familles d’autre part est un problème ?
    Parce que depuis 2018 ans environ, on répète à ces gens que la norme c’est monsieur dans madame, que la norme c’est de s’unir pour procréer, et que tout ce qui dérive de ces deux principes est contre-naturanh et mènera tout droit à l’enfer. L’enfer, l’épouvantail utilisé par les mêmes religions pour pousser les gens à faire ce qu’ils leur disent. Et ce bien que l’organisation qui assure ce contrôle soit en mode faites ce que je dis, pas ce que je fais.
    L’inquisition a peut-être disparu depuis un bon moment, mais il reste l’influence judéo-chrétienne dans la société. Tu sais celle que certains appellent « racines » et voudraient voir ériger en seule Histoire valable.

    Il y a plus de 2018 ans, dans la société romaine et avant cela dans la société grecque, l’homosexualité n’existait pas, et le lien entre sexualité et reproduction n’était pas exclusif non plus. C’était un peu comme ça tombait, sans que personne n’y trouve à redire. Mais ça, la religion aimerait bien qu’on l’oublie, ce à quoi elle s’est d’ailleurs employée ces deux derniers millénaires.

  2. Je me gayris aussi avec Brigitte Fontaine que tu as citée l’autre jour sur Twitter :
    Je suis vieille et je vous encule
    Avec mon look de libellule
    Je suisvieille sans foi ni loi
    Si je meurs ca sera de joie.

    Amen !

  3. Hem… je ne lis pas le texte/ la réponse comme toi.
    Par exemple, quand il dit « c’est un défi à la paternité, à la maternité », ça ne veut pas dire – je pense – que l’homosexualité est « un défi à la parentalité » mais « comment puis-je rester le père/ la mère, continuer à aimer et accompagner mon enfant qui est différent de moi alors même que cette différence me crée un choc ».
    Vu comme ça le défi n’est pas l’homosexualité, mais la tentation de rejeter un enfant parce qu’il serait différent…
    Il me semble que la réponse vise les parents « perturbés » plutôt que les enfants.

    Et il ne faut pas demander au pape d’avoir autre chose qu’une rhétorique catholique destinée aux catholiques 🙂 :yes:
    si on adhère pas à cette rhétorique, il y a peu de chance d’adhérer au message 😀
    :wacko:

    1. Ecoute, je suis prêt à te suivre dans ton interprétation, je ne pense pas avoir de monopole en la matière. :yes: Mon propos principal c’était surtout pour faire prendre conscience à tout ceux qui n’y avaient lu qu’un message d’ouverture et de tolérance, que PAS DU TOUT. C’est bien les mêmes poncifs et dogmes catholiques, et on se doit d’y répondre avec le même désir d’être libres et biens dans nos baskets !!!! :yahoo:

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