Einstein on the beach de Philip Glass et Bob Wilson

Iwak #19 – Boucle / Circuit

Sur une idée de la fée Kozlika en 2020, voilà Iwak (Inktober with a keyboard). Un mois d’écriture sous contrainte à la manière de tous ces dessinateurs qui publient de chouettes dessins sur les Internets. (#Blogtober ça fonctionne aussi.)

J’ai déjà dit que j’aimais les narvals, et affirmé haut et fort que j’aimais les mitochrondries. Quinze ans plus tard, il est temps de rajouter un élément à la liste. J’aime les répétitions, les motifs, les boucles.

Les motifs qu’ils soient graphiques ou visuels, mais aussi la musique répétitive que j’aime particulièrement, tout cela me procure un certain plaisir physique et intellectuel. J’ai déjà pas mal évoqué ici mon assuétude à Philip Glass, et ça a vraiment été une révélation quand j’ai d’abord connu ses morceaux les plus arides et abscons en 1994. Parce qu’il y a cette première partie répétitive qui est lancinante et presque hypnotique, mais alors qu’on en perçoit le motif, on remarque alors plus aisément les variations. Et petit à petit, ce sont les changements qui viennent raconter quelque chose et vraiment vous emmener ailleurs, dans une drôle de transe. Je suis ambivalent donc à ce sujet, puisque j’aime autant cette régularité, cet ordre assourdissant, que la rupture et le défaut qui viendra révéler la beauté de l’ensemble.

Bien sûr, j’aime bien les fractales et cette dingue vérité qui voit microcosme et macrocosme n’être d’une reproduction à des échelles différentes, une succession de profils qui se répètent à l’infini. Avec dans la plus petite parcelle équivalente à la plus grande, l’univers étant visible dans la structure d’un brin d’ADN. Que c’est beau ! ^^ J’ai aussi été très impressionné par le binaire, et par la magie (alors qu’en réalité c’est vraiment tout con) de cette représentation simplifiée au minimum de n’importe quelle dimension, il suffit d’aligner des O et 1. Et contre toute attente, je suis diablement fasciné par les nombres irrationnels qui paraissent présenter une suite de chiffres avec une répétition visible, un motif, un schéma, un secret, voire un message ! Mais non, π et e proposent une série infinie de chiffres sans qu’il soit possible de déterminer une musique ou un rythme.

Visuellement, ce sont les motifs les plus graphiques, simples et répétitifs qui me plaisent, mais plus ils sont géométriques et plus j’y voit des choses vivantes, et plus des paréidolies peuvent naître. Par exemple, dans tous les motifs de pavement, je m’imagine depuis tout gosse des personnages, et ils ont toujours les mêmes caractéristiques. C’est-à-dire que je vois au même endroit le haut du crane, la bouche, les joues, le nez etc. Néanmoins, entre le carrelage de chez ma grand-mère quand j’étais minot, le papier peint seventies d’un oncle et une tante, ou les autobloquants de l’allée de chez maman, ou encore les carreaux de faïence de ma salle de bain, les personnages ne sont pas les mêmes. Je me souviens particulièrement du carrelage de chez ma grand-mère, où l’on voyait clairement dans un sens un aviateur, mais à 90 degré une vieille dame, et en quiconque c’était carrément un lion au sourire mutin. Et j’ai gardé cette interprétation (complètement folle oui) sur les pavements réguliers avec simple décalage de moitié, je veux dire ça :

Eh oui, là-dedans j’ai toujours mon aviateur, ma vieille dame et mon lion pour des groupes de 9 pavés. Pour 4, j’ai un petit personnage à tête de champignon, et une dame avec une coiffure médiévale pour la vision à 90°. Je vous ai perdu hein ?

Aurélie Nemours avait bien compris tout cela, et je crois qu’il n’y a pas approche artistique qui véhicule le mieux l’incroyable foisonnement créatif d’une simple répétition. C’est d’ailleurs vraiment étonnant que je sois autant sensible à la boucle sonore que visuelle. Je me demande s’il y a un lien ou si c’est juste le hasard. Récemment les musiques de Wim Mertens ou Max Richter m’ont encore plus convaincu de ma sensibilité à la musique minimaliste et répétitive. Je ne sais pas si c’est parce que cela fait appel à une réaction, de l’ordre du stimulus primaire, plutôt qu’à une compréhension profonde et intellectuelle d’œuvres plus conventionnelles.

Je l’ai posté plusieurs fois, mais je la poste encore car c’est une des plus belles choses que j’ai vu de toute ma vie, et qu’il existe selon moi dans le monde. Il s’agit du ballet « In The Upper Room » de Philip Glass, chorégraphié par Twyla Tharp. A la boucle musicale, s’ajoute le rythme syncopé et répétitif de la danse, du mouvement et de la couleur. C’est la fusion parfaite des genres, et une expression finale qui frise la représentation la plus fidèle pour moi d’une forme de synesthésie. J’aime !

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