J’ai aimé vivre là

Annie Ernaux habite Cergy depuis les années 70, et elle a beaucoup écrit sur cette ville. J’y suis né, et même si je suis plus jeune, j’ai absolument tout vécu dans le coin. J’ai pu moi aussi écrire des choses ici à ce propos (il y a 15 ans maintenant), en soulignant à quel point j’étais attaché à cette ville de banlieue parisienne, qui est un tel repoussoir pour tant de gens.

Mais celui qui en parle sans doute le mieux en 4 minutes et 18 secondes, c’est sans conteste Anis dans la chanson ci-dessous. Croyez-moi tout est dit, et de la meilleure manière.

Cergy – Anis

Le documentaire de Régis Sauder est 1h30 de flâneries dans la ville nouvelle avec de très belles images de Cergy-Pontoise et ses environs, et surtout des témoignages de gens d’ici, dans leur diversité et leur attachement à cette ville spéciale, cette « ville nouvelle ». 50 ans après, la ville n’est plus si neuve, et on obtient sans doute autant d’héritages patrimoniaux que de scories de cette tentative de fondation d’une cité ex-nihilo, avec tout un tas d’expérimentations et d’objectifs architecturaux et urbanistiques.

Le documentaire s’appuie sur des citations d’Annie Ernaux, extraites de La Vie Extérieure, dites par les protagonistes du film, et des interviews d’habitants de la ville qui expliquent qui ils sont et en quoi ils aiment cet endroit. On retrouve vite des personnages récurrents, des jeunes gens qui vont s’en aller après leur bac, des personnes plus âgées qui sont impliquées dans la vie associative, de jeunes adultes qui profitent d’une certaine qualité de vie locale etc. On a aussi des facettes plus sociales avec la manière dont les migrants sont accueillis, ou bien encore les différents processus de mixité qui sont à l’oeuvre de manière très prosaïque dans ce coin.

Les images sont très belles, et elles rendent bien honneur à la ville, mais je dois avouer que j’ai trouvé cela presque « mensonger » ou publicitaire. Quand j’avais fait mon post Cergy en 2007 c’était aussi pour montrer les différentes facettes de la ville, mais surtout pour pour expliquer mon attachement singulier à des choses pas forcément belles ou bien entretenues, mais qui parlaient à mon enfance, à des gens et à finalement l’importance relative du beau autour de soi, ou encore de la manière dont on peut le trouver dans les recoins les plus incongrus ou incertains. Là tout a été tournée en plein été avec une superbe lumière, les montages font croire qu’il y a de la verdure partout, ce qui n’est pas faut, mais pas vrai non plus. On passe de Cergy Préfecture aux étangs de Neuville et l’Axe majeur comme s’il suffisait de quelques pas pour aller de l’un à l’autre. Disons que pour les connaisseurs du coin, c’est très plaisant de voir une image aussi dorée, cela pourrait carrément induire en erreur des gens qui penseraient y voir un aperçu fidèle.

Et c’est un peu pareil sur le fond. Alors c’est beau, c’est chouette et on est sur le verre à moitié plein, et je salue cela. Mais cela donne un ton « bobo » et un peu candide ou béni-oui-oui au documentaire qui passe sous silence tout le reste. Rien sur l’insécurité, la drogue, l’éducation, la justice ou les problématiques classiques de toutes les villes (de banlieue ou d’ailleurs). On a l’impression que l’utopie des années 70 de cette « Ville Nouvelle » a totalement porté ses fruits, avec au milieu le Centre Commercial comme endroit de salut des peuples. J’aurais préféré une œuvre un peu plus nuancée, même si je ne remets pas en question sa sincérité.

J’ai d’ailleurs été le premier à toujours louer les qualités de Cergy, et ses rues piétonnes, de la ruralité du Vexin à ses portes, des boucles de l’Oise, et de ses riches infrastructures. Mais s’arrêter là, c’est un peu « court ». Or le documentaire est assez long, et en devient lénifiant en évoquant uniquement ce qui fait plaisir. Alors je sais que c’est sans doute pour prendre le contrepied des idées reçues sur la banlieue, mais j’aurais peut-être préféré que cela soit dit clairement en préambule, parce que là c’est presque une publicité pour l’agglo. Et encore une fois, j’y suis tellement attaché que j’ai pris du plaisir à redécouvrir tous ces plans d’une ville que je connais absolument par cœur. Et c’est génial de voir des initiatives, des gens qui se mélangent, s’entraident et interagissent. Et tant de personnes étrangères qui s’attachent à Cergy comme leur premier foyer français, et comme incarnation concrète de ce qu’est la France pour eux. C’est un beau signe d’espoir et qui donne un peu foi en l’être humain, ce qui fait toujours du bien.

Cergy est comme le dit Anis une « sweet banlieue pourrie », et l’oxymore est à la fois très poétique et très juste. Il ne faut pas le renier, il faut embrasser l’ensemble, et c’est aussi une partie de son charme et sa singularité. Mais moi aussi « J’ai aimé vivre là », et j’aime y retourner souvent. Ce n’est pas pour rien, c’est bien qu’il y a « quelque chose » à Cergy.

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