Angels in America de Tony Kushner à la Comédie Française (Arnaud Desplechin)

Cette pièce est un monument de la culture gay américaine, et même plus exactement new-yorkaise, et même plus exactement emblématique des années SIDA. Elle a surtout été popularisée par l’adaptation en mini-série par HBO en 2003, qui a eu un très grand succès tant auprès du grand public que de la critique. Je n’ai jamais vu la pièce, mais je sais que c’est une oeuvre assez extraordinaire en tant que telle. Il s’agit de deux parties avec d’abord Millenium Approaches, puis Perestroïka, et tout cela prend donc à jouer la modique durée de 7 heures. L’approche de la Comédie Française avec Arnaud Desplechin est très clairement sur le modèle de la mini-série, et c’est peut-être en cela que le bât blesse, même si j’ai beaucoup aimé le spectacle.

Je pensais en effet avoir pas mal de surprises et trouver beaucoup de compléments à la mini-série, mais en réalité pas du tout. J’ai vraiment eu l’impression d’assister à un remake de cette oeuvre télévisuelle que j’aime beaucoup, avec de bon·ne·s comédien·ne·s et une chouette mise en scène. Mais à la fin, on se dit un peu ‘so what?‘. Et donc pas d’approche plus complexe et complète des assertions politiques de Kushner, ou de gimmicks bertoltbrechtiens (putain comment je parle moi), même si on garde les éléments surréalistes, le casting multi-dégenré et les deus-ex-machina apparents (mais qui était déjà dans la série…).

Après si je me focalise sur cet aspect « remake », bah c’est vachement bien. Et j’ai passé un bon moment, parce que j’ai aussi retrouvé l’histoire, le déroulé, les personnages, et que tout est parfaitement bien fagoté. C’est une production de la Comédie Française après tout, et clairement les décors sont géniaux, les costumes sont vraiment de factures 80, et les comédiennes et comédiens super talentueux. De même la mis en scène est efficace et « bonne », mais pas dingue non plus, et je ne vois pas trop la patte Desplechin là-dedans (mais je suis un piètre théatreux, je le reconnais). Donc je ne boude pas mon plaisir non plus, et je ne vais pas dire « J’ai tout compris, c’est trop populaire, c’est à chier !« . Mais vous me comprenez il y a tout de même un petit « meh » là-dedans.

Heureusement les deux personnes qui sont en proue ont été merveilleusement castées, avec Michel Vuillermoz en Roy Cohn (le mec le plus détestable de l’Univers Connu, joué par Al Pacino dans la série) et Dominique Blanc en (notamment) Rabbin Isidor Chemelwitz, Hannah Pitt et Ethel Rosenberg (ces rôles étant tenus par Meryl Streep dans la série). Je les aimais déjà beaucoup, mais là ils étaient particulièrement bons. J’ai aussi beaucoup aimer Christophe Montenez et Jérémy Lopez dans les rôles respectifs de Joe et Louis. Encore une fois on est dans le standard d’excellence de la Comédie Française, même si, du coup, on peut aussi y trouver un rien de déclamation (ou une parfaite articulation et prononciation du texte) et « d’académisme » qui pourrait rompre avec une pièce aux messages sous-jacents aussi explosifs et « en colère ».

Donc c’est parfait pour découvrir cette histoire géniale, politique, sociale, drôle, tragique, et totalement drama-queen à certains égards. On retrouve bien ce truc juif-newyorkais-gay qui est irrésistible selon moi, et drama-queen en tant que tel (ce qui n’est pas dans ma plume une manière de méjuger, car le tragique de l’époque n’est pas à interroger), mais aussi une peinture de la communauté gay face au SIDA qui tue des années 80, du VIH d’avant les thérapies. Il y a un opéra qui a été créé aussi à partir de la pièce, et je pense que c’est sans doute l’adaptation la plus idoine à une narration pareille. Allez-y pour une version remise à jour de la série des années 2000, brillamment jouée et illustrée, mais pas en ayant en tête la pièce originale (qui est peut-être très/trop datée d’ailleurs, mais a le mérite sans doute de porter le véritable message de l’époque et son épaisseur tragique authentique).

Affiche de Angels in America à  la Comédie Française

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

+ 59 = 63

:bye: 
:good: 
:negative:  
:scratch: 
:wacko:  
:yahoo: 
B-) 
:heart: 
:rose:   
:-) 
:whistle: 
:yes: 
:cry: 
:mail:   
:-(     
:unsure:  
;-)  
 
Partages