Iwak #25 – Copain, copine (buddy)

Temps de lecture : 3 minutes

Sur une idée de la fée Kozlika, voilà Iwak (Inktober with a keyboard ^^ ). Un mois d’écriture sous contrainte à la manière de tous ces dessinateurs qui publient de chouettes dessins sur les Internets.

Aussi loin que mes souvenirs remontent, j’ai été du genre solitaire et introspectif. Pas vraiment timide, mais peu expansif et quasi mutique, je répondais aux questions mais c’est tout. Les copains et copines, je n’en ai jamais eu des tonnes. Même si rétrospectivement, comme je suis resté plus de 20 ans au même endroit, j’ai suivi plein de gens dans le système scolaire, et cela nous a forcément amené à nous connaître. Mais il y a eu une poignée de gens qui ont été des repères dans la tempête, alors que j’ai conscience d’être pédé depuis la maternelle, et les autres également, à mon corps défendant. Marie-Aude bien sûr qui fut mon amie et ma voisine de table durant toute la primaire et tout le collège (même classe pendant tout ce temps), Danièle aussi et évidemment quelques filles. Après j’ai aussi des copains, soit des hétéros intellos, fragiles et sensibles, soit des pédés comme moi. Hu hu hu.

A mesure que l’on vieillit et on murit, et notamment au lycée, l’opprobre ne se calme pas vraiment, mais les plus cons ont été retenus avant l’entrée, et les gens apprennent à considérer autrui, en voyant un peu plus loin que le bout de leur nez ou par des mécanismes tribaux relevant de la loi du talion. Je n’en veux à personne aujourd’hui (et ça n’a pas toujours été le cas). C’est tout simplement parce que j’aurais été aussi méchant et stupide, si j’avais été dans leurs pompes. Et puisque je n’en suis pas mort, je suis content d’être pédé aujourd’hui, et d’avoir dû puiser en moi pour survivre, et d’avoir pu compter sur les quelques personnes qui m’ont aimé quand j’en avais besoin.

Après le lycée, ce fut l’explosion, avec les années étudiantes, et qui rimaient surtout pour moi avec émancipation et acceptation de ma pédésexualité. Les sorties dans le Marais, dans les bars, les boites, puis l’emménagement sur Paris ont achevé cette renaissance. Evidemment, il y a eu de l’abus, et il y a eu des erreurs de jugement, des retournements de situation où on se retrouve à être le connard qu’on a jamais pu être dans sa vie. Et les potes, les potes, les potes, les groupes qui grossissent, qui se déchirent, s’entre-tuent, et se réconcilient pour mieux se reséparer. Ajoutez à cela du sexe et des fuck-buddies, des romances avortées et des amitiés hypocrites… Eh oui, on vit tous dans des épisodes de Santa Barbara pendant quelques temps, et puis ça passe.

En tout cas, je ne répèterais jamais assez comme Les Internets ont été pour moi un salut incroyable dans la constitution de mes amitiés actuelles. Depuis 20 ans, c’est sur ce terrain prolifique que j’ai fait toutes les rencontres qui se sont soldées par des amitiés solides et sincères. (J’ai beaucoup aimé et baisé aussi. Oui oui. Hu hu hu.) Au fur et à mesure, j’ai mieux compris ce truc qu’on disait sur l’amitié qui était la famille qu’on se choisit. Aujourd’hui, les relations amicales sont moins troublées ou tumultueuses, mais certain·e·s savent apporter le piment nécessaire, et provoquent encore des incursions bien anachroniques dans un épisode où Ted Capwell et Laken Lockridge réalisent que les dissensions au sein de leur famille ne peuvent plus souffrir leur relation amoureuse passionnelle. Heureusement, ça se termine souvent bien. Et il y a même quelques opportunités de rencontrer de nouvelles personnes à aimer d’amitié, ce qui fait toujours très chaud au cœur. Je crois que cela ne s’arrêtera jamais , et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles ça vaut le coup de continuer à arpenter cette Terre.

J’ai la chance, et je mesure vraiment que c’en est une, d’avoir une chouette famille biologique autant qu’amicale. Et c’est sans doute lors de notre mariage que j’ai pu le constater de la manière la plus évidente et manifeste. Le fait de voir toutes ces personnes qui ont été le témoin de ce jour d’exception pour moi, leur regard dans la mairie quand le truc a eu lieu, et l’émotion qui nous a tous étreint, familles et ami·e·s, alors que les anneaux étaient échangés. Ensuite, la cérémonie où nous nous sommes exprimés le plus sincèrement possible, et toute cette journée à observer les plus improbables rencontres et juxtapositions entre nos potes et nos familles, c’est vraiment là que j’ai mesuré tout le chemin parcouru. Evidemment, ce n’était qu’un mince jalon, mais comme je me projette très peu dans le futur, que je ne présage absolument de rien, mais me laisse juste mener par le bout du nez, je prends parfois le temps de jeter un coup d’œil derrière mon épaule.

Les keupines, c’est cool. ^^

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