Les 3 films d’animation de René Laloux

C’est avant-hier en entendant parler de la ville de Kandahar en Afghanistan (actualité triste du moment), que je n’arrêtais pas d’entendre Gandahar, Gandahar… J’ai repensé à ce long métrage Gandahar que j’avais vu à plusieurs reprises dans les années 90 à la télévision (ça a été pas mal rediffusé il me semble). En faisant quelques recherches, j’ai vu que c’était un film assez culte et l’une des trois œuvres d’animation du français René Laloux. Les trois dessins-animés sont d’ailleurs disponibles en entier sur des plateformes de vidéo, donc ce n’est pas difficile de les découvrir en qualité plutôt acceptable.

Ce qui est notable et assez dingue (et sans doute frustrant) pour René Laloux c’est que son premier long-métrage : La Planète sauvage est un monument de son époque (1973) et lui a carrément rapporté le prix spécial du jury au Festival de Cannes cette année. C’était une des premières œuvres d’animation pour adulte qui n’était pas comique. Ensuite, il a enchaîné galère sur galère, et il a péniblement réussi à produire deux autres longs-métrages mais non sans difficulté. En réalité, Gandahar même s’il est le dernier à être sorti (1987), était en gestation depuis une dizaine d’années avec un pilote en 1977. Et le second de 1982, Les Maîtres du Temps, peut plutôt se concevoir comme un troisième et ultime projet. C’est assez cocasse de rapprocher ces films des séries d’animation japonaises dont j’ai été nourri toute mon enfance, mais aussi des Mondes Engloutis qui pourtant n’ont (apparemement) aucun rapport (alors que VRAIMENT on dirait).

La qualité formelle des films est très discutable tant en termes d’animation, de rendu, de scénario et dialogues et même de doublage, mais le dessin est toujours d’une créativité géniale. Il faut dire que l’on a Roland Topor (Vous savez le créateur de Téléchat !?) pour la Planète Sauvage, Caza pour Gandahar et Mœbius pour les Maîtres du Temps. En revanche les productions étrangères pour des raisons budgétaires se font parfois ressentir… On a une réalisation tchécoslovaque pour la Planète Sauvage, coréenne pour Gandahar et hongroise pour les Maîtres du Temps. Je vais essayer de parler un peu plus des films, dans l’ordre dans lequel je les ai revu ou découvert en l’occurrence.

Gandahar (1987)

J’ai vraiment revu avec plaisir le film car il est d’une créativité graphique vraiment folle, et les dessins de Caza sont absolument splendide. Mais alors l’animation pêche vraiment beaucoup aujourd’hui (ça ne m’avait pas choqué gamin), c’est difficile à regarder tant c’est mal produit à certains plans. Il y a aussi pas mal de problèmes dans le doublage qui est parfois très académique, on dirait qu’on a demandé à des comédiens de faire des voix sans leur montrer le film. Du coup les récitations se font parfois très comédie française et avec une certaine platitude qui n’aide pas. Mais j’adore l’histoire, j’adore les personnages, et je lui trouve un charme toujours intact.

Tout est fait pour rendre le côté étrange et fantastique d’un monde qui n’est pas le nôtre. Cela commence notamment par ce plan qui est très « adulte », hu hu hu. Une femme allaite une bestiole qui vient de naître d’une sorte de plante monstrueuse.

D’ailleurs, les femmes sont bien souvent à oilpé (presque toujours dans ce film, et les mecs toujours habillés) ce qui est très Cobra et dénote simplement du male gaze parfaitement assumé de l’époque. Mais en réalité, le film est inattendu puisqu’à la tête de Gandahar c’est Ambisextra (avec la voix d’Annie Duperey) et le conseil féminin. ^^

Les dessins comme je le disais sont vraiment très beaux, et parfois ont des petits airs de Nausicaa.

La cheffe de Gandahar envoie un servant, Sylvain, enquêter car il semblerait que des étranges hommes-robots attaquent le pays. Sylvain fait la rencontre de Transformés, ce sont des freaks qui sont le résultats d’expériences génétiques ratées des scientifiques gandahariens. Les transformés sont des parias, mais ils décident d’aider Sylvain.

Il est fait prisonnier par les robots, et il rencontre une bonne meuf, et ça marche tout de suite assez bien entre eux. ^^

Il rencontre le Métamorphe (voix de George Wilson) qui lui explique qu’il est aussi une expérience gandaharienne d’un cerveau super développé laissée à l’abandon. On devine qu’il y a un lien entre le Métamorphe et les robots, mais ce n’est pas clair. Les Transformés ont une étrange prophétie qui semble également liée à ces attaques : « Dans mille ans Gandahar a été détruite, et ses habitants massacrés. Il y a mille ans, Gandahar sera sauvée et l’inévitable évité ».

On découvrira que la prophétie était parfaitement explicite et précise.

J’ai vraiment bien aimé l’histoire, et il s’agit d’une adaptation d’un roman de SF français de Jean-Pierre Andrevon de 1969 : Les Hommes-machines contre Gandahar. C’est vraiment dommage que cela ne soit pas servi par une meilleure facture, mais avec les années je trouve que ça a un charme fou, et c’est cool de voir un film français avec des voix françaises et des prénoms à la con de chez nous, ce qui est extrêmement drôle pour un truc de SF bien barré.

La Planète sauvage (1973)

J’évoquais la frustration et la difficulté pour René Laloux d’avoir livré une telle première œuvre en 1973, et ensuite d’avoir fait « moins bien ». Mais force est de constater que celui-ci se regarde encore parfaitement. Je suis sur le cul tant cela reste un excellent film, avec une magnifique direction artistique, des dessins superbes et une histoire vraiment prenante. J’imagine que c’est le côté fable et onirique qui permet de faire passer les défauts de conception ou bien plutôt le choix délibéré pour une animation assez simple et manquant parfois ostensiblement de fluidité. De même pour le style, on est parfois dans une animation qui ressemble à un générique des Monty Python, mais cela sert une histoire tellement belle et intrigante que cela passe.

Ajoutez à cela une bande originale vraiment de qualité avec Alain Goraguer qui a composé une musique jazzy bien de son temps, mais qui rappelle aussi couramment l’ambiance étrange de ce monde d’aliens. Car tout se passe sur la planète Ygam où les Draags ont comme manie d’avoir des humains (les « oms ») comme animaux de compagnie. Cela fait un peu penser à La planète des singes pour la manière dont les humains sont considérés (film de 1968, mais le roman de Pierre Boulle date de 1963), mais l’adaptation pour La Planète sauvage vient d’un roman de 1957, Oms en série, de Stefan Wul.

Le film commence par la cruelle explication de la manière dont le bébé qui deviendra le personnage Terr, va se retrouver l’animal de compagnie de Tiwa.

Je ne connaissais pas le film, mais j’ai tout de suite reconnu les aliens, car ce sont des dessins qui sont énormément utilisés, et que j’avais vu sans doute dans des listes de films « à voir ».

Le père de Tiwa (avec la voix si reconnaissable de Jean Topart, la fameuse voix des documentaires à la fin des épisodes des Mystérieuses Cités d’Or) lui explique comment lui mettre un collier électronique pour empêcher qu’il s’enfuie. Toutes ces explications liminaires avec les hommes comme des animaux est toujours aussi dérangeante, même sous cette forme de dessins-animés.

On en apprend pas mal sur les draags, et notamment la manière dont ils apprennent les choses. Ils se coiffent d’une sorte de casque, et cela leur donne des leçons directement en images mentales. Seulement quand Tiwa met son casque, il y a un bug et Terr apprend en même temps qu’elle. Il apprend à lire, et des tas de choses sur la civilisation, il s’éduque et s’émancipe par là-même.

Il décide de se casser, et de rejoindre le camps des hommes sauvages qu’on trouve dans des parcs. Il emmène le casque de Tiwa pour en informer les hommes.

Certaines scènes sont vraiment très belles et de vraies œuvres d’art de Topor selon moi.

Les hommes se mettent à apprendre, et à vouloir se rebeller. Les draags le réalisent et décident d’un génocide des hommes, en les gazant. Mais une rébellion finit par la mort d’un alien, et un certain statu quo.

Je ne vous raconte vraiment pas tout, car il reste des tas de péripéties avant que les deux espèces finissent par trouver une sorte d’entente cordiale. Je vous conseille vraiment de le voir c’est étonnamment regardable. ^^

Les Maîtres du Temps (1982)

Celui-ci est adapté également d’un bouquin de Stefan Wul qui s’intitule l’Orphelin de Perdide. C’est sans doute le film qui fait le plus penser à nos séries nippones d’enfance (avec l’ambiance spatiale à la Ulysse 31, Jayce ou Capitaine Flamme), mais également aux Mondes Engloutis avec une ressemblance plus que troublante entre le gamin Piel et Rebecca. Les dessins de Mœbius sont bien sûr géniaux et contribuent à la qualité du long-métrage, mais l’animation est vraiment de piètre qualité, et les doublages parfois carrément ridicules.

Encore une fois, j’ai énormément aimé l’histoire, l’intrigue, et même si la narration est terriblement tirée en longueur, et parfois chiante, il y a un excellent « twist » de fin qui rend le film plutôt digeste et attachant.

L’histoire commence par Claude (ce prénom !!) et son fils Piel qui se font attaquer par des frelons géants sur la planète Perdide. Claude a juste le temps de donner à son fils un émetteur-transmetteur, et de lui dire de se cacher dans la forêt avant de mourir.

Le petit Piel est seul et apeuré, et ne comprend pas trop ce qui lui arrive. Un pote de Claude, Jaffar, est sur son vaisseau et reçoit le message de détresse de son ami. Il transporte une sorte de dignitaire d’une planète (le prince Matton, dont on apprend qu’il a volé le trésor public ^^ ) et son épouse, Belle. Il contacte Piel et décide d’aller sur Perdide pour le sauver. Pendant tout le film ils essaient de retrouver Piel et restent en contact avec lui pour le guider et le rassurer, mais le chemin est semé d’embuches. C’est là d’ailleurs que le film est vraiment perclus de longueurs et de rodomontades regrettables (mais cohérente avec le roman de ce que j’en ai lu).

Ils arrivent sur une planète où un pote de Jaffar leur vient aussi en aide. On ne comprend pas bien pourquoi ils s’appesantissent là, mais bon. ^^ En tout cas, cela fait de jolis plans, et ils rencontrent le vieux Silbad qui va aussi très gentiment communiquer avec Piel.

Pendant toutes ces aventures, Piel attend et survit, et fait des rencontres avec des bestioles qui pourraient encore vraiment appartenir aux Mondes Engloutis.

Jaffar et les autres sont aussi accompagnés par deux petits gnomes télépathes, et sur le chemin ils libèrent des pirates de l’espace qui étaient prisonniers d’une entité bizarre qui les avait tous « uniformisé » (Je vous dis, ils ne font rien que perdre du temps, j’ai jamais vu ça !!!).

Je ne vous livre rien du twist, mais ça valait vraiment le coup d’aller jusqu’au bout. On se demandait notamment si le titre était bidon et s’il n’y allait rien avoir de « temporel », mais non il y a bien des « maîtres du temps » dans l’équation. Bon après, ça a super vieilli et c’est mochement animé. Je trouve que Gandahar est au-dessus en qualité et en charme, mais l’action de celui-ci est bien meilleure, et les personnages plus travaillés aussi.

Il me semble que juste pour leur aspect culte, cela vaut le coup de découvrir ces trois « animés ». Ils préfigurent vraiment toutes les nipponeries qu’on s’est mangé dans nos vertes années (les miennes en tout cas). Ils ont aussi le mérite d’être remarquablement dessinés à la base (même si assez pauvrement animé, hormis La Planète sauvage), et d’être adapté de roman ambitieux et à la veine de SF française typique des années 50-70 (d’où les prénoms à la con de ces années dans des histoires qui se passent à des millénaires, mais POURQUOI PAS).

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