Le « Madame X Tour » de Madonna au Grand Rex

Temps de lecture : 7 minutes

Pour les plus assidus, la dernière fois que je suis allé voir Madonna en concert c’était en 2012 pour le MDNA qui avait été « adapté » à l’Olympia. Je trouvais tellement génial d’aller la voir dans une petite salle comme cela. Mais énorme déconvenue au final, à cause d’un retard hallucinant de 3h30 et un show de 40 minutes (un showcase) avec une approche toujours aussi froide et dédaigneuse. Je m’étais donc juré de ne plus jamais donner un kopeck pour la revoir sur scène, mais il y a quelques jours mon ami Diego m’a généreusement proposé de l’accompagner, vu que sa frangine lui avait faussé compagnie. UN PEU QUE J’AI DIT OUI TOUT DE SUITE !!!! (Faut pas pousser mémé dans les orties hein, je reste une pédale fragile avant tout !!)

J’avais déjà lu pas mal de trucs sur cette tournée, et notamment sur l’état physique assez fragile de la chanteuse, sur le fait qu’elle avait dû renoncer à ses chaussures à talons et revoir tout un pan du spectacle, car pour la première fois de sa vie, elle subissait une terrible diminution de ses capacités. Il faut dire qu’elle n’est plus toute jeune, et qu’elle n’a jamais bien adapté ses shows, contrairement à une Mylène Farmer qui s’économise depuis déjà des années, mais exploite à 100% ses talentueux danseurs (tout en mimant vaguement ses chorégraphies anémiées pour l’occasion).

L’originalité de la soirée c’était sans doute le fait que les téléphones et appareils photos de toutes sortes étaient interdits. Quel bonheur de ne voir aucun écran devant ses yeux, d’être dans une salle complètement noire, et même de retrouver l’habitude du papotage de l’avant-concert sans être irrémédiablement attiré par son écran.

Je m’attendais à des heures d’attente et de retard, et donc contrairement à l’Olympia, je n’ai pas trop pesté. Mais merde, le concert a commencé à 23h pour se terminer à 00h45, après les derniers métros. Ce n’est vraiment pas cool du tout pour tous ceux qui sont en transports en commun pour rentrer chez eux (bon moi ok, j’habite à deux secondes ^^). Je passe rapidement sur la première partie pendant laquelle nous avons eu quelques morceaux de la Madonne joués en instru à la portugaise… Marrant ! Et les musiciens étaient indéniablement super talentueux. Mais ça ressemblait tout de même à un karaoké géant. Les quelques morceaux phares indiquaient aussi ceux qu’on n’aurait donc pas par la suite (comme « Secret » ou « Like a virgin » par exemple).

La salle s’assombrit, le rideau s’ouvre et ça commence !

Et à priori ça va envoyer du lourd, puisque c’est « Vogue » qui entame le show, donc autant le dire l’hymne de toute une génération, et en particulier des gays dans la salle, qui , contre toute attente (laule), était une majorité (et surtout blancs quadra, ce qui n’est pas étonnant quand on voit le prix des places). Mais rapidement, on dénote un problème. Bon, elle chante mal, ça on a l’habitude. Mais là ce ne sont pas les fausses notes habituelles, ce sont des phrases finissant quasiment en cri de douleur. Et surtout, elle monte les marches d’un impressionnant décor modulaire qui va sans cesse dessiner des tableaux et donner une dynamique fabuleuse au concert. Mais à chaque pas, on voit son visage se tordre de souffrance, et malgré tous ses efforts pour afficher un sourire de circonstance et rester dans la chanson, elle ne peut ignorer qu’à chaque marche, une douleur insupportable parcourt son corps. A mesure qu’elle progresse dans l’escalier, on voit les muscles de ses jambes se tendre, et elle a manifestement de plus en mal et de plus en plus de mal à poursuivre. J’ai vraiment cru qu’elle allait s’interrompre d’une seconde à l’autre.

On voit que sa chorégraphie a été réduite au minimum, mais c’est encore trop. Elle arrive malgré tout au bout de ces deux premiers morceaux, et elle apparaît dans une salle plongée dans le noir, mais son visage est exsangue. Elle a son appareil polaroid qu’elle utilise logiquement pour un selfie qu’elle vend à une personne de l’audience (pour son action au Malawi). Mais là, elle avance silencieuse, avec cette douleur qui se lit encore sur son visage, pas après pas. Et elle lâche dans un sanglot : « I’m in so much pain. / J’ai tellement mal. ». Et elle se met à pleurer dans un semi-craquage, alors qu’on sent ses forces s’échapper et son corps tanguer, elle demande « Someone bring me a chair. / Que quelqu’un m’apporte une chaise. » Elle continue à verser quelques larmes, elle s’assoit. Elle reprend un peu de forces, et elle respire un bon coup, on sent qu’elle avait besoin de cette petite crise avant de reprendre.

Elle n’explique rien, mais elle redresse la tête, elle regarde la salle et elle lance la mine féroce : « I made my bed so I’ll lie in it and I will finish this tour. / J’ai fait mon lit, alors je me couche, et je finirai cette tournée. » (C’est marrant qu’on ait une traduction littérale de cette expression.) Elle précise bien aussi qu’elle pleure, mais que ça n’en fait pas pour autant une faible femme, et surtout qu’on le la plaigne pas. En réponse le public scande pendant 5 bonne minutes non stop « WE LOVE YOU ». Ce à quoi évidemment, elle ne pipe pas mot (We love you, BITCH!). A chaque intermède de ce type, elle revient à la fois plus fatiguée mais plus déterminée, et plus entêtée et jusqu’au-boutiste. Elle ajoute à un moment, alors qu’elle commente encore ses larmes et la douleur qui l’étreint sans arrêt, de la tonalité de fierce bitch qu’on lui connaît si bien : « But I could kick your ass, all of you! / Mais je pourrais botter le cul à chacun d’entre vous ! ». Et on la croit sur parole. Et elle finit par demander au public ironiquement : « You like my hair? It’s to distract you from the ugly shoes. / Vous aimez ma coiffure ? C’est pour éviter que vous regardiez mes horribles chaussures. » On sent que se retrouver en concert en chaussures plates, n’est vraiment pas un sacrifice anodin pour elle. Hu hu hu.

Elle reprend toujours le fil de ses discours qui sont bien connus maintenant, que ce soit les stances contre Trump, son installation bienheureuse à Lisbonne, les rencontres avec des chanteuses et musiciens du Cap-Vert ou du Portugal. Et comme pour d’autres dates parisiennes, nous avons eu une jolie interprétation de « La vie en rose » à capela. Elle est en souffrance très clairement pendant les deux heures du concert, mais elle résiste, et elle se reprend complètement (c’est vraiment incroyable) pour livrer malgré cela une extraordinaire performance. Je ne sais pas si le fait qu’elle bouge moins lui permet de mieux poser sa voix, et le vocoding ou l’auto-tune également (hé hé hé), mais vocalement ce n’est pas trop mal. En revanche, je reproche vraiment une ingénierie du son extrêmement défaillante, ce qui m’a négativement surpris pour le Grand Rex (qui m’a habitué à des concerts de Dead can Dance par exemple absolument exemplaires en la matière). Là le son était trop fort, souvent saturé, pas toujours bien mixé… Impossible à accepter dans un concert de Madonna et pour un tel prix.

Et donc malgré une prestation de Madonna un peu limitée en termes de chorégraphie, le show est une réussite. En effet, les décors et deus ex machina sont aussi superbes qu’habiles et subtils. Tout est fait pour souligner la musique, l’ambiance et l’instauration d’une atmosphère (notamment) lisboète avec une efficacité redoutable. Et bien évidemment, il y a une kyrielle de danseurs et danseuses ultra talentueux et qui se démènent dans des chorégraphies virevoltantes et sensuelles. Il y a notamment un tableau qui figure la façade d’un immeuble lisboète avec ses azulejos et balustrades en fer forgé, et on s’y croit vraiment. Avec cela les vidéos débordent complètement de la scène pour habiller le Grand Rex, et tout cela fonctionne diablement bien aussi avec le décor méditerranéo-antique de la grande salle.

Outre cela, les chansons s’enchaînent avec une remarquable fluidité, alternant chanson en anglais et en espagnol ou portugais, avec un melting-pot aussi de décors et de costumes qui correspondent bien au dernier album et à la fameuse Madame X. Et puis, saupoudré habilement on retrouve quelques chanson-totem qui soulève toute la salle. J’ai été vraiment marqué par « Frozen » où Madonna est seule en scène, dans le noir complet. Elle est derrière un écran transparent sur lequel une vidéo de sa fille Lourdes, en train de danser, est diffusée en noir et blanc. Madonna apparaît dans le noir au centre de la vidéo comme suspendue dans les airs, c’est totalement féerique et son interprétation est superbe.

« Like a prayer » comme on pouvait s’y attendre provoque une explosion de tout le public qui se lève pour danser, chanter en communion avec leur icone de ces 35 dernières années. Le set est assez simplement posé, mais le fait de diffuser les images du clip de la fin des années 80 est particulièrement touchant, et rappelle le(s) scandale(s) de l’époque. « Come alive » est aussi l’occasion de finir sur l’album du moment, et les inspirations portugaises ou cap-verdiennes, mais sur une chanson très enlevée et pendant laquelle tous les interprètes se rendent sur scène pour une performance joyeuse et bordélique, dans un pandémonium vocal qui affiche un bonheur insolent d’être sur scène. Madonna y apparaît rassérénée comme soutenue et confirmée par les autres artistes de sa tournée, on sent qu’elle prend du plaisir à les avoir avec elle.

Le dernier morceau « I rise » se déroule sur fond de rainbow flag géant, et j’ai trouvé cela hyper touchant et sans aucune ambiguïté. J’ai souvent célébré Lady Gaga pour être une militante engagée, et parfois conspué Mylène Farmer ou Madonna pour des engagements un peu trop du bout des lèvres (malgré les actions claires de Madonna dans la lutte contre le SIDA par exemple, c’est vrai). Avec une base de fans aussi LGBT, il est temps que cette reconnaissance soit plus explicite et affichée. Et évidemment, cette fin en absolue apothéose a encore plus enflammé un public conquis.

Il me restera longtemps en tête ce début de concert, et les images de souffrance de la chanteuse, celle qui est aujourd’hui le symbole d’une féminité libre, indépendante, forte et tellement attachiante, celle que les pédés appellent familièrement « Maman ». Ces pleurs ont évidemment donné au concert un côté un peu unique et comme un point d’orgue à sa carrière. L’absence de témoignage vidéo renforce encore plus cette vision surréaliste, et seuls les mots peuvent traduire ce qui s’est passé. Et pourtant ce n’est pas une Madonna qui est devenue plus souple, gentille ou moins connasse par les épreuves, au contraire c’est la Madonna toujours aussi fière et hautaine, la tête haute et le professionnalisme chevillé au corps, la business woman distante et froide, l’artiste sexy et scandaleuse, la showgirl des années 80 puis 90, puis 2000 et 2010, qui continue à nous émerveiller, à nous faire bouger, à nous émouvoir et à nous transcender d’une certaine manière, la sienne.

6 Commentaires

  1. Elle était peut-être en petite forme mais toi tu es en grande forme narrative. Je me suis régalée à lire ton billet, pas la souffrance qu’il décrit bien sûr, mais la façon que tu as de relater l’ensemble de la soirée.

  2. Dois-je dire que j’ai eu la chance de faire le pied de grue 3h30 dehors pour la première date parisienne ? Car une fois passée la déconvenue, mon homme et moi-même avons été bluffés par la qualité que louent les articles les moins bitchy, les plus objectifs. Pour nous, à part le Vogue ou probablement d’autres en playback, les autres chansons étaient tenues et bien tenues. Adoré l’entrée en matière God Control et Frozen. ENFIN un concert sans téléphones portables !!!!!!! Bref, je constate que malgré les tweets blasés ou haineux ici ou là, la pédésphère s’est donnée rendez-vous pour le dernier show de la tournée. Que dire d’autre, merci pour ton billet !

  3. even though this is an « ok » review, your ignorant comment on madonna, Mylene farmer and gaga is very shameful. you said gaga is the real activist and madonna provides lip service? madonna has done SO MUCH for the gay community even in the 80s when it was a risk to do so. gaga is the one who uses her fans to take advantage of. she sees gays as stupid people. she’s the one doing lip service and only cares about them when she can get money. madonna has fought so much for the gay community BEFORE ANYONE. you’re very ignorant.

    1. I never said I was a Madonna expert, I’m actually not even a fan. I’m just giving my 2 cents on this. That’s why I don’t need your patronizing comment. But I must admit I’m quite ignorant, and I humbly do. I would have preferred to get a kind and full of information and erudition comment to enlighten me, but instead a disdainful and petty remark.

      As all I write here, it’s related to my own knowledge and « life experience ». It’s subject to errors and ignorance of all kind. But I’m always ready to learn more and correct my mistakes.

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