La voix d’Adèle

Qui d’autre que Virginie Despentes pouvait écrire un texte aussi fort, juste et vrai pour traduire ce que beaucoup pensent de la mascarade de ces Césars 2020. Elle est vraiment la voix/e indispensable d’aujourd’hui, parce qu’elle parle toujours avec ses tripes, avec une plume aussi belle que véhémente, et d’une redoutable justesse et probité. Cela m’a fait un bien fou de lire cela.

Alors quand Adèle Haenel s’est levée, c’était le sacrilège en marche. Une employée récidiviste, qui ne se force pas à sourire quand on l’éclabousse en public, qui ne se force pas à applaudir au spectacle de sa propre humiliation. Adèle se lève comme elle s’est déjà levée pour dire voilà comment je la vois votre histoire du réalisateur et son actrice adolescente, voilà comment je l’ai vécue, voilà comment je la porte, voilà comment ça me colle à la peau. Parce que vous pouvez nous la décliner sur tous les tons, votre imbécillité de séparation entre l’homme et l’artiste – toutes les victimes de viol d’artistes savent qu’il n’y a pas de division miraculeuse entre le corps violé et le corps créateur. On trimballe ce qu’on est et c’est tout. Venez m’expliquer comment je devrais m’y prendre pour laisser la fille violée devant la porte de mon bureau avant de me mettre à écrire, bande de bouffons.

Libération (1er mars 2020) – Césars : «Désormais on se lève et on se barre», par Virginie Despentes

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