La Première Marche

Temps de lecture : 4 minutes

Youssef, Yanis, Luca et Annabelle sont les quatre militants dyonisiens qui ont eu l’idée, et ont mené à bout cet ambitieux projet, de Pride de Banlieue, à laquelle j’ai eu le bonheur de participer l’année dernière. Il s’agit là du documentaire tirée de cette expérience, et qui suit ces 4 protagonistes de l’idée à sa réalisation. L’auteur du docu, Baptiste Etchegaray, est ce garçon qui avait proposé cette série d’émissions estivale sur France Inter en 2013 qu’on avait tous beaucoup aimé.

A l’époque où j’ai décidé de me rendre à cette manifestation, j’avais aussi eu quelques doutes quant à ce que cela pouvait signifier « à l’insu de mon plein gré », c’est à dire sur les attachements politiques ou revendicatifs afférents qui me troublaient, voire à propos desquels j’étais carrément opposé. En cela, le documentaire a à la fois réussi à me rassurer, mais aussi bien m’horripiler, et il me semble que c’est logique d’avoir au final une réponse plutôt équilibrée. En tout cas, et j’en suis tellement heureux, le film confirme bien la lecture que j’ai eu de cet événement, et pourquoi j’y avais toute ma place.

Mais d’abord il faut vraiment saluer toute la joie, l’énergie et la puissance combative revigorante et optimiste qui irrigue chaque plan du film. On est plongé dans toute la bonne humeur et les intentions juste et louables qui animent sincèrement ces jeunes militants. Et ils sont jeunes, très jeunes. Et moi je suis une vieille bique, mais c’est la raison pour laquelle je pardonne leur emportement et leur positionnements parfois excessifs ou plutôt manquant de nuances. Ils ont pris toutes les notions récentes de décolonisation, homonationalisme, exotisation, racisme intériorisé (et j’en passe), et balancent tout ça dans une phrase un peu trop alambiquée mêlant diction universitaire et tonalité d’adolescence en colère (tautologie).

Mais je n’ai rien entendu de choquant (je donne mon avis, donc très personnel, bien entendu) même sur le terrain de l’homonationalisme. Parler de la récupération de l’extrême-droite des questions LGBT pour faire de l’islamophobie, étant vraiment juste selon moi. Mais ils ne sont pas allés sur le terrain de l’imposition du mode de vie pédé occidental, alors qu’on le vit très bien dans d’autres pays en étant totalement planqué et déguisé en hétéro. [sic] Je suppose que dans ce domaine aussi, on doit pouvoir discuter de tout, et dans tous ces mouvements, il y a du bon, voire du très bon. Mais comme d’habitude, tout ce qui consiste à nous opposer et simplement à vouloir remplacer une domination par une autre dans un modèle purement communautaire et isolé me hérisse le poil. Dans le documentaire, je suis d’accord avec presque tout ce qui est dit, à quelques nuances près, mais grosso modo on partage les mêmes valeurs. Et moi aussi à vingt balais, j’étais un peu totalitaire dans mes opinions bolcheviques, je ne peux pas le leur reprocher, parce que tout cela part d’un bon fond.

Ce qui m’a marqué, mais on pouvait finalement s’y attendre, c’est que ces quatre là sont des étudiants en Sciences Politiques, et n’ont pas un profil de banlieusard défavorisé. Ce sont des jeunes gens bien éduqués, l’un est métissé (comme moi), et celui qui vient du Maroc est allé au Lycée Descartes à Rabat etc. Je ne suis pas en train de dire que cela diminue leur valeur ou bien leurs qualités, et la teneur de projet. En revanche, cela nuance fortement certains discours envers des populations vraiment défavorisées, et sur beaucoup de niveaux. Je me disais aussi, et c’est sans doute propre à Saint Denis, que ça manquait vraiment de vraies banlieues comme je les connais moi. Pas un truc collé à Paris où on peut se rendre d’un coup de métro ou de Vélib, mais une vraie banlieue avec des vraies cités craignos, où on risque énormément à simplement être un brin queer et visible. En cela, je repensais à Lyes Alouane, et je me disais que son son de cloche manquait un peu à ces discours militants un peu « décalqués » (mais j’aime ça moi aussi l’utopie et les Idées). Je n’ai pas pu m’empêcher de voir dans l’organisation de cette manifestation l’aboutissement d’un projet de fin d’étude ou d’un tremplin pour des militants, futurs politicards.

Mais là où le documentaire est bien fait, c’est dans ce qu’il a l’air d’être aussi sincère que ses protagonistes. Et leurs maladresses ne sont pas gommées pour autant, ce qui donne lieu à quelques scènes plutôt drolatiques et sympathiques. Mais surtout on a la montée en puissance du stress à mesure que la date approche, l’intérêt des médias qui s’amplifie, jusqu’au jour J. Et la description de la marche en elle-même est assez fidèle, en tout cas dans ses aspects les plus festifs, populaires, revendicatifs et souriants. Ils ont zappé certaines mines patibulaires, et les insultes qui ont parfois été proférées du coin des lèvres ou plus explicitement. Or, ce n’est pas grave. C’était exactement la même chose lors de toutes les marches parisiennes, ou d’ailleurs, auxquelles j’ai participé. Cela a pu d’ailleurs me rappeler les visages parfois ébahis ou horrifiés ou dégoutés lors de la marche des fiertés de Gourin (village de 5000 habitants dans le centre de la Bretagne).

Cette marche de Saint Denis fut un véritable succès, et c’est vraiment grâce à l’énergie, la motivation et un esprit revendicatif vivace et vivifiant de ces quatre personnes. Le film vaut vraiment le coup pour se rassurer au moins sur ce point, il y a encore des gens qui veulent agir pour changer les choses, et surtout pour les améliorer. Je serai toujours de ces démarches là, surtout en faveur de la banlieue et des banlieusard·e·s.

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