T’as pas le sida j’espère ?! (Fred Colby)

Temps de lecture : 4 minutes

Il y a déjà une très bonne chose pour moi dans ce bouquin, c’est sa couverture. Eh oui, quand j’ai d’abord vu la photo et le cadre extérieur, ça a forcément fait tilt. Mais oui regardez-moi ça :

Bon ok, mais pour moi je vous assure, l’endroit est facilement reconnaissable. Il s’agit de l’Axe Majeur à Cergy-Pontoise (à côté de chez moi donc). C’est une oeuvre architecturale très impressionnante de Dani Karavan et qui joue sur l’alignement entre Cergy et Paris, en passant par l’Arche de la Défense, l’Arc de Triomphe et la Concorde. C’était un des symboles urbanistiques forts lors de la conception de la ville nouvelle de Cergy dans les années 60, et notamment sur l’incursion de la nature dans la ville. Bon, on sait que le résultat final n’est pas forcément porteur de toutes ces qualités initiales, mais cet endroit là est cool selon moi. Hu hu hu.

Mais passons !

Ce bouquin est important parce que j’aime bien son auteur, et donc mon opinion est tout à fait biaisée, et c’est assumé. Mais vous me connaissez, je ne suis pas un flagorneur. Fred Colby c’est bien entendu un pseudonyme basé sur le nom de l’héroïne « icone gay » par excellence de la série Dynastie, et c’est comme cela qu’il est connu sur les Internets depuis quelques années. C’est un militant de la lutte contre le SIDA que je vois sévir sur tous les supports numériques et réseaux sociaux, avec beaucoup de verve et d’énergie. Il est surtout extrêmement « out » à propos de sa séropositivité, ce qui est relativement rare. Mais au-delà de cela, il contribue à sa manière à lutter contre la sérophobie, donc contre l’opprobre que les séropositifs doivent affronter au quotidien. Et notamment, il a été un acteur très important selon moi pour promouvoir le fait qu’un séropositif sous traitement et avec une charge virale indétectable ne peut transmettre le virus lors d’un rapport sexuel non protégé. Et donc Fred lutte contre les discours classiques et dégueulasses des apps avec leurs « t’es clean » et autre méthode de « triage », mais aussi sur l’hypocrisie globale de ces pratiques fallacieuses. Ce qui est d’autant plus triste là-dedans, c’est que ce sont des horreurs qui se passent entre pédés, c’est très très triste.

Et donc ce roman ? Eh bien, ce n’est pas un roman, mais bien une autobiographie où Fred se raconte, nous raconte sa vie et ses péripéties, son parcours de jeune garçon à Miramas jusqu’à cet homo parisien séropo bien sans sa peau. Alors je dis tout de go que je n’ai pas été renversé par son écriture, et que vous ne trouverez pas là de la grande littérature. Mais je ne pense pas que c’était son but.

L’intérêt du bouquin repose sur son témoignage, et sur une sincérité qui vous étreint du début à la fin. Le type s’est livré sans ambages, sans far et sans masque, il délie son histoire dans un style presque chirurgical ou télégraphique, droit au but. Je sens bien son influence Dustan là-dedans, et les auteurs de l’époque (Nicolas Pages notamment). Et donc il ne cache rien, décrit concrètement son milieu, son éducation, ses attaches et ses émois. Quand c’est du cul, les choses sont dites avec authenticité, et parfois crudité, mais ni pour choquer ou pour allumer, simplement pour transmettre et expliquer, pour ne pas avoir à enjoliver ou ne serait-ce que mentir par omission. On sent le texte qui a été peut-être accouché parfois dans la douleur ou les pulsions, mais aussi les petits bonheurs qui émaillent sa narration, et des rencontres amicales ou amoureuses qui l’ont construit autant qu’émancipé.

Et cette histoire c’est celle d’un jeune pédé qui va sans doute permettre à beaucoup de jeunes gens de s’identifier, même s’il raconte une époque un peu ancienne (et oui déjà !). On suit son cheminement personnel et familial, et ses tâtonnements dans la vie, son évolution vers une certaine libération de sa sexualité, comme de sa propre personnalité. Et puis, il y a la contamination, la dépression, et le rebond jusqu’à finalement une sorte de retournement de situation. Comme le dit le sous-titre du bouquin : « de la sérophobie à la sérofierté ». Cette partie du bouquin est utile aussi selon moi pour son aspect « documentaire », c’est bien de fixer comme cela des petites choses comme les avancées révolutionnaires de la PrEP, et ces changements de société que nous vivons.

Je sais que cela peut paraître un intérêt de micro-niche, mais pour moi c’est énorme, et donc je suis heureux de le voir écrit noir sur blanc. Car oui la PrEP a fait basculer l’épidémie de VIH, et c’est absolument beau et merveilleux pour tous les pédés du monde !!! Cette fin de bouquin explique donc les différentes prises de position de l’auteur dans ce milieu militant.

Tout au long du livre, on continue de suivre ses amours (ses emmerdes), sa sexualité et toujours avec cette belle sincérité qui crève l’écran. Il ne se la joue pas non plus, Fred reste bien à l’aise et humble dans ses baskets, et mieux que cela puisqu’il fait, selon moi, preuve d’un très bel altruisme en donnant comme cela ce témoignage avec autant de tripes et de candeur.

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