Le seul endroit où il n’y avait pas de sang sur son visage, c’était là où ses larmes avaient coulé.

[Edit de 14:54] La nouvelle rassérénante du jour à propos de Matthew Shepard. Ses cendres vont reposer à la Washington National Cathedral, auprès de mes deux héroïnes persos : Helen Keller et Anne Sullivan.

***

Voilà, on y est finalement. 20 ans (dans quelques heures), 20 ans que Matthew Shepard est mort, battu et laissé pour mort par deux jeunes hommes. Il avait 22 ans, il était gay. En réalité, il a agonisé pendant 18 heures avant d’être trouvé par un garçon qui l’avait d’abord pris pour un épouvantail cloué sur une barrière en bois. Ensuite, il est resté 6 jours entre la vie et la mort, avant de finalement rendre son dernier souffle, en ayant alors déclenché un gigantesque mouvement médiatique et citoyen. J’ai déjà beaucoup écrit sur ce sujet, mais je continuerai car c’est important pour moi, et c’est mon blog (laule).

Je suis surpris car j’y pense depuis des mois à ce moment, et je consulte régulièrement les fils de news anglophones pour m’informer à ce sujet, et côté francophone c’est silence radio. Il n’y a juste aucun article à ce sujet, on verra aujourd’hui… Pour vous mettre dans l’ambiance, voilà la bande-annonce que mon talentueux de petit mari avait concocté lorsqu’il avait repris la pièce « The Laramie Project » en 2012.


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La pièce puis le film « The Laramie Project » m’ont énormément marqué. Je me souviens de ces moments déchirants comme le témoignage de cet homo de Laramie qui raconte la marche pour Matthew, comme elle est miraculeusement devenue une foule immense, l’opération « Angels » contre Phelps qui appelait au meurtre des LGBT, le gars qui prend Matthew pour un épouvantail (comme je racontais au début du post), ou cette citation de la policière qui l’a détaché de la barrière pour tenter de le réanimer :

Le seul endroit où il n’y avait pas de sang sur son visage, c’était là où ses larmes avaient coulé.

Mais en 1998, j’étais là. Et comme Matthew, je suis né en 1976. Comme lui, j’avais 22 ans. Je me prénomme un peu comme lui également. Et comme lui, je découvrais la vie gay, avec ses hauts et ses bas, et je me constituais une famille affective qui allait être un pilier essentiel de mon développement de vingtenaire pédé parisien. Octobre 1998, c’était ça quoi :

Matoo à 22 ans

Mouahahaha. Oui je sais, j’ai un peu changé, 20 balais quoi. 😀

Octobre 98 c’était aussi des Internets plus que balbutiants, avec beaucoup de monde sur IRC, et le trublion CaraMail qui faisait une spectaculaire percée dans le web francophone, et notamment dans la gaysphère. J’en étais évidemment, et ce n’était que le début de mes pérégrinations cybernétiques. A l’époque, il y avait un site gay qui avait un joli petit succès, c’était OOups.net et qui publiait de la news LGBT sous forme d’articles, reprenant souvent les infos des médias déjà bien établis au UK ou aux USA. Cet événement terrible a été largement commenté et relayé par eux, avant que les médias français ne l’évoquent, tant cela défrayait la chronique outre-atlantique.

On était certes dans un environnement plus gay-friendly qu’avant, mais moins qu’aujourd’hui, et je l’espère encore moins que demain. Même si tout cela est à relativiser avec du coup des accès d’homophobie d’autant plus funestes et véhéments. Malgré tout, la visibilité gay n’était pas encore ce qu’elle est aujourd’hui, ni dans les médias, ni dans les mœurs plus ou moins communes. Et au Wyoming, à Laramie, l’état des « Pieds dans la boue » (la nouvelle qui a donné « Brokeback Mountain« ), clairement on aime pas trop les pédés. Il faut vraiment voir le film « The Laramie Project » pour comprendre exactement la subtilité de l’homophobie qui rampe dans ce coin (et dans plein de coins en France, pas forcément des trous perdus…). Ce n’est pas si simple et implacable. La mort de Matthew a été un choc pour tous les homos, et plus tard avec l’émotion médiatique, cela a permis aussi de rendre l’homophobie « grand public ».

On a eu nos propres Matthew en France, je pense notamment à François Chenu qui est je pense complètement oublié aujourd’hui. Mais c’est vrai que Matthew reste spécial à mes yeux parce que nous avions le même âge, et le fait que ce soit un événement de cette époque. Une période heureuse et d’émancipation, mais aussi un peu difficile à vivre seul dans mon tout premier appartement parisien. J’ai pensé à Matthew quand je me suis marié en 2014, et quand j’ai eu mes 40 ans en 2016. A ces moments charnières, je me disais qu’il aurait aussi tel âge et qu’il aurait pu vivre telle situation avec sa famille et ses proches.

J’espère tout de même qu’il y aura quelques articles publiés à son sujet. Evidemment aux USA, avec le « Matthew Shepard Act », on en l’oubliera pas de sitôt. Ces 20 ans écoulés en revanche ne sont pas si rassurants quant à une possible éradication de l’homophobie. On y arrivera sans doute jamais, comme pour le racisme ou le sexisme, mais bon je ne suis pas défaitiste. C’est juste que tout cela est d’une fragilité incroyable, on a l’impression qu’on replongerait dans l’obscurantisme en une élection bâclée, comme on peut le voir dans le monde en ce moment. Tout cela me fait dire qu’il faut plus que jamais profiter du moment présent. Finissons sur ce cher Marc-Aurèle donc :

Creuse au-dedans de toi. Au-dedans de toi est la source du bien, et une source qui peut toujours jaillir, si tu creuses toujours.

Matoo - 1998

1 Commentaire

  1. Je m’identifie de la même manière. Nous avions le même âge. Un morceau de nos 22 ans de 1998 reste figé dans ce souvenir. Au passage, bravo à ton talentueux petit mari

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