Chemsex : Sex, drugs & tristesse de l’âme

Temps de lecture : 3 minutes

Le chemsex (\kɛm.sɛks\) c’est cette pratique qui a quelques années maintenant en France, mais qui est en soit aussi vieille que le monde, et qui consiste à prendre des drogues (« chemical« ) pour baiser (« sex« ). Mais autant les drogues ont, jusque là, rarement été très agréables pour baiser ou bander (surtout), autant celles qui nourrissent le chemsex sont au contraire un cocktail qui remplit son office : cela donne envie de baiser, supprime la fatigue, empêche l’éjaculation, et associé à du bon vieux viagra vous fait bander non stop.

Par un malheureux concours de circonstances, la PReP dont j’ai déjà parlé est un facteur à la fois très positif qui libère et redonne un peu d’insouciance aux relations sexuelles, mais aussi un catalyseur de partouzes (qui sont d’ailleurs très bien hein, pas de slut-shaming dans ces colonnes) qui se radicalisent de plus en plus dans ces pratiques du chemsex.

Si j’en parle là, c’est parce que j’ai lu cet excellent papier de Mathias Chaillot sur NEON que je vous conseille ardemment parce qu’il est très bien écrit et documenté. Mais c’est aussi parce que ce phénomène me paraît être une ampleur peu commune. Je mesure cela un peu bêtement, à l’aune de ma propre expérience. C’est à dire qu’en général, quand j’entends parler d’un phénomène concernant les LGBT, je mesure son importance ou son impact aux nombres de personnes que je connais et qui sont, de près ou de loin, concernés. Je sais que ce n’est pas un outil statistique (laule) et que je ne suis pas le centre de gravité de l’homosexualité française, mais c’est comme cela que je fonctionne à ce sujet. Et sur le chemsex, je suis éberlué de constater comme cela concerne directement des potes, à la fois des gens qui s’y perdent, qui y ont goûté, ou qui le gèrent pour le moment très bien (entre deux marathons de cul de 72H non stop), et déjà même quelques uns qui en sont revenus.

Je comprends tellement bien l’assuétude qui peut conduire à attendre le week-end pour retrouver ses potes de défonce (toutes les acceptions sont bienvenues ^^ ). Et si j’étais plus jeune ou dans le trip, je crois que pour une fois c’est un truc qui pourrait grave me plaire. Un truc qui fait bander, avoir envie de baiser, et de jouer dans le stupre et la luxure pendant tout un week-end sans discontinuer ? C’est plutôt alléchant, en tout cas juste en lisant le prospectus quoi. Mais la mécanique de la drogue est implacable et toujours aussi pernicieuse. On met la semaine à se remettre des excès du week-end, et petit à petit le plaisir intense fait place à une tentative désespérée de retrouver les premières sensations de bonheur, ou seulement de se sentir bien, accompli, désiré et désirable, heureux en somme.

L’article l’évoque, et c’est un truc que j’avais également en tête, un phénomène pareil comme d’habitude est d’abord l’apanage des gays, mais devient rapidement celui des hétéros, et apparemment ça a déjà commencé…

Mathias Chaillot parle aussi de l’importance que prend le chemsex chez les gays, et j’ai même l’impression que c’est plus que les 15/20% dont il parle, mais c’est seulement un pressentiment. En tout cas, il parle d’épidémie comme celle du VIH dans son ampleur, mais surtout dans son côté destructeur et « viral ». Je ne sais pas si l’on peut déjà en parler de cette manière, mais le rapprochement est intéressant. Il y a en effet au-delà des effets de la drogue « à court terme » des effets sociaux très importants, avec des gens qui finissent par perdre leur boulot, à se détacher de leurs amis, et à se perdre complètement dans la dope. Je pense qu’on voit encore le gros de la masse des utilisateurs dans la phase de découverte et de consommation « maîtrisée », mais qu’arrivera t-il dans quelques mois/années ?

Enfin, l’auteur évoque également un truc qui m’avait échappé, c’est le fait que les chemsexeurs sont aussi des jeunes gens qui découvrent quasiment le sexe dans ces conditions « hors normes » (c’est peu de le dire). Et cela produit des dégâts supplémentaires dans l’estime de soi, ou même la simple quête amoureuse au-delà du rapport sexuel, et encore des notions de consentement qui sont plus qu’à géométrie variable alors que tout le monde est défoncé et qu’il y a du monde justement !! Bref, le phénomène pris dans son ensemble paraît encore plus flippant. Allez lire l’article, il est vraiment bien !!

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13 Commentaires

  1. Rajoute par-dessus cette année de pandémie, et l’impossibilité d’avoir aucune autre activité de loisir (boîtes, bars, n’importe) autre que s’enfermer dans un appart entre potes pour se défoncer. Dans un an ou deux on fera le bilan des ravages….

  2. Je sens aussi la progression du chemsex à travers des détails (vidéos, profils).
    Je ne sais quoi exprimer, entre la volonté de ne pas juger (chaque génération a eu ses comportements limites ou excessifs) et celle d’être inquiet qu’un toujours plus et toujours plus loin soit un trop et trop loin.
    Cela dit sans doute quelque chose d’une époque bousculée par une épidémie, où l’urgence est de déconstruire, où l’idéal politique s’écrit en 120 caractères et où le sexe reste — finalement — un des rares moment de sociabilité restant, même si désormais une forme de nihilisme se mêle au plaisir.
    Je ne savais que dire de cette lecture. Puis j’ai réalisé que tout était dit dans le titre du post.
    :ok:

    1. En complément, 2 liens :
      – Un premier sur la situation sanitaire qui fait le lit de cette pratique.
      https://lundi.am/Derniere-lecon-sur-le-confinement
      La recherche de liens social, les limites temporels imposées par le confinement, le couvre feu, la fermeture des lieux de communauté font prendre une dimension plus importante au partouze sous chems.

      – La présentation de CHEMS de Yohann zarca, Roman qui raconte la perte d’un mec dans les dédales du Chemsex. Il y a une part de vécu.

      https://www.grasset.fr/livres/chems-9782246820277
      Je ne connaissais pas l’auteur mais je remarque qu’il agace avec ce nouveau livre. Je ne connais pas la raison réelle de cette détestation. Le fait qu’il soit journaliste, issu d’un milieu bourgeois mais se la joue underground ?
      Le fait que le protagoniste du livre soit hétéro et non homo alors que nous parlons là d’un phénomène plutôt gay?
      C’est l’un des premiers livres à parler chems, pourquoi faut-il commencer à en parler à partir d’une « niche »: le peu d’heteros qui commence cette pratique.
      Était-il absolument nécessaire d’hétéro normaliser le chems sex pour qu’il mérite qu’on s’y intéresse ?

    2. Karedig > Comme toutes les drogues, il est clair que si les gens le « font » c’est que c’est vachement bien, et que ça donne du plaisir direct et indirect, et on en a besoin, on en a envie. C’est la suite qui est terrible.

      Axel> Le livre décrit peut-être cela simplement comme le phénomène émergeant pour les hétéros, mais sans vouloir nier l’origine de la pratique. Je ne suis pas choqué à priori si c’est un roman, et pas un essai scientifique ou journalistique. Et je vois bien des «  » »hétéros » » » considérer le phénomène gay en résumant « ah des pédés qui ont trouvé un nouveau truc pour se détruire dans leur quête de baise effrénée ». Donc le livre est peut-être salutaire ?

      1. Je suis en train de lire le livre en ce moment. En faite, oui, je m’attendais plus à une analyse assez pointu, journalistique mais j’ai oublié que c’était avant tout un roman.
        Effectivement, le livre peut être salutaire si on l’interpréte comme un rappel aux hétéros : c’est un phénomène gay initialement mais qui se développe de plus en plus chez les hétéro.
        L’appellation de « nouveau SIDA » qui est donné au chems peut d’ailleurs choquer ou déranger mais effectivement les mécanismes d’évolution sont les mêmes
        : une pathologie qui était taxé de cancer gay, une pathologie qui n’était sensé concerner que les gay et ne pas atteindre les hétéro.
        Si je me suis décidé à lire le roman c’est la réaction d’un de mes contacts un brin activiste qui trouvait insupportable que le sujet soit traité sous cet angle et pas un journaliste qui débarque et s’approprie un sujet loin de sa sphère.
        Je te l’accorde, le livre permet peut être à tout le monde de comprendre qu’il s’agit d’une problématique indépendante de l’orientation sexuelle, qui concerne tout le monde. Je pense que certains estiment qu’il est peut être dommage de devoir transposer la situation dans un mode de vie hétéro pour qu’ils se sentent concernés. A croire que les hétéro sont incapables de se sentir concernés dès lors que ça se passe pas chez eux.

        1. Oh on est tous pareils, c’est toujours plus facile de s’identifier si ça parle directement de nous. J’ai eu plusieurs commentaires assez positifs de contacts Touiteur, donc à voir !!! :clindoeil:

  3. Ce qui était un moyen (chems) pour atteindre un but (sex) devient très vite un but dont le sexe n’est qu’un alibi.

  4. hop je vais lire l’article du coup. Comme je suis un ancien toxico (atchoum etc..) qui utilisait la défonce pour faire la fête y compris dans mon lit ou celui des autres ça me parle. Je ne sais pas comment j’aurai réagi il y a 10 ans en étant en plein dans la schnouf et Md pour faire la fête et si m’était tombé sur le nez cette épidémie : impossible pour moi de faire des leçons aux autres sur ce sujet.

    les 15/20% c’est à groß-Paris et autres métropoles ? ou alors y compris ailleurs?

    Signe de l’époque et de la fermeture des bars/clubs à l’été dernier des fêtes sauvages avaient lieu dans le bois de Vincennes, en courant ou en faisant du vélo tôt, il m’arrivait de tomber sur des créatures défoncées en quête de sexe. Ça m’avait rappelé une époque lointaine, de raves avec sexe dans les bois.

    1. Mais oui, j’ai connu aussi toutes les phases que tu évoques depuis l’époque des free parties en 94. J’imagine aussi que l’épidémie, comme on le disait plus haut, a un impact non négligeable. Et en effet, rien de nouveau dans la mécanique, en revanche, dans l’ampleur oui ! Et aussi dans le système très efficace avec le seul but de performance et de plaisir sexuel…

      1. du coté pédaaaay que je fréquente , je constate en effet une hausse des témoignages. J’ai même un pote qui a subi une overdose d’un mec venu chez lui et a du appeler SOS médecin à 3h du matin Ça ne l’a pas calmé dans sa recherche de performance et de viols d’interdits. Un autre qui me raconte ses plans cul à 8h du matin en fin de partouze , avec des mecs qu’ils croise dans la rue 3 jours après et ne se souviennent pas de lui alors qu’ils étaient full « haaan « avec lui. J’ai un ex qui est mort d’un accident vasculaire cérébral.. chez une connaissance très orientée défonce qui a été dealer à une époque. Lui c’était avant l’épidémie. L’an dernier, twitter bruissait d’un truc : le nombre de cartouches vides des gaz hilarant au bord des lacs des parcs parisiens.C’est le bout visible de l’iceberg de la défonce en plein air en période estivale d’épidémie. Après tout ça est en effet efficace , mais ça a un prix : la dégradation de l’organisme: les nouvelles molécules sont – à ce que j’ai lu – plus violentes que les anciennes et leur effet sur la sexualité fait que certains à force abiment leur corps (on ne fera pas le détail, l’article en parle) et ça c’est dommage et triste. C’est surtout ça qu’il faut surveiller.

        1. Ah oui ça m’a fait réagir aussi les personnes qui se déchirent sans doute les muqueuses parce qu’ils ne sentent pas la douleur ou qu’ils sont dans une montée difficilement contrôlable. Mein gott!

          1. celui là il a un cul c’est une plaque d’égout et l’explosion de l’hépatite C ça m’a secoué aussi : j’ai eu la B qui ne donne pas forcément de cancer, mais on m’a suivi quelques années. Si des « gamins » l’attrapent en version C à 20 ans au secours, vu les risques d’évolution…

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