Le gros manifeste

Temps de lecture : 3 minutes

J’ai vu ce post sur Instagram dont je vous ai mis les différentes vignettes. J’ai été particulièrement marqué par cette publication que je considère comme un véritable manifeste anti-grossophobe, et quelque chose qui m’a paru vraiment important. Car pendant le confinement, j’ai aussi d’abord souri puis été assez abasourdi par le flot ininterrompu de mèmes sur ce thème. Entre ça et les accros au sport qui devenaient fous, et un peu aussi un mélange des deux puisque le salut du gros, et sa sacro-sainte rédemption, passe forcément par la foi orthodoxe et intégriste dans le sport.

La photo en tête était pour moi était une première étape extraordinaire grâce à la DJ Barbara Butch dans cette fantastique couverture de Télérama. J’avais rencontré cette personne la première fois lors de la Pride de Montpellier de 2017, et j’avais pris cette photo en souvenir d’un set qui m’avait drôlement plu (et fait énergiquement danser ^^ ).

Et il s’agit avant tout de lutter contre l’opprobre qu’on a tous connu très banalement depuis l’école, que ce soit en tant qu’acteur, spectateur ou victime. Mais aussi contre pas mal de clichés colportés et qui sont bien cités et argumentés dans le manifeste plus haut. Cela ne remet pas en question les gens bien dans leur peau qui se réjouissent d’avoir perdu mille kilos ou d’être devenu enfin beau dans leur miroir. Chacun doit trouver son chemin, son équilibre et son bonheur. Mais peut-être que sans cette grossophobie sociétale organisée et banalisée, il y aurait moins de tristesse et de mal-être, et plus de reflets sereins dans nos miroirs.

La grossophobie me parle particulièrement parce qu’être gros est selon moi aussi transverse et universel que l’homosexualité. C’est une particularité, une facette, une caractéristique qui arrive à plein de monde, à tout le monde, dans toutes les strates, les castes et les pays du monde. C’est ce même mélange d’un truc biologique, mais pas que, psychologique, mais pas que, génétique, mais pas que. De l’inné, de l’acquis, surtout pas un choix, parfois une souffrance mais uniquement par le renvoi du regard et de l’attitude d’autrui, et jamais pour une autre raison.

Je pense que la première fois que j’ai compris et été sensibilisé à ce sujet, c’était dans un épisode de Dr House ( Que sera sera, S03E06 de 2006, donc qui ne date pas d’hier), avec l’excellent comédien Pruitt Taylor Vince qui incarne un homme obèse qui justement parle ouvertement de grossophobie. On essaie pendant tout l’épisode d’expliquer ses malaises et son état par son obésité, en cherchant du diabète ou d’autres complications de ce type. Lui martèle qu’il est en très bonne santé, très heureux comme il est, et que son poids n’explique en rien son état. Au final, il a raison, et meurt d’un cancer des poumons…

Je suis content de ce mouvement beaucoup plus visible de tentative d’intégration de toutes les diversités, dont la pluralité des corps et des formes. Les gros et grosses sont aujourd’hui généralement méprisé·e·s et moqué·e·s dans la sphère publique, déconsidéré·e·s lors d’entretiens d’embauche, ouvertement déclassé·e·s des critères de beauté généralement admis, et j’en passe et des meilleurs. Eh bien, il est temps qu’on en parle. ^^

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13 Commentaires

  1. Quand je dois insulter quelqu’un, j’ai éliminé l’adjectif « gros ».
    Je ne dis plus « gros con » mais « CON » ou « connard » ou « immense connard ».

    1. Sur le coup, ça ne me choque pas car on peut continuer, selon moi, à utiliser l’adjectif gros dans son sens premier. :huhuchat: Après on peut tergiverser sur l’usage du mot « con » qui est tout de même le vagin d’une femme !! :rire:

      Là-dessus je suis terrible, je préfère qu’on continue à se dire « pédé » et « enculé », et qu’on travaille plutôt à la réappropriation de ces insultes pour les vider de leur substance et intérêt. Mais c’est moi hein. :aheumchat:

  2. Pas facile. Par exemple, je sais que ce n’est pas bien, j’ai (mais je tais évidemment) un jugement super négatif sur un gros qui fume alors que je n’ai pas ce même jugement pour un fumeur en général . Et pourtant je sais que ce n’est pas bien. Mais évidemment ça révèle mes peurs personnelles.

    Sans annuler ce que tu as écrit (ça serait trop facile), on peut parler de maigrophobie aussi dont je pense avoir été victime assez souvent quand j’étais mince. Et particulièrement la cible des gros justement. « Tu devrais manger, tu vas perdre un os ». « T’as de la chance moi je grossis rien qu’en regardant un gâteau » (non, beaucoup de minces, dont je faisais partie, font de gros efforts et aiment bouffer comme tout le monde). « Ça te ferait pas de mal de grossir un peu ». Des phrases du genre (et j’en passe) qui paraissent anodines mais sont d’une infinie violence, qu’on s’autorise à dire aux minces, mais alors sans aucune retenue. Imaginons si on disait avec la même liberté « tu ferais bien de maigrir, ça te ferait pas de mal ». Parce que c’est ce qu’on me disait à peu près tout le temps. Et les gros étaient les pires dans cet exercice, ceux qui y déversaient le plus leurs frustrations, bien que l’exercice était généralisé (combien d’amis j’ai envoyé chier à partir de 30 ans). Tu entendras rarement l’un dire à un autre qu’il est gros. L’inverse souvent (enfin… de moins en moins à nos âges :-).
    Ce qui est marrant c’est de voir que dans certaines cultures ou à d’autres époques on adulait la grosseur.
    Enfin, autre sujet, je travaille avec des personnes d’un grand âge et c’est quand même bien si on arrive à garder toute sa mobilité en vieillissant. C’est une chance de pouvoir continuer à se déplacer correctement, bien au delà des critères esthétiques. Donc je ne crois pas que l’on puisse être gros et durablement en bonne santé comme elle le dit. J’en vois malheureusement les effets à long terme. Et c’est probablement ça la peur et le jugement idiot qui me traverse l’esprit quand je vois un gros fumer.

    1. Je suis vraiment d’accord également sur l’aspect santé, et notamment sur la longévité et les maladies cardiovasculaires associées, mais là je m’insurge juste contre les insultes. Et aussi comme je le répondais plus bas, une manie de stigmatiser les gros et pas les cross-fiteurs qui se pètent les genoux à force de faire « trop » de sport trop violemment. C’est bien de relativiser un peu, et d’arrêter la méchanceté et les remarques désobligeantes. Après il y a le sujet de l’humour, et il est beaucoup plus périlleux, comme pour les pédés d’ailleurs. :mainbouche:

    2. Je me suis battue contre la balance toute ma jeunesse, mon âge mûr et maintenant basta ! je vieillirai comme une loche et alors, ma peau deux cancers sur le visages, ma graisse, mes os, à moi rien qu’à moi.
      Pourquoi se ruiner le moral et les restes du plaisir alors que je ne demande RIEN ! :grrr:

  3. Je ne te suis pas tout à fait Matoo, parce qu’on peut effectivement mourir d’un cancer du poumon en étant gros, mais statistiquement être en surpoids est un facteur de morbidité (comme être trop maigre). En revanche, il est vrai qu’on ne choisit pas plus d’être gros que d’être pédé.

    1. Je ne dis pas autre chose, t’inquiètes. Et je ne nie pas les histoires de problèmes de santé, mais je dis juste qu’on pointe beaucoup plus ceux-là que ceux des cross-fiteurs qui se pètent les genoux à force d’aller tous les jours se pousser à bout.
      Je fais le parallèle avec les pédés, jusque dans les anciennes antiennes qui nous disaient « vous aurez pas d’enfants, c’est contre-naturaaaaanh etc. », aujourd’hui on ne les entend plus, pourtant c’est toujours « vrai ». Ok je pousse le bouchon un peu loin Maurice, mais je sais que tu me comprends. :huhuchat:

  4. Perso j’ai une raison pragmatique: il y a neuf places dans le bateau et un algo compliqué à base de performance, technicité, poids pour déterminer une hiérarchie: il faut être dans les neuf premières.
    Plus on est lourd plus il faut être performant (pour pouvoir traîner son poids), et le poids est la variable la plus facile à améliorer.
    Et j’ai pris 5 kg (il y a un moment, avec les tree du mémoire, j’ai tout lâché), à reperdre d’ici septembre 🙁
    L’alcool et les chips, c’est pas une bonne idée. 😀

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