Iwak #20 – Germer / Bourgeonner

Sur une idée de la fée Kozlika en 2020, voilà Iwak (Inktober with a keyboard). Un mois d’écriture sous contrainte à la manière de tous ces dessinateurs qui publient de chouettes dessins sur les Internets. (#Blogtober ça fonctionne aussi.)

Je crois que tout a commencé quand en primaire on devais venir avec un pot de yaourt vide, un bout de coton et un haricot. Un peu d’eau chaque jour, et rapidement nos pots de yaourt ont vu pousser une petite plante. Il fallait dessiner tous les jours ce qu’on voyait, du tout début de germination lorsque le haricot se déforme, puis qu’un bout de tige passe à travers. Et en quelques jours, c’est absolument fascinant de constater qu’une petite plante en devenir est en train de si rapidement croître sur chaque pupitre.

Le printemps est évidemment la saison idéale pour constater cette renaissance en situation réelle et à grande échelle. Mais la meilleure activité de cette période c’est évidemment l’hanami, c’est à dire littéralement en japonais : « Regardez les fleurs ». Et j’ai depuis longtemps adoré en particulier les différentes variétés de prunus qui offrent au moment du printemps une sublime éclosion de bourgeons et fleurs roses qui transforme tout l’environnement. Au Japon les plus célèbre sont les sakura (du Prunus serrulata), mais on trouve aussi chez nous tout ce qu’il faut pour se régaler les papilles des yeux et du cœur.

Dans Paris même…

Bien sûr, dans notre maison en Bretagne…

Ou lors de mes voyages au Japon, comme là en 2005.

Il était donc assez naturel pour moi d’ajouter des sakura à mes idées de tatouage, et lorsque j’ai ruminé ma fixette pendant assez de temps, celle d’avoir un Totoro et des noiraudes (les fameuses susuwatari), et que Loïck m’a dit que ça le ferait trop bien avec des fleurs de cerisier, je me suis dit que j’étais tombé sur la bonne personne.

C’est une rencontre essentielle celle avec son tatoueur ou sa tatoueuse, il y a une alchimie nécessaire à obtenir pour moi, un « truc » qui te fait confier ta peau à un·e inconnu·e qui va te charcuter des heures, pour un dessin qui sera là jusqu’au bout de la vie. Il me faut à la fois avoir confiance dans le talent, et aussi que la fibre artistique de la personne me parle. Mais il était également important pour moi de m’abandonner au talent du gars (en l’occurrence, c’est un tatoueur) en lui donnant seulement des pistes, quelques clefs et voir ce que ça donne. J’ai eu de la chance de craquer, à l’été 2017, pour ce jeune artiste qui est queer comme j’aime, qui est totalement nippomaniaque (ce que je ne suis pas, contre toute apparence), et dont le talent est d’une troublante évidence.

On a beaucoup papoté avant, pendant et après le tatouage, et ça a vraiment à la fois nourri le processus et le résultat final. C’est comme cela, que j’ai eu un Totoro tatoué sur le bras droit, avec un petit recouvrement d’un très ancien tatouage. Voilà ce que ça donnait après le tracé principal du dessin.

Et une fois terminé, encore tout à vif mais avec forcément des couleurs éclatantes, et de très belles fleurs de cerisier.

En décembre, j’ai remis l’ouvrage sur le métier, parce que j’avais vraiment envie de couvrir l’autre bras, et cela me paraissait évident d’avoir cette symétrie. Il me fallait un autre personnage de Miyazaki, et je voyais bien une composition similaire, avec un élément central et 3 autres qui gravitent autour, et encore des fleurs de cerisier pour faire le lien. Avec Totoro, je savais que j’étais à la fois dans quelque chose d’identifiable par les connaisseurs, mais je m’attendais à cette réaction quasi systématique : « C’est un pokémon ? ». En revanche, je ne m’attendais pas, et ça m’a fait énormément sourire à maintes reprises, lors de mes voyages au Japon en 2018 et 2019, à des chuchotements derrière mon dos, et une petite comptine qui se met en marche.

Les enfants ne pouvaient pas résister, ils restaient bloqués sur le tatouage, et se mettaient irrémédiablement à chanter la chanson de Totoro (ils l’apprennent dès la maternelle), devant des parents très gênés qui s’excusaient et essayaient de les faire taire. Tonari no To-to-ro Totoro, To-to-ro Totoro. Mori no naka ni mukashi kara sunderu. ^^

Pour le bras droit, j’ai choisi mon autre Miyazaki favori et qui reste particulièrement iconique pour moi. C’est un film pour adulte aussi ce coup-ci, il s’agit de Nausicaä de la Vallée du Vent, mais je voulais particulièrement un Ohmu ! Ils sont très importants dans l’histoire, et j’adore le contraste entre leur monstruosité apparente, et leur sagesse et représentation de la nature dans le film, ainsi que le lien avec l’héroïne dans ce monde empoissonné. Autour, de l’Ohmu, ce sont trois petits bonhommes d’un autre Miyazaki qui me sont chers : des kodama de Princesse Mononoke, ces curieux être sylvains complètement creepy en apparence, mais dont on finit par tomber sous le charme.

J’ai adoré le résultat final, mais voilà encore une petite vision en cours de travail. Je ne l’ai pas précisé mais c’est évidemment Loïck qui en est l’auteur et l’artisan.

Et une fois achevé, avec encore de jolies sakura… (Ma mère « AAAAAAHHHH aaaaaah mais pourquoi tu t’es fait tatouer un cancrelat ??? »)

Celui-ci, je compte sur les doigts d’une main les personnes capables de reconnaître la bestiole, mais ces gens-là je les estime alors particulièrement. ^^ J’aime beaucoup la parenté et le contraste absolu entre les deux tatouages, à la fois sur le fond et la forme.

Après cela, j’étais « équilibré », et j’ai attendu pas mal de temps (pas vraiment non) avant de me dire que le véritable équilibre serait atteint par une trinité. Hé hé hé. Alors que mes réflexions s’ébauchaient sur le quoi, je voyais avec un œil triste le carnet de commande de MON tatoueur ne pas désemplir, et ça me faisait me dire que l’attente serait beaucoup trop longue à mon goût. En plus de cela, nous sommes entrés en période COVID, puis confinement, et surtout les tatoueurs n’ont pas pu exercer pendant des mois, comme beaucoup de professions. Et j’ai l’impression que ça a été compliqué lors des reprises d’activité, avec des gens qui avaient changé d’avis, qui n’étaient pas sur place etc. Et c’est comme cela qu’en décembre 2020, Loïck a communiqué sur une place vacante, et j’ai sauté sur l’occasion.

En revanche, j’étais parti sur tout autre chose, une passion plus récente mais tout aussi fulgurante pour l’univers de Naruto, et mon idée me plaisait beaucoup. Bah elle n’a pas plu à Loïck qui m’a bien expliqué le pourquoi du comment, et malgré la bonne idée de départ, ça ne fonctionnerait pas. Je lui fais une telle confiance, que ça n’a pas entamé mon envie de tatouage, et de « trinité ». Je voulais encore un rappel de sakura, car je trouve qu’il tatoue ces fleurs avec un style génial, du coup je me suis dit « Et si on partait sur les fleurs comme élément central plutôt que décoratif ? ». Et rapidement, je me suis dit que je voulais y ajouter des susuwatari en mode mutin, espiègle et vagabondant sur la peau. Ensuite, j’ai laissé le tatoueur faire ce qu’il sait faire le mieux, et j’ai accepté les yeux fermés son dessin. Bon, j’ai tout de même un peu rechigné quand je l’ai vu me dessiner à la main les bourgeons collés aux aréoles de mes tétons. Je me suis dit que j’allais déguster ! En effet, j’ai eu très très très très très mal.

Ce qui était un projet assez simple est devenu plus complexe, comme souvent avec Loïck, qui aime fignoler, ajouter des effets et des ombrages auxquels il ne pense que lorsqu’il s’exprime vraiment sur la peau de ses clients. On a donc fait ça en deux fois, avec le risque de ne pas se revoir tout de suite. Mais j’ai eu de la chance, on a commencé en décembre, et c’était fini en janvier 2021.

Voilà le dessin initial, et vous noterez comme mes tétons sont en danger !! J’ai d’ailleurs ôté mon piercing, et je m’en suis débarrassé, j’en avais assez (je l’avais depuis 1998), et je me suis dit que ce tatouage allait assez remplir la zone pour ne pas en rajouter. ^^

Et voilà la fin de la première phase, qui a cicatrisé un bon mois avant de terminer.

Ce n’était pas super de le montrer comme ça, mais je n’ai pas pu résister évidemment, car il me plaisait déjà beaucoup. Et j’ai posté quelques photos qui le faisait deviner.

Mais janvier est arrivée, et j’ai été conquis par le résultat. J’aime vraiment que ces branches fassent le lien entre la gauche et la droite, et dans mon esprit entre les deux autres tatouages. J’aime le côté plus simple et ornemental, avec la petite touche nippone et des yōkai en plus pour jouer et, il faut l’avouer, continuer à interpeler.

Bon cette fois, c’est terminé, pour le moment. Je n’ai aucune idée, en réalité, de si je vais continuer à craquer régulièrement, ou bien en rester là. Ce dernier tatouage est à la fois peu visible, et terriblement quand je m’expose l’été à la plage par exemple, ou même lorsque les sakura dépassent d’une chemise. J’aime bien aussi cette ambivalence. ^^

Les tatouages ont vieilli bien sûr, et ils ont adopté leur patine finale (en tout cas pour plusieurs années). J’en suis vraiment très très content, et c’est l’ensemble qui me satisfait autant que chacune des pièces prises séparément. Je me demandais aussi si la repousse des poils n’allait pas gâcher l’aspect esthétique, mais il n’en est rien selon moi. (Après les goûts et les couleurs hein…) En revanche, on m’a tout de même demandé pourquoi je m’étais fait tatouer des coronavirus, et là je suis resté pantois. ^^

J'aime 4

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

:sourire: 
:clindoeil: 
:huhu: 
:bisou: 
:amitie: 
:mainbouche: 
:rire: 
:gene: 
:triste: 
:vomir: 
:huhuchat: 
:horreur: 
:chatlove: 
:coeur: 
:doigt: 
:merde: 
:ok: 
:narval: 
:mitochondrie: 
:croa: