Tales from the Loop

Temps de lecture : 4 minutes

Après avoir écouté avec bonheur la bande originale de la série, il fallait que j’y jette tout de même un œil. D’autant plus que les critiques étaient assez positives, décrivant un univers de SF un peu cryptique, très lent et à l’esthétique léchée, inspirée des œuvres de Simon Stålenhag. En effet, c’est assez lent et cinématographiquement très réussi (la photo surtout est absolument dingue), plutôt bien joué, et on y trouve pas mal de bonnes idées, mais (et vous subodoriez bien qu’un « mais » allait arriver), je me suis un peu fait chier.

La série distille sur 8 épisodes une suite d’anecdotes autour de personnages qui se croisent ou se connaissent. Cela se passe dans une ville américaine typique mais sans vraiment la situer précisément il me semble. Les décors et costumes ont un truc très années 80, mais en même temps il y a des tas d’inventions très avant-gardistes (comme des robots, une moissonneuse-batteuse en suspension dans l’air, des prothèses robotisées etc.) qui donnent une ambiance un peu rétrofuturiste ou steampunk. L’ensemble de ces inventions viennent d’une entreprise, où pas mal de gens de la ville bossent, qu’on appelle le « Loop » et qui a principalement des installations souterraines. Ce n’est pas vraiment un secret, on y bosse sur des expériences un peu paranormales ou très avancées technologiquement, un peu à la Massive Dynamic 1. La région est aussi constellée d’anciens artefacts du Loop qui rouillent dans la forêt ou dans l’océan et qui possèdent encore quelques propriétés mystérieuses.

Ce qui m’ennuie c’est que j’ai plein de choses vraiment positives à dire, et ce n’est pas naze ou désagréable à regarder. Déjà l’atmosphère est très bien posée et il y a un souci du détail assez génial dans les décors, les costumes et le fameux « Loop ». Les robots ou les appareils technologiques sont délicieusement rétrofuturistes, et ils ne sont pas non plus un sujet ce qui est d’autant plus habile. Les histoires tournent autour de la vie des gens de cette ville, et de l’incursion d’une de ces inventions du Loop qui va les emmener en gros dans un épisode de la « Quatrième Dimension« .

La musique est minimaliste, ce qui n’est pas étonnant puisque Philip Glass est derrière la partition, mais on pense un peu trop à « The Leftovers« , et ça m’a turlupiné que le lien soit si évident avec cette musique et ces plans contemplatifs. Mais les plans de la série sont absolument sublimes, et on y passe du temps, mais ce n’est pas grave car c’est d’une beauté assez stupéfiante, et la série a le mérite de se poser, et de nous « pauser » avec elle. Ce n’est pas une série énervante ou palpitante, c’est au contraire une ode au calme et à l’introspection, avec beaucoup de nostalgie, de retour sur soi, de considération de l’enfance et du temps qui passe, du lien avec la technologie et une certaine aliénation qui en découle.

Il y a un lien assez ténu entre les épisodes, mais chacun est indépendant. On retrouve en revanche clairement des personnages, et des intrigues qui sont ainsi filées tout le long de la série. On ne sait pas grand chose sur le Loop, mais ce n’est pas très grave, et ce n’est pas non plus le grand mystère dont parlent tous les articles de journaux. On n’est loin d’être dans une ambiance lynchienne ou recouverte d’un voile de brume opaque, on finit toujours par savoir clairement ce qui s’est passé, la fonction de l’artefact mis en marche, et la petite morale de l’histoire. En cela, vous le comprendrez c’est une partie de ma déception. J’ai évoqué la « Quatrième Dimension », et malheureusement chaque épisode n’a pas beaucoup plus d’épaisseur scénaristique que ça. Il y avait pourtant un sacré potentiel, et au lieu de cela, j’ai trouvé que les histoires étaient « meh », malgré un embryon plutôt sympathique et intrigant.

J’ai bien aimé le premier épisode pour la découverte et son intrigue, qui même si elle récupère un classique de la SF et des paradoxes temporels, est au final très émouvante et un bon démarrage dans l’univers du Loop. Le second est un des meilleurs, c’est une très bonne histoire, et elle est ensuite plus ou moins en filigrane du reste de la série. Après c’est la cata pour moi, 3, 4, 5, 6, j’ai déjà oublié de quoi il s’agissait… Pourtant ça commence toujours par un truc sympa, et puis pschittt, ah oui ok c’était juste ça l’épisode ? Meh. Les deux derniers, j’ai un peu plus accroché, déjà j’ai trouvé une tension un peu plus importante dans la narration, et une émotion qui contrastait bien avec toujours cette manière ultra esthétique et indolente de réaliser. Le dernier est surtout très très touchant, il tire à fond sur la corde familiale et sur le temps qui passe. Il fait mouche sans coup férir. Je ne sais pas si le fait que ce soit Jodie Foster derrière la caméra y a fait quelque chose ?

Donc formellement c’est vraiment une réussite, il y a des trucs bien, mais c’est aussi terriblement chiant à certains moments, et même si c’est beau, ce n’est pas suffisant. Il faut que la réalisation serve aussi une narration et donne de l’épaisseur, et là le langage cinématographique même s’il est indéniablement esthétique, est un peu trop mutique à mon goût.

L’avis des keupines : Nicolas.

Notes de bas de page

  1. Massive Dynamic est une entreprise fictive de la série Fringe. On peut largement penser aussi à Boston Dynamics (dont la série Fringe avait copié le nom) et ses robots qui fournissent aujourd’hui l’esthétique des robots à la fois de notre réalité et de pas mal d’imageries futuristes télévisuelles ou cinématographiques.

4 Commentaires

  1. Je n’ai pour le moment vu que le premier épisode (je regarde plusieurs séries en même temps B-) et j’ai été bluffé par l’esthétique et conquis par le rythme et le mystère. Je repasserai lire ton billet une fois la série terminée :bye:

  2. Voilou je reviens :clindoeil: on regarde tellement de séries et de films (un des bons côtés de ce confinement) que j’ai dégusté lentement cette série. Il faut dire que son rythme pousse à la lenteur. C’est vrai qu’il y a certains épisodes plus regardables que d’autres, le 5 vu hier soir était particulièrement mou du genou, mais à sa décharge, disons qu’on développe (lentement) certains personnages. Je lis ici et là de nombreuses critiques qui ne supportent pas le rythme. On est tellement habitués (clips, séries et films dopés aux boissons énergisantes, zapping) à certains formats qu’on peine à « consommer » quand c’est posé, lent, contemplatif. J’ai lu quelques articles sur la série : je suis toujours épaté d’apprendre qui réalise (Jodie Foster pour le dernier épisode), où c’est tourné, quels sont les clins d’oeil, les références qui m’ont échappé, je vais souvent sur IMDB, et hier, Wikipedia, horreur malheur une erreur (que j’ai corrigée). J’ai corrigé Wikipédia :mainbouche: :rire: bon, je file, je laisse ton blog tranquille huhu. La bise.

    1. Jodie a en effet fait un super bon travail, et j’ai vraiment aimé l’atmosphère, mais des histoires un peu plus développées m’auraient accroché un peu plus… :huhuchat:

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