L’anomalie (Hervé Le Tellier)

Temps de lecture : 4 minutes

J’ai vraiment eu envie de lire le bouquin pour comprendre son succès (et donc j’y contribue, ce qui ne veut donc rien dire, hu hu hu), mais aussi parce que l’auteur, Hervé Le Tellier, est un oulipiste ce qui est vraiment une grande qualité (à mon avis ^^ ). Je reste un peu surpris par l’attribution du Goncourt pour un tel ouvrage, mais c’est un bon bouquin et j’ai vraiment été happé par son récit, et son côté diablement « méta ».

Je vais sans doute en raconter trop, donc je vais cacher certaines parties de mon texte, mais si vous êtes allergique au divulgâchage, il vaut sans doute mieux faire l’impasse sur mon article.

Il y a trois parties bien distinctes dans le roman, et en plus une « chute » qui est assez magistrale pour être une partie en soi alors qu’elle mesure une page. La première partie est une galerie de personnages très hétéroclite, et on sent que l’auteur s’amuse à nous conter différentes situations qui pourraient être autant de romans ou de types de roman différents. On a un tueur à gages à la Jason Bourne qui fleure bon le polar amerloque, on a une avocate toute droit sortie de The Good Wife/Fight, ou encore un architecte fatigué et sa jeune épouse, une petite fille et sa mère, un chanteur nigérien dans le placard et encore pas mal d’autres (dont un écrivain à l’importance majeure dans l’intrigue…). Et le roman désarçonne aussi parce qu’il enchaîne comme cela les portraits brossés en quelques pages, en ne donnant qu’une date. Et il y a bien une dizaine de récits comme cela, ce qui fait qu’on oublie très vite les noms, et qu’on retient vaguement les situations. Néanmoins, un point commun surgit à moment ou à un autre de ces courtes narrations : ils prennent tous l’avion pour faire un Paris / New York. On se doute donc, qu’il va se passer un truc lié à ce vol.

Cette première partie fait donc un peu peur par la multiplicité des actions et des personnages, mais ce sont des chapitres courts et c’est plutôt plaisant. Je dois avouer qu’avec la notion d’avion en plus, je pensais notamment à LOST, mais en réalité je vais penser à pas ma d’autres références, et le livre en est lui-même blindé !

La seconde partie est la révélation même du cœur de l’intrigue. Les passagers sont pris dans une énorme tempête, et l’avion a du mal à s’en sortir, mais ils finissent tout de même par émerger, et se dirigent vers New York. C’est alors qu’ils sont alpagués par les contrôleurs aériens et redirigés vers une base militaire américaine.

La troisième partie a des airs de 4400 ou plutôt The Leftovers, puisqu’il faut bien gérer la situation, et accepter ce qui s’est passé lors de ce vol Paris-New York qui défie l’imagination. Et apparemment, ce qui s’est passé serait une des preuves les plus évidentes que nous vivons tous dans une simulation informatique. Hu hu hu.

Je n’ai pas été complètement conquis par l’écriture du livre, mais j’en salue malgré tout l’inventivité et l’habileté pour mélanger autant de typologies de récits différentes. L’histoire est aussi vraiment pas mal, et cela vaut vraiment selon moi pour une chute assez vertigineuse, lorsqu’on réalise que l’incident initial vient juste de se reproduire !!! Le bouquin expose assez clairement sa construction et ses règles internes, et on reconnaît bien là l’oulipiste. J’ai bien aimé le fait qu’il se lise autant pour le plaisir de son histoire singulière, que pour le jeu d’écriture qu’il constitue.

J’imagine que ça pourrait faire une chouette série télé, puisqu’on peut facilement imaginer qu’un tel récit, chapitré avec concision, avec sa kyrielle de personnages et ses grandes « saisons » soit assez facilement adaptable. L’auteur doit clairement bien aimé les séries que j’ai citées, et on retrouve ce « page-turner » des romans anglo-saxons d’aujourd’hui, tout en ayant quelques étrangetés qui cassent cette facilité apparente (et tant mieux !). Cela vaut le coup de se faire son idée !

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8 Commentaires

  1. Oui le Goncourt est un peu excessif, surtout que je lisais en même temps le Goncourt de 1959 qui était d’un tout autre niveau, mais bon, j’ai bien aimé le livre, cela permettait de s’évader de notre pandémie 😀

  2. J’ai moi aussi pensé que ça ferait une excellente série ou film, pour peu que le roman soit adapté avec talent et beaucoup de moyens. J’étais soulagé de ne rien lire, absolument rien, sur le roman car tous les articles de presse défloraient forcément une partie de l’intrigue, j’ai donc été en totale surprise, tout le temps.

    1. Pareil, et du coup je n’ai rien dévoilé non plus sur mon blog. J’ai été aussi totalement surprise, et comme Matoo j’ai pensé aux deux séries à la fin 🙂

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