Dune (1ère partie)

À ne pas confondre bien sûr avec un de mes films préférés de tout l’Univers Connu dont j’ai parlé incidemment l’année dernière. C’est marrant que le titre officiel n’est que « Dune » sur les Internets et qu’il n’est jamais précisé qu’il ne s’agit que de la première partie. Denis Villeneuve s’est attelé à une sacrée tâche et a relevé un putain de défi. Des tas de réalisateurs se sont cassés le nez pour adapter le roman cultissime « Dune » de Frank Herbert. Et même l’adaptation de David Lynch que je révère, est loin de faire l’unanimité, même si elle a acquis avec le temps une certaine respectabilité.

Mais on partait plutôt bien avec Denis Villeneuve qui est un des rares réalisateurs, comme Christopher Nolan selon moi, à réussir à sortir des blockbusters qui sont intéressants, intelligents et bien filmés, et d’autant plus dans la veine SF ou fantastique que j’aime tant. Et du côté Villeneuve, il y a déjà Prisoners, Premier contact et Blade Runner 2049 qui sont de très belles réussites. Ce dernier ayant réussi à réellement prolonger le chef d’œuvre de 1982, tout en y mettant sa patte et en produisant un film notable en lui-même. Vraiment je le sentais bien dans cette adaptation de Dune, et force est de constater que c’est un bon film.

Mais selon moi, il n’a pas été tant extraordinairement meilleur que David Lynch en 1984. On a juste un film avec une superbe réalisation, effets spéciaux top, magnifique direction artistique, incroyables comédien·ne·s, et un vrai souffle épique (mais un peu trop poseur et pompier à mon goût). Il n’a en revanche, j’ai l’impression, pas cherché à se différencier ou à véritablement proposer une vision qui trancherait avec ses prédécesseurs, et je ne sais pas pourquoi. Par respect ? Par considération positive du film de Lynch ? En tout cas pour moi la parenté et l’inspiration sont évidentes. Et donc ce qui est intéressant, comme pour Blade Runner 2049, l’auteur est parti d’une base existante et y a changé ce qui lui plaisait, a retouché légèrement certaines choses, et propose une vision rénovée, mise à jour, améliorée mais pas réinventée.

Le roman de Frank Herbert publié en 1965 est un véritable monument de la SF qui est extrêmement agréable à lire en plus d’être une somme fabuleuse à dévorer sur tout un univers. Il a inventé des planètes, des races, des coutumes, des religions, des économies et vraiment un ensemble qui donne le vertige tant c’est brillamment expliqué et contextualisé. Et on est vraiment dans des codes créés de toutes pièces, donc il ne faut pas vraiment chercher les parallèles avec nos civilisations, malgré les rapprochements partiellement possibles (notamment l’aspect arabisant assez croquignolet). Il n’y a pas de gentils ou de méchants, ils sont tous très complexes (à part les Harkonnen qui sont vraiment en-dessous de tout) et c’est aussi le bonheur de cette saga.

Nous sommes donc en 10191, et dans cet Univers Connu dirigé par un Empereur, Padishah Shaddam IV, on trouve différentes grandes Maisons (des nobles quoi) vassales. L’économie fonctionne parce que le commerce intergalactique est florissant, mais avant tout parce que les questions de logistique interstellaire ont été réglées par l’usage d’une substance spéciale : l’Épice. L’Épice a tout un tas de caractéristiques, mais principalement ça étend le champs de conscience, et ça rend à terme « prescient » et plus ou moins immortel mais en sacrifiant un peu beaucoup son apparence physique. Les navigateurs de la « Guilde Spatiale » ont atteint la possibilité de replier l’espace, c’est-à-dire de se déplacer sans bouger, et donc de permettre à des vaisseaux spatiaux d’aller facilement, mais pas pour une petite somme, d’un bout à l’autre de l’Univers Connu (en réalité c’est l’effet Holtzman qui permet de plier l’espace et il faut avoir les capacités mentales d’un navigateurs pour manipuler ces engins…).

L’Épice n’existe que sur une seule planète dans tout l’Univers, une planète désertique où elle est une sorte de sécrétion de vers géants qui vivent et se déplacent dans ces sables inhospitaliers, la planète Arrakis ou Dune. La Maison Harkonnen a exploité cette substance avec un immense avantage pécuniaire, mais l’Empereur a ordonné à la Maison Atréides, ennemi héréditaire des Harkonnen, de reprendre l’exploitation de l’Épice. Les Atréides sentent un piège, mais ne peuvent pas refuser une telle opportunité. Il y a aussi un peuple autochtone sur Arrakis, les Fremen, qui prédit la venue d’un messie, et qui sont opposés à tous les envahisseurs.

Voilà résumé le sujet du roman, mais aussi l’introduction du film de Lynch par la princesse Irulan (fille de l’Empereur). En l’occurrence, j’ai trouvé que c’était plus habile en terme de présentation que le film de Villeneuve. Et globalement c’est un de mes problèmes avec le film, je le trouve un chouïa moins efficace que celui de 1984 sur la narration et la manière explicative de présenter les choses. Du coup, je pense que beaucoup de gens restent avec beaucoup de doutes, d’interrogation et de flou sur ce qu’ils ont vu dans cette première partie. Je trouve que ça empêche même un peu de comprendre les faits qui se déroulent. Alors c’est vrai qu’il y en a une seconde, et que j’imagine que l’Empereur et la princesse seront des personnages importants de la seconde partie. De même le film de Lynch a dû être coupé à la serpe pour que tout cela tienne dans 2h20, donc je serai patient pour voir comment la suite est traitée. Néanmoins j’ai été surpris par l’absence de certaines notions. Tiens par exemple, il y a cette histoire de repli de l’espace qui n’est pas du tout abordé. On ne voit pas non plus les navigateurs (encore) et on nous parle juste de « réussir à trouver un chemins entre les étoiles ». C’est super flou pour moi, et ça n’explique pas l’instantanéité des déplacements, ce qui est un raté selon moi (où j’ai raté le coche moi-même pendant le film c’est possible).

Je reproche aussi au film d’être un peu long par moment. Autant j’aurais trouvé bien d’avoir des longueurs qui illustraient le fait que tout cela ne se fait pas en quinze jours, mais là il me semble que certaines scènes sont vraiment superflues et chiantes. Mais encore une fois, j’ai été influencé par le film de Lynch qui est monté à la Speedy Gonzalès, mais a le mérite de noter les ellipses et de marquer les étapes pour mieux les accélérer. Pour la musique je suis circonspect car j’aime beaucoup la bande originale d’Hans Zimmer qui a joué à fond la note arabisante. On croirait entendre du Tinariwen avec des sons orientaux mais rock et électro aussi. Vraiment c’est intéressant et ça fonctionne. Mais c’est aussi un film sans aucun répit sonore ! C’est-à-dire que la musique est omniprésente et qu’on ne peut pas profiter d’un beau panorama désertique sans un truc bien pompier pour le souligner. J’ai trouvé cela un peu dommage, et assez fatigant au final (là où le Lynch souligne aussi quelques scènes avec du Brian Eno mais ça reste assez ponctuel). Une des scènes cultes pour moi est aussi le test de Paul par Gaius Helen Mohiam, et j’ai été déçu malgré l’interprétation très efficace de Charlotte Rampling. On ne voit pas la main, on ne comprend donc pas vraiment la souffrance par induction nerveuse, et même la raison profonde du test. Mais là je suis partagé car la scène de Lynch donnait d’autres infos, et celle de Villeneuve propose d’autres infos complémentaires très intéressantes.

Ah tiens, j’allais oublier mais je n’ai pas trouvé que Chalamet était terrible en Paul. J’ai beaucoup aimé tous les autres comédiens et comédiennes, mais lui je l’ai trouvé moyen, alors que j’aime plutôt bien ce qu’il fait d’habitude. Je l’ai trouvé là un peu fade et plat, très monocorde et monolithique. Cela convenait assez bien pour le démarrage, mais c’est dans le fait qu’il ne change jamais de répertoire que je n’ai pas compris son jeu. Il me semble que Kyle MacLachlan était plus subtil (même si trop vieux) et avait une évolution plus idoine à l’histoire.

Bon je ne vais pas comparer scène par scène, mais vous comprendrez que j’ai fait ça, sans le vouloir, tout le film. Et même si j’y vois quelques défauts, je trouve que le l’œuvre de Villeneuve est plus que louable. J’adore qu’elle soit complémentaire des autres, et qu’elle présente des qualités visuelles absolument uniques et sublimes. On retrouve d’ailleurs la patte de Premier Contact pour les vaisseaux et une certaines direction artistique des effets spéciaux. La narration, même si selon moi moins efficace que celle de Lynch, reste excellente pour découvrir l’univers de Dune et y succomber. Je sens que cela va encore relancer les ventes de romans, ne serait-ce que pour les curieux qui vont vouloir connaître la suite (et ne se contenteront pas de Wikipédia, hu huh hu), et c’est une très bonne chose.

Cela m’a manqué de ne pas voir Alia qui est un personnage assez génial de Dune. Et la suite de l’histoire est sans doute la plus palpitante, une fois passés l’effet de surprise et la découverte de l’univers. Donc j’ai super hâte de voir la suite, et j’espère que l’ensemble des deux parties saura me conquérir complètement.

L’avis de la copine fan : Leto

[EDIT de 23:44] Voir le fil de touites suivant où on se renseigne sur les histoires de repliage d’espace. Hu hu hu.

https://twitter.com/SVNAJ/status/1438606617600307200
J'aime 3

23 Commentaires

  • Les films se ressemblent parce qu’il y a des clins d’oeil volontaires, clairement, mais je trouve que le film de Villeneuve propose un truc bien plus intéressant que le Lynch. Pompeux ? Oui, parce que jusqu’à ce que Paul ne devienne Muad’Dib, c’est un peu comme ça que lui et sa mère vivent, dans une forme de pompe permanente. Après ça change, j’ai hâte de voir comment Villeneuve va traiter la suite.

    Content qu’on se rejoigne sur la musique, parce que c’est bien le truc qui m’a vraiment interpellé. Alors qu’à certains moment l’image se serait suffit à elle-même.

    je te rejoins sur le marquage un peu flou du temps qui passe, on dirait que tout se passe en une semaine ou 10 jours à tout casser, alors que cette partie s’étale sur plusieurs mois, et ça se ressent un peu mieux chez Lynch malgré le montage à la truelle.

    J’ai noté aussi, l’impasse sur le pliage de l’espace, mais bon, ça permet de ne pas perdre les gens et peut-être que ça viendra plus tard. Mais c’est vrai que ça aurait été du fan service bien vu.

    Sinon, t’as vu Alia, quelques secondes, dans une vision de Paul, t’exagères :p

    Je n’aimais Mc Lachlan, que je trouvais trop vieux et trop drama en Paul Atréides. Un ado qui est éduqué par une Bene Gesserit et un Duc depuis tout gosse pour devenir duc un jour, je trouve logique qu’il soit un peu monolithique, et que du coup quand la carapace fendille c’est pour s’engueuler avec sa reum dans un moment de détresse commune)

    Je pense que ta lecture du roman a été marquée par ton souvenir et tes sensations vis à vis du Lynch, je trouve ce film ci bien plus fidèle dans l’esprit, au livre. Et moins kitsch. Bordel. J’en pouvais plus de Dune’s Drag Race. (Et même la mini série s’y vautre) XD

    Merci pour le lien, bichon 🙂

  • Je vous lis toutes les deux à 4:30 du matin et j’ai furieusement envie de courir au cinéma tout de suite. Mais il est trop tôt et le film n’est pas encore sorti ici…

  • Je n’ai pas lu le roman, je ne pourrai donc pas dire si oui ou non Villeneuve y est fidèle. En revanche, j’ai bien aimé, pas adoré. Visuellement, esthétiquement, c’est impressionnant, fascinant. D’un point de vue narratif, on sent très bien qu’il garde des billes pour la suite, et c’est assez frustrant en fait. La fin du volet 1, un combat, disons plutôt une bagarre banale amplifiée par la bande son, la bagarre gagnée par la crevette Chalamet, je n’y crois pas 2 secondes. Finir le film sur une séquence aussi molle… dommage.

    • Oui cet aspect est un peu décevant. Sur le coup j’avais préféré Lynch qui faisait gagner clairement Jessica qui collait une raclée à Stilgar, et obtenait ainsi leur respect. J’ai aimé que ce soit un film dont on profite pleinement au cinéma, on en prend tout de même plein les mirettes et ça fait du bien !
      (Moi aussi je copie-colle depuis FB ! :mainbouche: )

  • J’avoue que je n’avais pas apprécié le film de Lynch. Clinquant, une fin en queue de poisson… Mais qui peut prétendre adapter une œuvre aussi foisonnante a l’écran dans être fatalement réducteur ?
    Je suis curieux de voir ce nouveau film, sans trop d’illusions après avoir lu ta critique.
    Un autre monument de SF auquel j’aimerais qu’un cinéaste s’attaque: « Le monde du fleuve » de Philip José Farmer. Gros, gros défi.

    • Oh ça peut te plaire, la proposition est vraiment de bonne facture !! « Le monde du fleuve » avait été une sacrée claque pour moi également, mais il me semble impossible à adapter en film, mais en série peut-être ?!

      • Je crois qu’il y a eu une tentative de série, mais elle n’a pas dépassé le pilote. Très difficile à adapter: trop de personnages notamment. Et puis tu vois le début du truc à l’écran: tout le monde est à poil.

        • Il y a eu une mini série faite par Sy Fy en 2000, qui adaptait Dune, assez kitsch par manque de budget, avec une direction d’acteur très moyenne, mais narrativement, on s’y retrouve bien plus qu’avec le Lynch. Et surtout cette mini série a eu un suite en 2003, qui adaptait Le Messie de Dune et les Enfants de Dune, avec un peu plus de budget, une meilleur direction d’acteurs (le même cast à qq exceptions près). Et pour le coup, c’était pas mal du tout.

          Mais entre le projet Jodorowski avorté, le Dune de Lynch massacré par les De Laurentiis au montage (si ça se trouve le montage de près de 5h de Lycnh eut été très bon) et la mini série (qui au total entre les deux « saisons » s’étale sur 8h, avec des épisodes de 1h à 1h20), on restait un peu sur notre faim.

          Avec le Villeneuve, perso, je ne reste sur ma faim que parce que je veux la fin !

  • Ca y est, je l’ai vu ! Et j’ai beaucoup aimé. J’en ferai un billet car j’ai une relation très personnelle avec Dune mais je vous livre quelques retours en lien avec le fil de discussion. Je n’avais pas vu le Lynch et je ne me souviens pas trop des détails du livre, seulement m’en reste une ambiance que je retrouve bien dans le film de Villeneuve, et donc je ne suis pas aussi imprégné que Matoo. Je trouve les acteurs très bien – avec un faible pour le magnifique duc Léto et c’est une peine que de le voir nu prêt à mourir sous l’œil du Baron – y compris la crevette que je trouve très crédible jusqu’au remake final de David et Goliath. On voit Paul émerger et prendre de l’assurance, ça passe. :huhuchat: J’ai un peu honte de n’avoir pas reconnu Charlotte Rampling dont je savais qu’elle était à l’affiche. :horreur:
    Pour les décors, j’aime assez que la planète des Atréides ait un air celtique, jusqu’à la cornemuse de l’arrivée en Arrakis. Dune est magnifique même si je suis plus réservé sur l’architecture extérieure de la cité. La musique ne m’a pas du tout gêné, continue mais pas si omniprésente, et je n’ai pas eu besoin de baisser mes aides auditives d’un cran comme pour Bac Nord la semaine dernière…
    Côté temporel, je vous rejoins, on a vraiment l’impression que les Atréides viennent à peine d’arriver sur Dune qu’on leur tombe déjà dessus. La suite en 2024, j’ai le temps de rouvrir le livre ! :bisou:

    • Je l’ai revu hier, et j’ai été beaucoup moins dérangé par la musique. Du coup je pense que l’effet Dolby Surround plein les esgourdes avait dû jouer négativement pour moi. Quant à Oscar Isaac, on est d’accord, le look Duc Leto Atréides est fort sympathique. :chatlove:

Répondre à Matoo Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

:sourire: 
:clindoeil: 
:huhu: 
:bisou: 
:amitie: 
:mainbouche: 
:rire: 
:gene: 
:triste: 
:vomir: 
:huhuchat: 
:horreur: 
:chatlove: 
:coeur: 
:doigt: 
:merde: 
:ok: 
:narval: 
:mitochondrie: 
:croa: